.^■^^ii' 'm KO / ANNALES DES SCIENCES NATURELLES NEUVIÈME SÉRIE ZOOLOGIE lemcnt des Écre- visses [G. R. Acad. des Se, Paris, 1871, t. LXXllI, 2« part., p. 220]. LE GELASIMUS TANGERI 25 régénérés auraient toutes leurs forces. Toutefois, dans la pre- mière année de leur existence, les membres des Ecre\'isses repousseraient en soixante-dix jours seulement, tandis que, pour les adultes, il faudrait à la femelle trois à quatre ans, et au mâle un an et demi à deux ans, car le mâle adulte mue deux fois par an, et la femelle adulte une seule fois. Il faut conclure de là que la régénération est surtout en rap- port avec les mues des animaux. En ce qui concerne le Gelasimus Tangeri, nous n'avons aucune donnée, — car on ne l'a pas étudié à ce point de vue, — et on ignore tout de ses mues. Mais, en les supposant sem- blables à celles des autres Crabes, on peut admettre que la repousse demande un temps qui n'est peut-être pas celui indi- qué par les Andalous. V Nombre de repousses. — La pince peut-elle repousser une seconde fois? Et, dans l'affirmative, obtient-on une Zapatera., de qualité encore inférieure? — Ce sont là des questions que nous n'avons pas pu scientifiquement résoudre, mais qu'il serait bon d'étudier sur les lieux mêmes. Aussi engageons-nous les zoologistes portugais et espagnols à les élucider, car elles sont fort dignes d'intérêt. En tout cas, il nous semble bien avoir vu, à Séville, des pinces encore plus déformées que la Zapetera de première repousse que nous figurons ici (Fig. 4), et qui devaient être des pattes de seconde^ ou même de troisième repousse. Et, si nos souvenirs sont exacts, nous croyons bien qu'on nous a parlé de tout cela à Séville; mais c'est un point à revoir, bien entendu, dans le pays même. Depuis Spallanzani (expériences sur la queue de la Sala- mandre), on sait d'ailleurs que la repousse est possible quatre à six fois de suite chez les Batraciens. Il doit en être de même, problablement, chez les Crustacés, a fortiori. 3" Forme de la patte de repousse. — Pour le Gelasimus Tan- geri^ on ne connaît pas, d'autre part, les détails du phénomène de la repousse; et je ne pourrais ici insister davantage, sans entrer trop nettement dans le domaine de l'hypothèse. Toute- fois, j'ai quelques données sur les résultats obtenus^ car je pos- sède un exemplaire, desséché il est vrai, de patte de première repousse, provenant d'une marchande, et appelée Zapatera 26 MARCEL BAUDOUIN (Fig. 4, 7 et 8) ; Et, en la comparant, d'une part, à un exem- plaire de Carrasquena, recueilli dans les mêmes conditions (Fig. 4, 5 et 6), d'autre part aux pinces des exemplaires entiers de G. Tangeri, qui Yiennent de Cadix (Fig. 4), et enfin aux descriptions d'Eydoux et A. Milne-Edwards, rap- portées plus haut, il est possible de formuler quel- ques remarques intéres- santes. C arrasquena. — La patte desséchée, désignée sous le nom de C arras- quena^ est tout à fait com- parable, bien entendu, à la patte d'un Gelas'imus Tangerï, conservé dans l'alcool. La seule partie intéressante à étudier est le point où s'est fait la cassure^ c'est-à-dire l'ex- trémité interne du membre détaché de l'animal (Fig. 5 et 6) . Sur la pièce que nous possédons, il est facile de voir qu'il y a bien eu là fracture^ et non désarticu- lation simple , car la cara- pace de la patte est indiscutablement brisée. Cassure d" aiitotomie . — La cassure, un peu irrégulière, cor- respond à la pièce qu'on désigne en anatomie topographique des Crustacés sous le nom de seconde pièce de la patte à pince des Crabes (Fig. 1 et 3) , et qui est formée en réalité par la sou- dure calcaire des articles deux et trois [ischiopodite et basipodite) . Cette cassure est-elle simplement ti^aumatïque'^. Nous ne le •pensons pas, malgré son irrégularité, et quoiqu'elle ne corres- ponde pas très exactement et complètement à la soudure du basipodite de l'ischiopodite, comme L. Frédéricq Fa noté pour le CarcinKs mœnas. Fig. 4. — Face inférieure d'un Gelasimus Tangeri, et face supérieure ou externe d'une Carrasquena et d'une Zapatera. [D'après une photographie des pièces rapportées d'Espagne et déposées au Muséum. LE GELASIMUS TANGERI 27 Pour nous, c'est pourtant bien une cassure autotomique \ mais elle siège au milieu du basipodlte ou à peu près, au niveau de la face interne, et à l'union du basipodite el de l'ischiopodite à la face externe, comme nous avons essayé de le préciser d'une façon schématique sur les dessins ci-joints (Fig. 5 à 9). Zapatera. — La Zapa- tera, ou patte de première repousse, que nous possé- dons, se distingue vraiment très peu de la Carrasqueha ; et les différences ne sont pas aussi grandes qu'on pour- rait le supposer, quand on pense qu'il s'agit là d'une patte régénérée\ Disons d'abord que, pour cette pièce, comme pour la précédente, la cassure paraît bien être d'ordre autotomique. En tout cas, elle a exacte- ment les mêmes caractères, et siège au même endroit, de façon précise. Et l'extré- mité interne des Carras- quefia et Zapatera est vrai- ment identique, à mon avis. Forme de la pince. — Il n'en est pas ainsi pour tous les autres podites : ce qui se fi comprend de reste, les diffé- rences devant être d'autant plus accentuées que les par- ties sont plus volumineuses. Toutefois les 3' et 4° articles sont encore à peine différents; les granulations sont moins nom- Fig. 5. — Patte primitive de G. Tangeri [Gar- rasquena]. — Face externe. — 2, basipodite ; 2', ischiopodite ; a, soudure de 2 et 2' ; G, ligne d'autotomiu ; b, partie extrême du basipodite détachée par autotomie ; c, partie restant attachée au corps par le coxopodite ; F, bord antérieur; E, D, bord postérieur; G, pince; B, doigt fixe; A, doigt mobile; 3, méropodite; 4, carpopodite; 5, pz'opodite; 6, dactylopodite (doigt mo- bile). g. 6. — Patte primitive de G. Tangeri [Car- RASQUENAj. — Facc interne. — Même légende que pour la Figure 5. — m, n, o, saillies granuleuses de la face interne. 28 MARCEL BAUDOUIN breuses et moins volumineuses sur la Zapatera^ dans le 3" article au bord interne moins saillant. Les 5' et 6" articles (pince à doigts fixe et mobile) sont plus distincts. La main de la pince (Fig. 7 et 8, C) dans l^Zapatera^ est plus petite de façon notable, et séparée en dehors du doigt fixe y^>—j ^ Fig. 7. — Patte de première repousse Fig. 8. — Patte de première repousse [ZapateraJ. — Face externe. — Même [ZapateraJ. — Yd.ce interne. — Même légende que pour la Figure 5. légende que pour la Figure 5. par une encocJw arrondie très nette ; elle est aussi moins granu- leuse à la face externe (Fig. 7), surtout au niveau des saillies de la face interne (Fig. 8, yn, 72, o) (où l'on ne retrouve presque aucune granulation). Le doigt fixe a un bord postérieur plus courbe et est plus large ; et le doigt mobile est un peu plus court et moins aplati, et moins finement dentelé en avant. Il résulte des descriptions précédentes qu'en réalité la patte de première repousse n'est pas aussi malvenue que le pen- saient les anciens auteurs (1) ; et cela confirme les observa- tions de Chantran sur les Ecrevisses, qui a constaté que les grosses pattes de repousse, après la 4^ mue de l'animal, ont la même forme que les primitives. Toutefois la différence est réelle et suffisante, puisque les clients des chasseurs anda- lous ne s'y trompent pas ! Mais cela tient sans doute à ce que ces derniers n'attendent pas toujours la formation com- plète du membre de repousse, avant d'amputer à nouveau leur proie. N'ayant noté aucune différence entre la Carrasquefla figurée et les pinces de gros Gelasïmus Tangerï entiers, nous nous (1) Art. Génération, Dict. encxjdop. des Se. méd., p. 433. LE GELASIMUS TANGERI 29 bornons à ajouter que la description d'Eydoux est par trop brève et qu'il n'a pas assez insisté sur ce qu'il appelle la « saillie du poignet » ; comme le montre la Figure 4, il y a là une disposition très caractéristique, qui est à retenir pour la dia- gnose des espèces. 4° Fonction de la patte de repousse. — En ce qui concerne le retour de la fonction dans les organes de repousse, S. Chantran n Fig. 9. — I. — Face interne de la base de la grosse patte de Gelasimus Tangeri, d'après nature avec Grossissement. — 1, coxopodite, articulé avec l'abdomen (Abd), en a; et z (z, saillie articulaire, permettant le mouvement de bascule) ; 2, basipo- dite ; y, y', articulation des pièces 1 et 2; 2', ischiopodile soudé au basipodite sui- vant ligne cd; 3, troisième article (méropodite) de la patte I". — 11°, deuxième patte, avec coxopodite; e,g, articulation des articles 3 et 2. — AB, ligne d'autotomie (partie interne) ; UD, ligne d'autotomie (partie externe) ; 2a, partie du basipodite, qui se détache, 26, partie de la même pièce qui reste attachée au corps. II. Face interne de l'extrémité interne d'une Carrasquena [Patte de G. Tangeri, arrachée par autotomie]. — Même légende. III. Face externe d'une Carrasquena. — o, cavité de la patte au niveau du point de Tautotomie ; i, point où la ligne d'autotomie rejoint en dehors la soudure cd de l'ischiopodite et du basipodite ; D, point où elle se rappi'oche notablement de eg. a constaté, pour les membres comme pour les yeux de l'Ecre- visse (1), qu'elle revient parfaitement chez les sujets d'un an. Quand l'animal a deux ans, la fonction est moins parfaite ; et, chez l'adulte, la fonction ne revient pas toujours. Pour les pinces., cette question n'a pas d'intérêt, pas plus pour le G. Tangeri que pour les autres Crustacés, car la fonction ré- (1) S. Chantran, loc. cit., 1873. 30 MARCEL BAUDOUIN apparaît évidemment très vite et presque toujours dans de bonnes conditions. ^° Remplacement par suppléance. — Il nous resterait à discuter ici le fait, déjà signalé plus haut, de la présence de la grosse pince tantôt à droite, tantôt à gauche, et qu'on pourrait être tenté d'expliquer par un phénomène de suppléance, se produi- sant dans la petite patte antérieure, quand la grosse a été perdue : les articles de cette petite patte se transformant., se développant outre mesure, et produisant une pince., pour remplacer celle qui vient de disparaître ! Mais, malgré ce que nous a écrit notre correspondant d'Es- pagne à ce propos, jusqu'à nouvel ordre, nous ne pouvons admettre un tel processus, qui vraiment serait trop beau, au moins pour la théorie de l'évolution. Nous ne pouvons donc ici qu'engager les zoologistes d'Andalousie à faire une enquête extrêmement sérieuse sur cette donnée, et à essayer de la vérifier expérimentalement sur les lieux. Il ne faut pas, en effet, oublier qu'on est toujours à la recherche de l'explication de la variation de situation de la grosse pince chez les Gela- sïmus et certains Crustacés [Callianasse, etc.), fait vraiment très digne d'attention, autant au point de vue de la physiologie du système nerveux (1) que de l'anatomie pure. II. — AuTOTOMiE DES PATTES. — On dit, cn Espagne, qu'on « arrache » la grosse patte du Gelasimus Tangeri. Mais, en réa- lité, est-ce bien le mot arrachement qu'il faut employer ici? Nous ne le pensons pas, quoique nous n'ayons pas assisté nous-même à la chasse de cet animal; aussi n'hésitons-nous pas à adopter la théorie suivante : « Il est des plus probables que la pince du Gelasimus Tangeri se sépare du corps par autotomie spontanée (car il n'y a pas désarticulation)., plutôt que par frac- ture traumatique simple. » Expliquons-nous sur ce cas particulier, sans définir (ce qui (1) D'ailleurs, Milne -Edwards a expressément, noté que, dans toutes les es- pèces de Gelasimus, il y a des droitiers et, des gauchers. — Cette constatation montre que la variation dans la situation de la pince ne doit pas être en rap- port avec un traumatisme, accidentel ou voulu, et causé dans ce dernier cas par l'industrie qui s'est développée à Cadix, autrement dit la perte très fréquente de cette pince. LE GELASIMUS TANGERI 31 serait inutile ici) les mots précédents. Certes, Fautotomie est rare par simple traction (1), pour les grosses pattes aussi bien que pour les petites, d'après les travaux publiés sur cette ques- tion, et nos propres expériences (2). Certes, les Carrasquena et Zapatera^ que nous avons sous les yeux (Fig. 4), ne sont pas très démonstratives à ce point de vue, car elles montrent une fracture un peu ïrrègulïère de l'article (Fig. 4, 5 à 9), et non une cassure très nette (comme si elle était faite à la guillo- tine), ainsi qu'on l'observe d'habitude. Mais, il est certain qu'il n'y a pas là désarticulation \ il s'agit d'une cassure de l'enve-' loppe calcaire, en un point qui est à peu près celui de Vauto- tomïe classique, comme nous l'avons signalé plus haut. Un grand nombre d'animaux ont la faculté de reconstituer une partie de leur organisme, c'est-à-dire de se régénérer. Mais ici nous ne nous occupons que de ce qu'on appelle la régénération complémentaire totale d'un membre ou rédintégration. Or, on sait, depuis longtempSj^que, chez les Vertébrés, aucun organe ne peut se régénérer quà la condition quil en i^este une partie surpAace. Il est, par suite, probable qu'il en est de même chez les Crustacés, et en particulier chez le Crabe que nous étudions, et qu'il n'y a là régénération que parce qu'il y a eu d'abord autotomie véritable. (1) Les chasseurs andalous, d'ailleurs, ne font peut-èlre pas que « tirer » sur la grosse pince ; ils doivent faire un nîouvement de torsion, qui peut jouer le même rôle que V écrasement ou le pincement; et, dès lors, les G. Tangeri s'amputent, avant que la désarticulation ait pu être obtenue. C'est encore là, du reste, un point à élucider sur place, car nous ne formulons ici qu'une idée théorique, (2) Pour mon compte personnel, dès 1886, je me suis livré à des expériences d'autotornie sur des Crabes (C. mœnas) à Croix-de-Vie (Vendée) ; et voici les quelques remarques que j'ai pu faire alors : 1° Pour que le Crustacé brise lui-même sa patte, il faut, non pas seulement la tenir entre ses doigts pour l'empêcher de s'enfuir, non pas seulement rat- tacher (comme l'a dit M. Frédéricq en 1886); cela ne suffît pas (quoique Huxley ait à tort prétendu le contraire pour l'ticrevisse) : il faut prendre soin de pincer notablement la patte (ce qui réussit toujours, surtout si l'on appuie assez fort pour écraser la carapace calcaire). Quand la pression est foi'te et subite, très brusque, c'est-à-dire quand l'animal est impressionné à l'improviste, immédiatement il lâche sa patte et se sauve, surtout quand on opère sur la première patte. 2° De plus, il ne faut pas pincer en un endroit quelconque de la patte. La pression sur le dernier article et la moitié externe de Lavant-dernier ne pro- duit absolument rien (cela sans doute parce que Linnervation n'y est que très imparfaite.) [Remarque de H. de Varigny, 1886.] 32 MARCEL BAUDOUIN En tout cas, voici quels arguments on peut mettre en avant pour soutenir cette idée : ce qui revient ici à plaider la cause de Fautotomie, rendue déjà très probable par Fexamen précé- demment fait des Carrasqueha et Zapaiera. 1° L'amputation spontanée de la pince est connue chez les Pagurus Bernhardus (de Varigny, 1886), Prixeraidï^ angidatus^ eicaliidus; et, d'autre part, F. Frédéricq (1886) a écrit : « Les formidables pinces des gros Crabes tourteaux [Plahjcarc'miis pagurus) iombQïii avec la même facilité que les membres grêles des Araignées. » Rien d'étonnant dès lors à ce qu'elle existe pour la patte à grosse pince des Gelasimus. 2° Ce qui doit nous faire admettre que, dans le cas du G. Tangeri, il y a autotomie et non désarticulation^ c'est quïl survit, et que sa patte repousse. S'il survit, c'est qu'il n'y a pas hémorrhagie moîHelle, et par suite probablement pas fracture traumatique, mais bien autotomie, qui, comme on le sait, est le processus hémostatique par excellence chez les Crustacés (Frédéricq) . 3° Chez les Crustacés, la patte de repousse, a dit Frédéricq, « est greffée sur le moignon de V ancienne, au milieu du deuxième article. C'est donc également là que se fait la rupture chez l'animal vivant ». Cette phrase à elle seule prouve que, si chez le Gelasimus Tangeri, il y di repousse (ce qui est indiscutable), c'est que la pince primitive est tombée par ce mécanisme, et non par traumatisme, c'est-à-dire par fracture simple. — La remarque de de Réaumur, précédemment citée, plaide également en ce sens. C'est d'ailleurs M. Chantran qui paraît avoir affirmé le pre- mier que, pour les yeux de l'Écrevisseau moins (1), il est néces- saire, si l'on veut voir la régénération se produire, de laisser subsister la base du pédoncule oculaire. D'après lui, quand \ arrachement est total, il n'y a aucune repousse. Dans ces conditions, comme les récents travaux sur l'ampu- tation spontanée montrent que la repousse des pattes n'a lieu que dans les cas de brisure autotomique, et comme, dans (1) S. Chantran, Expériences sur la régénération des yeux chez les Écrcvisses [C R. Acad. des Se, Paris, 27 janvier 1873 ; An. in Journ. d'Anat. et Phys., 1873, p. 250]. LE GELASIMUS TANGERI 33 l'espèce, les pinces repoussent toujours, il nous semble qu'on est forcé, apostermi^ d'admettre pour le G. Tangeri une.véritable autotomie, provoquée par la prise de l'animal, qu'on tire au demeurant plus ou moins violemment par la pince. Il résulte de cette remarque que les chasseurs andalous utilisent en réalité Y autotomie, qui est, scientifiquement, le phénomène primordial et indispensable pour que la régénération ait lieu. CoNCLUsio2s^s. — C'est, je crois, la première fois qu'une telle utilisation est signalée dans un but commercial et culinaire; et c'est cette constatation qui nous paru présenter un intérêt assez grand pour justifier l'étendue donnée à cette note. Ce mémoire est d'ailleurs destiné surtout à provoquer des recherches com- plémentaires dans tous les points oi^i vit en abondance le Gela- sïmiis Tangeri. De là à songer à une sorte de Carcinocidture (qu'on nous pardonne ce néologisme, qui se comprend de lui-même) dans des parcs ad hoc sur le bord de l'Océan et les endroits propices, — au moins en Andalousie, oi^i la vente des pinces est assurée, — il n'y avait qu'un pas ; et nous l'avions déjà franchi dès 1888. Je suis stupéfait de constater que les Andalous n'y aient pas songé encore! Comment se fait-il que tout ce que nous venons de raconter n'ait jamais attiré l'attention des naturalistes espagnols? Nous avouons ne pas le comprendre ; mais cela tient sans doute à ce qu'ils n'ont pas attribué le moindre intérêt scientifique à cette coutume gastronomique, qui doit pourtant être citée dans des romans ou dans des publications relatives aux traditions locales. Notre ignorance de la littérature « folkloriste » d'Andalousie nous empêche d'aller plus loin dans cette voie; et nous aban- donnons encore ces recherches bibliographiques aux archéo- logues locaux, beaucoup mieux placés que nous pour les mener à bien. ANN. se. NAT. ZOOL. III, 3 ATTITOIS ET fflOlIYlIMTS DES AellIBES ESSAI DE PSYCHO-PHYSIOLOGIE ÉTHOLOGIQUE Par GEORGES BOHN DOCTEUR ES SCIE?iCES, FACULTÉ DES SCIENCES DE PARIS PREMIER MEMOIRE. — FAITS -/ci,, ( ( A. sédentaires [SabcUa, . . .) . Gépiiyriens. Annéiides d'eau douce ou terrestres Oligociiktes. Annélides parasites... Hirudinées. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES AiNNÉLIDES 53 Je montrerai dans ce mémoire que les familles de Polychètes sont souvent caractérisées par un genre de vie spécial. § 2. — Distribution batuymétrique des annélides marins. La distribution des Annélides marins, suivant les profon- deurs, a donné lieu à des controverses ; il en a été de même au sujet de la distribution des Algues; cen'est pas surprenant, car ces deux questions sont connexes l'une de l'autre. C'est ce dont paraît s'être rendu compte Fauvel, qui étudie la distribution des Polychètes sur les côtes de Cherbourg [1900]. « A propos d'Al- gues, je dois faire, remarquer, dit-il, que la théorie classique de la succession graduelle des Algues vertes, brunes et rouges, à mesure qu'on descend du niveau supérieur des marées vers la haute mer, ne se vérifie nullement aux environs de Cherbourg. Ainsi Pelvetia ccmaliculata^ qui est une Algue brune, se trouve à un niveau beaucoup plus élevé que les Ulves, et peut rester plusieurs jours à sec. Dans une même mare, on peut recueillir à la fois des Laminaires, des Cystosira, et beaucoup d'autres Algues brunes, avec des Algues vertes telles qiiUlva, Entero- morplia^ Cladophora^ en compagnie d'Algues rouges : Rhodhy- menia, Nïtophyllum^ Corallines, etc.. Les mares à Lithotham- nii/m, à riche végétation d'Algues de tous les groupes, peuvent exister à un niveau découvrant à toutes les marées, lorsqu'elles sont creusées au sommet de rochers assez élevés. La seule con- dition est qu'elles soient étanches, que l'eau ne vienne pas à s'écouler à mer basse. Ce n'est donc pas l'intensité de la lumière qui intervient dans la distribution bathymétrique des Algues vertes, brunes et rouges. Ces dernières, les formes calcaires spécialement, ontbesoin pour vivre d'être constamment immer- gées. Si des mares étanches leur fournissent ces conditions, elles s'y développent, môme à un niveau très élevé et très éclairé : sur les grèves, où l'eau n'est pas retenue dans des cuvettes rocheuses, elles ne dépassent guère le niveau des très basses mers. Lorsqu'une fissure se produisant permet à l'eau d'une mare à Lithothainnium de s'écouler pendant la marée basse, ceux-ci ne tardent pas à périr ainsi que les Corallines. » Ces faits sont très intéressants et pourront avoir des consé- 34 GEORGES BOHN quences très importantes pour la Biologie marine, à la condition que l'on cherche leur signification. Tout d'abord au lieu dédire que les formes calcaires ne peuvent vivre que dans certaines conditions, il serait peut-être préférable de dire que dans cer- taines conditions d'habitat les Algues se sont mises à sécréter du calcaire. Par conséquent, il serait intéressant d'analyser la succession des phénomènes qui conduit à la calcification et qui est beaucoup plus complexe qu'on pourrait le croire au premier abord : d'autres facteurs que la succession de l'immer- sion et de l'émersion interviennent certainement dans le triage des espèces; je serais assez tenté de croire que le degré de renouvellement de l'eau joue un rôle ca])ital. J'ai attiré l'attention depuis longtemps déjà [1898, aetb, 1899, 1901, a, d, etc.] sur l'existence dans la mer, à diverses profon- deurs, de colonies constituées par des formes spéciales d'Algues et d'Animaux (Crustacés, Annélides...) : — aux environs de Saint-Vaast-la-Hougue, 1° à marée basse, entre les Fucus ser- rât us et les Laminaires, mares à Corallines (C. offlcïnal'is et Janm rubens) ; V à une profondeur de 20 à 25 mètres, parmi les fonds à coquilles d'Huîtres trouées, îlots occupés par des Algues rouges calcaires, les Cro'ix-rouges ou Lithothammwn] — à Cherbourg et en beaucoup de points de la côte de Bretagne, à divers niveaux (le plus élevé, au-dessus des Fucus ou à leur limite supérieure), mares à Lithothamnions ; — à Marseille, l°le long des Iles, au niveau de la surface fibre de l'eau, un « trottoir coralfigène », sorte de bourrelet calcaire formé par des Algues, Melobesia corallma^ LiiJiophyllum incrustans^ L. crïstatum, Am- phiroa, Corallines, au-dessous desquelles se trouvent des Cys- toseires, au miheu desquelles se rencontrent parfois des i)/r/y(9/«, des Halyseris^ etc. ; 2° à 20-25 mètres, en bordure des prairies de Posidonia^ des graviers corafiigènes et à Bryozoaires (Broundo des pêcheurs marseillais). Toutes ces colonies paraissent être en relation avec des acci- dents de terrain, fosses et dépressions, hauts fonds, bordures d'îles, — en des points ayant des orientations déterminées, — accidents qui viennent modifier les mouvements divers qui se . produisent dans la masse d'eau et par suite le renouvcllenieiit du mifieu aquatique. D'une façon générale, Pruvot [1897J avait ATTITUDES ET MOUVEMENTS UES ANxNÉLIDES 55 insisté sur ce fait que les différentes zones bathymétriques ne doivent pas être attribuées uniquement aux différences de temps d'immersion par la marée, car elles se retrouvent, moins nette- ment il est vrai, dans la Méditerranée, malgré l'absence de ma- rées. « Cette cause, toutefois, pour ne pas être unique, n'en a pas moins une très grande importance ; mais il faut y joindre la dis- tribution de la lumière, l'état d'agitation plus ou moins grand, et, par suite, l'état d'aération de la mer et les mouvements plus ou moins violents des eaux. Je ne parle pas de la différence et de la nature des eaux, qui influent sur le faciès dans le sens hori- zontal. » [Ferronnière, 1901.] Ceci explique plus ou moins les accidents locaux de la zone littorale, et aussi ceux des profon- deurs. Les différences dans les mouvements de Veau peuvent entraî- ner des variations chimiques. C'est sur celles-ci que j'ai essayé d'càttirer l'attention dans une série de notes, de mémoires, d'ar- ticles parus depuis 1 898 ; j 'ai constaté en effet que l'eau qui baigne les « colonies coralligènes » a des propriétés toutes spéciales : action colorante sur certains réactifs (phtaléine du phénol, tein- ture de tournesol), action spasmodisante sur les muscles, action sur les cils vibratils. Comment se sont réalisées ces modifications locales de la composition chimique de Veau de mer? Il est difficile de répondre à cette question pour le moment; des recherches expérimentales seraient nécessaires pour se rendre compte de l'influence de l'agitation mécanique de l'eau sur sa composition chimique; j'ai entrevu plus nettement les réactions des orga- nismes vis-à-vis de l'eau de mer : absorption de CO^ par certains organismes, rejet de AzH^ par les Algues rouges, formation de carbonate d'ammoniaque dans les organismes, formation de carbonate de chaux, réactions simultanées dans l'eau de mer.... La faune spéciale des mares à Lithothamnions a été bien décrite par Ferronnière, qui compare la faune des mares de Bre- tagne à celle des mares de Normandie [Caullery etMesnil, 1898] et à celle des trottoirs corafligènes du golfe de Marseille [Marion, 1883], et surtout suit, avec beaucoup de sagacité, l'évolution des faunes des mares supra-littorales ; il distingue : T mares à salure variable, à faune peu riche (Oligochètes, quelques Serpuliens. . .) ; 2'' mares à salure peu variable, à faune d'autant plus riche qu'elles sont plus profondes et plus abritées (Serpuliens, A^ereiy 56 GEORGES BOHN lonfi'ipe.s.Caj/iieUa capiiahi,...) ; quand roaii ost tout à fait ;\ roljscurilé, il se développe de nombreux Spongiaires, où se trouvent diverses espèces d'Annélides, qui ne remontent pas d'ordinaire si haut; 3° mares à Lithotliamnions, caractérisées par l'apparition progressive d'Algues incrustantes; la faune en Annélides est la suivante : Sylmdiens Divers Syllis. r, ( Diverses Eulalia. ( Phyllodoce laminosa (U^es rare). Hésioniens Kefersteinia cirrata (rare). Lycorii»iens Diverses Nereis. ' Pholoe synophlhalmica et minuta (rare). ApiiRoorriENS . . . , ) Pohjnoe fuscesce.ns. \ Sthenclaïs idunae (rare). Si'ioNiDiENS Diverses Polydora. p (^ Dodecaceriaconcharuin. ^ ' " [ Cirratulus filiforinis (?) / Polycirrus hematodes et caliendrum. Térébeluens I Terebella sanguinea. [ Polymnia nesidensis. f Fabricia sabella. ^^ \ Mera pusilla. I Potamoceros triqueter. \ Spirorbis borealis. Il y a des variations avec les saisons, la profondeur, etc. La considération des mares à Lithotliamnions est des plus importantes ; elle nous montre comment un accident local peut venir modifier la distribution bathy métrique des Algues et des animanx, comment des animaux que l'on rencontre habituelle- ment dans les fonds peuvent vivre près de la surface. La distri- bution bathymétrique des Annélides admise par Ehlers [1874J n'est vraie que pour des localités restreintes. Les Annélides se distribuent plutôt par habitats. § 3. — Divers habitats des annélides. Les habitats sont caractérisés, ou bien par le relief environ- nant et la nature de l'eau (mares à Lithothamnions, estuaires saumâtres, marais salants...), ou bien et surtout par la nature du substratum : rochers, sable, vase, zostères, coquilles, tubes. . . ; il y a à tenir compte, — pour les rochers, de leurs cai'ac- tères pélrographiques, de leur dureté, de l'état de la surface, ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 57 des anfractuosités et des fentes, du contenu de celles-ci (limo- neux ou non)..., — pour le sable, du degré de mobilité, de la profondeur, de l'état d'humidité, etc.. Je m'efforcerai dans ce travail de déterminer avec autant de précision que possible les facteurs chimiques, mécaniques et physiques, qui caractérisent les divers habitats. § 4. — Divers genres de vie. x\ux divers habitats correspondent divers genres de vie : vie errante parmi les rochers, vie nageuse,... vie migratrice dans le sable, vie fouisseuse proprement dite, vie tubicole, vie com- mensale, vie dans les coquilles...; ce premier mémoire, com- prenant les faits, sera en somme un exposé de Véoolulion de.s genres de vie et des modes de locomotion. III ANNÉLIDES ÉTUDIÉS LOCALITÉS DANS LESQUELLES ILS ONT ÉTÉ ÉTUDIÉS Voici la liste des espèces sur lesquelles ont porté mes obser vations : Syludiens 1 . 'èijllls (Divers). i2. Eulalia viridis Mùller. 3-4. Eulalia (Deux auU^es espèces). 5 . Phyllodoce laminosa Sav. \ 6. Eteone foliosa Qîg. .,.,,, ( ''• ^f6/"6''si^^""<ï cirra^a Kef . ( 8. Ophiodromus flexuosus D. Ch. (9. Lipephile cultrifera Gr. 10. Nereis pelagica L. 11 . PraxUhea irrorata Mgr. ^.^w.,..-.,:,.,a , -, r ^- n •(■■AI? 12. Leontis Dumenla A. t,. 13. Hediste diversicolor MûUer. 14. Nereilepas fucata SsiY. 15-17. Harmothoe (Trois espèces). 18. Nychiacirrosa Pallas. 19. Lagisca extenuata Gr. Apiiroditiens l^^- Polynoe scolopendrina Sav. 21 . Lepidonotiis squamalus L. 22. Aphrodite aculeata L. 23. Sigalion squamatum D. Ch. 24. Sthenelaïs idunse Rathke. 58 GEORGES BOHN 2y 26 EUNICIENS <| 27 /28 29 ( 30 Spiomdiens < 31 ( 32 ; 33 Nepiithydiens -34 { 35 Glycériens ] „_ , 38, Ariciens I 39, ( 40. AuÉNICOLIENS 41 . ,' 42. Maldainiens ,43. ( 44. Capitelliens 45. Opiiéliens 46 . Sabellariens 47. Flabelligériens. . . 48. Cirratuuens \ ^r^' f 50. Amphicténiens.. . . . 51. 52. 53. Térébelliens - natation) . L'agita- tiou de l'eau peut entraîner l'un ou l'autre effet (arrêt ou natation). L'excitation lumineuse agit de même : sous l'influence d'une augmentation de l'intensité de l'éclairement, la région anté- rieure s'allonge et se raccourcit alternativement, se dirige dans de multiples directions (comme si elle était à la recherche de de quelque chose), les contractions musculaires étant plus énergiques ; il en est de môme au niveau des segments posté- rieurs et les ondes qui s'y forment ont une plus grande lon- gueur et une plus grande amplitude ; les mouvements de rep- tation et les mouvements de natation se font plus vite et avec moins de régularité. Si l'éclairement ne porte que sur ANN. se. NAT. ZOOL. III, 5 66 GEORGES BOHN runo (les extrémités, Feffet est plus net, la reptation ou la natation l'emportant. Sur un fond non uniformément éclairé, VËulalïa, k la limite de séparation de Fombre et de la lumière, recule si elle se dirige vers la lumière (ondes interférantes), accélère son mouvement si elle se dirige vers l'ombre (raccélération commence à 1 centimètre avant la li- mite de séparation, les ondes postéro-antérieures devenant plus intenses) ; dans l'ombre le mouvement se ralentit (par- fois arrêt, repos); dans la lumière, il s'accélère (->- nata- tion). Résumé. EXCITATION. PORTANT SUR LES SEGMENTS PORTANT SUR LES SEGMENTS ANTÉRIEURS. POSTÉRIEURS. 1. Excitation mécani- Rétraction du-\Chang* de rableounon./ sens. Ondes p. a. i Augmen- que. plus intenses/ tationde Ondes interfé-( Arrêt, rentes (a. p.) Recul. etp. longues. ; vitesse. Excitation lumineuse. 2. Augmentation de Vè- clairement. a. Lumière à" dis- tance. Rétraction. )... Ondes interfé- oS rentes (a. p.). )"^^"^- 6. Dans la lumière Mouvements de repta- Ondes p. a. plus intenses même. tion plus intenses. et plus longues. Augmentation de vitesse, si les deux mouvements ne se contrarient pas. || 3. Diminution de Vè- clairement. a. Ombre à dis- Ondes poster. \ Augmen- tance. plus intenses/ talion de etp. longues.) vitesse. 6. Dans l'ombre Mouvements de reptation Ondes p. a. moins in- même. moins intenses. tenses et plus courtes. Diminution de vitesse. La lumière a sur l'Annélide deux sortes d'effets : des elfets toniques (ô), et des effets tropiques [a); dans ce dernier cas une tache lumineuse ou une tache d'ombre semble être perçue à distance : les mouvements se renversent ou bien augmentent ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 67 de vitesse, et le Ver recule, fuyant la lumière, ou se précipite dans l'ombre. Étude des Eulalia littorales à corps grêle et long. — Les Eulalia recueillies dans les rochers qui ne découvrent que dans les grandes marées (1 ou 2 fois par quinzaine) sont impres- sionnées surtout par les excitants mécaniques et peu par l'exci- tant lumineux. Dans l'habitat normal, la marche est constam- ment thïgmo tac tique. Au repos, même sur une surface plane et unie, le corps est contourné, sinueux, comme à la surface des rochers. L'excitation due à l'agitation de l'eau et celle due à l'augmentation de l'éclairement n'entraînent plus, comme dans le cas précédent, des mouvements coordonnés des divers segments (marche rapide, natation, modes de locomotion d'ailleurs inutiles et dangereux). Si l'on soumet les Eulalia des niveaux inférieurs à ces excitations, on n'obtient que des mouvements désordonnés. La lumière a un effet tonique^ exci- tant : le corps se contourne irrégulièrement ; parfois, tandis que l'extrémité antérieure exécute des mouvements de reptation désordonnés, l'extrémité postérieure s'enroule en hélice (fig. 3), dans quelques cas, le corps presque tout entier subit cet enrou- lement. A la limite de l'ombre et de la. lumière, on n'observe aucun effet tropique : si les contournements du corps font péné- trer par hasard l'iVnnélide dans l'ombre, «//rè^ un repos plus ou moins prolongé , celle-ci reprend la marche thigniotactïque\ mais elle peut rester très longtemps dans la lumière, où, après une période d'excitation en général assez longue, la fatigue se manifeste; si elle est dans l'ombre, elle peut repasser dans la lumière. Etude, à divers niveaux, de Y Eulalia viridis (corps grêle et long). — h' Eulalia viridis offre la particularité intéressante de vivre, en grande abondance, à tous les niveaux, et, par consé- quent, elle permet de se rendre compte d'une façon très nette de l'influence de l'habitat. Gomme les précédentes, elle est très thigmotactique. Le corps est étroitement appliqué sur les rochers ; comme il est assez long, il peut se trouver à la fois sur plusieurs faces différem- ment orientées, en sorte que diverses régions du corps peu- vent être tordues les unes sur les autres ; sur une surface plane 68 GEORGES BOHN et unie, le corps adhère très bien et se déplace suivanl une ligne exclusivement contournée (fig. 4) et même certaines ré- gions du corps peuvent tourner sur leur axe par rapport aux voisines. Le tbigmotactisme explique les migrations de ces animaux : en suivant les parois rocJieuses et se laissant guider par des sensations tactiles, ou bien ils peuvent descendre à d'assez grandes profondeurs (aquariums), ou bien ils peuvent sortir de Feau et se promener même le long des parois verticales humides, en décrivant toujours des sinuosités. L'Eulalia viridis peut subir Finfluence de la lumière, mais, sauf chez certains individus supra-littoraux, les moiivcmenls provoqués par cet agent physique sont désordonnés. Une aug- mentation d'éclairement excite l'Annélide qui subit des con- tournements variés, mais au bout d'un certain temps la fatigue survient et se manifeste par un entortillement ïrréfjuVier du corps sur lui-même] cet entortillement se produit instantané- ment si l'on fait passer brusquement le Ver d'une lumière vive dans l'ombre : la fatigue provoquée par l'excitation lumineuse ne devient apparente que lorsque l'excitant dispa- raît (fatigue latente et fatigue manifeste). Un certain nombre d'excitations sont capables de déterminer le déroulement du corps d'autant plus facilement que celui-ci a duré ([uelque temps (repos); ce sont: \° l'agitation de l'eau (l'extrémité antérieure se met à ramper jusqu'à ce qu'elle ai-rive dans un endroit tranquille) ; 2" une pression exercée par un caillou, par exemple, sur une région quelconque du corps (l'extrémité antérieure se met en mouvement, même si le caillou repose sur les segments moyens) ; T une augmentation brusque d'éclairement. Le Ver excité par la lumière se repose quand il pénètre par hasard dans une ombre : dans un vase dont une partie est éclairée et dont l'autre partie est dans l'ombre, les Eulalia viridis ne tardent pas à se rassembler dans l'ombre, mais cela n'a pas lieu forcément; j'ai montré qu'il n'y a pas là photola.rie [1903, f]. Cependant on obse]"V(; chez cer- tains individus supra-littoraux des mouvements coordonnés ; quelquefois, lorsque ]a tèlc arrive à ([uelques millimètres d'une ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 69 ombre, les mouvements deviennent plus réguliers et le Ver se dirige nettement vers l'ombre. Résumé. 1 . Influence de la lumière. ( 1" Mouvements désordonnés. a. Lumière vive ] 2" (Au bout d'un certain temps) entor- ( tillement de la fatigue. b. Obscurité Mouvements tliigmotactiques. c. Diminution brusque d'é- ( Entortillement (fatigue latente se ma- clairement ( nifeste) . d. Augmentationbrus([ued'é- S Déroulement, si repos; ou excitation des clairement < mouvements, si marche. ( Parfois mouvements coordonnés vers e. Limite lumière et ombre. . ] Fombre, chez individus supra-UUo- ( vaux. 2. Influences mécaniques. Agitation de l'eau ) ^Î^ÎSir ( ^^i-ant intensité. Pression DéroulemenL Les mouvements perdent facilement leur coordination : les sensations de contact et de pression sont les véritables guides de l'animal ; la lumière fatigue très rapidement ces Annélides, qui vivent dans les anfractuosités des roches à l'abri de la lumière. Etude de Y Eteone foliosa . — Ce Phyllodocien a un habitat assez particulier : il vit surtout dans les endroits où l'eau est courante à mer haute, à la partie superficielle cVun sable meuble; il se trouve fréquemment en compagnie des Glycera convoluta et des Nephthys cpeca. Il s'insinue dans le sable grâce à un mouvement ondtdatoire qui parcourt tout le corps d'arrière en avant, et qui est constitué par une multitude d'ondes de très faible longueur et de très faible amjjlitiide. Quand il est posé sur le sable, la région antérieure seule entre d'abord en activité ; le mouvement ondulatoire, d'abord limité à Favant du corps, s'étend progressivement vers l'arrière, ou plus exac- tement : les oncles se propagent toujours d'arrière en avant, mais le point de départ recide progressivement. La marche est assez rapide ; la trajectoire légèrement ondidée (fig. 5). Si l'animal quitte le sable, il se trouve exposé à l'agitation de l'eau et à la lumière et le corps se contourne ; \\ s'enroule et se déroule alternativement, comme dans le cas de VEulalia viridis ; 70 GEORGES BOHN mais ces mouvemenls allernaiïfs cV enroule ment et de dérouleinenl .se sont coordonnés : ils se succèdent rapidement et intéresseul successivement, toujours dans le même ordre, les diverses régions du corps : ils produisent la natation. Celle-ci est des plus curieuses et rappelle celle des Glycôres : une boucle hélicoïdal; se propage d'une extrémité à l'autre du corps (fig. 5) ; j'étudierai cette natation avec celle des Glycères. Conclusions relatives aux Phyllodociens (1). — Les Phyl- lodociens sont particulièrement intéressants au point de vue auquel je me suis placé, parce que : 1° le corps, composé d'un nombre très variable de segments, est d'une homogénéité par- faite ; V ils habitent dans les diverses zones bathymétriques, au milieu des rochers et rarement dans \e i^- m. natatrice-^ nata- ( tion. „™ . ^ Reculs vis-à-vis de la lumière. Ltlets tropiques ^ Mouvements ondulatoires vers les ombres. b) Si le Ver n'est pas habitué à ces contrastes, la lumière, par son effet tonique, détermine des mouvements d'autant plus irréguliers que le corps est plus long, et une fatigue qui se manifeste au bout d'un certain temps par un entortillement ou un enroulement hélicoïdal ; ceux-ci se produisent presque infailliblement quand le corps de TAnnélide passe delalumière dans l'ombre, c) Si le Ver vit dans le sable, près de sa surface, les mouvements irréguliers se régularisent pour la natation. Ainsi la lumière semble présider quelque peu à l'évolution des modes de locomotion. - §2. — Hésioniens. Les Hésioniens offrent de grandes affinités a\ec lesSyllidiens et les Phyllodociens d'une part, avec les Néréidiens d'autre part. Je n'ai étudié que deux formes assez différentes l'une de l'autre : 1° Une forme grêle, vivant dans les rochers, la Kefer- steinia cirrata Kef. ; V une forme trapue, vivant dans la vase, V phiodromus flexuosus D. Ch. Étude de la Kefersteirna cirrata Kef. — Voici, d'après de Saint-Joseph [1888], quelques-uns de ses traits caractéristiques. « Elle a 1 centimètre de long, 36-40 segments en tout, le corps fragile et presque incolore, la tête à peu près carrée, avec une 72 GEORGES BOHN paire d'antennes et une paire de palpes, deu.r jiali-es cti/eiii\ dont les deux antérieurs beaucoup plus gros et seuls munis de cristallins... La tête est entourée par 8 paires de cirres tentacu- laires, minces, longs, articulés, naissant dans les premiers segments qui sont très étroits».. Les segments, bien détachés les uns des autres, ont un long cirre distal mince, à la base duquel sont placés des acicules droits, ce qui indique une rame siijte- rieiire rudïmeniaire... De la rame supérieure sort un éventail de 20 soies. » Les Keferstehiïa se trouvent, d'après de Saint- Joseph, assez communément dans les dragages, mais à la pointe de Saint- Jacut je les ai trouvées en abondance dans la zone des Balanes, sur les cailloux et dans les mares que laisse la mer en se retirant; à Saint- Vaast, M. Malard en a trouvé parmi les Balanes également, dans le détroit du Rhun. J'ai étudié seulement les Kefersteinia supra-littorales. Or, ces Kefersieinia se comportent exactement comme les Eulalia de 63 segments que l'on trouve dans le même habitat. L'allure est sensiblement la même, la structure aussi. GesAnné- lides marchent et nagent : dans la marche, les mouvements de i-eptation des segments antérieurs sont accompagnés d'ondula- tions un peu irrégulières qui se propagent d'arrière en avant ; dans la natation, les ondulations, plus régulières, sont plus accentuées. Ces Annélides offrent une grande semibilité aux variations de Véclairement\ si l'intensité lumineuse augmente, les ondes s'accentuent ; si une ombre se trouve à une distance comprise entre quelques millimètres et un centimètre, les ondes s'accentuent aussi, la région antérieure s'orientant veis l'ombre, et le Ver se met à nager vers celle-ci ; résultat ana- logue si l'on projette une ombre même légère sur les yeux de rAnnélide;dans les creux mêmes des rochers, les plus miuim<'s variations de l'éclairenient déterminent l'effet tonique et Teffet tropique. Quand on les excite mécaniquement, les Keferstemïa se replient irrégulièrement. Étude àeVCphiodromus flexuoms D. Ch. — Cet Annélide, assez commun, a reçu des noms variés et a été placé dans divers genres, Nereis flexuosa D. Ch. (1821), Oxydromus fasàalus Grube (1855), Step/tania flexuom dp. (1870), Podarhc flexuosa M. et B. (1875), Si. flexuosa Panceri (1875), Opirw- ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANiNÉLIDES 73 dromu>: /ie.T u oms Marenz (1875). Giard [1886], qui donne cette synonymie, a fourni de curieux détails sur ce Ver et sur deux espèces voisines : VOpliiodromus vïttatus Sars (1862), des côtes de Norvège, et VOphiodromus Hermanni Giard (1882), trouvé par lui aux Glénans. La première espèce, mise en doute par Marenzeller, est admise par Grube : elle différerait surtout de VOphiodromus flexuosus par la coloration ; on la trouverait à Roscolf, mais de Saint-Joseph doute que ce soit bien elle. De Saint-Joseph [1888 et 1898] a trouvé YOphiodronius flexuosus une seule fois aux environs de Dinard, dans le sable vaseux sur la plage de Saint-Enogat, et une seule fois aux environs de Concarneau (cap Coz) dans une galerie creusée par une Synapta. D'après Giard, il a été trouvé par Claparède dans les sillons ambulacraires de YA.stropeclen aurantiacus où il accompagne souvent YAcholoe astericola, et par Grube et Marenzeller dans les mêmes conditions sur les A. aurantiacii.s. platyacani/im, et sur la Luidia cMiarïs. Il est donc en général commensal des Échinodermes ; or, précisément, VOphiodromus Hermanni est commensal d'un animal apparenté aux Échino- dermes, le Balanoglossus Rohini (var. du B. dmïger). Giard à ce sujet fait la remarque suivante : « Les Astéries et les Balanoglossus ont des sécrétions si particulières et d'autre part la ressemblance entre St. flexuosa et St. Hermanni est si grande que je n'ai pu m'empécher de trouver dans l'éthologie de ces deux Annélides un argument de plus en faveur de la parenté des Entéropneustes et des Échinodermes». Pendant les mois d'août et septembre 1903, j'ai trouvé VOphiodromus flexuosa en excessive abondance dans la vase des Zostères, k la Colombière et aux Ehbiens, dans les environs de Saint- Jacut ; je l'ai trouvé le plus souvent dans les galeries de la Terebella Edwardsi, étroitement appliqué contre le corps de cetAnnélide, mais je l'ai trouvé aussi dans des tubes de Clymene lumbricoides. Il semble que l'Hésionien, qui est un excellent nageur, doive quitter fréquemment les galeries habitées pour rentrer dans d'autres galeries un peu au hasard des circonstances. Les observateurs avaient été frappés depuis longtemps par ses mouvements très vifs et serpentiformes. L'ornementation, fort jolie et très caractéristique, semble 74 GEORGES BOHN rtre corrélative du mode de mouvement. Je rappellerai que chez d'autres auimaux, quand les mouvements sont serpenti- formes, le corps présente souvent de distance en distance des bandes transversales colorées d'une façon particulière : certains Poissons, Serpents, Iguanes... Ici chaque anneau présente sur un fond vert-olive des stries et taches d'un bleu clair formant un élégant dessin ; de distance en distance, ce dessin bleu s'altère et des taches de même couleur empiètent sur ]e fond vert, ^en sorte que tout l'anneau paraît sous l'aspect d'une bande transversale bleu prde ; ce sont les anneaux : Max 6 __10 ^15 ^33 2 7 _JA _ 33 'ir, 37 ■i 4 7 -.i ;.! 1 1 1 le maximum de modification de coloration correspond à l'anneau 23 : à partir de celui-ci en allant, soit vers l'avant, soit vers l'arrière, les bandes s'affaiblissent et se rapprochent (comme l'indiquent les chiffres inscrits en dessous = nombre des anneaux intermédiaires) . Ce qui semble prouver que Yornemenlation e^t fonriïon en quelque sorte de la locomotion^ c'est que la longueur des ondes correspond à ces écarts. Sans doute, par suite du genre de vie (galeries dans la vase), les Opldodromus ressemblent beaucoup à des Néréides. Giard en trouvant VOphiodromus Hermanni l'avait appelé Anoplo- nereis^ et déjà avant lui Délia Chiaje avait désigné notre Ophiodromus fle.xuoms sous le nom de Nereh flexuma. Mais Giard avait tout de suite reconnu que l'Annélide trouvé n'avait aucun des caractères essentiels de la famille des Lycoridiens. Il signale les affinités des Ophiodromus et des Podarke. « Ces derniers ont toutefois, d'après Ehlers, wwo. démarche bien d'tffé- rente qm tient peut-être à leur petite taille. Ils nagent en ligne droite au lieu de présenter les mouvements serpentiformes des Ophiodromus. De pins, les pieds présentent un petit groupe de soies simples à la base du cirre dorsal. Ce groupe de soies simples correspond évidemment, disent Marion et Cobret- sky, à une rame dorsale atrophiée ou en voie de formation ; aussi sommes-nous disposé à rapprocher des Podarke (exclus P. agilis Ehlers) le Stephania flexuosci de Claparède, qui possède ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 75 le même nombre d'appendices antérieurs, dont le faciès rappelle d'une manière étrange l'une des espèces du genre d'Ehlers, mais qui porte une véritable rame dorsale de soies simj)les : on peut considérer cette rame comme une exagération du faisceau dorsal des Pof/rt/'Ae et il conviendrait peut-être de n'employer le terme Stephania ({wq pour désigner une section du groupe... » Il y a là des considérations du plus haut intérêt au point de vue de l'évolution des modes de locomotion et des organes loco- moteurs. On va voir en effet chez les Néréidiens, qui vivent fréquemment dans des tubes cylindriques, le développement parfait des 4 parapodes, sous l'influence sans doute d'excitations mécaniques répétées'suivant diverses génératrices. Les Stepha- nia ne seraient que des Podarke adaptés à la vie dans des tubes cylindriques, et ayant acquis, avec le genre de vie, l'allure des Néréidiens et quelques-unes de leurs particularités morphologiques. Voyons les modes exacts de locomotion de VOphiodromvs flexuosus. Cet Annélide peut marcher contre une paroi grâce aux ondulations de son corps qui entraînent le balancement des parapodes ; la reptation est réduite au minimum ; les ondes, latérales, progressent habituellement d'arrière en avant, mais elles peuvent progresser en sens inverse et l'animal marche alors à reculons ; c'est là une particularité que présentent beaucoup d'Annélides commensaux. Si, pendant la marche normale, on excite les segments antérieurs, le Ver recule et peut faire ainsi un assez long trajet, les ondes se dirigeant vers l'arrière ; par- fois le corps se fléchit sur lui-même et l'animal se retourne. Si, au contraire, on excite les segments postérieurs, les ondes normales acquièrent une plus grande amplitude et la vitesse de propagation augmente. L' Annélide] peut alors se mettre à nager et en général il se renverse : le ventre est dirigé en haut contre la surface de l'eau ; si en nageant le Ver vient ])utter contre un obstacle, il rebondit en quelque sorte et se met à nager en sens inverse, ou bien il se retourne. Cette natation est très remarquable ; eUe a attiré l'attention des divers obser- vateurs. Au sujet de YOphiodromus vifta/as, Grube s'exprime ainsi : a II nage très rapidement en serpentant, comme je l'ai observé également pour VOxydromus fasrialas^ et même peut 76 GEORGES BOHN s'élancer hors de Teaii contre les parois du vase où on Fa placé. » La lumière exalte les mouvements de natation ; mais on n'observe aucune réaction bien nette à la liniit(3 de Fombre et de la lumière, aucun mouvement dirigé vers Fombre ou la lumière. Conclusions. — Les Hésioniens constituent en quelque sorte des formes intermédiaires curieuses entre les formes d'Annélides que Fon considère comme les plus primitives et des formes plus spécialisées telles que les Néréidiens que je vais étudier, V LYCORIDIENS Gr. (NÉRÉIDIENS Qfg.) Les Lycoridiens ou Néréidiens, un peu plus spécialisés que les Annélides précédents, otïrent un intérêt plus grand encore. Comme les Phyllodociens, ils ont un corps homogène, et ils ha- bitent dans les diverses zones bathymétriques, — contrairement à eux, ils s'adaptent aux habitats les plus variés : rochers (fentes et anfractuosités), pierres (interstices), vase des zostères, sable vaseux du littoral, eaux saumâtres, coquilles... et, subissant les influences saisonnières et celle des gonades, ils perdent leur homogénéité et prennent la forme hétéro-néréidienne. Grâce à eux, on peut se rendre compte d'une façon très nette de /'m- fhience des habitats et de Vinfluence des saiso7is sur les Annélides. Constitution. — La constitution desLycoridiens ofï're de gran- des analogies avec celle des Phyllodociens. J'insisterai sur les caractères différentiels. Le nombre des segments varie dans des limites plus étroites, et, en général (espèces indigènes), ne dépasse pas 140. Les parapodes, au heu d'être uniramés, sont le plus souvent biramés, chaque rame étant garnie de soies composées et d'un acicule ; au-dessous de la rame ventrale se trouve un cirre, au-dessus de la rame dorsale un autre cirre. La différenciation de cet appared locomoteur est ici remar- quable, et elle offre des variations suivant les espèces, et dans nne espèce suivant les individus, et dans un même individu suivant les régions et les périodes de l'existence (forme sexuelle) ; ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 77 ces variations portent, d'après de Saint-Joseph, sur le plus ou moins grand développement de la languette dorsale des pieds, ou sur le nombre des languettes de la rame dorsale, ou sur la position plus ou moins terminale occupée par un cirre dorsal au- dessus de la languette supérieure de la rame dorsale et sur la forme des soies. Certains auteurs ont essayé d'établir, mais sans grand succès, une classification des Lycoridiens sur ces varia- tions (1) : dans certains cas, cependant, elles peuvent consti- tuer de bons caractères spécifiques. La tète est munie de 4 yeux, 2 antennes, 2 palpes assez gros ; le segment suivant porte 4 paires de cirres tentaculaires. Les formations ciliaires paraissent moins importantes, mais, en revanche, le système musculaire est très développé : le corps est toujours vigoureux. Différenciations générique et spécifique. — Le nombre des espèces indigènes est assez restreint ; les caractères sont assez tranchés pour que l'on ait créé presque autant de genres et de sous-genres que d'espèces. A Saint- Vaast, localité clas- sique pour les Annélides, Keferstein, Claparède, deQuatrefages, Grube, de Saint-Joseph, Fauvel [voir Fauvel, 1896] ont trouvé à eux tous 13 espèces que l'on répartit dans 9 genres et sous-genres; les plus communes appartiennent au genre Nereis Cuv. et à 6 sous-genres; ce sont : Leontis Dumeriiù \. E. , Lipephïle cuUnfera Gr. , Praxitkea irrorata Mgr. , Nereis pela- gicah. {=N. procera Ehl.), Nereilepas f'ucata 'S^y., Hedis/e diversicolor MiUler. Chez toutes, d'après le Traité de Zoologie de Ed. Perrier, les pieds sont biramés avec 2 languettes supérieu- res et 1 inférieure, et les cirres sont simples. Chez les Leontis^ les paragnathes cornés ont une disposition pectinée ; chez les autres, les paragnathes, séparés et coniques, ontdes dispositions variables que l'on doit examiner avec soin lorsque l'on fait de la spécification. La différenciation des parapodes entre également en ligne de compte; voici, toujours d'après Ed. Perrier (J'rrt/Vr' de Zoologie)^ les particularités les plus intéressantes au point de vue de ce travail. (1) La meilleure classification parait être celle de Kinberg; elle est faite au moyen des paragnathes; tous ces Annélides ont en effet une trompe exsertile armée de dents et de denticules. 78 GEORGES BOHN ' Rame supérieure des pieds grandissant i^raduelle- Leontis {Dimerilii) ment d'avant en arrière, et arrivant à dépasser ( l'inférieure. Lipenhile icuUrifcra] .... Tous les pieds semblables. llame supérieure sensiblement plus longue que Praxithea {irrorata) l'inférieure. [ Pieds se modifiant légèrement d'avant en arrière. (, Languette supérieure de la rame dorsale plus Nereis {procera) , grande que les autres . . Dans uue grande partie du corps, languette supé- Nereilepas [fucata) rieure de la rame dorsale, soit brusquement, ( soit graduellement, plus longue que les autres. „ ,. , ,. . , v i iVerei/epas à rames dorsales égales, divisées en trois Hedtste{diversicolor).... | i^^^^g^g^t^g. Habitats et genres de vie. — Les habitats, je l'ai déjà dit, sont variés; mais, en général, à chaque espèce, du moius daus une localité, correspondent un habitat et un genre de vie bien caractérisés. Les LipepJdle cultrifera^ cependant, paraissent assez vaga- bondes. Je les ai trouvées fréquemment parmi les rochers, dans les fentes, les interstices, les cavités à divers niveaux (Saint- Vaast, Saint-Jacut) ; d'après Ferronnière, on les trouverait dans les mares à Lithothamnions avec diverses autres Néréides [N. longipes . . .) . Mais je les ai trouvées aussi dans la vase des zostères. La couleur, les^allures changent avec les habitats, ce qui explique les dénominations nombreuses que cet Annélide a reçues [Nereis margaritacea M. Edw.,- N. Beaucoudrayi Kef., N. cœrulea Johnston, N. bilineata Qfg., N. fulvaQï^.^ N. cenli- labrimi Qfg...); souvent la teinte est verte. La Nereis pelagica^ plus rare, vit fréquemment aussi sous les pierres, mais plutôt à des niveaux inférieurs; on la trouve aussi dans les crampons des racines de Laminaires et dans le sable caillouteux. La Praxithea irrorata vit en abondance dans le sable vaseux des zostères, quelquefois en compagnie de la LipepJiile cultrifera. On la distingue de cette dernière espèce par la distribution des dents et denticules et par l'aspect : rouge brique, piqueté de blanc (glandes), corps moins cyhndrique, partie postérieure fragile, cirres tentaculaires longs [de Saint-Jose|)li, 1888]. ('et Annéhde se trouve dans la vase dans des conditions mécani(jues toutes spéciales : il vit do.ns un tube qu'il sécrète rapidement ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 79 et y progresse; en aquarium, ce tube peut se fixer sur les parois de verre, sur les Algues ; dans la nature, il se fixe parfois sur des cailloux ou des Algues. D'après de Saint-Joseph, il en serait de môme pour IdiLeoniis Bumerilii, qui, aux environs deDinard, est ramenée en abon- dance par le chalut (T-S"") et par la drague, mais qui est exces- sivement rare sur le rivage. On la trouve parmi les touffes de Bytiphlsea^ auxquelles adhère son tube membraneux et trans- parent. Enfin, l'habitat est tout à fait déterminé pour les deux der- nières espèces. h'Hediste f/?i'emco/or vit dans des galeries creu- sées dans la vase et qui viennent s'ouvrir verticalement au dehors, à la limite supérieure de la zone supra-littorale, dans de l'eau plus ou moins saumâtre. La Nereilepas fucatciQ'ai la commensale bien connue des Bernard-l'Ermite. Mécanismes locomoteurs et respiratoires des Lycori- dieiîs. — Chez les Néréides ^ les mouvemenis ondulatoires sinusoï- daux jouent un rôle capital. Ils peuvent se produire dans deux plans différents, comme je l'ai signalé déjà chez quelques Phyllodociens : dans le plan sagittal et dans le plan perpen- diculaire qui sépare la région dorsale de la région ventrale. Les mouvements sinusoïdaux qui ont lieu dans le plan sagittal ne se produisent que quand l'animal est en repos ; ils ont lieu d'avant en arrière et sont de faible amplitude ; ils sont limités à une région du corps et n'ont qu'une durée temporaire; la fréquence et l'intensité varient avec l'habitat et le degré de pureté de l'eau; je leur attribue un rôle respiratoire. Les mouve- ments sinusoïdaux qui ont lieu dans le plan séparant la région dorsale de la région ventrale déterminent en général la loco- motion ; ils se propagent d'arrière en avant et, dans certaines circonstances, ensens inverse ; ilsont, en général, une plus grande amplitude ; ils intéressent la presque totalité du corps et durent autant que la locomotion qu'ils déterminent ; leur inten- sité varie avec l'état mécanique de l'eau et l'éclairement. La marche et la natation sont en général sous la dépendance des mouvements ondulatoires latéraux. Dans la marche, l'amplitude et la longueur des ondes sont très faibles ; leur propagation entraîne un balancement inces- 80 GEORGES BOHN sant Ao.s piirapode.s : ceux-ci, en venant s'appuyer sur les [)arois du tube et de la fente où se trouve rAnnélide, servent en quel- c{ue sorte de leviers propulseurs. Par suite, en généralles mouve- ments de reptation n'ont plus qu'un rôle tout à fait accessoire : MOUVEMENTS SINUSOÏDAUX UESPIRATOIRES. MOUVEMENTS SINUSOÏDAU.X LOCOMOTEURS. Pendant le repos. Dans le plan sagittal. Sur une région limitée du corps. D'avant en arrière. Durée temporaire pendant le repos. Intensité et modalité variables avec l'habitat et l'état chimique de l'eau. Pendant la locomotion. Dans un plan perpendiculaire au plan sagillal. Sur la presque totalité du corps. D'arrière en avant; renversements possibles. Durée totale de la locomotion. Intensité et modalité variables avec l'état mécanique de l'eau el l'é- clairement. toutefois, chez les Néréides qui vivent dans les rochers [Liep- pliile cultrifera) les segments de la région antérieure peuvent subir des allongements et des raccourcissements, des flexions, parfois des rotations autour de l'axe, et, prenant appui sur le support, traîner derrière eux le reste du corps. On peut dis- tinguer chez les Néréides trois sortes de marches : T la marche thigmotactique (sur les rochers), dans laquelle la région anté- rieure rampe, le corps ondulant légèrement; 2° la marcJie pédieuse (dans les tubes et les fentes), dans laquelle le balance- ment des parapodes sous l'influence de l'ondulation du corps détermine la progression; 3° la marche natairice (sur les fonds lisses), dans laquelle la propulsion sur le fond est détermi- née presque uniquement par les ondes, plus amples et plus longues. Dans la natation, la progression des ondes développe seule la force propulsive, l'amplitude et la longueur des ondes deve- nant très grandes. Mais il y a des variations. Si beaucou]) de Néréides présentent un mouvement serpentiforme bien net, les IJepjphile cultrifera^ qui n'ont pas la marche natairice, ont une natation bien particuhère : le corps, courbé en S (fig. 6) et légè- rement tordu autour de l'axe longitudinal (fragment d'hélice). Oscille légèrement autour de cet axe, un peu à la façon d'une MASSON ET C'\ EDITEURS LIBRAIRES DE l'aCADÉMIE DE MÉDECINE — 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS (VI^ NOUVELLE PUBLICATION. ANNALES DE PALÉONTOLOGIE PUBLIEES SOUS LA DIRECTION Marceîlin BOULE PROFESSEUR DE PALÉONTOLOGIE AU MUSÉUM NATIONAL d'hISTOIRE NATURELL! Les Annales de Paléontologie paraissent tous les trois mois dans le format in-4 carré. — Les 4 fascicules annuels forment un volume d'au moins 20 feuilles in-4 et 20 planches. Des clichés dans le texte, schémas au trait, reproductions de fossiles en phototypie compléteront l'illustration. ABONNEMENT ANNUEL : Paris et Départements. . 25 fr. — Étranger 30 fr. Sommaire des Fascicules I et II (Janvier igo6) Fossiles de Patagonie. — Les Attitudes de quelques animaux, par Albert Gaudry. Paléontologie de Madagascar. \. — Fossiles de la Côte orientale, par M. Boule et A. Thevenin {avec 2 planches). IL — Sur Quelques Gisements nummulitiques de Madagascar, par Robert Douvillé {avec ■/ planche). Les Grands Chats des cavernes, par Marcellin Boule {avec 4 planches). Types du Prodrome de Paléontologie stratigraphique universelle de d'Orbigny {avec 2 planches). TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE CAHIER Le Gelasimus Tangeri, crustacé d'Andalousie, par le D'" Marcel Baudouin. CoRBEii.. — Imprimerie Ed. Crété. 8r ANNÉE. — IX^ SÉRIE T. III. N°^ 2, 3 et 4. ANNALES SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE COMPKEN ANT L'ANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DÉS ANIMAUX PUBLIEES SOUS LA DIKECTION DE EDMOND PERRIER TOME 111. — N«^ 2, 3 et 4 PARIS xMASSON ET C^ ÉDITEURS LIBRAIRES DE l'aCADBMIE DE MÉDECINE 120, BOULEVARD SAINT-GEKMAIN (Vl«) 1906 • Paris, 30 fr. — Départements et Étranger, 32 fr. Ce cahier a été publié en mars 1906. i Les Annales des Sciences naturelles paraissent par cahi^çs mensuels. %. Conditions de la publication des Annales des sciences naturelles NEUVIÈME SÉRIE BOTANIQUE Publiée sous la direction de M. Ph. Van Tieghem. L'abonnementest fait pour 2 volumes gr. in-8, chacun d'environ 400 pages, avec les planches correspondant aux mémoires. Ces volumes paraissent en plusieurs fascicules dans l'intervalle d'une année. ZOOLOGIE Publiée sous la direction de M. Edmond Pbrrier. L'abonnement est fait pour 2 volumes gr. in-8, chacun d'environ 400 pages, avec les planches correspondant aux mémoires. Ces volumes paraissent en plusieurs fascicules dans l'intervalle d'une année. Prix de l'abonnement annuel à cJiacune des parties, zoologie ou botanique Paris : 30 francs. — Départements et Union postale : 32 francs. ANNALES DES SCIENCES GEOLOGIQUES Dirigées, pour la partie géologique, par M. Hébert, et pour la partie paléontologique, par M. A. Milne-Edwards. Tomes I à XXII (1879 à 1891). Chaque volume 15 fr. Cette publication est désormais confondue avec celle des Annales des Sciences naturelles. Prix des collections : Première série (Zoologie et Botanique réunies), 30 vol. [Rare). Deuxième série (1834-1843). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Troisième série (1844-1853). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Quatrième série (1854-1863). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Cinquième série (1864-1873). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Sixième série (1874 à 1885). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Septième série (1885 à 1894,. Chaque partie, 20 vol. 300 fr. Huitième série (1895 à 1934). Chaque partie, 20 vol. 300 fr. Géologie, 22 volumes 330 fr. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 81 godille, et la progression se fait ainsi. L'explication de ce mode de locomotion si singulier est fournie par l'étude de la natation de certaines formes hétéronéréidiennes (de l^. Nereilepas fucata par exemple) : pendant la progression des ondes latérales d'ar- rière en avant toute la partie antérieure du corps reste rigide et oscille légèrement autour de son axe longitudinal : le mouve- ment de godille s'ajoute au mouvement serpentiforme ; suppo- sons que le mouvement serpentiforme ne dure qu'un instant, juste le temps nécessaire pour imprimer au corps la forme d'un S, une fois le corps devenu rigide, le mouvement de godille pourra suffire pour produire la propagation. On observe tous les passages entre les divers modes de loco- motion. li^'HIode. Marche thigmotac- Repta- Ondulations tique . tion. faibles. 2'^ — Marche pédieuse. — BaP des parapodes. 3'^ — . — natatrice. Ondulations moyennes. 4'^ — Natation serpenti- Ondulations forme . fortes. 5'= — Nat. serpentiforme — Oscillât, autour -j- liélicoïdale . axelongitudinal. &" — Natation hélicoïdale. C. rigide, on- — dulé et tordu. Étude des Néréides vivant parmi les rochers. — Je pren- drai comme exemple les Lipepliile cultrifera^ vivant dans les rochers supra-littoraux, et qui ont une allure assez semblable à celle des Phyllodociens du même habitat. Les modes de locomotion sont surtout le premier et le sixième : marche thigmotactique et natation avec mouvement de godille ; le sens de la locomotion ne change guère; les mouvements respiratoires sont fugitifs et peu accentués (après 10 minutes d'arrêt, longueur d'onde == 1 centimètre, rythme = chaque 3 secondes). En somme, chez les Lipephile culirïfera^ contraire- (1) J'ai étudié en 1903 les mouvements des Hétéronéreis mâles et femelles que l'on trouve dans les coquilles des Pagures ; ces deux sortes de formes ont été vues par de nombreux observateurs, malgré ce que semble penser M. L. Fage en 1904 {Bull, du Muséum, p. 48b), qui prend la peine bien inutile de discuter une hypothèse émise par Harrington. ANN. se. NAT. ZOOL. III, 6 82 GEORGES BOHN ment aux autres espèces de Néréides, les mouvements sinusoï- daux n'ont qu'une importance secondaire. Il est facile de don- ner une explication élhologique de ce fait. Les Lipephile vivent parmi les rochers sur des surfaces excessivement accidentées; or, soiia l'influence de la propulsion des ondes sinusoïdales , la tra- jectoire est rectiligne] p. c, si ces Annélides nageaient en ser- pentant à tout instant, ils subiraient des heurts et seraient arrêtés. Les Lipjephile ont pris l'habitude de ramper à la surface des corps qu'ils rencontrent, de se laisser guider par les sensa- tions de contact et de pression {thigmotactisme.) La région an- térieure 011 s'effectuent les mouvements de reptation guide en quelque sorte le Ver ; cette région peut subir les déformations les plus considérables : variations de longueur, flexions, rota- tions ; l'orientation de cette région a lieu par rapport au support et non par rapport à la pesanteur : l'animal peut se renverser surlui-même, subir facilement une rotation de 180°. On retrouve également les rotations dans la natation : outre les légères rota- tions alternatives à droite et à gauche qui produisent la propul- sion (godille), des rotations plus considérables peuvent amener un changement de l'orientation générale du corps qui est en train de nager. Le thigmotactisme est très considérable chez les Lipephile cultrifera. Un attouchement, une pression déterminent les mouvements de reptation et de recherche de l'extrémité anté- rieure, quel que soit le point attouché ou comprimé. L'Annélide contourne les cailloux, les coquilles, et il suffît de déposer délicatement un caillou sur l'extrémité postérieure du Ver en repos pour qu'instantanément l'extrémité antérieure se mette en mouvement et recherche le caillou. Cependant la lumière a sur les Lipjephile des rochers supra- littoraux une action importante. Cet Annélide est très sensible aux variations d'éclairement : la moindre variation peut pro- duire un changement d'allure. Une augmentation transforme la marche thigmotactique en une natation hélicoïdale (godille) ; une diminution a l'effet inverse; dans une plage éclairée, le Ver nage en titubant quelque peu; dans l'ombre, s'il n'est pas protégé, il rampe avec activité, mais cette activité est locali- sée, comme on le sait, dans la région antérieure, la région pos- ALTITUDES Et MOUVEMENTS ÎDÉS ANNÉLIDES 8^ térieure restant inerte ou presque; aussi, lorsque la Néréide a \)énéiré par hasard dans une ombre, elle y reste en général. Dans un cristallisoir, les IJpephile des rochers supra-littoraux se groupent rapidement dans les ombres ; il faut voir là, comme je Tai déjà indiqué, le résultat d'un effet tonique de la lumière ou d'une grande sensibilité différentielle. Quelquefois même, mais dans des cas très rares, il y a un effet tropique : à une cer- taine distance d'une ombre, les mouvements natatoires sont plus énergiques et le Ver se dirige vers l'ombre. Dans les zones plus inférieures, la sensibilité aux variations d'éclairement devient moins grande : il n'y a plus jamais d'effets tropiques, mais les effet toniques sont le résultat de plus grandes variations d'éclairement; l'Annélide quitte assez facilement une ombre pour une région éclairée^ lorsque le hasard le pousse à y péné- trer. C'est là la règle pour les Lipephile cultrifera des zostères et pour les Praxithea irrorata du môme habitat. Étude des Néréides vivant dans la vase des zostères. — La Praxithea irrorata a un genre de vie assez différent de la Lipephile cultrifera. Elle vit dans des tubes muqueux rectilignes ou légèrement sinueux qu'elle sécrète. Quand on brise avec pré- caution un bloc de cette terre noire toute pénétrée des racines et rhizomes des Zostères, on retire les Praxithea enveloppées de sortes d'étuis ou linceuls filamenteux; ces étuis ne sont que les fragments de galeries, sensiblement horizontales sauf dans leur portionanitiale, et qui s'infléchissent au contact des cailloux. En aquarium, l'Annélide s'enfonce dans le sable, mais ne tarde pas à cheminer dans un plan horizontal en sécrétant à mesure un tube muqueux; s'il n'y a pas de sable, il applique son corps contre les parois, à un niveau quelconque et sécrète un tube horizontal plus long que le corps; ensuite, il y chemine, sortant rarement. La plupart du temps, les Praxithea irrorata vivent dans des tubes ; ce n'est qu'accidentellement qu'elles sortent pour nager, ou que, ne retrouvant plus le tube abandonné, elles fouissent ou adhèrent à une paroi en sécrétant un nouveau tube. Dans le tube, le mode de locomotion est le deuxième in- diqué dans le tableau ci-dessus : sous l'influence d'un léger mouvement serpentiforme, les parapodes, aussi bien les ventraux 84 GEORGES BOHN que les dorsaux, oscillent, et, prenant appui sur les parois du tube, agissent comme des leviers. Dès que Fanimal sort, les ondes s'accentuent (3" mode de locomotion) elle Ver progresse grâce à la propulsion due à la propagation des ondes ; les para- podes d'ailleurs prennent difficilement appui sur la surface des rochers et sur les surfaces lisses (verre, porcelaine...). Un rien transforme la marche natatrice en natation (4' mode de locomotion) : la Pra.nthea nage facilement en serpentant et cela parfois pendant un temps assez considérable. Dans son tube, l'Annélide a des attitudes variées. Souvent le coi'ps est disposé longitudinalement dans une partie horizon- tale et ne présente aucune torsion : les cirres très longs forment un faisceau dirigé en avant de la tète, et, doués d'une excessive sensibilité, ils avertissent en quelque sorte l'animal des dangers. Sous l'influence d'un choc, de certaines excitations lumineuses, le Ver peut reculer, des. ondes latérales se produisant d'avant en arrière, mais il peut aussi se retourner; pour cela, la région antérieure se fléchit de 180" sur le reste du corps, de manière à s'appliquer contre lui; mais, en môme temps, elle subit une ro- tation de 90" autour de son axe longitudinal, de manière que sa face ventrale vienne s'appHquer' par exemple sur le côté gauche du reste du corps (fig. 7) ; d'au- tres fois la région an- térieure et la région qui précède subissent Tune et l'autre, en sens contraire, des rotations de 90" elles régions dorsales vien- nent s'appliquer par exemple l'une contre l'autre. Dans ce dernier cas, il y a torsion de 180" d'une partie du corps sur l'autre. Cette torsion peut se produire même quand il n'y a pas de flexion : il en résulte une attitude (|ue j'ai retrouvée chez d'autres Aunélides tubicoles et que j'exphquerai. Fig. 6 à 8. — Lycoridiens, ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 85 Quand l'eau du tube s'altère par suite de la respiration, le Ver peut changer de position comme je viens de l'indiquer, mais souvent aussi il reste en place et présente les mouvements respiratoires caractéristiques (longueur d'onde = 2 centimètres, amplitude assez prononcée, = chaque 2 s. environ) ; plus le tube est étit)it, plus les mouvements respiratoires sont éner- giques : ils peuvent déterminer un courant d'eau très appré- ciable dans le tube, d'avant en arrière. On peut résumer les différences d'allure de la Praxïthea irrorala et de la Lipephile culirifera de la manière suivante : Praxïthea irrorata. Dans tube, marche pédieuse (2). Sur sable, marche natatrice (3). Dans eau, natation sinusoïdale (4). Dans tube, marche directe ou inverse. Flexions de 180°. Rotations de 90° et de 180». Ondulations respiratoires énergi- ques et fréquentes. Lipephile cultrifera. Sur rochers, marche thigmotacti- que (1). Dans eau, natation hélicoïdale titu- bante (6). Sur rochers, marche directe. Flexions ( irrégulières de la ré- Kolations ( gion antérieure. Ondulations respiratoires faibles et fugaces. Chez les Praxit-hea ?>ror«/«, beaucoup moins thigmotactiques que les Lipephile cultrifera^ les mouvements, les attitudes, l'orientation sont beaucoup plus réguliers que chez les Lipephile dont les mouvements, les attitudes, l'orientation sont imposés en grande partie par le support à la surface très irré- gulière. Il y a aussi entre ces deux sortes d'Annélides une différence dans la sensibilité à la lumière. Les Praxïthea, peu habituées aux contrastes de l'ombre et de la lumière, sont peu sensibles aux variations d'éclairement. Quand elles sont au dehors du tube, elles passent indifféremment dans l'ombre et dans la lumière, restent indifféremment dans l'ombre et dans la lumière. Toute- fois, quand elles sortent du tube, elles sont beaucoup plus impres- sionnables : en franchissant la limite de séparation de l'ombre et de la lumière, elles peuvent subir un ?'ecul vis-cà-vis de la lumière ; aucune ombre portée ne détermine la rétraction (elles ne sont pas skioptiques) . Ce dernier fait est très important, car il nous montre que les 86 GEORGES BOHN réactions vis-à-vis delà luimère carient. suivant les sensations tactiles etmuscularres ressenties par ranimai. Étude des Néréides vivant dans la vase des estuaires. — Lorsque les Néréides qui viventdausla vase des zostères quittent leur tube, elles se trouvent sous une épaisse couche d'eau ; il n'en est pas de même pour les Néréides qui virent dans la vase des estuaires, les Hediste cliversicolor . Les premières étaient peu sensibles aux variations d'éclairement, les secondes, du moins quand elles se trouvent sous une mince couche d'eau sau- mâtre., ont une sensibilité lumineuse extrême., et les mouvements du corps sont fonction encpielque sorte de Véckùrement. Les Hediste diversicolor présentent trois modes de locomotion : 1° la marche pédieuse, T la marche natatrice, 3° la marche sinusoïdale. On observe tous les passages entre ces troismodes de locomotion : la longueur des ondes augmente graduellement (le nombre diminuant par conséquent) et l'amplitude s'accroît d'une façon très considérable (fig. 8). I Marche pédieuse. Grand nombre d'ondes. Très faible ampliUnl(,'. I Marche natatrice. 8-7 ondes. Amplitude moyenne. I Natation. 3-2 ondes. Très grande amplitude. Certains excitants transforment la marche en natation : ce sont desexcitants mécaniques (attouchements, chocs, agitation de l'eau), des excitants chimiques (changement brusque de composition de l'eau), mais surtout des excitants lumineux (augmentation de l'éclairement, ombres situées à distance). Il y a à tenir compte des habitats variés ; dans l'estuaire de l'Arguenon, au bord du château du Guildo, on trouve des Hediste dans trois milieux différents : T sur le fond vaseux, sous une épaisse couche d'eau marine, 2" dans des nappes d'eau saumâtre peu profondes, 3° dans des ruisselets d'eau douce. Dans le premier milieu, la Néréide offre une assez grande indit- férence vis-à-vis de l'éclairement : les quelques réactions observées sont dues à un effet tonique de la lumière. Dans le deuxième milieu, la sensibilité à la lumière devientplus grande, les changements d'allure sont provoqués par des variations d'éclairement sur le fond plus faibles que dans le cas précédent [sensibilité différentielle plus grande) ou par des perceptions ATTITTJDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 87 d'ombre à uiio certaine distance [phototaxie négative) ; comme chez les Phyllodociens supra-littoraux, la perception par les yeux d'une ombre située à une certaine distance provoque des mouvements ondulatoires qui naissent à la partie postérieure du corps et qui déterminent une propulsion vers l'ombre. Dans le troisième milieu, la sensibilité à la lumière devient subite- ment très faible, sans que toutefois l'irritabilité vis-à-vis des autres agents (mécaniques, chimiques) se trouve affaiblie. Il y a là un point bien mystérieux de la physiologie des Annélides supra-littoraux. Étude des Néréides vivant dans les coquilles. — La Nereilepas fucaia^ commensale des Pagures, présente des para- podes bien développés [marche pédïeuse). Je renvoie pour l'étude des sensations tactileset musculaires, seule importante, à un mémoire publié dans le Bulletin de V Institut général psijcholo- gïque [Bohn, 1904]. Conclusions relatives aux Lycoridiens. — Comme je l'ai déjà dit plus haut,le grand intérêt des Lycoridiens est démontrer d'une façon très nette l'influence de l'habitat sur les mouve- ments et sur les réactions vis-à-vis de la lumière. r Influence de r habitat sur les mouvements. — Dans la grande majorité des cas, les Néréides vivent dans des fentes et dans des tubes diversement orientés, par suite la région dorsale se trouve à peu près dans les mêmes conditionsmécaniques que la région ventrale ; c'est peut-être là la raison des doubles parapodes : ceux-ci se développeraient suivant les 4 génératrices, deux ven- trales, deux dorsales, C{ui subissent pendant la locomotion les frottements les plus intenses ; à cet égard M. Malard m'a signalé un fait bien curieux : lorsque les Nereilepas fucata régénèrent la partie postérieure de leur corps, il arrive que les parapodes se développent suivant 3 génératrices ; or, les Nereilepas se trouvent à l'extrémité delà coquille dans des con- ditions mécaniques spéciales, le corps tendant à prendre, par suite des compressions, une forme triangulaire ; il n'est donc pas étonnant que ce soit le long des arêtes du prisme triangu- laire que les parapodes tendent à se différencier. Au point de vue de l'habitat, les Néréides peuvent se classer de la façon suivante : GEORGES BOHN { Lipepliile cullri- 1° N. des rochers.. < fera. ( Nercls pela réidienne). Chez les Néréides qui vivent dans des tubes, on observe une modification progressive des parapodes d'avant en arrière : il ne serait pas impossible qu'il y ait là encore une influence du mode de locomotion sur la forme. 2° Influence de Vhahïtat sur les réactions vis-à-vis de la lumière. — Au point de vue de la distribution batliy métrique, les Néréides peuvent se ranger de la manière suivante : EFFETS TROPIQUES. RECULS. EFFETS TONIQUES. 1"N. des estuaires. 2° N. des rochers supra-littoraux. 3» N. des zostères. 4» N. des Laminai- res et des fonds (20-25 m.) Hedistediversico lor . Lipephile cultrifcra. Lipepfdle cultrifera. Praxithea irrorata. Nereis pelagica. Leontis Dumeriiii. Nereilepas fucata. Très nets. » Ti'. intenses. Dans Rares. eaux sauniâ )> Reculs dans tubes. )) très. Assez nets. Faibles. Rien d'inté- ressant. Les Néréides de la première catégorie, et quelquefois celles de la deuxième, peuvent percevoir les ombres à distance, comme les Phyllodociens supra-littoraux. Toutefois, les P;rm///m irro- rata, lorsqu'elles sont dans des tubes, peuvent présenter des reculs vis-à-vis de la lumière. Les effets toniques vont en s' affaiblissant avec la profondeur ; l'excitation lumineuse transforme plus ou moins facilement la marche en natation, la fatigue qui résulte de cette excitation se ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 89 manifeste, lorsque le Ver pénètre dans l'ombre, par un ralentis- sement des mouvements ou par un arrêt, ce qui augmente rapidement, comme je l'ai montré [4903f], la proportion des individus qui se trouvent dans l'ombre. Les if ^ri'ii/e, tant par suite des effets tropiques que des effets toniques, se rassemblent rapidement dans les ombres ; les Lipephile cultrïfera quittent rarement les ombres dans lesquelles elles ont pénétré par hasard, surtout quand elles y trouvent quelque abri; lesPraxi- ihea entrent dans les ombres et en sortent facilement. VI APHRODITIENS Les Aphroditiens offrent de grandes analogies avec les Lyco- ridiens et peuvent facilement être mis en parallèle avec eux. Malgré qu'ils vivent dans les habitats les plus variés : rochers, pierres, vase des zostères, sable, fonds divers, tubes d'autres Annélides, etc., et qu'ils présentent des aspects assez diffé- rents, il semble qu'ils se rattachent tous à des formes modifiées assez profondément par la vie dans des tubes en commun avec d'autres organismes : les allures, les mouvements, sont chez toutes les espèces sensiblement les mômes, et, malgré le poly- morphisme apparent, il y a une unité d'organisation remar- quable. D'ailleurs, ce groupe nous est maintenant admirable- ment connu grâce à l'excellente thèse de Darboux [1899], à laquelle nous ferons les emprunts nécessaires pour la compré- hension des divers mouvements et attitudes. Constitution. — Le nombre des segments varie dans des bmites très étendues [25 à 204, de Saint-Joseph, 1888] ; chez les espèces vermiformes, il est très considérable et varie suivant les individus [Polynoe scolopendrïna^ 53 à 82] ; dans les espèces à corps trapu, il est faible et présente une constance remar- quable [Lepïdonotus squamatus^ 25]. — Le caractère le plus saillant est la présence d'appendices nouveaux, les élytres. « Le rôle, dit Darboux, que joue l'élytre dans la morphologie et la physiologie de l'animal est si considérable qu'il paraît naturel 90 GEORGES BOHN de réunir dans un même ensemble les Annélides qui en sont pourvus ; Tétude anatomique de ces formes ne peut que jus- tifier cette opinion : il n'y a, somme toute, entre les genres divers que des différences de détail, les ressemblances nom- breuses qui portent sur les traits essentiels de Fanatomie per- mettent de dire qu'il y a, pour les Annélides à élytres, un type d'organisation parfaitement net, etqui d'ailleurs leur est propre. Les Aphroditiens [sensu Smarda) forment donc une famille naturelle.» Darboux a montré que l'élytre n'est pas un cirre dorsal aplati ; les deux organes peuvent coexister, mais le déve- loppement de l'élytre a poureffet d'en traverl'évolutiou du cirre ; il en résulte que les anneaux successifs portent soit des élytres, soit des cirres dorsaux. Les élytres sont des organes exclusive- ment épidermiques ; ils ont divers rôles : protection, entretien d'un courant d'eau sur la face dorsale, incubation, production de lumière. — Le parapode est bïrème^ c'est-à-dire que toutes les parties essentielles, mamelons sétigères, soies et cirres, sont aussi bien développées à la rame dorsale qu'à la rame ventrale (exception faite pour les segments pourvus d'élytres). — La tête porte des antennes en nombre variable, deux palpes, une ou deux paires d'yeux ; la plaque sous-céphaUque est une dépen- dance du premier segment somatique et devient parfois une protubérance ventrale [tubercule facial). Classification. — « La présence des élytres caractérisant la famille considérée dans son ensemble, il paraît naturel, dit Darboux, d'accorder à leur mode de répartition une importance considérable. C'est là en effet un caractère essentiel qui a été employé parKinberg et Grube pour la délimitation des tiibus. L'étude des formes aujourd'hui connues permet de dire que, en employant concurremment avec les précédents des caractères tirés de la nature des soies, simples ou composées, l'on arrive à définir nettement des ensembles naturels ou tribus. » On peut faire intervenir aussi le nombre des appendices céphali- ques, le mode d'insertion des antennes, la structure des para- podes. Voici, d'après Darboux, les caractères des tribus qui ren- ferment les espèces indigènes que j'ai étudiées. Nota. — Dans la partie antérieure du corps les S. à élytres elles S. pourvus de cirres alternent régulièrement. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 91 Tous les segments postérieurs pour- , Eermioninse (yeux pédoncules, luber- vus de cirres. ( cule facial). Ou entre deux segments à élytres, au ' moins deux pourvus de cirres. / Pas de soies composées. \ Pohjnoinse (yeux sessiles). Tous les segments postérieurs à ) élytres. [ SigaUoninx. Soies composées. ) On s'accorde aujourd'hui à considérer les Polynoinx comme Aphroditiens se rapprochant le plus des formes primitives du groupe, et Darboux a été conduit à donner le tableau suivant (que je simplifie) : Sis^alioniens. Hermioniens. Polynoe. \ Lagisca. Lepidonotiis . Harmothoe. Les formes les plus primitives seraient les Harmothoe. Genres de vie et habitats. — L'extension batliymétrique est, d'après Darboux, aussi considérable que possible. « On les trouve depuis le niveau de l'eau jusqu'aux plus grandes profon- deurs où l'on ait rencontré des Annélides, et c'est là un carac- tère qu'ils ne partagent qu'avecles seuls Polychètes sédentaires. » Si, sur nos côtes, on trouve dans la zone littorale des Harmothoe, la Lagisca extenuata, le Lepidonotus sqaamatus, le Sthenelaïs idurne et le SigaUon Mathildce, Y Aphrodite aculeata se drague dans les fonds de 20 à 25 mètres. Mais aucun de ces animaux n'est localisé dans la zone littorale : Y Harmothoe impar et V Aphrodite aculeata, par exemple, ont été draguées à plus de 900 mètres de profondeur. Les curieuses Panthelk ont été trouvées à 900 mètres dans la Méditerranée. Entre 1800 et 3600 mètres, le Chcdlenger a récolté six espèces ; trois autres ont été rencontrées entre 4500 et 5500 mètres. Les Polynoïniens, que l'on considère comme les formes les plus primitives, sont en général coinmenmles ou parasites, de Spongiaires, de Cœlentérés, de Mollusques, de Tuniciers, mais surtoutd'Echinodermes et d'Annélides (Serpuliens,Térébelliens, Arénicoliens, Chétoptériens, Cirratuliens...). Darboux a trouvé 92 GEORGES BOHN à Cette : Lepidonolus r/^mMont., Laghra exienuala Gr., Har- mothoe impar Jonhston... dans des amas en bouquets formés par les tubes calcaires de deux Serpuliens ; à maintes reprises, il a rencontré ces diverses formes dans des tubes calcaires vides. De même, de Saint-Joseph [1888] a trouvé une Laguc a exténuât a dans un tube de Serpula verm'wulans. Darboux a constaté que la Laghca extenuata et V Harmothoe ïmpcui\ à Wimereux par exemple, vivent en grande abondance sous les pierres à la côte. « Comme laplupart des Aphroditiens, ils sont lucifuges et ne doivent chercher dans les bouquets de tubes de Serpuliens qu'un abri contre une lumière trop vive pour elles à la faible profondeur où on les rencontre. » Les Harmothoe sont le plus souvent commensales des Térébelliens et des Arénicoliens. La Nychia cirrosa est commensale de VAmphitrïte Edward.si (avec YH. imbrïcata) et du Chétoptère. Le Lepuionotus squamatus, qui est si abondant sous les pierres, a été trouvé par Malaquin dans un tube vide de Lanke conchylega. J'ai rencontré aux environs de Saint-Jacut la Pohjnoe .scolopend?ina consiainTnQni associée à la Polyinnia nebulom^ dans le même tube arénacé, et je n'ai jamais constaté qu'elle sécrète elle-même un tube (ceci est à rapprocher des observations d'Audouin .et de Edwards, et de celles de Mac-Intosh). Les Polynoïniens, le plus souvent commensaux, vivent avec leurs hôtes dans leszostères ou dans les endroits rocheux. Les Hermioniens errent sur des fonds vaseux ou sur du sable co- quillier. Les Sigalioniens se trouvent enfoncés à quelques centi- mètres de profondeur dans des sables grossiers, légèrement vaseux (pas de galeries apparentes). Attitudes et mouvements des Aphroditiens commensaux [Harmothoe^ Nychia cirrata^ Polynoe scolopendr'ma) . — Ayant étudié avec soin les attitudes et les mouvements de diverses espèces A' Harmothoe et de la ]\ychia cirrosa, ayant constaté que ces attitudes et mouvements résultent manifestement du genre de vie (tubes, eau chargée de produits d'excrétion), et ayant retrouvé ces attitudes et mouvements chez les Aphroditiens non commensaux, j'étais arrivé à la conclusion que tous les Aphroditiens avaient dû mener à l'origine la vie commen- sale. Aussi ai-je été heureux, lorsque j'ai voulu me mettre au ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 93 courant des conclusions des travaux de morphologie, d'ap- prendre que les zoologistes descripteurs et les anatomistes étaient arrivés à une conclusion analogue et voyaient dans les Harmothoe commensales des formes voisines de la souche originelle. Observations sur diverses Harmothoe. — J'ai trouvé à Saint- Yaast et à Saint-Jacut diverses Harmothoe^ dans des tubes de Terebella Edwarsi^ de Lanice conchylega...^ elles se sont toutes comportées de la môme façon. Je les ai observées dans les tubes mêmes qu'elles habitent dans la nature (tubes de ïéré- belles fendus longitudinalement dans des blocs de la terre noire des zostères, tubes de Lanice conchylega...)^ et aussi dans des tubes de verre, dont la surface interne n'est guère plus lisse que celle des tubes naturels. r Les Harmothoe sont toujours étroitement apphquées, par leur face ventrale, contre les parois internes du tube cylin- drique ; 2" Elles progressent, le ventre appliqué contre la paroi du tube, par un léger mouvement serpentiforme qui fait basculer les parapodes (marche pédieuse) ; 3° Elles peuvent progresser dans les deux sens, s'avancer et reculer dans la galerie, le sens de propagation des ondes laté- rales changeant facilement ; le moindre attouchement portant sur les appendices céphaliques détermine le recul ; une exci- tation portant sur l'extrémité postérieure accélère la marche normale. Il y a là une adaptation manifeste à la vie dans des galeries, une conséquence de la nécessité de fuir d'un côté ou de l'autre, si un ennemi survient. (Cependant l'animal se retourne parfois) ; 4° Elles progressent dans des galeries ayant toutes les direc- tions possibles et adhèrent parfaitement aux parois verticales constituées par des lames de verre humides; dans des tubes de verre verticaux, elles montent et descendent aisément; 5° Quand elles se déplacent contre la paroi d'un tube, elles suivent souvent une ligne hélicoïdale (trajectoire du mouve- ment), au lieu de suivre une des génératrices du cylindre (fig. 9); 6° Il en résulte pour ces animaux une attitude fréquente : 94 GEORGES BOHN Cl D 10 Fig. 9 à 12. — Aphroditiens. le corps est légèrement contourné en hélice, mais ne repré- sente qu'un fragment de tour; cette attitude persiste même en dehors des tubes ; 7° L'attitude et la marche hélicoïdales sont surtout très nettes chez les individus qui habitent les tubes étroits de la Laiiire conchylega; dans chaque tube vertical la Térébelle effectue de fré- quents mouvements de ro- tation, et le parasite suit; d'ailleurs pour passer à frottement entre la paroi du tube et le corps de l'hôte, le mouvement hélicoïdal est le plus favorable (une vis s'enfonce plus facilement qu'une pointe). Observations sur des Nychia cirrosa, trouvées dans des tubes d'Arénicoles. — Les mouvements et les attitudes sont les mêmes ; les mouvements ondulatoires peuvent être très rapides (déplacement = 1 centimètre à la seconde), et ils se produisent facilement dans les deux sens grâce à l'extrême sensibilité des régions postérieure et antérieure. Dans des tubes verticaux, ces Vers montent et descendent, la tête en haut ; ils peuvent se retourner quand on place le tube sens dessus dessous, afm de ramener la tête vers le haut; si le niveau de l'eau baisse, le corps descend, la tête en haut, de manière h être toujours submergé. Le ventre repose toujours sur la paroi du tube et le corps a une légère tendance à la torsion hélicoïdale. Comme les Harmothoe^ les Nijchia s'adaptent à la vie sous les pierres, et essaient de s'enfouir dans le sable. Observations sur des Polynoe scolopendrina. — J'ai trouvé constamment ces Polynoe dans les tubes de la PoUjinnia nebu- losa. Cet Annélide se comporte essentiellement comme les pré- cédents, mais, comme le corps est très long, la torsion héli- coïdale du corps est plus apparente : le plus souvent, le corps dessine à l'intérieur du tube un demi-tour d'hélice, le ventre est appliqué contre la paroi du tube, le dos contre l'hôte. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES AxXNÉLIDES 9^ Attitude hélicoïdale des Aphroditiens. — Cette attitude est fréquente chez les Aphroditiens. Watson a consacré un joU mémoire [1895] à un curieux Annélide, la Panthelis, qui sécrète elle-même le tube qu'elle habite ; il semble que cet Anné- lide ait fréquemment cette attitude. Très souvent la sole ven- trale pédieuse des Aphrodites est une surface gauche à con- tournement hélicoïdal... Cette attitude n'est pas absolument spéciale aux Aphroditiens . On l'observe chez les Néréides qui sécrètent des tubes à la façon des Panthelis : la Praxïthea irrorata dans son tube muqueux a le corps légèrement tordu sur lui-même : 180" d'une extrémité à l'autre (un demi-tour d'hélice). J'aurai à rapprocher ces phénomènes de torsion de phé- nomènes analogues observés chez les Térébelliens et les Sabelliens. Vie des Annélides précédents en dehors des tubes. — Quand l'hôte sort de son tube, ce qui a heu fréquemment lorsqu'il s'agit d'Arénicoles, de Térébelliens {Polymnia nebu- losa), le parasite sort aussi : les Arénicoles creusent de nouvelles galeries, les Térébelles, grâce à l'extrême sensibi- lité tactile des tentacules, retrouvent facilement des galeries abandonnées; il en est de même pour les Harmot/ioe et les Nychia : il suffit d'en placer un certain nombre dans des cuvettes où sont dressés verticalement des tubes de verre pour que ces tubes soient occupés par les Annélides. Mais si on leur fournit des pierres, ils peuvent venir se loger sous celles-ci ; toutefois ils semblent préférer les rochers construits par des orga- nismes qui déversent dans l'eau environnante leurs produits d'excrétion ; comme l'a indiqué Darboux, ils recherchent les amas de tubes de Serpules, pénètrent souvent dans ces tubes quand ils sont vides, mais je crois qu'ils sont guidés, plus par des sensations d'ordre chimique que par des sensations lumi- neuses, tous ces animaux étant peu influencés par les variations d'éclairement. Dans la nature, on trouve fréquemment des Harmot/ioe, des Nychia cirrosa^ des Lagisca exteniiata non commensales; cela paraît être la règle pour le Lepidonotus squamatus. Celui-ci se déplace par un mouvement ondulatoire, l'onde 96 GEORGES BOHN étant parfois aussi longue que le corps ; au repos, celui-ci peut présenter diverses attitudes : S, demi-arc à concavité droite ou gauche (fig. 10)... Le Lep'idonolus est très thigmotac- tique : il s'applique sur le bord des cailloux, des coquilles, et pénètre toutes les fois qu'il rencontre un orifice circulaire. Quand il vit dans la zone supra-littorale, il est assez sensible aux variations de l'éclairement : il se repose fréquemment dans les ombres portées ; il n'y a pas d'effet tropique net. Attitudes et mouvements des Aphroditiens qui se dépla- cent sur les fonds vaseux. — Ces Aphroditiens ne peuvent être observés que dans des conditions anormales (1). Chez Y Aphrodite acideata, la sole pédieuse se contourne souvent et le contournement est hélicoïdal; les parapodes jouent maintenant un rôle considérable : ils s'élèvent et s'abaissent alternativement et de plus oscillent d'avant en arrière ; en somme, ils effectuent un mouvement compliqué. Un certain nombre d'appendices fonctionnent en même temps de chaque côté, mais les mouvements ne sont pas syn- chrones : il semble que des ondes se propagent d'une extrémité cà l'autre. Attitudes et mouvements des Aphroditiens qui vivent enfouis dans le sable grossier [SigaHon squamatmn, Sthe- nelaïs idimœ) . r Sigalion squamatum. — Hors le sable, cet Annéhde se contourne diversement (fig. H) ; mais il ne tarde pas à s'enfouir par un procédé tout particulier. Grâce aux mouve- ments incessants des parapodes qui rappellent ceux de VAjdiro- dite acideata^ en tous les points où le corps repose directement sur le sable, celui-ci est creusé par les parapodes qui agissent comme des sortes de pelles : le corps s'affaisse dans le creux et disparaît bientôt. 2" Sthenelciis uiunx. — Hors du sable, le corps se con- tourne en général (fig. 12); la lumière très vive n'a guère d'influence sur le corps contourné, mais toute diminution d'éclairement entraîne quidques réactions motrices non coor- (1) On remarque que j'ai exclu dans ce travail les formes des profondeurs : quand on les ramène à la surface, leurs manifestations ne sont plus nor- males. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 97 données. Quand le corps est recliligne, il peut subir la rotation hélicoïdale, si fréquente chez les Aphroditiens. Sur un support plan, le corps s'avance avec un mouvement serpentiforme, mais il oscille constamment autour de l'axe longitudinal. L'enfouissement se fait par la tète : le corps se déroule plus ou moins et la tète s'engage dans le sable : les ondes latérales se propagent d'arrière en avant assez lente- ment (7 dans la longueur du corps, faible amplitude), et elles s'accompagnent de mouvements rotatoires des parapodes, comme dans les cas précédents, ce qui facilite l'enfouisse- ment (déblaiement du sable) ; parfois, comme chez le Sigalion, certaines régions du corps s'affaissent dans le sable avant que la région antérieure soit bien engagée. Natation chez les Aphroditiens. — J'ai rarement ob- servé la natation chez les Aphroditiens. J'ai vu des Harmothoe se détacher du support et se mettre à nager quelques instants. Voici comment de Saint-Joseph [1888] décrit la natation de \ Halosijdna gelatïnosa M. Sars. « Rien n'est plus gracieux que cet Annélide, lorsqu'il nage en ramant avec ses pieds, agitant ses larges élytres comme des ailes et avançant rapide- ment en ligne droite, ses longs cirres flottant de chaque côté du corps. » On le trouve dans les grandes marées, dans les trous creusés au milieu de la vase des herbiers parles Nérines, et il présente des bandes brunes transversales, et par consé- quent rappelle un peu VOp/iiodromus flexuosus^ mais c'est un Aphroditien : les élytres s' élevant et s'abaissant, surtout les parapodes effectuant les mouvements qui entraînent la marche chez les Aphrodites, Tenfouissement chez les Sigahons, et ici la natation. Mouvements respiratoires chez les Aphroditiens. — « Il est facile, dit Darbôux [1899], sur un Aphroditien en repos, de constater que chaque élytre s'élève et s'abaisse alternative- ment et que le mouvement se produit successivement sur les paires successives, de la première à la dernière; le résultat est facile à prévoir : il se produit sur la face dorsale un cou- rant d'eau continu, assez vif, et c'est par suite dans un milieu externe sans cesse renouvelé que se trouvent placées les bran- chies lymphatiques de la face dorsale. » ANN. se. NAT. ZOOL. III, 7 98 GEORGES BOHN Cette observation, rapprochée de celles que j'ai faites sur des Phyllodociens et sur les Néréidiens, peut conduire à des consi- dérations importantes. Chez les Phyllodociens et les Néréidiens, il y a des mouvements respiratoires, qui sont des ondulations sinusoïdales du corps qui se propagent d'avant en arrière dans le plan sagittal. Lorsqu'un Annélide vit dans un tube (PraxHJiea irroraia) , l'eau ne tarde pas à subir une altération chi- mique et les mouvements augmentent d'intensité ; on obtient le même résultat en plaçant le Ver dans de l'eau impure (CO'^, divers produits d'excrétion). Chez un Annélide qui a pénétré dans un tube occupé par un autre animal, les mouve- ments respiratoires doivent, sous l'influence de l'intoxication qu'entraîne le commensalisme, devenir plus intenses ; mais on conçoit difiilement qu'un Ver puisse rester adhérent à une paroi verticale lorsqu'il subit des ondulations sagittales. Le mou- ment a donc dû peu à peu se limiter à la paroi dorsale, et il en est résulté une différenciation spéciale des faisceaux muscu- laires qui se rendent à cette paroi ; les téguments dorsaux, d'une part tiraillés par les contractions musculaires, d'autre part en contact plus ou moins intime avec l'hôte et éprouvant de ce fait des excitations mécaniques et chimiques, ont pu développer des élytres ; et bientôt le mouvement ondulatoire sagittal s'est localisé dans ceux-ci. Conclusions relatives aux Aphroditiens. — 1° Les Aphro- ditiens peuvent être considérés comme des Annélides primitifs adaptés à la vie tubicole et commensale. Ce genre de vie est encore celui d'un grand nombre d'espèces, appartenant la plu- part à la tribu des Polynoïnœ^ mais il arrive très souvent que ces Aphroditiens quittent leur habitat le plus habituel pour mener la vie errante ; comme ils sont habitués à subir les intoxi- cations d'origine organique, ils finissent par rechercher celles-ci : ils se laissent entraîner à occuper les anfractuosités des rochers construits par certains organismes, à descendre dans les fonds oii s'accumulent les produits d'excrétion des ani- maux vivants et les produits de décomposition des cadavres ; ceci peut expliquer dans une certaine mesure la présence des Aphroditiens [Hermionœ) dans les fonds et les abysses ; quelques formes enfin, en marchant sur le sable, se sont laissé engloutir ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 99 clans la masse mouvante et ont adopté un nouvel habitat (5'i''^«/io- ninœ) . 2° La vie dans les eaux toxiques a déterminé un arrêt de croissance du corps : le nombre des segments est relativement restreint, et il est particulièrement réduit chez les formes com- mensales ou des profondeurs ; les individus qui ont pénétré dans le sable ont été soustraits par cela même aux intoxications [comme je l'ai indiqué à diverses reprises, 1901, b, d, e] etla croissance du corps a pu reprendre et se manifester par l'adjonc- tion à la partie postérieure du corps d'un nombre variable de segments. 3" La situation contre les parois de tubes diversement dirigés exige une adhérence parfaite h ces parois : la région ventrale a tendance à se transformer en une sole pédieuse, tandis que les mouvements respiratoires sagittaux, nécessités par l'intoxi- cation, se localisent sur la face dorsale et entraînent la différen- ciation des élytres. 4° La progression est serpentiforme, et il en résulte, comme chez VOphïodromus flexuosm^ lorsque le corps a un nombre fixe d'anneaux, l'apparition de bandes transversales différem- ment colorées. La trajectoire sur la surface interne du tube habité est une hélice, dont le pas de vis est très long; il y a là, au point de vue mécanique, un avantage pour l'animal qui essaie de s'insinuer entre la paroi du tube elle corps de l'hôte. Aussi, l'une des attitudes fréquentes des Aphroditiens, même en dehors des tubes, est l'attitude hélicoïdale (fragment d'un tour d'hélice). 5" Dans la progression, les parapodes jouent un rôle très con- sidérable; ils ont une musculature assez complexe et ils effec- tuent des mouvements de rotation assez compliqués; ceux-ci aident à la marche dans les tubes et sur les fonds vaseux, mais déterminent l'enfoncement quand le Ver s'engage dans le sable, et la natation quand il se détache du support. 6° Les extrémités antérieure et postérieure du corps offrent une sensibilité tactile très considérable (appendices céphaliques, cirres anaux) ; l'animal recule facilement sous l'influence des excitations céphaliques. La lumière a peu d'influence sur ces Annélides, qui se lais- 100 GEORGES BOHN sent guider surtout par des sensations d'ordre chimique. Tou- tefois, chezles Lejjidonot us supra-littoraux, on obser\e des effets de fatigue lumineuse et peut-être aussi des effets tropiques {pho- to fa.rie négative) . YII EUNICIENS On réunit sous le nom d'Euniciens un certain nombre d'es- pèces qui présentent des caractères assez variables; la plupart n'ont que des pieds uniramés, et, à ce titre, paraissent moins différenciés que les JNéréidiens et les Aphroditiens à pieds bira- més; les habitats, au premier abord, paraissent assez variés, mais, en réalité, les ressemblances entre les diverses espèces sont uniquement adaptatives et résultent d'une vie fouisseuse, non tubicole, dans de Veau filtrée par le sable. Caractères. — Le nombre des segments est en général très considérable. Les pieds sont dans la majorité des cas uniramés ; il y a assez souvent des branchies plus ou moins ramifiées sur la plupart des segments. La tête est ordinairement munie d'yeux, la trompe non exsertde présente un appareil maxillaire très caractéristique. Classification. — Voici, d'après le Traité de Zoologie de Ed. Perrier, les principaux caractères des quatre tribus et ceux des espèces étudiées. Lumbinconercinae. Pieds uniramés ; pas de branchies. Lumbriconereis tinqens. i r^ . - -i j- ,,,■■. Protomeride sans appendice. Maclovia gtgantea. ) - -^^ Lysidicc ninctta. Trois antennes. (Parfois placée à côté des Eunicc.) Staurocephalinx. Pieds biramés ; pas de branchies; 1 p. antennes; 1 p. palpes. Lysaretinœ . Pieds uniramés; cirre branchial; 2-3 antennes. Eunicinœ. Pieds uniramés ; cirres dorsaux et branchies; antennes. Hyalinœcla Gnihiï. Sept antennes et deux palpes. Marphysa sangidnea. . ^. „ , „„^ ^ . '^ ,, .. ' Cinq antennes. Eumce Harassii. \ Habitats et genres dévie, — Aussi bien parmi les Euninmv que parmi les Lumh-iconereinœ , on trouve des espèces qui vivent dans le sable. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 101 Le Lumbriconereis tingens et la Madovia gïganiea paraissent tout à fait adaptés à la vie fouisseuse : le corps est vigoureux, la cuticule épaisse, k reflets irisés, le protoméride, conique, n'est pas muni d'appendices ; on trouve ces espèces dans le voi- sinage des rochers ; une espèce de Lumbriconereis voisine de celle-ci a été trouvée parmi les coquilles d'Huîtres trouées. La Lymlice ninetta vit surtout dans les zones supra-littorale et littorale, mais la drague peut la ramener. h'Hyalinœcia Gruhik^ que je n'ai pas observée, d'après de Saint-Joseph [1888] vivrait dans le sable compact, et le corps, rond en avant, aplati en arrière, occuperait un tube très mince de sable coquillier fin. Le tube serait droit et ouvert aux deux bouts : cela paraît un fait exceptionnel parmi les Euniciens. La Marphysa sanguinea^ au corps long et plat, très vigoureux, vit dans le sable en bordure des rochers et dans les fentes : le corps épouse plus ou moins exactement les contours des parois rocheuses. VEimice Harassii^ seule, paraît vraiment s'être affranchie du sable : on la trouve en abondance dans les rochers, dans les crampons de Laminaires, au milieu des tubes de Ser- puliens, dans les coquilles d'Huîtres trouées, k l'intérieur de coquilles variées. En résumé, la plupart des Euniciens vivent dans le voisinage des rochers ou dans leurs fentes, au milieu du sable ou du sable vaseux qu'ils agglutinent plus ou moins au moyen d'une sécrétion abondante (j'ai constaté, comme l'a faitde Saint- Joseph, que la Madovia gigantea mise dans l'eau rend celle-ci gélatineuse). Tous sont très thigmotactiques. Mouvements et attitudes des Euniciens qui vivent dans le sable. — J'ai observé des Lumbriconereis tingens , des Blaclo- via gigantea et des Marphysa sanguinea, recueihis au milieu du sable, dans le voisinage des rochers. Hors du sable, tous ces Annélides restent entortillés d'une façon irrégulière (une seule fois le corps d'une Marphyse s'est enroulé suivant une spirale régulière); les mouvements des diverses parties du corps, fort long, ne paraissent pas coordonnés. Si la tête rencontre un obstacle, un caillou, elle cherche à s'insinuer dans une fente et, à défaut, elle glisse contre une paroi; l'élongation progressive de la partie antérieure du corps, due à une extension des 102 GEORGES BOHN anneaux antérieurs se propageant vers l'arrière, amène forcé- ment le déroulement de la partie postérieure, mais souvent le corps comprimé dans sa partie moyenne ou dans sa partie postérieure subit l'élongation dans ces régions. Toute pression s'exerçant sur un anneau quelconque en déter- mine V élongat'ion et progressivement celle des anneaux qui suivent ou qui précèdent ; en effet le Ver peut s'engager dans le sahlc par son extrémité postérieure. Mouvements et attitudes des Euniciens qui vivent dans les fentes des rochers. — Les contournements de la Lgsidice ninetta sont très variés aussi, et Félongation se produit de la même façon sous l'influence des pressions : l'élongation peut être excessivement considérable et arriver progressivement à intéresser presque tout le corps, sauf les anneaux postérieurs; tout anneau qui s'allonge semble prendre appui sur les anneaux contractés qui le précèdent; une rétraction brusque est pos- sible. Ici toutefois, les mouvements sont plus coordonnés et la lumière a une influence : à la suite d'une augmentation d'éclairement, le corps s'enroule à la façon de celui des Eteone foliosa, c'est-à-dire en formant une boucle en un point : celle- ci en se déplaçant d'une extrémité à l'autre du corps détermine la natation ; le corps qui nage sous l'influence de l'éclairement s'arrête en général quand il pénètre dans une ombre : c'est là une manifestation générale de la fatigue chez les Annélides. Mouvements et attitudes des Euniciens qui vivent à la surface des corps anfractueux. — La locomotion est essen- tiellement la même que dans les cas précédents, mais le corps se laisse guider presque uniquement par des sensations de con- tact. Quel que soit le point du corps d'un Eunice Harassii que l'on comprime, le corps de l'Annélide se contourne pour venir épouser les contours de l'objet qui détermine la pression ; dès que le Ver a quitté son support, on observe une incoordination motrice très nette. Les Eunice Harassii contournent les cocfuilles, pénètrent à leur intérieur, vivent dans leurs cavités, ce qui explique les cas d(i commensalisme étudiés par Gravier [1900]. Conclusions relatives aux Euniciens. — r Les Euniciens ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 1()3 vivent dans le sable au contact on au voisinage des parois ro- cheuses; ils sont très thigmotactiques. 2° Le corps est très long et présente souvent des branchies ; ce sont là des caractères que l'on retrouve chez beaucoup d'An- nélides qui vivent dans le sable. 3° Le corps subit des contournements variés ; sous l'influence d'une compression, une région s'allonge et l'élongation se pro- page progressivement aux parties voisines. Il y a là un mode tout spécial de propagation : on ne retrouve plus guère les mouvements sinusoïdaux observés si fréquemment dans les familles précédentes. 4" La Lysïdïce ninetta des rochers supra-littoraux peut se déplacer le long des parois humides et peut nager dans l'eau : la natation rappelle celle de VEteone foliosa et celle des Glycères. 5° h'Eimice Harassïi s'affranchit du sable et recherche les corps anfractueux : racines de Laminaires, tubes de Serpules, coquilles vides ou habitées (commensalisme signalé par Gravier). VIII VUE D'ENSEMBLE SUR LES PHYLLODOCIENS, HÉSIONIENS, NÉRÉIDIENS, APHRODITIENS ET EUNICIENS. Les cinq familles quefje viens d'étudier à un point de vue assez nouveau, le point de vue éthologique, sont caractérisées parune^.wes grande homogénéité du corps. Dans chaque famille, les habitats et les genres de vie sont assez variés, mais cela n'est qu'une apparence qui résulte sans doute de la tendance qu'ont ces Annélides à errer et à émigrer, guidés la plupart par des sensations de contact et de pression, quelques-uns ou bien par des sensations lumineuses oubienpar des sensations d'ordre chimique. En réalité, chaque famille est caractérisée par un genre de vie particulier. \ ° Les Phyllododens rampent à la surface des rochers et nagent dans les nappes d'eau limitées par ceux-ci. 2° Certains Hésioniens, les Néréïdiem, les Aphrodïtiens auraient été façonnés par la vie tubicole ; les uns et les autres J04 GEORGES BOHN en ondulant à Tintérieur de tubes auraient ac([uis, sous Tin- fluence de contacts mécaniques, des doubles; jn irai lodes. 3° Les Ap/irnd /tiens, en faisant circuler l'eau impure des tubes qu'ds habitent par des ondulations de la paroi dorsale, auraient acquis, sous l'influence de contacts mécaniques et d'excitations chimiques, des éhjtres. 4° Les Etmiciens, sans abandonner complètement les rochers, auraient cherché dans le sable une protection contre les intoxi- cations chimiques. Les modes de locomotion varioit : Phyllodociens. Reptation à la surface des rochers, aidée par des mouve- ments sinusoïdaux. Natation sinusoïdale. Hésioniens. <^ Néréidiens. Marche ondulatoire dans les tubes. Natation sinusoïdale. Aphroditiens. Marche ondulatoire et pédieuse dans les tubes habités. Euniciens. Enfouissement dans le sable et glissement contre les pa- rois rocheuses, par élongation progressive. Tandis que dans les quatre premières familles les mouve- ments sinusoïdaux sont très fréquents (locomotion et respira- tion), chez les Euniciens ils sont remplacés par d'autres mou- vements (élongation progressive) adaptés h la vie fouisseuse. D'autres influences que les influences mécaniques ont agi sur ces Annélides. 1° Influenceslumineuse.s. — Ellesse sontexercéessurles formes supra-littorales, en particulier sur celles qui vivent dans des cuvettes rocheuses. Les Phyllodociens et les Hésioniens (Kefer- steinia cbrata) qui vivent dans ces conditions ont le corps très grêle et une sensibilité extrême aux variations d'éclaire- ment. La lumière a produit sans doute sur eux un arrêt de développement. T Influences chimiques. — Les Aphroditiens, commensaux et libres, vivent en général dans les eaux chargées de produits d'excrétion, ce qui explique leur présence dans les abysses ; les Euniciens, au contraire, en s'enfouissant dans le sable, se sont soustraits à une foule d'influences toxiques. Tandis que, chez les Aphroditiens, on voit s'accentuer une tendance pré- ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 105 sentée déjà par les Néréidiens, celle au raccourcissement du corps, chez les Euniciens on observe la tendance inverse ; de plus, les branchies, rudimentaireschezles Aphroditiens (situées sous l'appareil fdtrant constitué parles élytres) , prennent souvent chez les Euniciens un développement remarquable ; j'ai montré [1901, d et e] qu'une branchie ne peut se développer que lorsqu'il ny a pas de spasmes toxiques vasculaires. Les Euniciens, soustraits aux intoxications, soustraits à la lumière, placés dans des conditions mécaniques spéciales, ont une allure caractéristique ; mais il semble que le groupement soit artificiel, qu'il résulte des convergences culaptatïves et de la persistance des caractères primitifs. Telle a été aussi ma con- clusion au sujet des Crustacés fouisseurs, les Corystidés. On a voulu voir dans les Euniciens la souche originelle de beaucoup d'Annélides, comme on a voulu voir dans les Corystidés la souche originelle des Crabes ; je repousse également l'une et l'autre opinion ; il y a chez les Vers comme chez les Crustacés des illusions dues à des adaptations communes auxquelles il ne faut pas se laisser prendre. IX ANNÉLIDES QUI VIVENT DANS LE SABLE §1. — Généralités, Beaucoup d'Annélides se sont engagés dans le sable et y ont trouvé une protection contre les intoxications chimiques et parfois contre les radiations solaires. Le fait est accidentel dans les familles dont l'étude précède. Adaptation à la vie dans le sable chez les Annélides déjà étudiés. — 1" Phyllodociens. — VEteone foliosa, seule, vit dans le sable meuble à la partie superficielle ; elle s'y insinue grâce à la propagation le long du corps d'ondes très courtes et très peu accentuées ; quand elle en sort, elle se met, sous l'in- fluence de la lumière, à nager au moyen de contournements héhcoïdaux. 106 GEORGES BOHN V Hésioniens et Lijcorïdiem. — • La vie tubicoledans le sable vaseux est assez fréquente, mais les conditions mécaniques et chimiques ne sont pas les mêmes que dans le cas où le Ver est plongé directement dans la masse sableuse. 3° Aphrodïùens . — Ceci se reconnaît très nettement chez les Aphroditiens, car, sibeaucoup vivent dans des tubes, quelques- uns sont enfouis directement dans le sable : tels les Siga- Hon et les Stenelciis qui en marchant sur le sable s'y en- foncent d'autant plus facilement que les mouvements des parapodes déterminent le creusement. \° Eumrïens. — Comme je l'ai indiqué, lesEuniciens seraient des Annéhdes appartenant à diverses familles primitives et qui se sont adaptés à la vie fouisseuse, sans subir de modifications morphologiques importantes. Tandis que les Phyllodociens et les Aphroditiens des sables ne vivent guère qu'à la surface, ont le corps souvent très grêle [Eteone folïosa, Sigcdion squamal ion) et ])résenieni des mouve- ments sinusoïdaux, les Euniciens peuvent s'enfoncer assez pro- fondément, ont le corps en général vigoureux, et ne présentent plus de mouvements sinusoïdaux. Adaptation complète à la vie dans le sable. — Une foule d'autres Annélides se sont adaptés à la vie dans le sable et ont subi des transformations morphologiques plus profondes. Ce sont : 1 ° Les Nérines (Spionidœ) , les Nephtliys et les Glycères, qui sou- vent ne s'enfoncent pas très profondément dans le sable et qui ont conservé plus ou moins les mouvements sinusoïdaux ; 2° Les Anciens qui rappellent les Euniciens par le genre de vie et l'allure ; 3° Les Arénicoles^ les CapiieUiens et les Maldaniens, qui pré- sentent une différenciation toute spéciale de l'appared locomo- teur (tores uncinigères) ; 4° Les Ophéliens^ presque immobiles ; 5" Les Pectinaires, les Hermelles^ qui habitent des tubes de sable dressés, mobiles ou immobiles. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 107 § 2. — Nériniens (Spionid^-e). Caractères. [Voir Mesnil, 1899, b.] — Taille variable. Pieds ordinairement biramés avec soies simples. Branchies ciliées dn côté interne et du côté dorsal ; dans chaque segment, ligne ciliée transversale, réunissant les deux branchies, quand elles existent, mais particulièrement développée chez les formes privées de branchies {Spiophanes). Prostomium peu impor- tant ; certaines espèces aveugles ; expansions antenniformes et pas de véritables appendices ; deux longs cirres tentacu- laires couverts de papilles. Habitats et genres de vie. — Les Polydores creusent les roches calcaires, les Nérines vivent dans les galeries à l'intérieur du sable vaseux, les Scolecolepis et les Magelona sont souvent enfouis dans le sable fin, même à la limite supérieure de l'eau. Allures. — Tel est en particulier le cas du Scolecolepis (Spio) vidgaris Mgrn, que l'on trouve communément à Wimereux, dans le sable, presque à sec. Il y pénètre par un mouvement ondulatoire de l'extrémité antérieure; en môme temps, il agglu- tine le sable : en quelques minutes le corps est entouré d'une sorte de fourreau ; sous l'eau, très souvent l'extrémité posté- rieure, non munie de branchies, reste au dehors et s'agite. L'Annélide erre fréquemment, décrivant dans lesable des sinuo- sités à une très faible profondeur. Outre les ondes de faible longueur qui se propagent dans la région antérieure d'arrière en avant, et qui provoquent l'enfouissement, on observe parfois des ondes de plus grande longueur qui se propagent d'avant en arrière, et qui rappellent les ondes respiratoires des Phyllodociens et des Lycoridiens. § 3. — Nephthydiens. Caractères. — A première vue, l'aspect est celui des Lyco- ridiens. Le corps est homogène ; les parapodes sont biramés et assez compliqués (deux faisceaux de soies, une lame molle, un cirre, à chaque rame, et une branchie sous la rame supérieure). Mais la région céphalique est, comme chez les Nériniens, 108 GEORGES BOHN moins différenciée : }>i:0toméride petit, avec 2-4 antennes ; 2 cirres tentaculaires. De plus, la trompe exsertile est très grande et différenciée. Habitat. — Les espèces indigènes {N. Homùergii, i\. casca, N. (irrosa) vivent dans le sable côtier, jamais à une grande profondeur. Locomotion. — Mode général. — C'est toujours par des ondulations latérales que le corps progresse [mouvement sinu- soïdal). Au moyen de ces ondulations l'Annélide nage, pénètre dans le sable, progresse à l'intérieur de la masse sableuse. Natation. — Le mouvement natatoire est un mouvement sinusoïdal régulier ; les ondes se propagent d'arrière en avant, en augmentant un peu d'amplitude ; la région antérieure reste rigide et constamment dirigée suivant la trajectoire. Pénétration dans le sable. — Toutes les fois que la tète vient butter contre un obstacle quelconque, l'amplitude des ondes augmente ainsi que leur longueur, et la force propulsive devient très grande. Si l'obstacle est une masse de sable, sous l'influence de cette force, le corps s'y engage. Progression dans le sable. — l^'' cas; la région antérieure seule est engagée. — La région postérieure, tout à l'heure si active, devient inactive ; les ondes qui ont diminué d'ampli- tude et de longueur ne se propagent plus que dans la région antérieure. — 2' cas ; tout le corps est enseveli. — Il en est encore de même, et la locomotion rappelle celle du Scolecolepis vulgaris. Sens de propagation des ondes. — Les ondes progressent tou- jours d'arrière en avant ; la locomotion ne se fait que dans un sens, contrairement à ce que l'on observe chez les animaux tubicoles. Etendue sur laquelle les ondes se pjropagent. — Les ondes apparaissent dans la région post-céphalique d'aljord tout près de la tête, puis un peu plus en arrière, et ainsi de suite : le point de départ des ondes recule progressivement vers V arrière ; dans le sable ce point de départ ne recule guère, mais dans l'eau il peut atteindre rapidement l'extrémité postérieure du corps (d'oii natation). Aucune excitation portant sur la région cépha- lique ne à(A^.vm.mQ directement la formation d'ondes à l'extrémité postérieure. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 109 ExcUations qui entraînent la formation des ondes. — La plu- part des excitations mécaniques portant sur la région anté- rieure du corps provoquent le mouvement ondulatoire, mais les excitations lumineuses n'ont guère d'influence. Attitudes. — En dehors du sable, le corps prend une direc- tion rectiligne ou subrectiligne (légèrement arquée ou ondu- leuse) et ne subit jamais de contournements en U ou de con- tournements hélicoïdaux ; en général l'orientation est dorso- ventrale. Dans le sable, le corps peut progresser en profondeur suivant une direction oblique, mais rapidement il tend à prendre une position sensiblement horizontale ; toutefois, sous l'influence de secousses imprimées au sable, il fuit en profon- deur et tend à prendre une direction voisine de la verti- cale ; à mesure que le sable se dessèche, il s'enfonce éga- lement. § 4. — Glycériens. Caractères. — Le corps cylindrique est composé d'un grand nombre d'anneaux peu différents les uns des autres. Chez les Gli/cera^ les pieds sont biramés, mais les rames s'unissent à leur base en un pédoncule commun ; suivant les espèces, le nombre et la forme des languettes varient et les branchies sont absentes ou plus ou moins développées. Le protoméride annelé a une conformation très spéciale ; la trompe est très protractile et très longue. Habitat. — On trouve les Glycères dans le sable caillouteux près de la surface. Attitudes (fig. 13, a). — Sur le mhle. — Sur le sable, le plus souvent le corps s'enroule en une héUce dont les tours se tou- chent; l'enroulement est sénestre ou dextre ; l'axe de l'hélice est vertical ou horizontal. Ceci s'observe particulièrement chez la Glycera convoluta. Le corps peut alternativement se dérouler et s'enrouler, et il en résulte des mouvements variés; au lieu de 4 ou 5 tours, il n'y en a plus que 3,2,1; mais k ce moment, le corps s'affaisse sur le support et présente une boucle en son milieu ou à une des extrémités; alors, l'autre extrémité peut s'enrouler, souvent en sens inverse ; si bien que l'une des extrémités peut avoir un 110 GEORGES BOHN enroulement dextre alors que l'autre extrémité a un enroulement sénestre. Dans certains cas, le corps peut prendre une attitude recli- ligne ou subrectiligne ou en S, mais il est tordu légèrement sur son axe, la rotation d'une extrémité à l'autre pouvant être de 180° ou de 360° (1/2 oui tour). Ainsi les atliiudes chan- gent constamment ^ grâce à : 1° un contournement hélicoïdal plus ou moius complet; T à des rota- tions plus ou moins pro- noncées sur l'axe longi- ^. ,, ^, , tudinal du corps ; 3° à Fig. 13. — Glycere. ^ ' des déplacements de l'axe d'enroulement. Rarement l'enroulement a lieu dans un plan. Mouvements. — Outre les mouvements qui entraînent les changements d'attitude, le Ver effectue des mouvements pour pénétrer dans le sable, pour y progresser et pour nager. Pénétration dans le sable (fig. 13, b). — Elle se fait très promptement : l'extrémité antérieure du corps enroulé se détache de la spire, explore à peine le sable, projette sa trompe, et, par une élongation rapide, pénètre comme une flèche. Ceci se répète plusieurs fois de suite, l'élongation portant chaque fois sur une région située plus en arrière, région qui vient se dérou- ler ; chaque anneau pénètre dans le sable, la face dorsale en haut. Cet enfouissement rappelle celui des Euniciens; mais il semble qu'il y ait ici encore une légère tendance à Vondulalïon shiasoi- dale de l'extrémité antérieure engagée dans le sable : cette extrémité avance en oscillant légèrement. Marche dans le sable. — Dans la nature, la Glycère, qui vit dans le sable caillouteux, ne pénètre jamais profondément; le corps, sans doute par suite des résistances offertes, dessine tou- jours une ligne un peu irréguhèrement onduleuse. Natation (fig. 13, c). — Parfois le y qy ^ovi spontanément du ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES MA sable et vient nager dans l'eau ; l'agitation mécanique peut pro- duire cette natation qui est des plus curieuses. Dans la natation, on observe trois phénomènes simultanés : V une boucle hélicoïdale se transporte d'une extrémité à l'autre du corps, déjà reformée à une extrémité lorsqu'elle disparaît à l'autre ; l'enroulement de la boucle peut avoir lieu, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre; la progression de cette boucle peut avoir lieu d'arrière en avant ou d'a\ant en arrière; 2° en avant delà boucle, le corps, tordu légèrement suivant son axe longi- tudinal, tourne dans son ensemble autour de cet axe qui n'est autre que l'axe prolongé de l'hélice (réduite à un tour) ; 3" cet axe, primitivement horizontal, peut se redresser, ce qui explique que les Glycera convoluta s'élèvent comme des volutes dans l'eau. La natation, qu'on arrive à analyser en étudiant les attitudes de l'animal, est donc une natation hélicoïdale : comme dans une vis qu'on enfonce, chaque tour se propage et l'axe longitu- dinal avance en tournant sur lui-même ; mais ici, c'est une vis plus compliquée, plus perfectionnée, une vis vivante. Dans certains cas, la boucle qui s'est propagée jusqu'à l'avant, ne s'évanouit pas, les boucles qui continuent à se former à l'arrière viennent se placer à sa suite, et la natation s'arrête, le corps étant enroulé suivant une hélice à tours contigus. § 5. — Ariciens. Caractères. — Le corps est très allongé, hétérogène. Pieds biramés modifiés comme constitution et comme emplacement (plus ou moins dorsaux) ; branchies. Protoméride très petit, pointu, le plus souvent sans antennes. Trompe courte, sans dents. Les And« n'ont ni antennes, ni yeux. Habitat. — Les Ariciens vivent exclusivement dans le sable. Attitudes et mouvements. — Le corps, très long, est con- tourné de façon irrégulière. Les mouvements des diverses régions du corps ne sont guère coordonnés; l'enfouissement et la propagation dans le sable se font par élongations succes- sives; la région antérieure est toujours la plus active. En somme, ces Annélides, très modifiés par la vie dans le sable, ont l'allure des Euniciens. H 2 GEORGES BOHN §6. — Vue d'ensemble sur les Spionid.e, les Nephthydiens, LES GlYCÉRIENS et LES ArICIENS. Tous ces x\niiélides ont des parapodes biramés elle corps homo- gène ou peu hétérogène. Mais tandis que les Spïomdseai les Neph- thydiens ont encore les mouvements serpentiformes, si fréquents dans les familles dites primitives, les Glycériens et les Ai-iciens ont sensiblement les mêmes modes locomoteurs que les Euni- ciens (élongations), la région qui s'allonge prenant appui sur la région immédiatement postérieure encore contractée et enrou- lée; la natation hélicoïdale des Glycères raj)pelle la natation de IdiLysïdïce ninetta\ sous l'influence delà vie fouisseuse, la struc- ture des anneaux se modifie dans ces deux dernières familles : chez les Glycériens, les deux rames sont portées par un pédon- cule commun ; chez les Ariciens, les deux rames très modifiées sont reportées du côté de la face dorsale. Chez les Glycères et les Ariciens, les mouvements d'élongation s'étendent <àla majeure partie du corps qui s'avance en prenant appui sur Tarrière. §7. — Vue d'ensemble sur les Arénicoliens, les Maldaniens ET LES CaPITELLIENS. Dans ces familles, au contraire, les mouvements d'élongation se localisent dans les régions extrêmes et se répètent dans ces régions au lieu de se répéter dans les régions successives et de plus en plus postérieures; le corps, en grande partie passif, est traîné en quelque sorte par les anneaux antérieurs ou par les anneaux postérieurs. Chez tous ces Annélides, il y a des tores unc'migère.s qui résultent de la traction du corps par une région limitée et qui facilitent cette traction ; le corps est divisé en ré- gions. Il peut y avoir natation (contournements du corps des Arénicoles.) § 8. — Arénicoliens. J'ai déjà consacré plusieurs notes et un mémoire aux Aréni- coles [1901, b et c; 1902, a; 1903, b]. Je rappellerai ici que le corps est divisé en trois régions distinctes ; deux régions ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 1 1 3 extrêmes très actives, nettement segmentées, fortement pigmen- tées ; une région moyenne, relativement passive, à dissépiments en grande partie détruits, peu pigmentée et seule branchifère ; le nombre des segments est déterminé ; les bandes uncinigères sont très bien différenciées ; la tète est peu spécialisée : pas d'antennes, pas de cirres tentaculaires. Je rappellerai, en outre, qu'on observe chez ces Annélides deux sortes de mouvements : V des mouvements respiratoires; 2° des mouvements locomo- teurs. Des ondes respiratoires progressent à l'intérieur même de la paroi du corps et se traduisent extérieurement par une sorte de bourrelet annulaire ; elles se propagent surtout le long de la région branchiale dans un sens ou dans l'autre ; le Ver monte et descend dans la galerie grâce au jeu des anneaux anté- rieurs ou à celui des anneaux postérieurs qui s'allongent et se raccourcissent alternativement. Cette galerie est très souvent verticale : c'est Là la tendance générale chez les espèces de la zone supra-littorale. § 9. — Maldaniens. Caractères. ^— Le caractère le plus apparent est l'extrême dé- veloppement des bandes uncinigères, qui forment des bourrelets transversaux fort saillants portant des soies à crochet. Pas de branchies. Région céphalique peu différenciée ; pas d'antennes. Segment anal transformé en un disque de forme variable. Habitats. — Les Clymene lumbrïcoides ont un habitat tout à fait particulier; on les trouve dans les zostères, contre les rochers, au bord des « chaudrons », presque toujours sur le trajet d'un courant d'eau (à Saint- Vaast-la-Hougue, mare d'Ovit, Cavat, etc.) ; elles habitent des tubes construits avec des fragments de coquilles, des petits cailloux, des filaments de racines... ; à une courte portion verticale fait suite une portion horizontale irrégulièrement sinueuse. Les Leïochone clypeata se rencontrent abondamment dans le sable vaseux; chaque individu occupe un tube sableux de forme assez irréguhère. Les Petaloproctm terrïcola sont très abondants dans le détroit compris entre la pointe de Saint-Jacut et les Ehbiens, dans les ANN. se. NAT. ZOOL. III, 8 114 GEORGES BOHN endroits où le sable, peu épais et meuble, recouvre des bancs d'argile; le tube, d'abord vertical, s'engage dans l'argile où il devient sinueux. Locomotion dans un tube. — J'ai observé l'Annélide (Clymenelumhricoides) dans un tube arénacé dont les parois pré- sentaient quelques brèches permettant de voir l'animal, ou bien dans un tube de verre. La progression s'est faite de la môme façon dans les deux cas, tantôt vers l'avant, tantôt vers l'arrière. Finalement, Tune ou l'autre extrémité du corps sortait par un des orifices du tube, en subissant des flexions variées accompa- gnées de rotations légères autour de l'axe longitudinal du corps ; dès qu'en effet le corps n'est plus soutenu par le tube, il subit des contournements variés. Locomotion postérieure. — L'Annélide recule très aisément dans son tube, grâce aux mouvements des anneaux postérieurs. Les anneaux actifs sont les 8 derniers. En partant de la région anale pour aller dans la région postérieure du corps, on ren- contre tout d'abord 3 uncinigères faibles, ?/, puis un uncinigère très accentué, U; cet uncinigère partage la région active en deux parties : une partie postérieure (terminale) composée de 4 anneaux assez courts et ne subissant que de faibles variations de longueur; une partie antérieure composée de 4 anneaux très longs dans le maximum d'extension, très courts dans le maxi- mum de contraction. Soient : U Anus. 12 3 4 5 6 7 8 les 8 anneaux actif numérotés en commençant par la partie postérieure. Voici les phénomènes successifs que l'on observe dans la marche postérieure : 1° L'anneau 1, par son extension, recule un peu ; puis l'anneau 2 se comporte de môme, en refoulant vers Jl' arrière l'anneau 1 ; puis l'anneau 3... et ainsi de suite...; finalement les anneaux 1 à 8 sont en extension, et, tandis que l'extrémité antérieure du 8'' n'a pas bougé, l'extrémité postérieure du 1"' a fortement reculé. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 115 T L'anneau 1 se contracte, puis l'anneau 2, puis l'anneau 3' puis l'anneau 4 ; toute la région en arrière de U, U étant fî.xe, se trouve contractée ; l'extrémité anale se trouve reportée un peu en avant. 3° Le mouvement progressif de contraction atteint les an- neaux suivants: 5, 6, 7, 8, mais, U étant toujours fixé au même point, et la région 5-8 se raccourcissant, tous les autres an- neaux du corps, presque complètement passifs, sont traînés vers l'arrière ; le point d'appui devant être très solide, après la contraction de 5 Funcinigère qui le limite , r* TT ■. 1 F'S- 14.— Glymène. en avant se lixe comme U, après la con- oscillations de l'extrémité traction de 6 Funcinigère qui le limite en postérieure. avant se fixe comme les précédents ; il faut remarquer que tous les uncinigères de cette région sont précisément très déve- loppés. Il y a là un appareil de traction extrêmement bien différencié : les segments sont grêles, un peu comme des cordes de traction ; les uncinigères forment des bourrelets extrêmement saillants armés de crochets fixateurs. 12 3 4 12 3 4 1 2 3 4 I 5 6 7 5 6 7 5 6 7 8 Locomotion antérieure. — Le mécanisme est le même; mais, en même temps que les anneaux antérieurs avancent, ils subis- sent des rotations sur eux-mêmes, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre; quand l'animal s'engage dans le sable, ces rota- tions facilitent le forage ; en réalité, comme je l'ai dit, elles exis- tent aussi dans la locomotion postérieure, mais beaucoup moins pi^ononcées : Fanimal peut reculer une fois qu'il est dans un tube façonné, mais il ne peut pas forer le sable par son extré- mité postérieure. Rotations. — Ces rotations sont très intéressantes à considé- rer, on les retrouve chez la plupart des Annélides qui restent à étudier. Si une Clymène est dans un tube de verre, il suffit de faire 116 GEORGES BOHN tourner ce tube de 180" sur lui-même pour amener la rolation des anneaux antérieurs; peu à peu, les anneaux situés plus en arrière prennent la même position. § 10. — Capitelliens. J'ai étudié un seul Capitellien, le Notomaslm lalerïrens. Chez cette espèce les uncinigères sont de véritables tores dorsaux et ventraux, confondus, au niveau d'un certain nombre de segments, sur la ligne médiane. Le mécanisme de la locomotion est essentiellement le môme que dans les familles précédentes. \ §11. — Ophéliens . J'ai étudié également une seule espèce, la Travlsia For- besii. Cet Annélide, composé d'un petit nombre d'anneaux, peut s'étirer par l'une ou l'autre extrémité ; mais elle reste presque à la surface du sable et ne progresse guère : les pieds sont en ([uelque sorte atrophiés ; le protoméride et le deutomc- ride forment une région effilée en avant de la bouche. Des ondes, respiratoires sans doute, se propagent d'une extrémité à l'autre du corps, comme chez certains Géphyriens, comme dans la région moyenne du corps des Arénicoles ; il y a là des res- semblances adaptatives très nettes. § 12. — PeCTIN AIRES. Les Pectinaires sont de curieux Annélides qui liabitent un tube conique, ouvert à ses deux extrémités et souvent incurvé, et qui peuvent le traîner partout avec elles. Récemment Fauvel [1903] a consacré un intéressant mémoire aux mœurs de ces animaux, dont les affinités ne paraissent pas encore bien établies. <( La Pectinaire ne quitte son tube ({ue pour mourii-, mais pendant sa vie elle se meut à l'intérieur au moyen des milliei-s de dents acérées de ses unc'mi (soies à crochets aviculaires) (jui s'enfoncent dans la membrane interne et lui permclleiit de se haler. Elle peut sortir au dehors près de la moitié antérieure de son corps pour fouir le sable avec des peignes, formés par ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLTDES ' H7 les grandes soies dorées de ses palées céphaliqiies. — Inquiétée, elle se retire complètement dans son tube et se maintient solidement accrochée aux parois, au moyen de ses pinnules uncinigères, avec une telle force qu'on la briserait plutôt que de l'arracher de son étui protecteur. Dans cette position sa plaque céphalique semi-circulaire et ses palées serrées les unes contre les autres forment un opercule obturant complètement la grande ouverture... » J'ai constaté que la progression dans le tube se fait par un mécanisme analogue à celui de la locomotion des ArénicoHens et des Maldaniens; j'ai observé, comme chez ces derniers, de très curieux mouvements de rotation de l'extrémité céphalique favorisant d'une manière sin- gLdière le forage du sable ; si les peignes sont par exemple en bas, une rotation de 120° peut les amener k gauche, Fig. is. - Pectinaires. puis une nouvelle rotation de 160° en sens inverse peut les amener à 40° à droite (fig. 13) Si l'on place la Pectinaire dans son tube horizontalement à la surface du sable, on la verra progresser horizontalement, par un mouvement de va et vient (avancées et reculs) combiné à un mouvement rotatoire oscillant, et creuser une gouttière dans ]e sable ; à un moment donné, la gouttière se transforme en un tunnel dont la direction se rapproche de plus en plus de la direction verticale : à mesure que le tube s'enfonce dans le sable, il se redresse. J'ai constaté [1902, a] la propagation dans les parois du corps d'ondes respiratoires, soit dans un sens, soit dans l'autre, et rappelant celles que j'ai observées également chez les Aréni- coles. Fauvel a confirmé mes observations. Ainsi, sans doute par suite du genre de vie commun (vie à l'intérieur du sable dans des galeries ou des tubes verticaux), il y a de curieux rapprochements à faire entre les Arénicoles et les Pectinaires. La prédominance des caractères adaptatifs dans certaines familles rend très difficile la détermination de leurs affinités; tel est le cas des Pectinaires, tel est aussi celui des Hermelles, 118 GEORGES BOHN §13. — Hermelles . Je laisserai pour le moment de côté le cas des Hermelles, comptant consacrer à ces Annélides un mémoire à part, afin d'essayer de débrouiller la part des influences mécaniques et celle des influences chimiques. J'ai en effet écarté de ce travail, comme je l'ai dit plus haut, toutes les famifles où ces dernières influences prédominent. § 14. — Vue d'ensemble sur les annélides des sables. Chez les Annélides la progression dans le sable peut se faire par deux mécanismes différents : 1° par des ondulations sinusoï- dales du corps ; 2*" par des élongaiions et raccourfissements alter- natifs de certaines régions, accompagnés fréquemment de rotations ; \e'& régions qui subissent les déformations locomo- trices peuvent être des régions quelconques, ou bien peuvent être les régions terminales du corps, la progression pouvant avoir lieu aussi bien dans un sens que dans l'autre. Il semble que la progression sinusoïdale dans une masse sableuse entraîne la difTérenciation àe parapodes doubles^ comme d'ailleurs la progression sinusoïdale dans un tube. Mais cette progression est au point de vue mécanique bien inférieure à l'autre progression, qui se substitue le plus souvent à la pre- mière, et peut entraîner la différenciation des tores unci- nigères. Élongations et raccourcissements alter- natifs (+ rotations). Ondulations sinusoïdales. a. Modifications morphologiques peu accentuées (f. dites primitives). Qqs. Phyllodociens (Efeone/'o/ïosa). I Euniciens. Qqs. Apliroditiens (Sî'g'fï/ion, Stenelaïs). \ b. Modifications morphologiques plus accentuées. Spionidse (Nériniens). i Glycères. Nephthi/s. I Ariciens. c. Modifications morphologiques très accentuées (régions). { Arénicoles. . Capi Ici liens. ( Maldaniens. Ophéliens. Pectinaires. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 1 1 9 Les modifications morphologiques entraînées par la vie dans le sable peuvent être plus ou moins accentuées. a. Quelques Annélides ont abandonné les rochers ou les tubes d'autres animaux pour le sable ; ils ont conservé les ondu- lations sinusoïdales, ne s'engageant qu'à une faible profondeur dans le sable meuble ; ils se rattachent nettement à des familles connues (Phyllodociens, Aphroditiens). Les Euniciens, au contraire, formes peu spécialisées, pré- sentent le second mode de progression, et ne se rattachent pas cà des familles connues : ils ont conservé des parapodes simples. Sans doute ce sont des formes d'origines variées, qui se ressem- blent par suite du genre de vie commun. h. Ici, comme chez certains Euniciens, on assiste à la réduc- tion de la région céphalique : le protoméride devient petit, les antennes disparaissent plus ou moins, le deutoméride se réunit au segment précédent et porte au maximum deux cirres tentaculaires. A mesure que le Ver peut s'enfoncer plus profondément dans le sable, les mouvements serpentiformes prennent une moindre importance et les parapodes, primitivement biramés, subissent des modifications assez considérables : chez les Gl}^- cères, les deux rames sont portées par un pédoncule commun; chez les Anciens, elles sont très modifiées et reportées du côté de la face dorsale. c. Quand les mouvements alternatifs d'élongation et de rac- courcissement sont localisés dans les régions terminales et permettent la locomotion, sinon l'enfouissement, dans les deux sens : 1" le corps, bien que vivant dans le sable, se rac- courcit plus ou moins ; T des bandes uncinigères se différen- cient. Le corps présente maintenant une série de régions dis- tinctes; la tête est peu différenciée. Chez les Annélides des sables, les branchies se rencontrent fréquemment, sauf toutefois dans les régions particulièrement actives. Dans le groupe r, les dissépiments ont tendance à dispa- raître et disparaissent parfois (région moyenne des Aréni- coles) : c'est sur ces dissépiments en effet que s'inséreraient les muscles obliques qui contribuent chez les Annélides à produire 120 GEORGES BOHN les mouvements sinusoïdaux. Les mouvements respiratoires sinusoïdaux sont remplacés fréquemment par des ondes en forme de bourrelets circulaires. Enfin, chez les Annélides des sables, il peut y avoir nata- tion, grâce à des contournements variés du corps (Glycères, Arénicoles) ... X CIRRATULIMORPHES (F. Mesml). § 1. — GÉNÉRALrrÉS. F. Mesnil, discutant la position systématique des Flabelligé- riens et des Sternaspiens [1899, «], a proposé de donner le nom de Cïrratulimorphes à tout l'ensemble formé par les Cirratu- liens (-|- Cténodriliens), les Flabelligériens, les Térébelliens, les Ampharétiens et les Amphicténiens (Pectinaires) : le carac- tère saillant de tout le groupe étant pent-être la présence d'un corps cardiaque dans le vaisseau dorsal. Les CmRATULiENS sont un peu à part; je ne les étudierai pas pour le moment, l'évolution de ces Annélides ayant été soumise très manifestement à des influences chimiques : ils vivent dans le sable vaseux, dans les mares à Lithothamnions, et subissent les curieuses métamorphoses si admirablement décrites par Mesnil et CauUery [1898]. Les Flabelligériens ont des affinités discutées; j'ai observé les Stylarioïdes jÀumoui qui vivent dans les fentes vaseuses des rochers. « Le corps, dit Mesnil [1899], est couvert de papilles de formes diverses qui souvent retiennent des matières étran- gères et constituent une sorte de fourreau à l'animal; l'extré- mité antérieure, avec les deux palpes et les branchies assez nombreuses, se trouve dans une sorte de cage formée par les soies capillaires des premiers anneaux métastomiaux, extrê- mement longues et qui se relèvent en avant. » C'est là un appareil foreur ; comme chez les Pectinaires, la région anlé- rieure avance et recule alternativement, en subissant des rota- tions ; mais il ne faut voir là sans doute qu'une ressemblance ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 121 adaptative ; les soies des anneaux antérieurs ont pris sans doute leur grand développement grâce aux frottements répétés contre le sable vaseux ; les peignes des Pectinaires auraient une origine analogue. Les Térébelliens, les Ampharétiens et les Amphicténiens semblent former un ensemble assez homogène. J'ai déjà étudié des Amphicténiens, indiquant vaguement comment les Pectinaires se rattachent aux autres Annélides des sables ; je laisserai de côté les Ampharétiens, Annélides assez rares vivant dans la vase et les profondeurs ; mais je vais étudier avec quelques détails la famille si curieuse des Térébelliens. §2. — Térébelliens. Je vais essayer de montrer que l'on doit considérer les Térébelliens comme étant essentiellement des Annélides errants, forant le sable, revêtant d'un enduit de ciment les parois des galeries qu'ils creusent et où ils se déplacent ensuite. Caractères. — Le corps présente trois régions : la tête, le thorax et l'abdomen ; le thorax est l'appareil de traction du corps, la tête est l'appareil foreur et celui qui fabrique le ciment, l'abdomen est une portion peu active et qui, étant soustraite plus ou moins aux intoxications, peut prendre un développement assez considérable. Le thorax présente : 1° des tores uncinigères latéraux portant des soies en forme de cro- chets aviculaires munis de rangées transversales de denticules ; 2° un certain nombre de boucliers ventraux formés par un tissu fibreux résultant de la transformation du tissu muscu- laire et par du tissu glandulaire. La tête, constituée par le protoméride et le deutoméride plus ou moins confondus, porte des faisceaux de longs filaments très contractiles qui peu- vent saisir les grains de sable et les amener à une sorte de lèvre inférieure glandulaire; il y a des branchies ou pas. Le nombre des segments est assez variable ; il y en a une cen- taine chez les Amphïtrïte et les Terehella^ de 75 à 163 chez V Amphitrite gracilis^ mais beaucoup plus chez la Lanïce conchy- lega^ qui vit dans le sable, 225-275, et plutôt moins chez les 122 GEORGES BOHN Polycirrus qui vivent à une certaine profondeur fixés sur des touffes de RytipJdxa. Classification. — Les espèces indigènes se répartissent [de Saint- Joseph, 1894] en : Amphitritea Mgr., ou Térébelliens branchies ou HétérotérébelJiens. Polycirridea Mgr, ou Térébelliens abranches. Habitats. — Ce dernier groupe comprend les Polycirrus^ qui vivent, comme je viens de le dire, dans les fonds, au milieu des toulfes de Rytiphlsea ou de vieilles coquilles trouées et que je n'ai pas étudiés, vu que je ne pouvais pas réaliser autour d'eux les conditions normales d'existence. Les Awz/>/^ifnïm comprennent des espèces qui vivent, comme ks précédentes, à une certaine profondeur, dans des tubes fixés sur des Rytiphlsea pinnastroides : Scione maculata Dal., Nicoleu venustula Mont., et que je n'ai pas étudiées, et des espèces lit- torales : Amphitrite Edwardsi Qfg. A. gracilis Gr. (= T. gelatinosa Kef.). Terebella lapidaria L. Lanice conchylega Pallas. Polymnia nebulosa. h' Amphitrite Edivardsi Vû dans les zostères qui découvrent dans les grandes marées et habite des tubes en U ; elle paraît assez sédentaire. L'A. gracilis s'enfouit entre les pierres dans la vase. La Terebella lapidaria vit dans les fentes des rochers et sous les pierres. La Lanice conchylega \ii à divers niveaux, jusque dans les régions explorées par la drague ; dans le sable des plages, elle occupe de longs tubes verticaux ; dans les régions qui ne décou - vrent pas ou qui découvrent rarement, le tube est horizontal et adhère à des Algues, ou bien il est sinueux et adhère à des rochers. La Polymnia nebulosa, enfin, vit parmi les rochers qui décou- vrent dans les grandes marées et quelquefois plus profondé- ment ; elle se construit sous les rochers et les pierres des demi- tubes arénacés. D'une façon générale, un même Tôrébellien peut vivre dans ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 123 les habitats les plus variés ; cela tient à ce qu'en général un Térébellien mène une vie errante. Etude d'un Térébellien sédentaire, VAmphitrite Edwarchi. — Ce superbe Annélide vit dans des tubes en U creusés dans la vase deszostères; lorsqu'il est placé sur un fond de sable, on observe rarement son enfouissement; de plus, dans les condi- tions défectueuses de l'observation, il retrouve difficilement le tube abandonné ; quand il est dans son tube, il peut venir étaler au dehors le panache de ses fdaments céphaliques et la touffe de ses branchies; mais à la moindre alarme, il recule, progres- sant très rapidement en arrière. Mécanisme de la progression en arrière. — Contrairement à ce qui se passe chez les Capitelliens et les Arénicoliens, l'extrémité postérieure, longue, grêle, souvent enroulée sur elle-même, ne joue aucun rôle; les segments thoraciques sont ^•^«^/.sfifCifi/^ aussi bien dans la progression en arrière que dans la progression en avant. 16 segments portent des bandes uncinigères latérales très accusées; soient : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16 ces segments en commençant par le plus antérieur. Voici ce que l'on observe lorsque FAnnélide est placé dans un tube : 1° Quand on excite faiblement l'extrémité céphalique, les 8 pre- miers segments uncinigères, qui portent des plaques ventrales, se contractent, de 1 à 8, les 7 premières bandes uncinigères se rapprochant de la 8' qui est immobile ; cette contraction locale est momentanée : elle est suivie bientôt d'une élongation qui ramène l'extrémité céphalique à sa position primitive. 2° Quand on excite cette extrémité plus fortement, tous les seg- ments thoraciques se contractent successivement, de 1 à 16, et se rapprochent ainsi du 16'' segment qui est fixe. Toute la région antérieure (thoracique), contractée et fixée aux parois du tube, sert de point d'appui pour l'élongation des anneaux postérieurs, qui se fait progressivement d'arrière en avant, jusqu'à ce qu'elle ait atteint le' 8'' segment thoracique; parfois elle se poursuit en avant de ce segment, toujours fixe. 124 GEORGES BOHN produisant une légère projection en avant de l'extrémité ce pli a- lique. T. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 ï. 12 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 T. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 T. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 Chez la Terebella lapidarïa, le mécanisme de la progression en arrière est analogue : la région thoracique se condense et se dilate alternativement ; la condensation a lieu vers le dernier segment, qui reste alors tixe; la dilatation a lieu en arrière du premier segment, qui reste alors fixe : en sorte que tout le corps est repoussé vers V arrière. Ici, on observe nettement des rotations et des ondes respiratoires en forme de bourrelets cir- culaires. Etude d'unTérébellien fouisseur, la Lanice conchylega. — Dans la nature, on rencontre cet Annélide dans des conditions assez variées : dans le sable qui peut se dessécher, il occupe des galeries verticales parfois très profondes, et il est probable que l'Annélide peut quitter son tube et nager lorsque la mer est haute ; au bout d'un certain temps, il rechercherait l'entrée d'un tube vide, ou bien, après un travail de fouille, en construi- rait un autre; mais dans certains cas, il se laisserait entraîner par les courants vers des régions plus profondes, parmi les ro- chers par exemple, et construirait alors des tubes sinueux contre la pierre ou des tubes horizontaux sur le fond. En aquarium, en effet, \di Lanice concliylega peut se compor- ter de multiples façons. r Lorsqu'elle sort de son tube, elle peut s'enrouler en hélice à la façon desGlycères, sur une plus ou moins grande longueur, à partir de l'extrémité postérieure ; elle peut se dérouler de façon à ne plus présenter qu'une boucle hélicoïdale, qui, en se dépla- çant, produit la natation; de plus, dans cette natation, le corps se balance légèrement à droite et à gauche [rotations oscillantes), un peu à la façon des Lipephile. 2° Placée sur une épaisse couche de sable, elle se met à fouir et creuse une galerie sinueuse plus ou moins longue qui, au bout d'un certain temps, se redresse en un puits vertical, surmonté lui-même bientôt par une cheminée de forme conique de quel- ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 125 ques centimètres de hauteur; mais dans une eau agitée, celle-ci se déchire ; souvent plusieurs puits verticaux surmontés de cheminées peuvent être construits sur une galerie sinueuse. 3° Placée sur une mince couche de sable, elle construit à sa surface un tube sinueux dans un plan horizontal; mais, au con- tact d'un caillou, les sinuosités épousent les contours du corps solide. 4° Dans un puits vertical, l'Annélide a toujours tendance à avoir la région céphalique en haut, et, au moyen de ses tenta- cules préhenseurs, il allonge constamment le tube vers le haut, d'où la cheminée décrite précédem- ment; la région céphalique monte et descend alternativement, grâce au mécanisme indiqué pour les Amphitrite et les Terehella (élongations p\„A& — Lanice et condensations du thorax), mais, en même temps, il y a des mouvements de rotation très nets (fig. 16). 5° Dans une galerie horizontale, le Ver allonge sa galerie du côté de la région céphalique, et cela tant que les tentacules ren- contrent des grains de sable; dans le cas contraire, le corps sort en partie jusqu'à ce que les filaments rencontrent du sable ; mais, si ceux-ci n'en trouvent pas, l'animal rentre dans son tube, se retourne bout à bout et va en chercher à l'autre extré- mité du tube. Étude d'un Térébellien errant, la Pohjmnia nebulosa. — J'ai trouvé ce Ver en extrême abondance, près Saint-Briac, à l'extrême pointe de l'Ilet, vis-à-vis les Ormelettes, sous toutes les pierres : au milieu d'Epongés et d'Ascidies variées, ils occupaient destubes extrômementfragiles, formés de fragments de coquilles et de grains de sable à peine agglutinés ; ces tubes étroitement appliqués contre les rochers, longs et sinueux, parfois ramifiés, n'étaient constitués en réalité que par des demi-cylindres, la paroi du rocher complétant la paroi arénacée. J'ai vérifié les faits indiqués par de Saint- Joseph [1894], à savoir que le Ver peut se retourner dans le tube en pliant son corps en deux, et peut y reculer par des mouvements saccadés et rapides : ce mouvement de recul se fait toujours par le même mécanisme ; il constitue une des caractéristiques des Téré- belliens. 126 GEORGES BOHN Le Ver sort de son tube très rapidement, et, au moyen des filaments qui forment une chevelure déployée et qui s'allongent et se rétractent alternativement, le corps erre parmi les rochers et reste quelquefois suspendu à toutes ces cordelettes. Il y a là un nouveau mode de locomotion, que l'on retrouve chez un certain nombre de Térébelliens. La Polymnïa^ enfin, peut re- trouver facilement, au moyen de ses tentacules, l'orifice du tube abandonné. Natation chez les Térébelliens. — Les Térébelliens peuvent nager. J'ai déjà cité l'exemple de la Lanice conchylega. De Saint- Joseph [4894] signale que la Nirolea veniistula abandonne faci- lement son tube pour nager, en serpentant, dans les cuvettes ; la même observation aurait été faite en merpar Michaelsen àlviel. Ces faits s'ajoutent aux précédents pour appuyer l'opinion que les Térébelliens sont des Annélides essentiellement errants. Conclusions relatives aux Térébelliens. — TLes Térébel- liens sont des Annélides essentiellement errants; il est même possible que VAmp/iit?ite Edwardsi quitte son tube lorsque la mer est haute et qu'elle retrouve l'orifice d'entrée grâce à l'exces- sive sensibilité tactile des tentacules, se comportant en cela comme les Polymnia nebidosa et les Lanice conchylega. 2" Les Térébelliens sont souvent nageurs, un peu à la façon des Glycères. 3° Les Térébelliens, plus ou moins fouisseurs, sont caractéri- sés par des tentacules céphaliques, qui, en général, saisissent les grains de sable elles amènent sur une espèce de lèvre infé- rieure qui les agglutine en ciment ; ces tentacules, lorsque leurs extrémités se fixent aux rochers, peuvent déterminer la trans- lation du corps. 4° Une fois dans leurs galeries, les Térébelliens s'y meuvent facilement; ils marchent à reculons avec une rapidité souvent très grande, par saccades successives : la région tlioracique est presque seule agissante ; elle se dilate et se contracte alterna- tivement, le point d'appui étant placé différemment suivant les cas ; l'appui résulte de la fixation des crochets des tores unci- nigères et de l'adhérence des boucliers ventraux glandulaires. Pendant l'immobilité, des ondes respiratoires annulaires par- courent le corps. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 127 En résumé, les Térébelliens, nageurs, fouisseurs, tubicoles, ont une physionomie assez différente des Arénicoliens et des Capitelliens : le mode de locomotion est fondamentalement le même (allongements et raccourcissements successifs de certaines régions accompagnés de rotations) ; mais chez les Térébelliens il n'y a quune région vraiment active ^ aussi bien dans la marche directe que dans la marche inverse, la région thoracique^ qui est hautement différenciée, avec ses tores uncinigères, ses crochets, ses boucliers ventraux; Textrémité postérieure du corps qui perd de son activité peut subir, au milieu du sable, une crois- sance supplémentaire. Si les TérébelHens ressemblent aux Pectinaires, cela tient au genre de vie commun : vie errante, fouisseuse, tubicole; dans le même habitat, les Lanice conchylega et les Pectinaiia belgica se comportent sensiblement de la même façon : dans les deux cas, en particulier, le tube estvertical, surmonté d'une cheminée très fragile; les rotations, les ondes annulaires ont le même caractère. ' 1» XI Sabelliens. Les Sabelliens ne constituent qu'une section parmi les Serpu- liens; j'étudierai seulement les espèces voisines des Sabelles, car les espèces voisines des Serpules, calcigènes, vivent dans des conditions chimiques toutes particulières. Les Sabelliens sont les Annélides tubicoles par excellence : la région céphalique s'est transformée en un appareil sensitif et moteur remarquable; par la constitution générale du corps, ils se rapprochent des Térébelliens, et quelques-uns encore mè- nent une vie vagabonde et peuvent nager. Caractères. — Les Sabelliens sont caractérisés surtout par leur panache céphalique ; la description de ce panache ne nous intéresse pas ici. Outre la région céphalique, formée parla réunion du protoméride et du deutoméride, le corps com- prend encore un thorax en général assez court et un abdomen très long; deux caractères très curieux sont à noter : Winver- J28 GEORGES BOHN s'ion dorso-ventrale des organes externes dans la région tliora- cique ; 2° Vasymélrie de cette région. Ici encore, comme chez les Térébelliens, c'est la région thoracique avec ses crochets qui est vraiment caractéristique. Je signalerai enfin le sillon coprogocjue médian qui cliange de face au niveau du thorax. Habitats et genres de vie. — Les SabelUens habitent un tube formé de mucine, parfois transparent, parfois recouvert de vase, de sable, de fragments de coquilles. Dans le sable, aux endroits où il y a un courant d'eau, on trouve les Sabelles proprement dites : Sahella pwonuia^-d\., Bispira volutacornis Mont., Spirograpliu S[)allanzam\ la Sabella pavonina peut être ramenée par la drague et le chalut, le tube est souvent fixé à des toulîes de Ryùpidiea [de Saint- Joseph, 1894]. On rencontre également à la côte : les Branchïomma vesicu- /o.5?wz Mont., et les Dasychone Bomhi/x Dal. J'ai trouvé des Branchïomma dans les grandes marées, — sous les pierres, sous les rochers, parmi les Eponges, les Tuniciers, — dans le sable, — dans la vase des zostères, — c'est-à-dire, en somme, dans des habitats assez variés ; en aquarium, en effet, cet Annélide peut sortir facilement de son tube, peut nager, pour ensuite s'insinuer parmi les corps anfractueux ou dans le sable, agglutinant en un tube très grossier les corps qui l'en- vironnent ; on rencontre de pareils tubes assez fréquemment dans la nature, et il semble que les choses se passent de même. Le tube parcheminé des Dasyrhone Bomhijx est fixé pareiUe- ment aux coquilles, aux Algues, même aux tubes de Xa Bhp'tra volutacornis [de Saint-Joseph, 1894]. De Saint-Joseph signale enfin que les Jasmineira. eleyans de 'èi-J. ailes Mf/.ricola Dinardensis de St-J. ramenées fréquem- ment dans les dragages, avec les coquilles d'Huîtres (elles vivent entre les lamelles de ces coquilles), peuvent quitter facilement leur substratum habituel pour nager, la tête la première, en serpentant. Divers mouvements présentés par les Sabelliens. — Soulier [1891 1 a observé et décrit certains de ces mouve- ments : ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 1 29 r MouYements alternatifs d'entrée et de sortie, accompagnés de flexion ; T Mouvements de rotation, très remarquables; 3" Mouvements brusques de rétraction. J'étudierai ces divers mouvements avec plus de soin, et, en outre, les mouvements suivants: 4° Mouvements respiratoires ; 0° Mouvements de dégagement du corps et de natation. Mouvements de progression, directs ou inverses, dans le tube. — J'ai observé surtout ces mouvements chez le Branchiomma vesicidosum, et j'ai pu me rendre compte que chez les SabelUens le mécaimme est sensiblement le même que chez les TérébeUiens. Quand l'Annélide recule, les segments thoraciques et les premiers segments abdominaux se contrac- tent successivement d'avant en arrière, de manière à entraîner une rétraction de toute la région antérieure du corps, puis les mêmes segments s'allongent successivement d'arrière en avant, en prenant appui sur les segments plus antérieurs, encore contractés, refoulant par suite tout l'abdomen vers l'arrière. Th. 12 3 4 Th. J 2 3 4 Th. 1 2 3 4 La région thoracique, qui sert d'appui pour le refoulement du corps en arrière, est munie, comme la partie antérieure du thorax chez les Terébelliens, de crochets et d'écussons ventraux. Mouvements de rotation. — Les mouvements de rota- tion présentent des caractères un peu différents suivant les espèces : 1° Sabella pavonina. — - Ils sont extrêmement accentués et fréquents chez les Sabella pavonina] ils ont lieu, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, les changements de sens se pro- duisant très irrégidièrement ; quelquefois ils se produisent très fréquemment [rotations oscillantes) ; quelquefois, presque d'une traite , le Ver effectue trois tours et demi sur lui-même (fig. 17). V Sjnrographis Spallanzani. — Toutes les fois que l'on fait tourner le tube sur lui-même de 180°, le corps tend à tourner ANN. se. NAT. ZOOL. III, 9 130 GEORGES BOHN Fis. 17. Sabella. du même angle, et la rotation s'accomplit toujom-s si le tube est disposé horizontalement; si l'on maintient fixe le panache, c'est le tube lui-même qui tourne autour du corps. 3° Bïspira volutacornis . — Sans doute à cause de la forme étranglée de la section du tube, il est très difficile de provoquer les mouvements de rotation. 4° Branchiomma veskulosum. — Les mouvements de rota- tion ont été bien décrits par Souher [1891] . Les rotations s'accompHssent fréquem- ment pendant que la région antérieure sort ou pendant qu'elle rentre. 5° Dasychone Bombyx. — Le Ver sort facilement de son tube, tout d'abord par suite du déploiement même de l'éventail, ensuite par des flexions alternatives du corps à gauche et à droite ; or, les flexions sont accompagnées de rotations, la rotation ayant lieu du côté qui devient concave. Mécanimie de la rotation. — Les segments actifs sont les segments thoraciques ; la rotation accompagne fréquemment la progression en avant ou en arrière due aux mouvements de ces segments. Ce sont les mouvements des parapodes thora- ciques insérés d'une façon asymétrique qui déterminent les rotations ; ces mouvements peuvent se produire en dehors de toute locomotion. Si l'on détache la tête et le thorax de l'abdomen et si on supprime le panache, le tronçon antérieur du corps ainsi mutilé placé dans un tube continue à effectuer les rotations; on ne peut donc pas admettre une torsion du thorax sur l'abdomen, ni une rotation sous l'influence du panache. Mouvements brusques de rétraction. — Quand on porte une excitation sur la région céphalique, il se produit une con- traction successive des divers anneaux, d'avant en arrière, sur une étendue variable, parfois sur l'étendue totale du corps; si plusieurs excitations se succèdent, à chaque fois le nombre des segments intéressés devient moindre ; ceci explique la sortie en dehors du tube par saccades successives. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 131 La vitesse avec laquelle la contraction des anneaux se pro- page le long du corps est tellement grande qu'on s'est préoc- cupé de chercher le mécanisme de propagation. « Lorsqu'on la touche, la Bispïra volutacornis a des contractions brusques comme les Myxicoles. Friedlànder pense que ces mouvements, qui s'étendent à tous les segments, sont réglés par des fibres tubulaires colossales » [de Saint-Joseph, 1894]. Mouvements respiratoires. — C'est sur le corps extrême- ment contractile de la Bispïra volutacorms qu'on observe le plus nettement les ondes respiratoires. En un certain point du corps, une dilatation en forme de bourrelet circulaire de 1 centimètre de long se produit et se propage dans un sens ou dans l'autre. Je prendrai un exemple : Pendant dix minutes de suite, les ondes apparaissent cons- tamment à la portion antérieure de la région abdominale, et se propagent très lentement d'avant en arrière, sur le pre- mier tiers de l'abdomen, puis sur les deux premiers tiers. Dans le détail, voici ce qui se passe : les quatre premiers segments ab- dominaux se contractent et par suite leur diamètre augmente, d'où la formation d'un bourrelet; ensuite, les mêmes anneaux s'allongent, les anneaux suivants se contractent, et ainsi de suite. Le point de départ des ondes peut avoir lieu plus en arrière. Tout à coup, l'extrémité postérieure s'agite un peu, et des ondes naissent à cette extrémité pour se propager en sens in- verse : leur vitesse de propagation est assez rapide (20 secondes pour parcourir les deux tiers de l'abdomen) ; ces nouveaux mouvements durent quinze minutes. Les mouvements reprennent d'avant en arrière, avec une vitesse moindre (20 secondes pour parcourir le tiers de l'ab- domen). Chi'z les Branchiomma, les renflements sont asymétriques. Mouvements de natation. — On les observe particuKère- ment bien chez les Branchiomma : i" L'Annélide sort de son tube par des mouvements de flexion latérale combinés à des rotations (rotations oscilla- toires) : 132 GEORGES BOHN 2" Une fois l'Annélide sorti, les mouYemciits de flexion s'accentuant et étant toujours accompagnés de rotations, la natation se produit; c'est une natation hélicoïdale oscillatoire. Conclusions relatives aux Sabelliens. — Les Sabelliens ressemblent aux Térébelliens et présentent essentiellement les mêmes mouvements qu'eux ; ils sont plus complètement adaptés à la vie tubicole : les mouvements de rétraction et les mouve- ments respiratoires sont beaucoup plus nets. XII VUE D'ENSEMBLE SUR LES ANNELIDES POLYCHETES Les Annélides Polychètes présentent deux modes essentiels de locomotion : T locomotion par ondulations sinusoïdcdes latércdes; 2° locomotion par élongationset raccourcissements cdter- natifs de certaines régions. ANNÉLIDES PRÉSENTANT DES Mouvenicnls sinusoïdaux. MouvL'ments de deux sorlcs. Mouvenienls d'éloiigation et de contraction. Ann éiidcs des rochers et des sal )lcs. Hésioniens. Lycoridiens. Aphroditiens. Phyllodociens. Annélides des subies. Euniciens. Nériniens. Nephthydiens. Glycériens. Anciens. ,' Arénicoliens. : Maldaniens. ( Capitellicns. 1, Pectinaires. { Térébelliens. Serpuliens. Dans les deux catégories, les mécanismes respiraloires soiil, égalemenl différents; la plupart des Annélides de la premièrt; catégorie présentent des mouvements respiratoires sinusoïdaux, ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 133 ayant lieu d'avant en arrière dans le plan sagittal ; chez la plupart des Annélides de la dernière catégorie, le courant res- piratoire est produit par la propagation dans un sens ou dans l'autre d'un bourrelet annulaire qui se déplace dans le tube occupé par l'animal comme une sorte de piston. La vie tubicole se reacontre aussi bien dans l'une et l'autre catégorie : quelques Hésioniens, un certain nombre de Lycori- diens, la plupart des Aphroditiens dans la première catégorie; ■ — surtout les Maldaniens, les Pectinaires, les Térébelliens, les Serpuliens, dans la seconde catégorie. Des Annélides comme les Nériniens (1"" c.) et les Euniciens (2' c.) ne sont pas du tout tubicoles : ils errent dans le sable ou à sa surface, répan- dant autour d'eux une sécrétion abondante qui agglutine plus ou moins les grains de sable dans les régions qu'ils traver- sent. Il faut remarquer en outre que la vie errante se con- cilie avec la vie tubicole : les Lycoridiens quittent leurs tubes pour nager, de même les Térébelliens; j'ai indiqué que, contrairement à ce que l'on pense^ ces Annélides sont essen- tiellement errants. Les Annélides de la première catégorie acquièrent rapide- ment une physionomie à part ; tandis que chez les Phyllodo- ciens, les parapodes sont encore simples, chez les Hésioniens, on voit se différencier une rame dorsale, et chez les Lycori- diens, les Aphroditiens, les Néridiens, les Nephthydiens, les parapodes sont plus ou moins différenciés. Chez les Annélides qui abandonnent le premier mode de locomotion pour le second, les parapodes, primitivement biramés, se modifient : les deux rames tendent à se fu- sionner. Dans la dernière catégorie, on a réuni sous le nom d'Euni- ciens toutes les formes qui possèdent des parapodes simples ; toutes les autres formes sont caractérisées par la différen- ciation de boui'relets uncinigères. Chez les Arénicoliens et les Maldaniens, les régions actives sont les régions terminales ; elles fonctionnent alternativement suivant le sens de la pro- gression ; chez les Térébelhens et les Serpuhens, quel que soit le sens de la progression, la région active est le thorax; cette région possède, outre les tores uncinigères munis de crochets 134 GEORGES BOHN puissants, des boucliers ventraux glandulaires, qui permeltent sa parfaite adhérence au support. La différenciation des parapodes bïramés paraît en relation avec les mouvements sinusoïdaux ; celle des hourrelels win- 7iigères est en relation avec les tractions et les refoulements dus à la condensation et à la dilatation de certains anneaux. L'influence de l'habitat sur le mode de locomotion et par suite sur la forme est manifeste. Lorsque les Annélides vivent dans les rochers, leurs mouvements sont serpentiformes; dans le sable, ces mouvements n'ont pas tardé à se perdre et le deuxième mode l'a emporté sur le premier. D'après Vétude que j'ai faite^ on ne peut élahlir aucune xéne généalogique^ ynais on peut démolir celles établies : j'ai indi({ué plus haut pourquoi les Euniciens ne doivent pas être consi- dérés comme la souche originelle des autres Annélides des sables (1). La physiologie a ceci d'utile, c'est de nous montrer nettement les illusions créées puir les ressemblances adaptatives. XIII OLIGOCHÈTES Je prendrai comme exemple celui des Vers de terre, et je ferai quelques extraits du mémoire [1901, f] que j'ai consacré à la locomotion de ces animaux. Chez ceux-ci on observe le second mode de locomotion décrit chez les Polychètes : élongations et condensations alternatives de certaines régions ; ici la région active est la région antérieure ; chez quelques espèces qui progressent dans les deux sens elle peut être aussi, à certains moments, la région postérieure ; tout le reste du corps est entraîné passivement. « Il suffît d'examiner quelques instants un Ver de terre pour reconnaître qu'il se meut d'arrière en avant uniquement par le jeu de ses anneaux antérieurs, i kn, et cela quelle que soit la nature de la surface de reptation (surface plane ou cylin- (1) J'ai de même, dans un travail antérieur, démoli les arbres généalogiques des Crustacés, sans en établir d'autres. ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNELIDES 135 driqiie, terre ou pierre) et qu'il s'agisse d'un Ver a canalisa- teur » ou d'un Ver « sédentaire ». « La figure 18 représente les temps principaux de la repta- tion d'un Ver de terre. 1" temps. — Les anneaux antérieurs, / à w,. se détachent du <^o\ progressivement d'avant en arrière ; quand vient son tour, l'anneau p s'appuie sur l'anneau p + /, se redresse légèrement et s'allonge re- poussant devant lui la série des anneaux /;-/ à /. Sou- vent ?2 = 9, ce qui signifie que toute la région prégénitale subit une élongation (cette élongation est maxima vers le milieu de la région, au ni- veau de l'anneau 5 ou 6) qui la rend rigide et lui permet Fig- ^S- — Modifications successives de la ,. . partie antérieure du corps dans la repta- de s insinuer dans la terre uon d'un ver de terre. (deuxième ligne de la figure). T tempjs. — Les anneaux i k n se condensent dans l'ordre même oii ils se sont allongés, la tète constituant un point fixe vers lequel sont entraînés passivement tous les autres anneaux ; une bande de papier glissée transversalement sous le Ver est alors entraînée en avant, qu'elle corresponde à la région pré- clitellaire ou à la région post-clitellaire ; les anneaux de la queue n'adhèrent même pas en général au support. » Ceci a lieu dans tous les cas de progression en avant, et en particulier chez les Vers canalisateurs [Lumbricus hercideus Hoffm. et Allohophora terrestris Sav). Souvent ces Vers apla- tissent leur extrémité postérieure pour progresser en arrière : l'aplatissement permet aux anneaux d'adhérer plus fortement au sol. « Il faut noter que si l'on détache cette queue par sec- tion transversale, elle se meut en se dirigeant vers l'avant par le jeu des anneaux les plus antérieurs du segment coupé, et il est curieux de signaler que la locomotion de ce segment peut se faire aussi bien sur la face dorsale que sur la face ventrale 136 GEORGES BOHN et que les soies ne jouent par conséquent qu'un rôle accessoire dans la progression. » XIV HIRUDINÉS J'ai décrit les principaux mouvements des Hirudinés dans deux notes [1901, f, 1902, a]. Voici les principaux faits que j"ai mis en évidence. Les Hirudinés présentent deux sortes de mouvements : 1° Des mouvements de repialion^ dus, comme chez les Vers de terre, à l'allongement et au raccourcissement des divers zoonites ; V Des mouvements à' ondulation, assez variés d'ailleurs. Mouvements de reptation. — V Sangsue médinnale Kai. (( Elle présente deux modes de reptation : une reptation pro- prement dite et une fausse reptation au moyen des ventouses. « La reptation véritable se fait par une combinaison des mouvements d'extension et de contraction des divers zoonites qui avoisinent la région clitellaire; pour bien la comprendre, il faut faire la remarque fondamentale suivante : quand un zoonite est contracté, il présente, surtout sur la face ventrcde, des raies transversales saillantes munies elles-mêmes de ptapilles dis- posées diversement et qui favorisent Vadhérence de ce segment sur le support. « La figure 19, demi-schématique, représente une Sangsue en train de ramper au rf ' ~^-^^ — n— — -^ ■" moment où le corps a atteint son niaximum Fig. 19. — Sangsue en train de ramper pendant d'exteusiou ; OU VOit SC la période du mouvement d'extension. différencier daus la par- tie antérieure quatre ré- gions, a, b, c, d, alternativement formées de zoonites contrac- tés et de zoonites allongés ; la région c correspond aux orifices génitaux et est celle que les auteurs conviennent d'a[)pel('r clitellaire; elle joue un rôle important dans la reptation. Celle-ci, en effet, comprend les temps suivants : « ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 137 1" temps. ■ — La région a d, alors contractée dans sa tota- lité, se détache du sol, comme cela a lieu chez les Vers de terre, Félongation croissant de a à b et décroissant de ô à cl. T temps. — Cette région ad s'abaisse vers le sol de manière à amener en son contact successivement les régions a. et c. 3" temps. — Dès que la région c repose sur le sol, sous l'in- fluence sans doute d'un réflexe à point de départ cutané, elle devient un centre de condensation pour les anneaux immédia- tement avoisinants, et un point d'appnà pour les régions h et d qui s'allongent, amenant la projection de la tête en avant et sou- vent un léger recul de l'extrémité postérieure du corps (si la ventouse postérieure était fixée, elle peut se détacher). 4'- tempjs. — Les régions b et d se contractent successive- ment, d'avant en arrière, à la manière des Vers de terre, elle corps de l'Annélide avance sur le support. « Ainsi, chez la Sangsue médicinale, la reptation se fait fondamentalement par le même mécanisme que chez les Vers de terre ; seulement, on distingue très manifestement dans la moitié antérieure du corps : 1" plusieurs zones d'élongation, b et ^, qui existent peut-être moins visiblement chez quel- ques espèces de Lombrics; V une zone c, à zoonites en général contractés, peu actifs, et qui, grâce à une ornementation tégu- mentaire assez parfaite, constitue une zone d'adhérence sul)- antérieure [ditellaire), véritable point d'appui pour les zoonites situés en avant et ceux situés en arrière ; les zoonites de la moitié postérieure du corps ne jouent aucun rôle actif dans la reptation. « Il n'en est pas de même de la fausse reptation., au moyen des ventouses, qui a été bien étudiée (Voy. Gratiolet) ; celle- ci devient la règle chez la Sangsue noire (Aulastoma gulo Braun). 1° Aulastome. — « Chez cette Sangsue, en effet, la repta- tion véritable semble un mode de locomotion tombé en dé- suétude; les téguments, qui n'offrent plus que des contacts acci- dentels avec le support, sont d'une ornementation faible. Cet Annélide mène surtout une vie fixée, et la ventouse postérieure, qui est primitivement un organe, non de locomotion, mais de fixation, devient un point d'appui pour l'animal. , 138 GEORGES BOHN <( Très souvent FAulastome vorace est fixée par cette ven- touse, et se comporte d'une des deux façons suivantes : ou bien le corps subit une élongation et constitue une tige douée d'un léger mouvement ondulatoire, qui a vraisemblablement pour résultat le renouvellement de l'eau autour de l'animal; ou bien il présente des déformations variées qui entraînent le dé- placement de la tête, celle-ci semblant chercher l'aliment. a L'élongation dans le premier cas, les déformations dans les seconds cas sont produites par les élongations et les défor- mations successives des divers zoonites depuis le plus antérieur jusqu'à ceux qui constituent la ventouse postérieure ; celle-ci n'est donc ici encore que Vahoulissant crime série de mouvements et non le point de départ. « Quand l'élongation du corps a atteint une valeur maxima, la ventouse postérieure, par suite de la contraction successive d'avant en arrière des zoonites allongés, se détache et se rap- proche de la bouche iîxée (ventouse antérieure) ; ce n'est là qu'une modification du dernier temps de la reptation ordinaire (rétraction plus forte ventralement que dorsalement). 3° Clepdnes. — « En général, les Clepsines sont les plus sédentaires des Hirudinées ; Moquin-ïandon signale que cer- taines espèces a aiment à se balancer, fixées par la ventouse anale et tenant le corps un peu raide » ; j'ai constaté que la Glomphoma complanatah. se comporte fréquemment comme l'Aulastome ; dans la reptation qui se fait au moyen de ven- touses, celles-ci se rapprochent en général complètement l'une de l'autre. » Mouvements d'ondulation. — Mouvements respiratoires. — « Les mouvements d'ondulation se rencontrent chez toutes les Sangsues, et sont d'autant plus accentués que celles-ci devien- nent plus sédentaires ; ils ont pour conséquence habituelle le renouvellement de l'eau autour de l'animal [mouvements respi- ratoires)., mais peuvent aussi entraîner la natation. « Quand une Sangsue médicinale repose par sa région cli- tellaire, les extrémités antérieure et })ostérieure, qui subissent des élongations et des raccourcissements successifs, présen- tent souvent des mouvements ondulatoires, plus prononcés du côté de la queue qui s'aplatit ; dans ces conditions, les ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 139 ventouses ne sont pas fixées, et il faut bien peu de chose pour que les mouvements respiratoires se transforment en mouve- ments de natation. Ces derniers ont été bien décrits parGratiolet. « Quand une Aulastome ou une Clepsine est fixée par sa ventouse postérieure, le corps offre un mouvement ondula- toire surtout prononcé dans la région antérieure ; chez une Clepsine complètement fixée, une onde se propage presque con- stamment entre les deux ventouses. » Mouvements de natation. — Les mouvements de natation ne sont ici en quelque sorte que des mouvements respiratoires exagérés : ils consistent en des ondulations sinusoïdales., ayant lieu dans le plan sagittal de l'animal, accompagnées le plus sou- vent de rotations. (( Pendant la natation, le corps de la Sangsue s'aplatit dorso-Ycntralement, surtout dans la région postérieure, et prend la forme d'un ruban ; il progresse grâce à un mouve- ment d'ondulation qui se propage dans toute sa longueur, mais qui est beaucoup plus accentué au niveau des zoïdes posté- rieurs. L'onde musculaire est due à des variations de courbure des divers zoïdes, et quelquefois à une rotation des zoïdes les uns sur les autres autour de l'axe du corps. « Si un anneau tournait d'un angle w par rapport au plan horizontal, si l'anneau contigu tournait d'un angle w' par rap- port au précédent, et ainsi de suite, la propagation de l'onde serait du type hélicoïdal, et si plusieurs ondes semblables se propageaient successivement à travers le corps de l'animal, celui-ci, plus ou moins contourné en une sorte devis, subirait à la fois une translation d'ensemble et une rotation sur lui-même. « Ces mouvements hélicoïdaux ne semblent pas rares chez les Sangsues, soit qu'ils se produisent toujours dans le même sens (propagation rotative), soit qu'ils se produisent alternative- ment dans un sens ou dans l'autre (propagation oscillante). C'est grâce à ces mouvements que le Ver peut en nageant changer son orientation générale. « Quand le Ver cesse de ramper pour nager, le plus souvent il commence par nager le dos en haut et le ventre en bas ; mais au bout d'un temps variable, il finit par se retourner et par nager la face neurale en haut. » 140 GEORGES BOHN CONCLUSIONS (') Daas ce mémoire, j'ai rassemblé de nombreux faits, la plu- part nouveaux. 1° J'ai décrit les attitudes et les mouvements d'un grand nom- bre d'Annélides : les trajectoires ont des formes très variées, mais les divers points du corps peuvent effectuer, par rapport à elles, des oscillations transversales ou longitudinales et sou- vent des rotations. J'ai signalé l'extrême fréquence des attitudes et des mouvements héUcoïdauœ (natation de certaines Néréides, de la Glycère, de la Sangsue; marche des parasites dans les tubes ; enfouissement du Stylarïoïdes plumosa et de la Pecti- naire ; va et vient des Térébelles et des Sabelles, etc., etc.). Depuis deux ans, Jennings a décrit de pareils attitudes et mouvements chez les Infusoires et les Rotifères, et j'ai moi-même étudié les mouvements hélicoïdaux de certaines larves. Tout ceci s'explique par l'avantage que présentent, au point de vue mécanique, les mouvements en hélice sur les autres. 2° J'ai montré Vinfluence dynamogène des agents méca- niques^ physiques et chimiques du milieu extérieur, et en par- ticulier j'ai étudié systématiquement Vinfluence de la lumière sur les Annélides, et j'ai mis en évidence le fait suivant : sous Vinfluence d'une augmentation de V éclairement [princi- palement des yeux)^ la longueur et V amplitude des ondes loco- motrices latércdes augmentent^ et avec elles la force pjropnd- sive. Depuis deux ans, j'ai été conduit à faire une étude très complète du phototropisme des Vers et des Mollusques [Mémoire de V Institut général psychologique, I, p. 1-110, avrd 1905). 3° J'ai montré que les mouvements sont en relation avec l'habitat et surtout avec le genre de vie ; lorsque le Ver s'adapte à la vie dans le sable, les oscillations transversales (mouve- (1) J'ai dû modifier légèrement les conclusions primitives, pour indi([uer quelques conséquences auxquelles j'ai été conduit depuis le dépôt de ce mé- moire (janvier 1904). ATTITUDES ET MOUVEMENTS DES ANNÉLIDES 14i ments sinusoïdaux) sont remplacées par des oscillations longi- tudinales (mouvements d'élongation). 4° J'ai indiqué Vïnfîyence morphogène des mouvemenU : tandis que les mouvements sinusoïdaux entraînent manifestement la différenciation des doubles parapodes^ les mouvements d'élon- gation et de raccourcissement entraînent dans certaines régions du corps la différenciation des tores uncimgères et celle des boucliers ventraux. Les élytres^ les branchies sont en relation également avec le mode de vie ; la longueur du corps également; mais dans ces divers cas les influences chimiques interviennent à côté des influences mécaniques ; ainsi les formes courtes d'Annélides sont celles c[ui vivent dans des milieux toxiques et aussi celles dans lesquelles la région postérieure devient aussi active que la région antérieure (Aphroditiens commensaux, Arénicoliens, Capitelliens, Hirudinées). Il faut être très prudent dans les considérations de cet ordre, et éviter de tomber, comme l'a fait Anthony, dans des explications trop simplistes, où les réactions chimiques sont exclues. 5° Ces considérations sur la genèse des formes m'ont enfin conduit à des considérations du même ordre sur la genèse des couleurs : la variété des teintes chez les Annélides dépend non seulement du degré de toxicité de l'eau dans laquelle ces ani- maux vivent, mais encore du degré d'activité de la région du corps considérée; j'ai signalé en particulier que les formes parasites et tubicoles [Oph'wdromus^ Harmothoe^ etc.) présentent une coloration métamérique, les bandes diversement colorées correspondant aux nœuds et aux ventres du mouvement ondu- latoire qui se propage le long du corps (1). J'ai l'intention, dans les mémoires qui suivront, d'examiner avec détails les divers points sur lesquels je viens d'attirer (1) J'ai indiqué précédemment, dans mon livre sur VEvolution du pigment [1901, a], que la pigmentation est influencée beaucoup plus par les intoxi- cations externes et internes que par la lumière ; on trouvera d'une façon générale mes idées sur le pigment dans ce livre, et aussi dans la tlièse de Mandoul parue dans les Annales des sciences naturelles (t. XVUI, p. 225-468), ce qui n'est pas étonnant puisque près de cinquante pages de mon livre y ont été reproduites, parfois même presque textuellement (en particulier dans le cha- pitre VI, p. 36(3), sans indication d'origine. La conclusion de Mandoul est toute- ibis différente de la mienne, et se trouve par suite en contradiction avec ce qui est dit dans les passages qu'il a reproduits de mon livre. 142 GEORGES BOHN l'attention, et de discuter des conclusions que je me suis bien gardé de formuler d'une façon nette et absolue dès maintenant. Les phénomènes biologiques sont en général d'une extrême complexité; dans ce travail, comme dans les précédents, j'ai cherché à montrer cette complexité. TNDEX BIBLIOGRAPHIQUE 1892. BoHN (G.), De l'individualité (cours de M. Giard). Revue encyclopédique, 15 juillet. 1898 a. Id., De l'absorption de l'anhydride carbonique par les Crustacés Déca- podes. C. R. Soc. de BioL, 5 novembre. 1898 6. Id., Variations des échanges gazeux chez les Crustacés Décapodes, sui- vant la saison, l'habitat, la taille des animaux. C. R. Soc. de BioL, 5 novembre. 1899. Id. , De l'importance de l'ammoniaque comme facteur éthologique. C. R. Soc. de BioL, 4 novembre. 1901 a. 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Id., Contribution à la psychologie des Annélides. Bull, de LInstitut in- ternational psychologique, 2'= année, n° 4, p. 317-325. 1903 a. Id., Sur l'indépendance fonctionnelle des zoïdes d'un Annélide, à pro- pos de phénomènes de rotation présentés par les Hirudinées. Bull, du Muséum, 1903, nM, p. 26-30. 1903 b. Id., Recherches biologiques sur les Arénicoles. Bull, du Muséum, 1903, n° 2, p. 62-73, 2 figures. 1903 c. Id., Les conditions normales de la respiration chez les animaux ma- rins. C. R. Soc. de BioL, 28 février. 1903 d. Id., Des localisations respiratoires chez les Annélides. C fi. Soc. de Biol. , 7 mars. 1903 e. Id., Actions tropiques de la lumière. C. R. Soc. de BioL, 21 novembre. 1903 /". Id., Sur le phototropisme des Artiozoaires inférieurs. C. fi. Acad. des Se, 28 décembre. 1904. Ib., L'évolution des connaissances chez les animaux marins littoraux (2" Mémoire). Bull, de l'inst. gén. psychologique, n° 2, p. 190-213. 1902. BoUNiuoL (J.), Recherches biologiques expérimentales sur la respiration des Annélides Polychètes. Ann. des Se. natur. (3), 8'^ série, t. XVI, 132 pages. (1) La bibliographie se trouve close à la date du 22 janvier 1904 (dépôt du mé- moire)- 144 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 1898. Caullery et Mesml, Les formes épitoquiBS et l'évolution des Cirratuliens. A7in. de VUniversUé de Lyon, fasc. XXXIX, 108 pages. 1898. Darboux (J.-G.), Reclierclies sur les Aphrodiliens. Thèse Faculté des Se. Paris, 276 pages, in Bull, scicnt.de laFranceet de laBelgiquc, XXXIII, p. 1-274. 1874. EiiLERS, Beitrage zur Kenntniss der Verticalverbreitung der Borstenwûr- mer im Meere. Zeit. f. Wiss. ZooL, XXV. 1890. Fauvel (P.), Catalogue des Annélides Polychètes de St-Vaast-la-Hougue. Huit. Soc. linn. de Normandie, 4" série, 9" vol., 2* fasc, p. 121-140. 1897. 1p., Recherches sur des Ampharétiens. Thèse Faculté des Se. de Paris, 212 pages; in Hull. scient, de la France et de la Belgique, t. XXX, p. 227-489. 1900. 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VI, p. 41S-417. 1887-88-94. Joseph (de Saint-), Les Annélides Polychètes des côtes de Dinard. Ami. des Se. nat. (3). 1898. Id., Les Annélides Polychètes des côtes de Dinard. Ann. des Se. nat. (3). 1893. Malaquin (A.), Recherches sur les Syllidiens. Morphologie, Anatomie, Reproduction, Développement. Mém. de la Soc. des Se. et Arts de Lille. 1883. Marion (A. -F.), Esquisse d'une topographie zoologique du golfe de Mar- seille. Ann. du Musée d'Hist. natur. de Marseille (3), t. I, Mém. I, 108 j)., 1 carte. 1899 a. Mesnil (F.), La position systématique des Flabelligériens (St-J.) et des Sternaspiens. Zool. Anzciger, Bd XXll, n° 580, p. 81-85. 1899 b. Id., Études de morphologie externe chez les Annélides; I, les Spioni- diens des côtes de la Manche. Bull, scient, de la France et de la Bel- gique, XXIX, p. 110-287. Perrier (Ed.), Les colonies animales (Masson). Id., Traité de Zoologie (Masson). 1897. Pruvot, Essai sur les fonds et la faune de la Manche occidentale (côtes de Bretagne), comparés avec ceux du golfe du Lyon, etc. Arch. de Zool. expér., 3" série, V. 1891. Soulier, Études sur quelques points de Fanatomie des Annélides tubi- colcs delà région de Cette. Thèse, 1891. 1895. Watson (A. T.), Observations on the Tube-Forming Habits o[ Pantindis OErstedi. Reports upon the Fauna of Liverpool Bay and the neighlinu- ring Seas, IV, p. 328-345. LES ANNELIDES POLYCHETES DES COTES DE FRANGE (OCÉAN ET COTES DE PROVENCE) Par m. le Baron de SAINT-JOSEPH. INTRODUCTION Comme continuation du travail que j'ai publié en 1898 (1), je donne ici le résultat de quelques recherches faites à Saint-Jean-de-Luz en 1901, 1902 et 1905 au commencement d'octobre et à Cannes du 18 septembre au 8 octobre 1903. Aux matériaux réunis par moi dans ces deux localités, j'en ai joint d'autres recueillis par M. Adrien DoUfus à Saint- Raphaël, en juin 1902, que je n'ai pu examiner que conservés dans l'alcool. Je le remercie d'avoir eu l'amabilité de me les communiquer. SAINT-JEAN-DE-LUZ. Il y a à ajouter aux 51 espèces indiquées précédemment [loc. cit.^ p. 221) les 13 suivantes : Ehlersia sexoculata Ehl. (Dans les Liiho- ] Odontosyllis fulguransClpd.ild./dSa.inle- tha.mmon, kSsiinte-Bdirhe). 1 Anne). (1) Les Annélides Polychètes des côtes de France (Manche et Océan) {Ann. des Se. nat., 8^ série, t. V, 1898, p. 209-464, et pi. XIlï-XXIII). — A la liste des 60 espèces de Concarneau (p. 217), il faut ajouter les 10 suivantes que j'y ai ramassées pendant un court séjour en 1900 : Grubea clavata Clpd. — Polynoe Scolopendrina Sav. (pointe de la Jument). — Slhenelaïs boa iohnst. [ibid.). — Sigidion Mathildœ Aud. et Edw. {ibid.). — Phyllodoce papulosa St-Jos. (anse de Kersos). — Eunice torquata Qfg., dont un exemplaire de 40 centi- mètres (pointe de la Jument). — Eunice Harassii Aud. et Edw. (ibid.). — Ophe- lia bicornis Sav. (Beg Meil). — Sabellaria alveolata L. {ibid.), — Spirorbis bo- realis Daud, (anse de Kersos). Je trouve aussi le Loxosoma annelidicola P. van Ben. et Hesse sur la Leiochone clypeata St-Jos. ANN. se. NAT. ZOOL. III, 10 146 DE SAINT-JOSEPH. Ilarmothoe Synaptœ N. S. (Pointe de Sainte-Barbe). Psammolyce àrenosa D.Ch. (Ici.). Phyllodoce bruneo-viridis St-Jos. [Id.]. Eteone foliosa Qfg. [Id.]. Goniada emerita Aud. et Edw. {kl.]. Dodecaceria concharum OErst. [Id.]. Notomastus exsertilis N, S. (Sainte-Barbe et Sainte-Anne). Chastoplerus var'wpedatus Ren. Un petit exemplaire de 70 millimètres dans l'al- cool avec 9 segments à la région anté- rieure, 3 à la région moyenne et 18 à la région postérieure [Id.]. Nicolea venuslula Mont. (Id.). Polycirrus hœmatodes Clpd. (Rochers de la Goureppe, à Biarritz). Dasychone bombyx Daly. [Id.). Parmi elles, je décrirai V Harmothoe Synaptœ^ \^ Psammolyce cirenosa, la Goniada emerita^ le Notomastus exsertilis, puis je reviendrai sur quelques autres espèces déjà décrites dans mon mémoire antérieur. CANNES ET SAINT-RAPHAEL. Les espèces recueillies dans ces deux endroits sont au nombre de 93, dont 53 se retrouvent à Dinard, ce qui prouva combien la faune des Annélides de la Méditerranée et celle de Dinard ont de points de contact. Quoique beaucoup de ces espèces aient été décrites dans mes travaux précédents, je reviens souvent sur ces descriptions pour permettre de relever les différences, en général légères, qui existent selon que l'espèce habite la Méditerranée, la Manche ou l'Océan. Ces 93 espèces sont (1) : Syllis (Haplosyllis) hamata Clpd. Syllis (Typosyllis) variegata Gr. Syllis (Typosyllis) proliféra Kr. Syllis (Typosyllis) Krohnii Ehl. Syllis (Typosyllis) vittataGr. Ehlersia sexoculala Ehl. Syllis gracilis Gr. Xenosyllis scabra Ehl. Pionosyllis longocirrata St-Jos. Eusyllis lamelligera Mar. et Bobr. Syllides longocirrata OErst. Odontosyllis gibba Clpd, Odontosyllis ctenostoma Clpd. Grubea pusilla Duj. Grubea clavata Clpd. Grubea tenuicirrata Clpd. Autolytus ornatus Mar. et Bobr. Autolytus pictus Ehl. Autolytus prolifer 0. F. Mûll ? Hermione hystrix Sav. nec Blv. Pontogenia clirysocoma Baird. Lepidonotus clava Mont. Harmothoe spinifera Ehl. var. Lang. Harmothoe areolata Gr. Harmothoe lunulata Clpd. Lagisca extenuata Gr. Sthenelaïs miner Pruv. tt Racov. Euphrosyne foliosa Aud. et Edw. Chrysopetalum débile Gr. Hyalinœcia tubicola 0. F. Mûll. Eunice Harassii Aud. et Edw. Euniae Claparedii Qfg. Eunice vittala D. Ch. Eunice torquala Qfg. nec Pruv. et Racov. Eunice Siciliensis Gr. Nematonereis unicornis Gr. Lysidice Ninetta Aud. et Edw. Lumbriconereis Funchalcîisis Kbg. Lumbriconereis coccinea Ren. Arabella St-llilairli D. Ch. Staurocephalus rubrovittatus Gr. Nereis pelagica L. (1) Les noms de celles qui existent à Dinard sont imprimés en caractères ordinaires et les autres en italique. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 147 ISlereis diversicolor O.-F. MûU. Nereis rubicunda Ehl. Nereis irrorata Mgr. ■Ceratonereis punctata N. S. Perinereis cultrifera Gr. Platynereis Dumerilii Aud. et Edw. Phyllodoce nana N. S. Phyllodoce splendens St-Jos. Eulalia pallida Clpd. Eulalia viridis O.-F. MûU. Eulalia (Pterocirrus) macroceros Gr. Eulalia [Pterocirrus) microcephala Clpd. Mystides (Protomystides) bidentata Lang. Lacydonia miranda Mar. et Bobr. Hesione pantherina Risso. Kefersteinia cirrata Kef. Podarke agilis Ehl. Glycera tridactyla Schmarda. Glycera tesselata Gr. Dodecaceria concharum CErst. Sclerocheilus minutus Gr, Ophelia radiata D. Gh. Polyophthalmus pictus Duj. Jolmstonia clymenoïdes Qfg. Petaloproctus terrlcola Qfg. Sabellaria alveolata L. SabelUdes octocirrata Sars var. Meditei^- ranea Marion. Amphitrite rubra Risso. Amphitrite gracilis Gr. Terebella lapidaria (Kiihl.) L. Nicolea venustula Mont. Lanice conchilega Pallas. Polymnia nebulosa Mont, nec Johnst. Polymnia Nesidensis D. Ch. Pista cristata O.-F. MûU. Thelepus triserialis Gr. Polycirrus caliendrum Clpd. Polycirrus aurantiacus Gr. Spirographis Spallanzanii Viv. Potamilla reniformis 0. F. Mùll. Amphiglene Mediterranea Leydig. Dasychone lucullana D. Gh. Chone collaris L. Myxicola parasites Qfg. Serpula vermicularis L. Hydroides uncinata Phil. Filograna implexa Berk. Spirorbis cornu arietis Phil. Vermîliopsis infundibulum Lang. Pomatostègus polytrema Phil. Apomatus similis Mar. et Bobr. ANNÉLIDES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ. FAMILLE DES APHRODITIENS Sav. s. str. TRIBU DES POLYJVOINA Gr. Genre HARMOTHOE Kbg. Mgr. s. ext. Harmothoe synapt^ n. s. PI. 1, lig. 1-6. Un seul exemplaire trouvé dans la baie de Saint-Jean-de-Luz, à Sainte-Barbe, fixé sur une Si/napta. Le corps incolore, long de 16 millimètres dans Talcool, sur une largeur à peu près uniforme de 5 millimètres, soies et cirres compris, compte 36 segments sétigères. Les cirres anaux manquent. Les segments du milieu du corps sont quatre fois plus larges que hauts. La tête, très rouge, presque aussi large que haute (0"'",o), se compose de 2 lobes en ovale allongé, séparés l'un de l'autre par un sillon profond qui s'étend du bord antérieur du premier segment sétigère à la base de l'antenne médiane d'où chacun des lobes s'écarte en formant un angle (fig. 1). Les 148 DE SAINT-JOSEPH. 2 yeux antérieurs sont placés en avant tout à fait sur les côtés et les 2 yeux postérieurs tout à fait en arrière à la base de chaque lobe. Les 2 antennes latérales, brunes, sont courtes (0"'°,42), avec peu de papilles. Il ne reste que la base de l'antenne médiane. Les palpes lisses, incolores, épais, longs de0'""',80, se terminent en pointe effdée. Lescirrestentaculaires^ avec quelques rares papilles, longs de 0'"'",72, sans renflement, ont une large tache brune qui précède la pointe filiforme incolore. La rame supérieure des pieds (fig. 2) est un petit mamelon en cône obtus dans lequel s'enfonce un acicule et d'où sortent 3 à 5 soies dorsales. Aux pieds sans élytres, au-dessous du tubercule dorsal, s'élève un cirre dorsal en tout semblable aux cirres tentaculaires. La rame inférieure qui se termine par un petit processus cirriforme où pénètre l'acicule, a un éventail de soies et un cirre ventral glabre, à base piriforme et à pointe effdée, à peu près moitié moins long que le cirre dorsal. Les soies dorsales (fig. 3), courtes, légèrement recourbées en arrière, finissant en pointe obtuse, un peu moins larges que les soies ventrales dans leur partie la plus large, sont cou- vertes jusqu'au bout de rangées transversales de très fines épines. Les soies ventrales (fig. 4), au nombre de 35 environ, se terminent par une pointe très peu recourbée, en regard de laquelle se dresse une épine droite. La partie convexe de la soie est garnie de plusieurs petites écailles superposées, assez transparentes, striées en long (fig. 5). Lorsqu'on l'examine de face, on voit que ces écailles sont disposées par paires de chaque côté de la soie qui a 0"'",01i de large, tandis que de côté et à plat elle a 0°',0J6. Toutes ces soies sont de même forme, mais de tailles différentes. Les 10 supérieures ont 17 écailles avant la pointe, les 15 médianes en ont 12 et les 10 inférieures 8. Les élytres, recouvrant tout le dos, colorés en brun pâle seulement du côté le plus rapproché de la ligne médiane dor- sale, quelquefois légèrement festonnés au bord externe, sont au nombre de 15 paires, réparties comme elles le sont d'ordinaire chez les Harmothoe, au dos des segments 2, 4, 5, 7, etc. Ils sont LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 149 mous, rappelant ceux de Y Halosydna gelatinosa Sars, à bords absolument lisses, et n'ayant qu'un groupe de très petits (0"'",009 de diamètre) tubercules cylindriques entre l'attache élytraire et le bord antérieur de l'élytre (fig. 6). Ils sont tous orbiculaires ou suborbiculaires, sauf une échancrure peu marquée au bord antérieur, avec un diamètre de 2 millimètres environ, excepté la première paire qui est plus petite. Les papilles ventrales sont indistinctes. h' H. Synaptde appartient à ce groupe (ï Harmothoe commen- sales : H. Ljimgmani Mgr. [H. Madeodï Me Int.), H. Mar- physse Me Int., H. Zetlandlca Me Int., H. limulataD. Ch., H. picta St-Jos., H. arenïcolse St-Jos., qui ont pour caractères communs : 1° des élytres unis au bord et plus ou moins parse- més de très petits tubercules ; 2" des papilles en petit nombre aux appendices cirriformes de la tête et des pieds; 3" des papilles ventrales assez indistinctes (sauf chez H. Marphysœ et H. limidata). VH. Synaptœ diffère des autres espèces commensales par la forme de sa tête, par l'absence de papilles aux cirres ventraux, par ses élytres mous (1). Ses soies dorsales sont en petit nombre et courtes comme chez H. Marphysœ, mais chez celle-ci elles finissent en pointe fine. Elles sont plus minces que les soies ventrales comme chez H. Marphysse. Chez H. Zetlandlca (où elles se terminent en pointe nue), chez H. Ljungmanï et H. picta., elles sont au contraire plus grosses que les soies ventrales; chez H. arenïcolse et H. lunulata., elles sont de môme force. Les soies ventrales de 1'^. Synaptse sont sem- blables à celles de H. Zetlandïca., H. Ljungmanï^ H. hmidata et H. arenïcolse. Chez R. pïcta^ la pointe terminale est plus recourbée et plus écartée de l'épine qui lui fait face. Chez H. Marphysse., il y a des soies ventrales supérieures et infé- rieures non bifides. M. Darboux (2), signale sans aucun détail, un Lepidonotus commensal des Synapta aux îles Glenan, à Concarneau et à Roscoff. (1) 11 n'y en a de mous que chez H. Zetlandlca. (2) Darboux, Recherches sur les Aphroditiens [Trav. de Vlnst. zool. de VUniv. de Montpellier, etc., Mémoire n° 6, 1899, p. 14). 150 DE SAINT-JOSEPH. TRIBU DES SIGALIONINA Gr. Genre PSAMMOLYCE Kbg. PSAMMOLYCE ARENOSA D. Cil. (1). PsAMMOLYCE ARENOSA Glaparôde, Annél. du golfe de Naples, p. 102, et pi. V, lig. 3. ? SiGALioN Hermini^ Audouîn et Milne-Edwards, Recherches pour servir à l'hist. nat. du litt. de la France, t. II, 1834, p. 107, et pi. I a, fig. 1-6. ? PSAMMOLYCE lïERMiNiiE Quatrefagcs, Hist. nat. des Annél., t.I, p. 283. PI. I, fig. 7-23, et pi. II, fig. 24-3d. Plusieurs exemplaires recueillis à marée basse enfoncés dans le sable vaseux sous les pierres à Sainte-Barbe. Animal moins lent et plus fragile que la Sthenelms boa Johnst. [Sthenelais Idimœ Rathke), se roulant en spirale au repos et nageant en serpentant. Un exemplaire entier de 203 segments a 1 90 millimètres de long sur 12 millimètres de large (soies et pieds compris), un autre a 197 segments, 200 millimètres de long sur 13 de large et 5 millimètres à l'extrémité postérieure. Les plus petits exemplaires ont 90 millimètres. Le corps (2) du côté dorsal et les élytres sont complètement recouverts de grains de sable agglutinés, de couleur grise. Les élytres, sauf ceux de la T" paire, laissent le dos convexe à découvert, et comme la couche de sable des élytres est plus épaisse que celle du dos, celui-ci sur les côtés est surplombé par eux. Le ventre plat, parcouru sur la ligne médiane par un profond sillon longitudinal, est partout d'un brun clair ou quelquefois d'un brun foncé seulement dans le tiers ou le quart antérieur du corps. Il a une apparence veloutée que lui donnent de nombreuses papilles n'agglutinant pas le sable et dont il sera question plus loin. La tête ronde, petite (0°'"',75de diamètre) (fig. 7), a de chaque côté 2 yeux noirs, reposant sur le cerveau rouge, l'un au- dessus de l'autre. Les 2 yeux antérieurs, plus gros que les postérieurs, sont placés tout à fait sur le côté, presque au- (1) Sigalion arenosum Délie Chiaje, Descr. e notoniia degli anini. inverte- brati, etc. Naples, 1841, in fol. t. V, p. 38 et 107 et t. VII, pi. XCVIU, fig. 4-5, (2) Voir Clapai'ède, loc. cit., pi. V, fig. 3. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. \o\ dessous de la tête ; les 2 postérieurs sont un peu moins latéraux. Au niveau des yeux est implanté un cône de 1 milli- mètre de haut qui forme la base de l'antenne médiane subulée, longue aussi de J millimètre. Lorsqu'on examine l'animal du côté dorsal après avoir enlevé la r" paire d'élytres qui recouvre entièrement la tête, la partie postérieure de celle-ci est masquée par le bord antérieur du 2°' segment ; l'antenne médiane etsabase dépassent seules, ayant l'apparence d'un stylet de Némertien armé (J). De chaque côté de la tète et l'enserrant de près en la domi- nant, se dressent les 2 pieds du 1"" segment (segment buc- cal) (fîg. 8) ; à chacun d'eux, du côté le plus rapproché de la tète, est accolée l'antenne externe dont l'extrémité s'en détache sous forme d'un petit cirre sans article basilaire, long de 0"'",30 (2). Le pied proprement dit a un cirre dorsal avec article basilaire, long en tout de 1°'°',30, plus haut que l'an-i tenue médiane, et en arrière, du côté le plus éloigné de la tête, un cirre tentaculaire ventral presque aussi long (1""°,20) que le dorsal et à long article basilaire. Quoiqu'il n'y ait qu'un seul aci- cule pénétrant dans l'article basilaire du cirre tentaculaire dor- sal, le pied n'en a pas moins une rame dorsale avec un faisceau de soies et une rame ventrale avec un autre faisceau bien dis- tinct. Celui de la rame dorsale qui s'élève entre l'antenne externe et le cirre tentaculaire dorsal, se compose de soies simples finissant en pointe un peu recourbée en avant (fig. 9). Le faisceau de la rame ventrale entre les 2 cirres tentaculaires comprend encore quelques-unes de ces soies auprès du cirre tentaculaire dorsal, puis à leur suite un grand nombre de soies simples plus minces, à longue pointe filiforme (fig. 10). Ce sont ces dernières qu'on retrouve seules et sans mélange d'aucune autre à la rame dorsale de tous les pieds. La tige de ces soies simples des deux formes vue de côté, paraît bordée d'épines; mais, lorsqu'on l'examine de face, on voit que ces (1) Audouin et Milne-Edwards donnent une bonne figure de la tête et des trois premiers segments {loc. cit., pi. i A, fig. 1) de la Psammolyce {Sigalion) Herminise qui est bien probablement la même que la Ps. arenosa. En tous cas, cette partie du corps est tout à fait semblable à celle de la Ps. arenosa. (2) Voir Pruvot et Racovitza, Faune des Annélides deBanyuls [Arch. deZooL expér., 3™« série, t. 111, 1895, p. 459). i52 DE SAINT-JOSEPH. prétendues épines sont des cornets superposés, finement striés au bord, ouverts d'un côté de la tige de la soie, fermés de l'autre, et renfermant de petites particules vaseuses (fig. H). Au-dessous et en arrière de chacun de ces 2 premiers pieds, du côté ventral, s'élève un palpe dont la cuticule est couverte de stries transversales très fines, long de 4'°"', 50, et se termi- nant en pointe effilée. Il est indépendant du pied et se rattache à la base de la tête. Une membrane mince placée en arrière de sa partie inférieure ne l'entoure que partiellement; elle se pro- longe en avant entre le cirre tentaculaire ventral et la tète, pour y former le cuilleron céphalique qui ne dépasse pas le bas de l'article basilaire du cirre tentaculaire dorsal. La paire de pieds du S""' segment (T'' élytrigère) (fig. 12) vient se dresser en avant contre la r° paire; chacun d'eux se compose d'une rame dorsale arrondie sans cirre dorsal et d'une rame ventrale conique plus forte, plus haute, annelée sur sa face postérieure, ce qui rappelle le pied de VHesione pantherina Risso. Chaque anneau est marqué d'une bande brune transversale et cette disposition se retrouve à toutes les rames ventrales des pieds suivants. La rame dorsale a un acicule et une touffe épaisse de soies simples comme celles de la rame ventrale du 1"' pied. La rame ventrale a un acicule et des soies composées incolores dont la tige épaisse de 0"""',02 est garnie de nombreuses rangées de denticules en spirale ascen- dante et dont l'article très grêle est long de 0""°,2 et bidenté (fig. 13). Il y a donc deux sortes de soies à ce pied et non pas une seule comme le dit Claparède. Le cirre ventral (cirre buccal de Kinberg) ayant près de 2 millimètres de long, est beaucoup plus long que ceux des segments suivants et dépasse même les cirres tentaculaires. La 1" paire d'élytres est fixée au dos de ce 2""" segment par 2 élytrophores, en forme de coupe ovale allongée, qui sont beaucoup plus rapprochés de la ligne médiane dorsale que ceux des autres segments élytrigères. Sous le bord de la coupe le plus rapproché de la rame dorsale, sort une petite branchie qui est ciliée du côté interne, longue de 0°"",48 sur 0'"°',24 de large à la base, sac creux digitiforme, rappelant les branchies de certains Glycériens et Capitelliens, oii pénètre le liquide cavitaire. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 153 La 3°"" paire de pieds est encore un peu dirigée en avant. Elle a, au niveau de l'élytrophore du 4"'' segment, un cirre dorsal (fig. 14), long de 2°'°', 40 dont moitié pour l'article basi- laire qui est long et massif avec une cuticule épaisse. Tout contre le cirre du côté le plus rapproché de la rame dorsale, sort la branchie semblable à celle du segment précédent ; puis viennent 3 cténidies [cf. fig. 19) : la 1'" au-dessous de la bran- chie, la 2""% la plus importante, à mi-chemin entre la branchie et la rame dorsale, la 3""^ sous la collerette charnue qui entoure la rame dorsale. Cette rame basse et arrondie qui a 3 ou 4 papilles fîHformes au bord antérieur, est très dominée par la rame ventrale. Celle-ci, moins conique et plus tronquée qu'au T^" segment, a le bord antérieur garni de papilles fdiformes recouvertes de vase brune, plus nombreuses et plus longues qu'à la rame dorsale. Du côté le plus rapproché du cirre ventral qui n'a plus que 1 millimètre de long et dont l'article basilaire porte quelques papilles filiformes, il y a 15 à 20 soies composées semblables à celles de la rame ventrale du 2°"" segment. Elles sont suivies du côté de la rame dorsale de 7 à 8 soies jaunes de même forme mais dont la tige et l'article sont trois fois plus forts. Ce qui est très remarquable à ce pied, c'est la présence d'un cirre dorsal qu'on ne rencontre à aucun des autres segments sans élytres oi^i le cirre dorsal est remplacé par un tubercule. Audouin et Milne-Edwards avaient déjà figuré ce cirre dorsal du 3"'' segment chez la Psammolyce [Sigalion) Herminix (1), sans en parler dans le texte, pas plus que ne le fait Quatre- fages. Grube le signala chez la Ps. rigida Gr. [Pelogenïa anti- poda Schmarda d'après Ehlers Neuseel. Annel. 1904) (2), et chez la Ps. umbomferaÇiV.I (3). Je l'ai retrouvé chez un exemplaire de Ps. ttvenosa venant de Naples. Il a échappé à Claparède pour cette espèce. Peut-être a-t-il échappé aussi à Kinberg (1) Loc. cit., pi. 1 A, lig. 2 f. (2) Grube, Beschr. einig. von G. Ritter von Frauenfeld gesamm. Annel. und Gephyreen des Rothen Meeres ( Ver/i. der Zool. bot. Gesells. in Wien, 1868, p. 631 et pi. Vil, fig. 1). — Annul. Semper. [Mém. Ac. de Saint-Pétersbourg, 7'^ série, t. XXV, n° 8, m-4°, 1878, p. 55). (3) Annelidenbeute von S. M. S. Gazelle {Monats. der k. Akad. der Wiss. zu Berlin. Berlin, 1877, in-8, p. 521). 154 DE SAINT-JOSEPH. pour la Ps. Petenï Kbg. (I) et la P^. flam Kbg. (2) et à Me Intosh pour laP.s\ occïdentcdïs Me Int. (3) et la Ps. Fijiensis (4) Me Int. Il y aurait des recherches à faire pour savoir s'il ne s'agit pas là plutôt d'un caractère générique que d'un caractère spécifique. Au 4^"' segment qui a une paire d'élytres, les papilles fili- formes des 2 rames sont plus nombreuses et plus longues et le cirre ventral a une dent latérale au sortir de sa base sur laquelle s'élèvent 4 à 5 longues papilles filiformes. Les soies de la rame dorsale en nombre très considérable débordent derrière la rame ventrale en formant un éventail qui s'étend jusqu'au cirre ventral ; elles sortent du bord de la collerette de la rame dorsale et sont disposées en demi-cercle autour d'un mamelon brun où fait saillie l'extrémité de l'acicule (fig. 15). Le demi- cercle est ouvert du côté qui touche à la rame ventrale. Les soies de la rame ventrale sont les mêmes que celles du 3"" seg- ment, mais il vient s'y joindre 9 à 10 grosses soies jaunes à tige lisse et article bidenté (fig. 16). Au 5""" segment, les soies ventrales incolores à article bidenté ont l'article grêle etla hampe renflée en avant avec 5 à 6 rangées de denticules (fig. 17). Au 6"' segment qui n'a pas d'élytres, l'élytrophore est rem- placé par un tubercule dorsal rectangulaire au-dessous duquel sort la branchie du côté le plus rapproché de la rame dorsale. Au 8"' segment, quelques-unes des grosses soies jaunes ont une épine droite au-dessous du croc terminal de la serpe (fig. 18). Quand cette épine est brisée, la serpe a tout à fait la fig. 3 A de Claparède. Le pied acquiert bientôt sa forme définitive (fig. 19). La branchie placée sur le dos au-dessous de l'élytrophore (elle est au-dessous du tubercule dorsal pour les pieds sans élytres) domine le creux qui la sépare de la rame dorsale et qui est garni de 3 cténidies sur ses 3 faces. La rame dorsale est telle (1) Kinberg, Eugenies ResaZoologi. Annulata, Stockholm, 1838, in-4°, p. 31, et pi. IX, fig. 43. (2) Ihid., p. 31, et pi. IX, fig. 44. (3) IVlc Intosh, Report on the Ann. Polych. collected by H. M. S. Challenger, t. XII, p. 146. (4) /6Jd.,p. 148. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 155 qu'elle a été décrite pour le 4"' segment avec un buisson de soies simples toujours les mêmes, formant un éventail qui s'étend du côté ventral jusqu'au cirre ventral. La rame ventrale tron- quée qui la domine a une touffe de papilles filiformes, couvertes de vase brune, comme celles desélytres, mais moins longues, à son extrémité au-dessus de la rame dorsale et une autre à son extrémité du côté du cirre ventral ; entre les deux touffes, le bord de la rame, par devant et par derrière, est garni de papilles fdi- formes isolées. Elle est annelée par derrière, ainsi que nous l'avons vu, et parsemée de petites verrues brunes. Par devant, elle est blanche, comme la rame dorsale, avec une bordure de pigment brun et de petites papilles filiformes à la partie anté- rieure et sur les côtés. Le cirre ventral, long de 1 millimètre, a une dent latérale au sortir de sa base sur laquelle s'élèvent de longues papilles filiformes. Dans la partie la plus rapprochée de la rame dorsale ily a 5 ou 6 soies jaunes à article long de 0"",33 non bidenté et hampe avec quelques rangées transver- sales d'épines à la partie antérieure (fig. 20), puis viennent 10 à 12 grosses soies jaunes à article beaucoup plus massif, plus court, non bidenté (fîg. 21), et hampe ayant quelquefois des stries transversales assez indistinctes; enfin 7 à 8 soies inco- lores beaucoup plus minces àlong article mince bidenté comme celle qui a été figurée pour le o""" segment (fîg. 17), avec cette seule différence que la hampe est lisse. Les articles des soies composées et surtout la petite épine inférieure des articles à serpe bidentée sont extrêmement fragiles et caducs, ce qui peut donner lieu à bien des erreurs pour les soies si variées de la Ps. arenosa. Le segment anal se termine par 2 cirres anaux grêles, inco- lores, très caducs, longs de 0""',55, garnis de quelques petites papilles longues de 0"",02 (fig, 22). Il y a des élytres aux segments, 2, 4, 5, 7, 9... 29, 30 et tous les suivants, un cirre dorsal au 3°"% et un tubercule dorsal, homologue de l'élytrophore, au segment 6 et aux autres qui n'ont pas d' élytres. Tous les segments sans exception, sauf le V\ ont une branchie. Les élytres, d'une consistance cartilagineuse, ne sont pas caducs et ne recouvrent pas la rame ventrale des pieds. Lors- 156 DE SAINT-JOSEPH. qu'on en a enlevé le sable, ils apparaissent comme étant d'un brun pâle ; en dessous, ils ont un reflet nacré. La T" paire seule recouvre tout le dos ; les élytres de la T^" paire laissent entre eux un espace de 1 millimètre qui va peu à peu en augmentant et atteint 5 millimètres au milieu du corps. La r" paire d' élytres du 2"" segment qui cache entièrement la tête et la l'" paire de pieds, est déforme différente des autres : suborbiculaire, deplusgrande taille (3°"", 60 à 4°"", 50 sur 3 milli- mètres) et recouverte de grains de sable sur toute sa surface. Le bord est garni partout de petites papilles transparentes finis- sant en pointe obtuse, hautes de 0""",07 sur 0""", 02 entremêlées de quelques papilles plus basses en massue et d'autres plus hautes (0'°™,12 à 0"'",28) et plus larges terminées par une cupule d'un diamètre de 0°''",085 qui agglutine les grains de sable. On en trouve sur toute la surface de l'élytre. Enfin il y a, au bord pos- térieur, une protubérance en massue haute de 0°"",36 sur 0"'",24 couverte de petites papilles transparentes. Toutesces différentes papilles de l'élytre et la grosse protubérance sont parcourues par un filet nerveux central. La 2"" paire d'élytres du 4"" segment (fig. 23), plus large (3'"", 60) que haute (2°"", 15), est réniforme comme toutes les suivantes. La partie antérieure de l'élytre qui est recouverte par l'élytre précédent est parsemée de tubercules porifères et libre de grains de sable. Tout le reste de l'élytre en est chargé. Le bord extérieur est garni de quelques petites papilles sem- blables à celles de la T" paire et surtout de papilles à cupule dont les plus longues atteignent 0",4 (fig. 24) ; la grosse protubérance se retrouve au bord postérieur. Mais du côté interne apparaît une échancrure profonde qui s'ouvre entre 2 lèvres, l'une épaisse et arrondie qui termine le bord antérieur de l'élytre, l'autre mince et plus allongée qui termine le bord postérieur. C'est sur ces 2 lèvres, surtout celle du bord posté- rieur, où elles sont plus fortes, que sont accumulées, plus qu'ailleurs, les papilles à cupule et que le sable est amassé en plus grande quantité. Jusqu'à la fin du corps, les élytres conservent cette forme ; les appendices seuls varient. A la 3"" paire d'élytres du 5°"' segment apparaissent, en haut du bord externe, 8 à 10 longues papilles filiformes isolées et jux- LES ANNÉLIDES POLYCH ÊTES DES COTES DE FRANCE. 157 taposées. Leur nombre (20 à 30) et leur taille (1 millimètre à 1"°',50) augmente peu càpeu auxélytres suivants, puis elles sont disposées par groupes de 3, 4 ou 5 naissant chacun d'une saillie du bord externe (fig. 25). Parcourues par un filet nerveux cen- tral, elles sont recouvertes de vase brune et de petites algues filamenteuses, incolores, microscopiques. La grosse protubé- rance du bord postérieur devient moins globuleuse et sa tige s'allonge de sorte qu'elle a une vague ressemblance avec un Polypite de certains Hydroïdesgymnoblastidés. La peau du dos de la Psammolyce est d'un brun clair. Les grains de sable qui la recouvrent et la cachent dans la partie laissée libre entre les élytres, sont agglutinés par des papilles à cupule comme celles des élytres, un peu moins hautes ; ici elles sont disposées par groupes de 4 à 12 sortant d'un petit tronc commun plus ou moins haut et plusou moins large (fig. 26). La peau du ventre dans la partie antérieure du corps, est cou- verte de petites papilles piriformes, longues de 0"°',09 (fig. 27), mêlées de quelques papilles filiformes courtes (0°",12) qui n'at- teignent toute leur taille que sur les côtés près des pieds. Plus loin ces papilles plus longues existent sur toute la surface du ventre; aucune d'elles n'agglutine le sable. La trompe au repos est reliée à la bouche par un pharynx qui forme de nombreux replis sur les côtés et jusque dans l'ouver- ture de la trompe ; il la coiffe, lui servant de gaine, lorsqu'elle est extroversée. Cylindrique, d'un diamètre de 4°'°', quelquefois fortement comprimée sur les côtés et alors comme aplatie, la trompe a 13 milhmètres de long et atteint le 23"^" segment. Elle est précédée d'une couronne de 22 papilles en forme de lan- guettes dont H de chaque côté d'un pli placé sur chacun des deux côtés de l'anneau circulaire qui leur sert de base. Les papilles voi- sines du pli sont plus basses que celles qui se trouvent au-des- sus des mâchoires et qui atteignent 0"'"',90 de haut. Elles sont toutes creuses et contiennent une assez grande quantité de granulations noires dont plusieurs d'une certaine dimension (1). Les mâchoires, hautes de 4 millimètres sur 1 millimètre de (1) Kinberg donne une bonne figure de l'entrée de la trompe de la Psam- molyce flava Kbg. qui est tout à fait semblable à celle de la Ps. arenosa (Fre- gatlen Engenies resa, etc., loc. cit., pi. X, fig. 65). 158 DE SAINT-JOSEPH. large à la base (fîg. 28), sont disposées en regard les unes des autres, 2 sur la ligne médiane dorsale de la trompe et 2 sur la ligne médiane ventrale, les pointes dirigées les unes contre les autres pour saisir la proie. La trompe à cuticule épaisse et à muscles circulaires et radiaires très puissants est complètement rigide. Elle se rétrécit à son extrémité postérieure pour former un yentricule long de 1",50 où la paroi interne n'est plus lisse comme dans la trompe, mais formée de colonnes longitudinales de tissu épithélial renfermant, comme les papilles de Feutrée de la trompe, des granulations noires. Revêtues d'une cuticule très épaisse (0'"'",04), elles servent peut-être k broyer les aliments, ainsi que le pense M. Darboux(l). L'intestin fait suite à la trompe et au ventricule. Il y est fixé par des lobes digitiformes, aplatis mais saillants, composés de fibres musculaires très fines, appliqués contre la paroi externe du ventricule et de la trompe, sur une hauteur de 3 millimètres environ (fîg. 29). Il y en a 2 du côté dorsal, 2 sur les côtés et 4 du côté ventral formant une couronne qui embrasse la trompe. L'intestin envoie au-dessous de la trompe un repli qui lui donne du jeu lorsqu'elle s'évagine. On peut observer une disposition à peu près semblable des relations de la trompe et de l'intestin chez la Sthenela'is boa Johnst. et le Lepïdonotus dava Mont. A tous les segments intestinaux, il débouche de chaque côté dans l'intestin par une boutonnière, un long canal qui passe au- dessous de la couche des muscles longitudinaux dorsaux, et remonte vers le dos pour aboutir à un caecum en forme de tête d'oiseau, logé sous l'élytrophore ou le tubercule dorsal, non loin de la branchie (fig. 30). Le canal long de l'"",80 sur 0'"°',14 de diamètre, et le caecum long de 0'""',84 sur 0°"",42 dans sa partie la plus large, sont colorés en brun par le tissu glandu- laire qui revêt leur paroi interne (fig. 31). La cavité du corps des femelles mûres est remplie d'œufs rouges d'un diamètre de O'^^'jlS; celle des mfdes, d'une masse blanche de spermatozoïdes. La Ps. Herminiœ Aud. et Edw. est bien probablement la même que la Ps. arenosa ; mais en l'absence de description (1) Recherche sur les Aphrodi tiens, 1 vol. in-8°, 1899, p. 215. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 159 suffisante et l'exemplaire type d'Audouin et Milne-Edwards n'existant plus, il est difficile de se prononcer d'une manière absolue. Il convient toutefois de remarquer que Milne-Edwards et Quatrefages ne parlent ni d'yeux à la tête, ni de papilles aux pieds. Quant à l'espèce décrite sous ce nom, quoique avec doute, par Me Intosh (1), elle ne me semble pouvoir être assimilée ni à la Ps. Herminiœ Aud. et Edw. ni à la Ps. arenosa^ car elle a les 3 1""' paires d'élytres cachant tout le dos dont la partie anté- rieure n'est pas recouverte de grains de sable et, de plus, les soies sont différentes. En comparant un exemplaire de Ps. «;'(?^05« venant de Naples avec les exemplaires de Saint-Jean-de-Luz, la seule différence que je relève, c'est que ces derniers ont le corps plus massif. FAMILLE DES EUNICIENS sensu Gr. EUNICE KiNBERGI Ehl. (2). A la marée d'équinoxe de septembre 1905, près de la Pointe de Sainte-Anne, exactement à l'endroit où j'avais déjà pris en avril 1897 un exemplaire incomplet de ce bel annélide, j'en vis 3 dont je pus en saisir un entier, mais coupé en deux morceaux. Comme le font les Callkmasseseiles Gebia dans la vase, l'animal se creuse dans le sable vaseux et au milieu des pierres et des roches, un long canal tortueux, d'un diamètre de 20 milli- mètres environ, qu'il enduit d'une mince pellicule lui permet- tant d'y circuler avec une grande rapidité. Aussi est-il très difficile de lui couper la retraite et presque impossible de ne pas le briser. Cet exemplaire entier, qui a en tout 1 mètre 23 et 458 seg- ments, est plus jeune que l'exemplaire incomplet de 1897, à en juger par la largeur du corps qui n'atteint que 10 millimètres, pieds compris, jusqu'au 6"^ segment à collier dorsal blanc et (1) On the Annelids of the Porcupine expédition of 1869 and 1870 [Trans. Zool. Soc, t. IX, 1876, in-4°, p. 410, et pi. LXXXUl, fig. 10-16). (2) Voir Annélides Polychètes des côtes de France (An?i. des Se. nat., 8^ sé- rie, t. V, 1898, p. 254-266 et pi. XIV, fig. 40-44). ItiO DE SAINT-JOSEPH. 15 millimètres à partir de Là. Cette largeur décroît peu à peu à partir du 350"' segment environ pour ne plus avoir que 5 à 6 millimètres, puis 3 millimètres seulement, tout à fait à la fin du corps qui se termine par un segment anal à anus dorsal et cirres anaux subulés entièrement bruns, longs de 8 millimètres. Les segments, très serrés à partir du 40°"" avant-dernier, n'ont plus que 0"",5 de haut. Les cirres dorsaux bruns sont terminés par une pointe fine subulée blanche. Sauf aux 3 T" segments branchifères, ils sont plus courts que les branchies, mais c'est l'inverse à l'extrémité inférieure du corps. Les cirres ventraux à partir du 6""" segment ont tous la même forme jusqu'à la fin du corps où ils deviennent seulement plus petits. Depuis le 8"' segment, il y a un rudiment de branchie sans filament, qui atteint 2 millimètres de long au 12"^ Au IS""' segment (11°"^ sétigère), les branchies complètement formées ont déjcà 20 filaments ; leur taille et le nombre des filaments va peu à peu en augmentant (36 à 40) pour diminuer progres- sivement et tomber à 1 ou 2. Aux 35 avant-derniers segments la branchie n'est plus qu'un simple filament et aux 5 derniers un petit mamelon. Les cirres dorsaux n'ont plus alors que 2 millimètres de haut. Les branchies rougies par le sang sont recourbées en forme de crosse, la convexité de la crosse tournée vers la tète. Elles sont animées d'un curieux mouvement continuel rythmique d'arrière en avant dirigé vers la tête, actif quand l'animal est vivace, se ralentissant peu à peu quand il dépérit et pouvant servir alors à apprécier son degré de vitalité. Au 160™'' segment, le pied a une branchie de 6 millimètres de haut avec 28 filaments, un cirre dorsal de 3°"°, 60, 2 gros aci- cules noirs, 15 à 20 soies en ciseau lacinié (ces soies persistent aussi nombreuses presque jusqu'à la fin du corps), 10 soies simples en cimeterre, 17 soies composées, 1 soie aciculaire ven- trale et un cirre ventral. La soie aciculaire apparaît au 50°"" segment, demeure appa- rente jusqu'au 20"' avant-dernier et reste cachée dans le pied aux suivants. Pour tout le reste (coloration, tête, soies, mâchoires, etc.), LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FR.^NCE. 161 je ne puis que renvoyer à la description que j'ai déjà donnée. h'E. Kmbergi se trouve aussi à la pointe de Sainte-Barbe, où je n'ai pu en saisir qu'une partie postérieure longue de 11 centimètres. Dans le voisinage était un jeune (ancienne E. purpurea Gr.). Les branchies sont en forme de crosse comme chez les adultes. A Trieste (1), 1'^. Kinbergi, qui y a 1 mètre de long sur 1 centimètre de large, se trouve en abondance à une assez grande profondeur, vivant dans des trous comme à Saint-Jean- de-Luz. Elle en est chassée par les grands froids ou par les gros temps, et alors elle est jetée sur le rivage, brisée en mor- ceaux. C'est dans ces conditions que Quatrefages en a recueilli des tronçons dans la baie de Saint-Jean-de-Luz. LUMBRICONEREIS IMPATIENS Clpd. (2). A la pointe de Sainte-Barbe, un exemplaire entier de 34 cen- timètres de long sur 3 millimètres de large et 416 segments. Brun foncé à reflets métallic[ues dans la partie antérieure du corps, brun très clair dans la partie postérieure. Les soies à limbe strié disparaissent vers le 55"" segment. Le support de la mâchoire supérieure est moins long que celui que j'ai figuré pour l'exemplaire du Croisic et ressemble à celui que représente Claparède. FAMILLE DES HÉSIONIENS Gr. Hesione pantherina Risso. PI. Il, fig. 32-33. Dans l'intestin d'une H. pantherïna^ j'observe une fois des Grégarines dicystidées [Selenidhim?] longues de 0"'"',2l, avec entoplasma grisâtre, s'avançant la partie antérieure inclinée en avant, et la redressant brusquement pour l'incliner de nouveau (fig. 32). Les myonèmes ne sont bien accusés que dans la partie antérieure (fig. 33). Jamais je n'ai vu de mouvements de ce genre chez aucune autre Grégarine. (1) Graeffe, Obersicht der fauna des Golfes von Triest. X. iVermes, p. 4 {Arbeiten aus der Zool. stat. in Triest, t. XV, 1903). (2) Foi/' Annélides des côtes de France, loc. cit., p. 279 et pi. XV, fig. 62-68. ANN. se. NAT. ZOOL. III, 11 J62 DE SAINT-JOSEPH. Crawley (1) est porté à attribuer la progression des Gréga- rines à des mouvements musculaires, mais il s'agirait de mou- vements transversaux presque insensibles. Léger constate aussi des mouvements de contraction brusques chez le Lithocystïs Sc/ineideri pendant sa phase gréga- rinienne (2). FAMILLE DES GLYCÉRIEJVS Gr. Genre GONIADA Aud. et Edw. ; Ehl. rev. [incl. Leonnatus Kbg.). GoNiADA EMERiTA Aud. et Ed.AV. (3). Ajouter à la bibliographie : GoNiADA EMERiTA Goodrich, On the Nephridia of Polychœta, IL Glycera and Goniada (Quart. Micr. Journ., n° 163. nov. 1898, p. 452-454, et pi. XXXV. fig. 33-40). PI. II, fig. 34-36. Quatre exemplaires bien entiers trouvés dans la baie de Saint- Jean-de-Luz à la pointe de Sainte-Barbe, en septembre 1902 (4)^ dans le sable vaseux entremêlé de cailloux. Le 1"" exemplaire de 320 segments a 360 millimètres de long, dont 90 pour la 1™ région et la région intermédiaire (2°"' région) et 270 pour la 3"'^ La 1'" région a 65 segments et 7 millimètres de large, rames comprises ; la région intermédiaire, 19 seg- ments et 8 millimètres de large; la 3""% 236 segments et 10 millimètres de large, sauf à la fin du corps qui n'a plus que 5, puis 3 millimètres. Le 2™" exemplaire de 300 segments a 350 millimètres de long, dont 90 pour la 1'" et la 2""^ région, et 260 pour la 3"^ Le nombre des segments dans la T" et la 2"" région, et leur largeur dans chaque région sont les mêmes que dans le cas précé- dent. (1) The progressive movement of Gregarines [Proceed. of the Acad. of JSat. hist. of Philadelphia, t. LIV, 1902, p. 4 et pi. 1 et II). (2) Léger, Études sur le Lithocystis Schneider! [Bull, scient, de la France et de la Belgique, t. XXX, 1897, p. 2o'o). (3) Voir Annélides Polychètes des côtes de Dinard, 3'"'' partie {Ann. des Se. nat., 1^^ série, t. XVII, 1894, p. 33 et pi. II, fig. 43-50). (4) Jusque-là cette espèce ne se trouvait pas à Saint-Jean-de-Luz. LES ANNÉLIDEs POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 163 Le 3"" exemplaire a 305 segments et 300 millimètres de long, dont 60 pour les 2 l'"' régions et 240 pom* la 3""". La V région a 65 segments et 6 millimètres de large, la 2"" 21 segments et 7 millimètres de large, la 3°"^ 219 segments et 10 millimètres de large. Le 4"' exemplaire a 300 segments et 300 millimètres de long, dont 80 pour les 2 V régions et 220 pour la 3"'. La T" région a 66 segments et 5 millimètres de large, la 2™" 19 segments et 5 mil- limètres de large, la 3°"" 219 segments et 8 millimètres de large. Sauf aux segments antérieurs et postérieurs du corps, qui sont beaucoup plus bas, les segments delà T" et de la 2"'' région ont 0'"",5 de haut, et ceux de la 3°" 1 millimètre. Les rames sont donc plus écartées les unes des autres dans la 3°'" région que dans les 2 premières. Le corps est d'un rose uniforme, devenant gris dans l'alcool et se termine par 2 cirres anaux minces, subulés, longs de 2 millimètres, placés sous l'anus dorsal. Au repos, l'animal s'enroule souvent en spire pyramidale (15 tours de spire pour celui de 360 millimètres). Lorsqu'il nage, il s'avance en ramant en ligne droite, d'un mouvement très régulier, à l'aide des rames puissantes de la 3°"" région. Dans cette région, sauf pour un des exemplaires, chacune des rames a 3"™, 5 de large (7 milhmètres pour les 2) et le corps 3 millimètres. La G. emerïta projette moins souvent et moins violemment sa trompe cylindrique que la Glycera gigantea Qfg. Les pieds des 3 régions sont tels que je l'ai dit, sauf que les cirres dorsaux et ventraux, au lieu d'être épais, courts et massifs, comme je les ai décrits et figurés (1), dénaturés dans l'alcool, sont des lamelles minces et foliacées, se rapprochant des cirres des Phyllodociens. Dans la 3°"" région, le cirre ventral est relié par une carène de tissu mince à la petite protubérance qui existe, dans cette région seulement, entre le pied et la ligne médiane longitudinale ventrale. Je donne les figures rectifiées d'un pied de la V et de la 3"" région, d'après l'animal vivant (iîg. 34-35). (1) Annél. des côtes de Dinard, loc. cit., pi. II, fig. 43-44. 164 DE SAINT-JOSEPH. Les dissépiments commencent avec la S"" région du corps. La partie antérieure de la trompe a 35 millimètres de long, la partie postérieure 25 millimètres, et Testomac, tapissé de villosités brunes, 15 millimètres. Dans la partie antérieure, le nombre des chevrons varie; il est de 13 de chaque côté pour l'exemplaire de 360 millimètres et de 9 pour celui de 300 milli- mètres. A l'entrée de la partie postérieure, les 2 grosses mâchoires à 3 dents, assez rapprochées l'une de l'autre du côté ventral, sont séparées par 25 petits paragnathes superposés par 2 ou par 3. Du côté dorsal, oi^i l'espace entre les 2 mâchoires est trois fois plus grand, il y a 30 petits paragnathes disposés en une rangée unique. Quelques-uns des paragnathes ont la forme représentée dans la figure 36. Les hématies ont 0™", 021 de diamètre. Les œufs sont dans la 3°"" région. En septembre 1905, les exemplaires de G. emerïia sont plus nombreux à Sainte-Barbe qu'en 1902 et j'en trouve aussi à la pointe de Sainte-Anne. Ils sont tous uniformément gris et non rosés comme en 1902 et renferment des œufs de 0",24 de diamètre. Draguée à 444 mètres de profondeur dans l'expédition de la Pola. FAMILLE DES CIRRATULIENS V. Garus. AUDOUIMA TENTACULATA Mont. (1). PI. Il, fig. 37-41. Les œufs rouges ont 0°'",10 de diamètre; les spermatozoïdes blancs sont remarquablement petits (0'°°0021 de long). Comme endoparasites de l'intestin, je trouve : 1° D'assez nombreuses Ulïvïna ellïptïca Ming. (2) [Sycia inopinata Léger), Grégarines tricystidées que je trouve aussi dans les exemplaires de Dinard, longues en moyenne de 0""',lo sur 0"'°',09 de large dans la partie la plus large. Elles sont (1) Voir Annélides Polychètes des côtes de Dinard, 3°"^ partie {Ann. des Se. nat., 1^^ série, t. XVll, 1894, p. 48, et pi. lll, fig. 55-S7), et ajouter à la biblio- graphie : Cirratulus tentaculatiis Mont., Me Intosh, Marine Annelids (Poly- chceta) of South Africa [Marine invest. in S. Africa, t. III, 1903, p. 68). (2) Mingazziïii, SuUa distribuzione délie Gregarine polycistideaî {Atti délia R. Accad. dei Lincei, 4°"= série, t. VII, {<"" semestre, p. 236 et 2 figures). LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 165 immobiles, àépicyte épais, et entoplasma à granulations grises avec noyau (fig. 37-38). Aucune n'a son épimérite. Je n'y vois pas de Metchnikovella Caull. et Mesn., comme celles que figure Léger (1^. 1° Des Selenidium, Grégarines dicystidées, longs de 0°"°,14 à 0°"",38 sur 0"'",0084 à 0'°°',016 de large au milieu du corps, se rapprochant du Selenidium du Cirratulus cirratiis 0. F. Miill. figuré par Caullery et Mesnil (2), et du Platycystis (Selenidium) Léger de YAudoinnia (3). Ils progressent en se tordant len- tement (fig. 39). Le noyau allongé est très distinct; les myo- nèmes longitudinaux du corps le sont un peu moins. L'épi- mérite est en forme de goulot de bouteille ffîg. 40) ; la partie postérieure du corps est effilée. 3° h'Anoplophrya Brasili Léger et Duboscq (4), infusoire que j'ai décrit très sommairement ^o\xv V Audouinia tentaculata de Brest (5) en le rapportant avec doute et sans le nommer au genre OpaUnaVwYk. et Val. Elle a 0"",12 de long sur 0"", 06 de large, le corps tronqué un peu obliquement en arrière, un gros macronucléus allongé, un micronucléus le plus souvent invisible et une rangée longitudinale de 4 à 5 vacuoles (fig. 41). Elle est plus massive que VOpcdina lineata de Y Heierocirrus Marioni St-Jos., qui est sans doute aussi une Anoplophrya et qui, ovale et non tronquée en arrière, a 0°"",14 de long sur 0"'",037 de large. Les Anoplophryinse sont bien distinctes des Opalinïnse (6) (1) Recherches sur les Grégarines [Tablettes zoolog., t. lll, 1892, pi. V, fig. 14). (2) Sur quelques parasites internes des Annélides [Miscellanées biol. dédiées au professeur Gtard, etc., in-4°, 1899, p. 83, et pi. IX, fig. 6). Foir aussi Caul- lery et Mesnil : Sur les Parasites internes des Annélides Polychètes, etc. {Assoc. franc, pour V avancement des Sciences, Boulogne-sur-Mer, 1899, p. 491- 496). (3) Loc. cit. supra, pi. V, fig. 1. (4) Léger et Duboscq, Notes sur les Infusoires parasites. I. Les Astomata représentent-ils un groupe naturel? [Arch. de lool. exp., notes et revue, n° 6, 1904, p. XCVIII). — Mesnil, Compte l'endu de cette note dans le Bulletin de {l'Institut Pasteur, t. II, 1904, p. 702. — Léger et Duboscq, Anoplophrya Brasili [Arch. de lool. exp., 4« série, t. IL 1904, p. 337). (5) Annélides Polychètes de la rade de Brest et de Paimpol {Ann. des Se, 7iat., 8« série, t. X, 1899, p. 181 et pi. VI, fig. 19). (6) Voir Schweier, Mémoire sur les Infusoires ciliés endoparasites (en langue russe) pour tous ces infusoires parasites Astomata {Truv. de la Soc. impér. des Nat. de Saint-Pétersbourg, section de Zoologie, t. XXIX, liv. IV, p. 38, et pl.l, 166 DE SAINT-JOSEPH. comme Font établi MM. Léger et Diiboscq. Elles ont un gros macronucléus allongé qui occupe le centre du corps, un micro- nucléus souvent difficile à voir, des vacuoles, une très petite bouche antérieure rudimentaire, un mode de division trans- versale. Est-ce à la suite d'une division récente, que toutes les Anoplophryœ Brasilï que j'ai observées avaient le corps tronqué en arrière, ou bien cette forme est-elle la forme nor- male? Je ne puis en décider, n'ayant pas vu d'animaux en état de division. Les Opalinmœ semblent ne se rencontrer que chez les Batra- ciens, mais les Anoplophryinœ sont assez fréquemment para- sites de l'intestin des Annélides Polychètes et Oligochètes. Ainsi VAnopdophrya [Opal'ma) com^exa Clpd., chez une Phyllo- doce indéterminée, l'A. [Opjcd'ma) ovata Clpd., chez une autre Phyllodoce indéterminée (1), l'A. (Opcdhia) l'meata Schultze, chez Y Heterocirrus Marioni St-Jos. et le Cirratulus filifonnix Kef. (2), l'A. Brasilï chez VAudouïnïa tentacidata. M. Mes- nil a observé aussi (recherches inédites), dans d'autres espèces de Polychètes, des Anoplophrya dont il m'a montré une série de frottis colorés. Quant aux Oligochètes, Claparède ijoc. cit., p. 155) trouve l'A. [Opalina) Pachydrdi Clpd., dans le Pachydrdus verru- cosiis Clpd., l'A. [Opjcdina] fdum Clpd., dans le CliteUio are- narius Mùll. comme l'A. [Opalina) lineata Schultze, Yej- dovsky (3), une Anoplophrya très voisine de l'A. fllum, dans YEnchytrœus galba Hoffm. A Cannes, dans l'intestin d'un Pontodrdus [Lumbiciis] littoralis Gr. (P. Marioni E. Perrier), j'ai rencontré une Anoplophrya non du type allongé (A. fllum), mais du type ovale, ayant 0"", 168 de long sur 0°'°',074 de large. fig. 14-24). — Voir aussi, sur le genre Opalina Bezzenberger, ûber infuso- rien aus Asiatischen Anouren [Arch. fur Paraaitenkunde^ t. 111, 1904, p. 138, et pi. XI). (1) Claparède, Recherches anatomiques sur les Annélides, Turbellariés, Opalines et Grégarines observés dans les Hébrides [Mém. Soc. Phys. et Hisl. nat. de Genève, t. XVI, 1861, p. 154 et 155). (2) Annélides des côtes de Dinard, 3"'' partie loc. cit., p. 56 et 47. (3) Beitr. zur vergl. Morph. der Annel. Monographie der Enchytrcneiden, in-4°. Prag, 1879, pi. VU, fig. 9. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 167 FAMILLE DES ARICIEIVS Aud. et Edw. (Sars, Mgr. rev.). Genre ARICIA Sav. (Aud. et Edw. rev.). Aricia cuvieri Aud. et Edw. (1). Cette espèce, à Saint-Jean-de-Liiz, est moins longue et plus rose qu'à Dinard. Elle n'a que 12 à 14 centimètres de long sur millimètres de large et environ 240 segments dont 22 pour la région antérieure. Il y a des papilles ventrales dès les 3 ou 4 derniers segments de cette région, soit à partir du 19"^ ou20°'% puis sur les 3 à 5 premiers de la région sui- vante : 1 ou 2 de chaque côté du corps, sur les 19°"" et 20"% 12 à 16 sur les 21'°' à 24™% ne formant pas ceinture complète, I ou 2 sur les 25"' à 27"'. On voit que ce qui distingue surtout l'A. Cuvieri de VA. Latreillii Aud. et Edw., c'est que la première a une région antérieure plus courte et des segments papillifères moins nombreux, avec moins de papilles à ces segments. Genre SGOLOPLOS Blv. OErst. rev. Sous-Genre NAINEREIS Blv. sensu Mesnil et CauUery [incL Theodisca Pr. Mlill.). NaINEREIS L.EVIGÂTA Gr. (2). PI. II, fig. 42-43. Je trouve des exemplaires de toutes les tailles de 8 à 23 cen- timètres de long, ce dernier avec 323 segments; un autre qui a 14 centimètres dans l'alcool en compte 427. Le nombre des segments de la 1"' région est variable. Les plus petits animaux mesurant 8 centimètres de long sur 3 millimètres de large en avant en ont 24. D'autres plus grands en ont 22, 28, 29, 31. II y en a qui sont rouges en avant et non roses. Chez l'un d'eux, j'observe 2 taches oculaires cervicales peu distinctes. (1) Voir Annélides Polychètes des côtes de Dinard, 3°"= partie loc. cit., t. XVII, 1894, p. 91. (2) Aricia lœvigata Gr. Voir Annélides Polychètes des côtes de France, loc. cit.,i. V, 1898, p. 360. 168 DE SAINT-JOSEPH. Les ovaires forment de chaque côté du corps des amas de 5 millimètres de diamètre renfermant dans un lacis de vais- seaux très fins de nombreux ovules piriformes. Le segment anal festonné au bord a 3 cirres anaux ventraux épais, très courts (O'^jlS) et très caducs (fig. 42). La trompe de laiV. Isevigata que je n'avais pas vue évaginée chez un exemplaire unique en 1897, mais que j'ai pu observer depuis chez plusieurs exemplaires ramassés sous des pierres à Sainte-Barbe, me paraît mériter quelques détails. En sortant de la bouche, elle s'étale en larges plis devant la tête qu'elle dépasse beaucoup en longueur et surtout en largeur. Le bord antérieur est garni de longues digitations disposées autour de l'orifice par groupes de 2 ou 3, sortant chacun de 8 troncs assez semblables à ceux des branchies des Térébel- liens (fig. 43). Ces troncs, dont les digitations très extensibles dépassent seules l'orifice, font saillie à la surface externe delà trompe dans laquelle ils sont noyés. Entre chaque tronc, la membrane étant plus mince a un peu l'apparence d'une membrane palmaire de Serpulien. Chez l'animal vivant, les digitations pendent dans l'eau, longues de 7 à 8 milhmètres, sortant de la bouche sans que la trompe soit évaginée en entier. Elles se rétractent beaucoup chez les animaux conservés à l'alcool et n'ont plus alors que 1"",50 de long. Renfermant 2 vaisseaux qui, comme dans les mêmes organes chez la Theodisca Uriostoma Clpd. (1), se relient l'un à l'autre par un réseau de nombreux vaisseaux capillaires, elles semblent avoir des fonctions respiratoires ainsi que le pense Lo Bianco (2). Peut-être aussi servent-elles à attirer et à saisir la proie. La forme de la trompe ferait rentrer la N. lœiigata dans le genre Theodisca Fr. Mull. (3) si ce genre devait être maintenu; (1) Claparède, Annélides du golfe de Naples, p. 3H. (2) Gli Annel. tubicoli trovati nel GoHo di Napoli [Atti dell. Accad. délie Scienze di Napoli, 2°'« série, t. V, n° 11, p. 25). (3) CeUe trompe se rapproche moins de celle de la Theodisca anserina Clpd. (Glanures zoot. parmi les Annélides de Port-Vendres. Mém. de la Soc. d'hist. nat. de Genève, t. XVll, 2"i<^ partie, 1864. Tirage à part, p. 45, et pi. IV, lig. 6 a et de la Theodisca Uriostoma Clpd. {loc. cit., p. 311, et pl. XXIV, lig. 3) que de celle de la Th. auranliaca Fr. Mùll. (Einiges ùber die Anneliden fauna der Insel Santa Calharina, etc. {Arch. fur naturg., 1858, pl. VI, fig. 14). Cette dernièi'e a, comme la N. Ixvigata, des troncs d'où sortent les digitations, mais, d'apiTS la LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 169 mais, comme je l'ai indiqué ailleurs, je préfère ne pas donner à la forme de la trompe chez les Anciens un caractère générique, ce qui fait disparaître les genres TJwodisca et Anthostoma (digi- tations de la trompe pennées) Schmarda (1). Adoptant la clas- sification de Mesnil et Caullery (2), je crois qu'il faut ranger VAricia lœvigata dont la rame ventrale n'a pas le bord fes- tonné, dans le sous-genre Nainereis Blv. sensU Mesn. et CaulL comprenant les Scoloplos à tête arrondie. FAMILLE DES CAPITELLIEIVS Gr. {Halelminthea V. Garus). Genre Notomastus Sars. NOTOMASTUS EXSERTILIS. N. S. PI. Il, fig. 44-47. Caractères distinctifs : Branchies rameuses exsertiles à partir du 27°"* segment abdominal environ. Taille considérable dépassant 1 mètre. Plusieurs exemplaires ramassés à Saint-Jean-de-Luz à la pointe de Sainte-Barbe et aussi au-dessous du château d'Abba- dia, à la pointe de Sainte- Anne, dans le sable vaseux entremêlé de cailloux. Très rouges, sauf à la partie postérieure du corps qui est incolore, se rompant très facilement en morceaux et laissant alors écouler le sang de la cavité du corps. Il m'a été impossible d'en recueillir un seul entier et je n'en ai que des fragments antérieurs, médians, ou postérieurs. Ils doivent atteindre une taille considérable, car j'en obtiens un fragment antérieur entièrement rouge, avec la tête, de 800 millimètres au moins sur 8 millimètres de large en avant et 784 segments, et une autre fois j'en trouve une partie postérieure mince, entièrement incolore, de 597 segments, longue également de 800 milli- mètres (3). figure de Fr. Mûller, ils semblent ne pas être noyés dans la trompe et en dépasser le bord. (1) Schmarda, Neue wirbell. thiere gesammeltauf einer reise um die erde 1853 bis 1837, t. I, 2""^ partie, p. 61, et pi. XXVll, fig. 217. (2) Études de morphologie externe chez les Annélides. IV, Révision des Ariciens {Bull, scient, de la France et de la Belgique, t. XXXI, 1898, p. 140). (3) Lorsque je ramassai, en 1897, cette longue partie postérieure et plu- 170 DE SAINT-JOSEPH. Le corps rond aux 10 1""' segments thoraciques, devient légèrement quadrangulaire aux 2 derniers thoraciques et aux segments abdominaux où il est un peu bombé du côté dorsal. Aussi fragile que celui du Dasi/brancJius radiifus est résistant, il a, chez les grands exemplaires (fig. 44), 8 millimètres de large aux 5 T"' segments thoraciques, 5 millimètres aux seg- ments 6 à 10, 7 millimètres aux segments 11 et 12 et aux 1" segments abdominaux, puis 6, 4 et 2 millimètres à la fin. La tête charnue, conique, sans yeux apparents, se termine par une petite languette rétractile et la tète elle-même est rétrac- tile dans le segment buccal. Le thorax se compose de 12 segments dont le 1"' (buccal) achète et H sétigères. Ils sont tous biannelés. Le segment buccal a du côté dorsal seulement, à l'anneau supérieur, un prolongement qui en est séparé par un sillon et qin ne s'étend pas du côté ventral (1). Il sert probablement à protéger la base de la tête, lorsque celle-ci sort du corps. La bouche s'ouvre du côté ventral du segment buccal et livre passage à une grosse trompe globuleuse plurilobée deux fois plus large que le corps et dont la base (lorsque la trompe est extroversée) est couverte de papilles rondes deO""',10 de dia- mètre (2). Du sillon transversal qui sépare les deux anneaux des seg- ments 2 à 12 sortent de chaque côté du corps, reposant sur une grosse glande brune, un faisceau dorsal et un ventral de soies simples rétractiles. Semblables à celles du Dasijbranchus caducus^ mais moitié moins larges (0°'™,0084) et moitié plus nombreuses (200 environ par faisceau), elles sont subulées avec un long limbe mince de chaque côté. Les 10 T" segments, chez les grands exemplaires, ont 4 milli- mètres de haut. La peau des segments 1 à o (ou 1 à 6), y compris sieui^s autres presque aussi longues, je n'avais pas encore vu de partie anté- l'ieure, et j'avais été tenté, à cause des branchies exsertiles, de les attribuer à une variété de Dasybranchus caducus Gr. {Voir Annélides des côtes de France, loc. cit., p. 391). (1) Eisig figure bien cette disposition chez le Dasybranchus caducus (Die Capi- telliden des Golfes von Neapel, in-foL, 1887, pi. XVI, lig. 1). (2) Eisig représente une trompe semblable chez le Notomastus {Tremomastus) 'profundus Eisig {Loc. cit., pi. II, fig. 5). LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 171 le prolongement du segment buccal, est quadrillée ; celle des segments 6 à 10 (ou 7 à 10), est lisse comme aux segments 11 et 12 qui n'ont plus que 1°'°',5 de haut et qu'on pourrait presque confondre avec les segments abdominaux dont ils ont déjà la largeur et la forme légèrement quadrangulaire. L'abdomen, où disparaissent les soies limbées, se compose de très nombreux segments à peau non quadrillée. Ils ne sont pas biannelés ; s'il s'y dessine des anneaux sous le ventre et quelquefois sur le dos, ils sont dus aux contractions du corps qui influent aussi sur la hauteur des segments variant de ■1",75 à 0"',50. Chaque segment a 2 tores dorsaux et 2 tores ven- traux avec crochets semblables à ceux du Notomastus lateri- ceus Sars (1). Leur tige est moitié plus mince (0°',0084) que celle des crochets du Dasybranchiis caduciis et n'a qu'un renfle- ment au lieu de deux; de plus, la V dent qui surmonte la grosse se montre, vue de face, composée de 6 denticnles au lieu de 8. Aux segments antérieurs de l'abdomen, les 2 tores dorsaux, longs seulement de 1 millimètre sur 0'°"',75 de haut, sont sail- lants comme chez tous les Notomastus^ mais un peu séparés l'un de l'autre (2) par un intervalle très étroit qui va progressive- ment en augmentant à mesure qu'on s'éloigne vers l'extrémité postérieure et atteint 2 millimètres à 2""", 5. A ces segments anté- rieurs, les tores ventraux, beaucoup plus longs que les dorsaux quoiqu'ils remontent moins haut sur le dos que chez d'autres Notomastus^ se terminent du côté le plus rapproché du dos par une poche respiratoire finissant en languette plus ou moins adhérente au corps, oi^i pénètre le sang et dans laquelle les cro- chets ne continuent pas. L'organe latéral, petit mamelon bien apparent, lui fait suite immédiatement (fig. 45). Au 11°"' segment abdominal, chaque tore dorsal a 1°'°',20 de long et 148 crochets et chaque tore ventral 4°"", 80 de long et environ 500 crochets. Peu à peu, les tores dorsaux s'écartent davantage l'un de l'autre, les tores ventraux deviennent moins longs et à la suite (1) Voir Annélides des côtes de Dinard, 3« partie Loc. cit., p. 118, et pi. VI, fig. 153 et 154. (2) Chez les Notomastus que j'ai examinés {N. latericeus, N. lineatus Clpd., iV. "profondus Eisig), les deux tores dorsaux des segments antérieurs sontcoa- lescents. 172 DE SAINT-JOSEPH. de la rangée des crochets ventraux, entre cette rangée et la poche respiratoire, apparaissent vers le 27""' segment abdominal, sor- tant d'une large boutonnière (fig. 46), et persistant jusqu'à l'avant-dernier segment, des branchies rameuses exsertiles, ayant jusqu'à 20 branches semblables à celles que j'ai décrites chez le Dasybranchus caducus (1). Lorsque les branchies sont rentrées dans le corps, la respiration est encore assurée à tous ces segments parla poche respiratoire. Les branchies exsertiles seraient donc des auxiliatrices rendues peut-être nécessaires par la grande taille de l'animal. A la fin du corps, la peau est plus mince et presque transpa- rente du côté dorsal, puis les segments deviennent moins hauts (0°'",24) et moins larges (2 millimètres). L'anus rond terminal est rétractile dans le segment antéanal. Les globules du sang, qui mesurent 0"°',0126de diamètre, ren- ferment 3 à5 concrétions brunes de 0'"",0014 à 0'"",0020. Pour ce qui concerne les muscles, le cordon nerveux ventral et les organes latéraux, je renvoie à ce que j'en ai dit à propos du N. laterkeus. Les organes segmentaires ne sont pas sembla- bles à ceux de cette espèce. Colorés en brun très foncé comme chez le Dasybranchus caducus par les granides pigmentaires dont sont bourrés leurs tissus, ils ont une forme sinueuse pareille à celle que figure Eisig (2) pour le N. lïneatus. Je ne vois ni éléments sexuels, ni sacs génitaux, ni pores génitaux. Ces derniers que j'avais rencontrés chez le N. latericeus aux segments abdominaux antérieurs en haut de chaque segment au-dessous de l'organe latéral du segment précédent, y man- quaient du reste chez beaucoup d'exemplaires. Je trouve une fois dans l'intestin, une BoHocystis, avec son épimérite, longue de 0'"'",47 sur 0""', 063 de large (fig. 47). Je crois que pour la classification des CapiteUiens,il faut pren- dre pour base, comme Eisig, le nombre des segments thoraciques et ne pas plus s'attacher qu'on ne l'a fait pour les Glycériens, aux branchies, caractère secondaire et souvent difficile à éta- bhr quand il s'agit de branchies exsertiles. Le JV. exsertilis a bien les caractères du genre Notomastus, à (1) Annél. des côtes de France. Loc. cit., p. 390. (2) Loc. crt.,pl. Il, fig. 23. LES ANNÉLIDES POLYGHÈTES DES COTES DE FRANCE. 173 la diagnose duquel on devra ajouter : présence possible de bran- chies exsertiles. Il sert de trait d'union entre les Notomastus et les Dasyhranc/ius avec lesquels j'ai été amené plusieurs fois à faire des rapprochements. l\di^ Q,oxnm.Q\Q% Dasybi'anchus^ des branchies exsertiles. Ses 2 tores dorsaux ne sont pas aussi près l'un de l'autre aux segments antérieurs abdominaux que chez les autres jSotomastus et se rapprochent de ceux des Dasijbranchus; enfin, ses organes seg- mentaires quoique non flottants et fixés au corps me paraissent rappeler ceux du Dasybranchus caducus. FAMILLE DES MALDAIVIENS Sav. Clymene lumbricoïdes Qfg. (1). PI. il, fig. 48. Assez commune à la pointe de Sainte-Barbe. Les 8 premiers segments sont emboîtés les uns dans les autres. Ily a 4 paires d'organes segmentaires placés du côté ventral, de chaque côté du corps, au-dessous des bandelettes muscu- laires plates, transversales, bien séparées les unes des autres, comme les échelons d'une échelle, qui s'insèrent à une de leurs extrémités, près du cordon nerveux ventral, et à l'autre extré- mité à la paroi du corps. Ces organes segmentaires de forme allongée se trouvent dans les segments sétigères 4 à 8. Le pavillon vibratile de la T" paire et la partie antérieure de la néphridie sont dans le 4"^ segment, en arrière du 4""^ pied, et la partie postérieure de la néphridie se termine dans le 5°"% à la hauteur du 5"" pied et ainsi de suite pour les 3 autres paires. Les néphridies, mamelonnées, de forme allongée (la 4"° paire, qui est la plus longue, et se termine en arrière du 8""" pied, a 8 millimètres de long sur 1 millimètre à l'°",5 de large), adhèrent aux parois du corps. C'est l'organe de Bojanus de Cosmovici (2). Son tissu, parcouru par un réseau très riche de (1) Voir Annélides Polychètes des côtes de Dinard, 3°"' partie Loc. cit., p. 134, et pi. VI, fig. 160-165. (2) Voir Cosmovici, Glandes génitales et organes segmentaires des Anné- lides Polychètes {Arch. de lool. exp., t. VIII, 1879 et 1880, pi. XXVII, fig. 9 c). 174 DE SAINT-JOSEPH. vaisseaux fins, alimenté par le vaisseau latéral, se compose de cellules bourrées de granulations d'un brun foncé, qui sont sans doute des produits d'excrétion. Son axe est occupé par un canal vibratile qui débouche à l'extérieur par un pore percé dans une papille, à l'extrémité du tore uncinigère la plus rap- prochée de la ligne médiane ventrale (1). Dans l'intestin bourré de sable, je trouve un très petit Néma- toïde incolore, à peau Hsse, long de 0™'",042 sur 0™",0i2 de large, sans armature à la bouche qui s'ouvre en dessous et sans autre trace d'organisation qu'un tube digestif brunâtre recti- ligne (fig. 48). PeTALOPROCTUS TEnUlCOLA Qfg. (2). PL II, fig. 49-bO, et PI. III, fig. 51-So. Je trouve à la fois chez le P. terricola : sur la peau, desZo.ro- soma annelïdicola Van Ben. et Hesse, que j'y avais observés à Brest (3) ; dans l'intestin, des Ulivina elliptica Ming. [Sycia ino- pinata Léger), et des DoUocystishé^Qv, dans le cœlome, la cu- rieuse Pterospora Maldaneorum Labbé et Racov. (4). Tous ces ecto et endoparasites coexistent assez souvent chez le même animal. Les Ulivina elliptica (Grégarines tricystidées) sont toutes sans leur épimérite et mesurent 0"°',084 de long sur 0°'",024 de large (fig- 49). Les Doliocystis (Grégarines dicystidées) qui n'ont pas non plus leur épimérite, sont plus allongées et plus fortes (0°"°,30 de long sur 0°"°,048 de large) avec un gros noyau à la partie antérieure (fig. 50). La Pterospora Maldaneorum (Grégarine monocystidée) que je ne rencontre ni dans la Clymene lumbricoïdes Qfg. ni dans la (1) Oiiandi donne une figure exacte de cette papille pour la Clymene Paler- mitana Gr. {Maldanidi del Golfo di Napoli, Genova, 1898, in-8°, pi. VIII, fig. 55). (2) Voir Annélides Polychètes des côtes de Dinard, S"'^ partie, loc. cit., p. 144, et pi. VII, fig. 180-188. . (3) Annélides Polychètes de la rade de Bi^est et de Paimpol {A7in. des Se. nat., 8" série, t. X, p. 182). (4) Labbé et Racovitza, Pterospora Maldaneorum N. G. N. S. Grégarine nou- velle, parasite des Maldaniens {Bull. Soc. de Zool., t. XXII, 1897, p. 92-97, et fig.). — Labbé, Das Tierreich, 1899, in-8'>, Sporozoa, p. 41. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 175 Johnstonia ch/menoïdes Qfg., ni dans la Leiochone dypeata St-Jos., est plus souvent isolée qu'associée à une autre. A l'état d'extension, elle mesure de 0"^",J38 à 0"°',420 de long sur 0'"°^,040 à 0"'",120 de large (fig. 51 ) ; mais nulle Grégarine n'est plus protéiforme. Tantôt c'est une boule d'où sortent tout d'un coup en avant 2 branches et de chaque branche 2 digitations, tantôt c'est un corps cylindrique, ovale outrapézoïde, avec 2 branches et 1 ou 2 digitations, avec ou sans tige en arrière (fig. 52), le noyau restant à peu près au centre ; tantôt il se produit en avant une longue tige où passe le noyau et d'où se détachent les branches avec leurs digitations. Les mouvements péristaltiques entraînent continuellement le noyau et les granulations grises de l'endoplasme qui passent les unes par-dessus les autres. Quand la Grégarine dépérit, elle n'a plus que 0'"'°,10, les granulations sont beaucoup plus grosses et la membrane est à peine visible, mais les mouvements péri- staltiques sont toujours aussi vifs et poussent les granulations jusqu'à l'extrémité des digitations (hg. 53). Lorsqu'il y a association, l'un des deux zygotes me paraît toujours plus rétracté que l'autre (fîg. 54). Une fois, je vois le plus gros des deux se détacher, entraînant avec lui une tige qui semble formée de l'endoplasme de l'autre (fig. 55). Je ne suis, pas assez heureux pour rencontrer des kystes ni des spores. FAMILLE DES TÉRÉBELLIENS Gr., Mgr. rev. ÏEREBELLA LAPIDARU (Kâhler) L. Ray Lankester (1) signala le premier un Rotifère qu'il ne- nomme pas, dans l'intérieur du corps des Synapta à Guernesey et à Herm. Je le retrouvai au Croisic en août 1880, sur la peau et non dans le corps de la Synapta inhœrens. O.-F. MûlL, en 1892, à Concarneau, sur la S. digïtata var. Thompsoni Hera- path, puis à Arcachon et à Saint-Vaast, sur la S. digïtata Mont. Zelinka (2) l'a décrit en très grand détail en lui donnant (1) Note on tlie Synapta of Guernsey and Herm, and a new parasitic Rotifer {Quart. Journ. of Microsc. se, janvier 1868, p. 54 et fig.). (2) Studien liber Ràderthiere. 11. Der raumparasilismus und die anatomie^ J76 DE SAINT-JOSEPH. le nom de Discopus Sijnaptx N. G. N. S. et Cuénot (1) ajouta quelques observations. A Saint-Jean-de-Luz, le D. Synapix vit sur la peau de la Terebella lapïdarïa, mesurant 0'""',18 à Qmm 24 Je long sur 0""",06 de large, c'est-à-dire la môme taille que celle que je constate aux exemplaires vivant sur les diverses Synapta. Les variations de longueur dépendent surtout du degré de contraction du Rotifère fixé par sa ventouse postérieure. Pista cretacea Gr. (2). Chez cette espèce, les branchies sont souvent incomplètes. Ainsi chez un exemplaire, à la 1"" paire, la branchie droite manque ; à la 2"" paire, il y a une branchie à droite et un moi- gnon de branchie à gauche, et les branchies de la 3"°^ paire sont absentes. Les anomalies que j'ai relevées pour les plaques onciales du gme gggj]Qent uncinigère sont fréquentes. - Chez un exemplaire, il y a à ce' segment une rangée simple rétrogressive, à laquelle il se môle seulement 2 ou 3 plaques progressives qui commencent à dessiner la rangée alternante. Au 9"^ segment uncinigère, elle est complète et là seulement le prolongement de la base disparaît. Le passage de la rangée simple à la rangée double se fait donc moins brusquement ici que chez les autres ïérébelliens. PoLYMNiA NEBULOSA Mont. iiec Johnst. PI. 111, fig. 56. L'intestin renferme souvent de nombreuses Doliocystis de 0""°,084 de long sur 0°"",029 de large, les unes circulant sans épimérite, les autres encore fixées par leur épimérite dans une cellule épithéliale (fig. 56). A leur partie postérieure pend une membrane diaphane plissée, de 0'"°',042 de long, dont les plis rectilignes ressemblent à première vue à des fibres très fines. Ce sont peut-être des traînées de ce que Delage et Hérouard (3) von Discopus Synaptas N. G. N. S. {ZeiU. fur WUs. Zool., t. XLVU, 1883, p. 353 et pi. 30-34) . (1) Commensaux et parasites des Échinodermes {Rev. biol. du Nord de la France, t. V, 1892, p. 13). (2) Voir Annélides Polychètes des côtes de France loc. cit., p. 423, et pi. XXIII, fig. 236-239. (3) Traité de Zoologie concrète, t. 1, 1896, p. 259 et 261. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 177 appellent la couche gélatineuse, transsudant du corps, et s'agglu- tinant pour former une membrane diaphane. Schewiakoff (1) pensait que la progression des Grégarines était produite par la protrusion de fibres gélatineuses. Est-ce de cela qu'il s'agit ici? Mais depuis le mémoire de Schewiakoff, on a constaté que les Grégarines ont des mouvements rétrogrades en sens inverse de l'extension des fibres, et ici ces fibres (si c'en sont réellement) se montrent môme quand la Grégarine n'est pas encore libre. POLYCIRRUS H/EMATODES Clpd. (2). Dans des Lithothamnion aux rochers de la Goureppe, près de Biarritz, et à la pointe de Sainte-Barbe, à Saint-Jean-de- Luz. Je retrouve dans l'intestin des Nématoïdes endoparasites appartenant à l'espèce que j'ai décrite et figurée pour le Poly- ciîTus calïendrum Clpd. (3). La distribution géographique des 64 espèces d'Annélides Polychètes que j'ai trouvées à Saint-Jean-de-Luz et qui sont toutes littorales, donne les résultats suivants : 8 ont une aire fort étendue : Lepidonotus clava Mont. Nereis pelagica L. Perinereis cultrifera Gr. Plat y nereis Dumerilii Aud. et Edw. Dodecaceria concharum OErst. Chœtopterus variopedatus Ren. Nicolea venustula Mont. Potamilla reniformis 0. F. Mûll. Il y en a : 21 dans la Manche, l'Océan et la Méditerranée Syllis (Typosyllis) proliféra Kr. Syllis gracilis Gr. Odontosyllis fulgurans Clpd. Trypanosyllis Krohnii Clpd. Sthenelais boa Johnst. Lysidice Ninetta Xnd. et Edw. Pfiyllodoce splendens St-Jos. Eulalia viridis 0. F. Mûll. (et aussi mers du Nord). Eulalia (P terocirrus) macroceros Gr. Audouinia tentaculata Mont, (et aussi mers du Nord). Aricia Cuvieri Aud. et Edw. [Idern]. Johnstonia clymenoïdes Qfg. Petalaproctus terricola Qfg. Sabellaria alveolata L. (et aussi mers du Nord). Amphitrite gracilis Gr. Terebella lapidaria (Kiihler) L. Polymnia nebulosa Mont, iiec Johnst. Polycirrus hœmatodes Clpd. Dasychone bombyx Daly. (et aussi mers du Nord). Salmacina Bysteri Huxl. Pomatoceros Iriqueter L. (et aussi mers du Nord). (1) Ùber die Ursache der fortschreitenden Bewegung der Gregarinen [Zcits. fur wiss. ZooL, t. LVIII, p. 340 et pi. XX et XXI). (2) Annélides Polychètes des côtes de Dinard, 3°^" partie, loc. cit., p. 240. (3) Ibid., p. 238, et pi. X, fig. 268-269. ANN. se. NAT. ZOOL., 9^ série. III, 12 78 DE SAINT-JOSEPH. 8 dans la Manche et la Méditerranée : Odontosyllis ctenostoma Clpd. Autolytus piciiis Ehl. (et aussi mers du Nord). Lagisca extenuaia Gr. Euphrosyne foliosa Aud. et Edw. Lumbriconereis coccinea Ren. 5 dans la Manche et l'Océan Halosydna gelatinosa Sars (et aussi mers du Nord). Harmothoe picta St-Jos. Nereis irrorata Mgr. (et aussi mers du Nord). Goniada emerita Aud. et Edw. Arenicola hranchialis Aud, et Edw. [A. Gruhii Clpd.). Phyllodoce laminosa Sav. Clymene lumbricoïdes Qfg. Leioclione clypeata St-Jos. 3 dans la Manche : Maclovia gigantea Gr. Eulalia pusilla OErst. (et aussi mers du [ Nord). I 4 dans l'Océan et la Méditerranée : Eteone foliosa Qfg. [Idem) Biopatra Neapolitana D. Gh. Eunice Kinbergi Ehl. 2 dans l'Océan : Perinereis Oliveirse Horst (Portugal). 8 dans la Méditerranée : Ehlersia sexoculata Ehl. Psammolyce arenosa D. Ch. Eunice torguata Qfg. Eulalia punctifera Gr. Lumbriconereis impatiens Clpd. Dasybi'anchus caducus Gr. Phyllodoce bruneo-viridis St-Jos. (Ar- cachon). Hesione pantherina Risso. Nainereis Isevigata Gr. Polyophtlialmus pic lus Qfg. Pista crelacea Gr. 5 jusqu'à présent propres à Saint-Jean-de-Luz : Harmothoe Synaptœ N. S. Perinereis longipes N. S. Phyllodoce himaculata N. S. Flabelligera Claparedii N. S. Notomaslus exsertilis N. S. On doit remarquer que cette faune des Annélides Polychètes de Saint-Jean-de-Luz remonte souvent jusqu'à la Manche, rarement jusque dans les mers du Nord et que ses affinités sont plutôt méridionales. ANNÉLIDES DE CANNES ET DE SAINT-RAPHAEL FAMILLE DES SYLLIDIEIVS Gr. Syllis (Haplosyllis) hamata Clpd. (1). Plusieurs exemplaires trouvés par moi à Cannes à 70 mètres de profondeur au large de la Bocca et un exemplaire dragué à (1) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, i'^" partie {Ann. des Se. ^at., LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 179 Saint-Raphaël par M. Brôlemann à 30 mètres de profondeur, près du Lion de terre. Ces exemplaires de couleur orangée, longs de 3 à 4 centi- mètres, dont aucun n'a de stolon, sont semblables à ceux de Dinard. Seulement les cirres dorsaux ont plus d'articles et sont d'un tiers plus longs, atteignant i"°',80, ce qui les ferait rentrer dans la variété tentaculata Marion. Mais cette longueur des appendices est très variable même à Dinard, où elle va du simple au double selon les exemplaires, et ne me semble pas pouvoir servir de caractère distinctif. Marion rend bien la dislocation de la tête, lorsque la dent terminale de la trompe est projetée hors de la bouche (1). Sylus (Typosyllis) variegata Gr. (2). Dans une grosse éponge couleur lie de vin à la pointe de la Croisette, à Cannes. Elles ont 4 yeux et non 6 comme à Di- nard et les hexagones dorsaux sont de couleur plus foncée. Sylus (Typosyllis) proliféra Krohn (3). A Saint-Raphael, au milieu des algues, à 2 mètres de pro- fondeur, H millimètres de long sur 0™",85 de large et 58 seg- ments. Raie rose transversale à peine visible sur les segments antérieurs. Tête petite à 4 yeux (0°"°,24 de large sur 0"'"',14 de haut). Palpes de 0'°'^,19, plus hauts que la tête. Tous les appen- dices de la tête et du corps sont minces et moniliformes et ce qui frappe c'est leur longueur par rapport à la largeur du corps. Les 2 antennes paires ont 0°'°',72 de long et 36 articles, les cirres tentaculaires les plus longs 1 millimètre et 90 articles, les cirres dorsaux presque de même taille jusqu'au dernier tiers du corps, 50 articles ; les cirres anaux de 0°'°',70, 36 articles. La trompe avec la grosse dent placée dans le 1" tiers de la trompe, occupe 9 segments et le proventricule 6. 7°!^ série, t. I, 1887, p. 142 et pi. VII, fig. 5-8), et 4"'^ partie [ibicL, 7™'' série, t. XX, 1895, p. 185). (1) Marion, Dragages au large de Marseille {Ann. des Se. Nat., 6™« série, t. VIII, 1879, pi. XV, fig. 4 b). (2) Voir knné\. Polych. des côtes de Dinard, l'"'^ partie, loc. cit., p. 146. (3) Voir Annél. Polvch. des côtes de Dinard, 1'"'' partie, loc. cit., p. 147 et pi. VII, fig. 9-13. 180 DE SAINT-JOSEPH. Le dernier tiers du corps est rempli d'ovules de 0"°',048 de diamètre sans qu'il y ait encore trace de stolon. A Cannes dans les Lithothamnion au nord de l'île Sainte-Marguerite, 1 exem- plaire dont la souche a 55 segments suivis d'un stolon de 13 segments remplis d'œufs violets dont il y en avait déjà aux 16 derniers segments de la souche (1). Syllis (Typosyllis) Krohnii Ehl. (2). A Saint-Raphael, au milieu des algues, à 2 mètres de profon- deur. 13 millimètres de long sur 1 millimètre de large et 60 seg- ments ; une tache violette ronde termine de chaque côté du corps la raie transversale violette des segments antérieurs. Les plus longs cirres tentaculaires ont 32 articles, et le 1" cirre dorsal qui est plus long que les autres en a 44. Pour tout le reste, l'espèce de Saint-Raphaël est tout à fait semblable à celle de Dinard, de Saint-Vaast et de Concarneau. A Cannes, dans les Lithothamnion, au nord de Sainte-Marguerite. Syllis (Typosyllis) vittata Gr. (3). Syllis vittata Marenzeller, Zur Kennt. der Adriat. Anncl. [Sitzb. der K. Ak. der Wiss. zu Wien, 1874, p. 35, et pi. III, iîg. 2). — — Langerhans, Die Wumifauna von Madeira (Zeits. fur wiss. ZooL, t. XXXII. 1879, p. 533). — AURITA Clpd., Claparède, Glanures parmi les Annél. de Port-Vendres, 1864, in-4o, tirage à part p. 79, et pi. V, fig. 5. — Annél. du golfe de Naples, 1868, in-4», p. 199, et pi. XIV, fig. 5. — — Marion et Bobretzky, Annél. du golfe de Marseille [Ann. des Se. nat., 6me série, t. II, 1875, p. 17, et pi. I, fig. 3). Dans les algues calcaires fixées sur les rochers du rivage à Saint-Raphaël. Très jolie espèce chez laquelle les 3 raies transversales vio- lettes de chaque segment se trouvent sur tout le corps et non pas seulement aux segments antérieurs comme chez la S. Krohnïï et la Tri/panosyllis Krohnii^ 1 millimètre de large, (1) J"ai trouvé au Croisic, dans une coquille de Dentale, au-dessous d'un Fhascolion Strombi Mont, commensal, une Typosyllis proliféra. M. Brunipt (Sur le Phascolion Strombi, Arch. de Zool. expér., 3'"'' série, t. V, 1897, p. 493) a observé dans les mêmes conditions un Syllidien, qu'il croit être uneTyposyllis hyalina Gr. (2) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 4™'' partie {Ann. des Se. Nat,, 7""« série, t. XX, 1895, p. 188 et pi. XI, fig. 2-3). (3) Grube, Actinien, Echin. und Wùrmer des Adriatischen und Mittelmeers. Konigsberg, 1840, p. 97. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 181 25 millimètres de long, corps épais, 102 segments, quelques- uns des derniers manquant. Palpes divergents. Segment buccal formant une bosse, mais moins accentuée que chez les Odonto- syllïs. Toutes les soies composées ont l'article unidenté et pectine. Méditerranée, Atlantique. Ehlersia sexoculata Ehl. (1). Ehlersia sexocdlata Marion et Bobretzky, Annél. du golfe de Marseille (Ann. des Se. liât., 6me série, t. II, 1875, p. 20)'. — — Marion, Dragages au large de Marseille [Ibid., t. VIII, 1879, n» 7, p. 18, et pi. XV, iîg. 3 et 3a). — — Marenzeller, Polychœten von Ostspitzbergen {Zool. Jahrb. Abth. filr System., t.Vl, 1892, p. 410. et pi. XIX, fig. 2). — — Giard, Le laboratoire de Wimereux en 1889 [Bull, scient, de la France et de la Belgique, t. XXII, p. 279). — CORNUTA Langerhans, Die W^urnifauna von Madeira (Zeits. fur wiss. Zool., t. XXXII, 1879, p. 537, et t. XL, 1884, p. 247). — — Me Intosh, Marine Annel. (Polychœta) of South Africa [Marine investigations in South Africa, t. III, 1903, Cape Town, in-8o, p. 39). ? Syllis — Ratlike. Rathke fauna Norwegens (Voua ac^o ^c. L. C.nal. curios., t. XX, 1843, p. 164, et pi. VII, fig. 12). ? _ _ Malmgren, Aiinul. Polych., 1867, p. 161, et pi. VIII, fig. 45. ? — — Me Intosh, On the structure ofthe Brit. Nemerteans and some new Brit. Annel. [Trans. Edinb. Soc, t. XXV, 1869, in-4'', p. 415, et pi. XVI, fig. 15). ? — — Levinsen, Syst. overs. over de Nord. Annul. [Vidensk. Meddelser for 1883. Copenhague, 1884, p. 286). ? — — Soulier, Revision des Ann. de la région de Cette. (Trav. de l'Inst. zool. de l'Univ. de Montpellier, 2nie série. Mémoire n» 14,1904, p. 39). Un exemplaire jeune dragué à 50 mètres dans un fond de vase et de Bryozoaires, à Saint-Raphaël. Corps incolore dans l'alcool, de 7"'°', 80 de long sur 0'°'°,5 de large, 69 segments en tout, 6 yeux dont les 2 antérieurs punc- tiformes. Appendices moniliformes : les antennes paires et les cirres tentaculaires les plus longs ont 18 articles, les cirres dorsaux 14 et seulement 8, puis 5, à la fin du corps. Les cirres ventraux sont subulés et de la môme longueur que le pied; les 2 cirres anaux longs de 0"™,48. Les soies composées sont à article bidenté pectine avec article long de 0°"",014 pour les unes, de 0'"",023 pour les autres. De plus, à partir du 1" seg- ment sétigère, il s'y joint 1 ou 2 soies différentes caractéris- tiques à long article très mince, pectine, de 0°"", 10, dont la pointe filiforme est bidentée, ce que je n'ai vu, comme Marenzeller, (i) Syllis sexoculata Ehlers. Die Borstenwûrmer, p. 241 et pL X, (ig. 5-7. 182 DE SAINT-JOSEPH. qu'avec les plus forts grossissements (1). L'article devient trois fois moins long vers le 54'°' segment et la soie disparaît aux o derniers. Une soie simple dorsale fine se montre aux 14 der- niers segments. La dent est placée tout en avant de la trompe qui occupe 7 segments, le proventricule occupant les 4 suivants. Je trouve à Saint-Jean-de-Luz dans les Litliothamnion un petit exemplaire jeune de 3 millimètres de long sur 0""",12 de large et 29 segments sétigères. Les cirres dorsaux n'ont que 9 articles. Il y a 1 petit cirre anal impair à 2 articles. Commel'ont remarqué Levinsen et Marenzeller, il est difficile, avant de nouvelles recherches, d'assimiler VE/tl. sexoculata à VEhl. cornuta de Rathke. Cette dernière, d'après Malmgren, est de taille plus forte et n'a que des soies unidentées. La S. cor- nuta des Hébrides décrite par Me Intosh a 25 millimètres et des soies bidentées. Elle se rapproche donc, sous ce dernier rapport, de VEhl. sexoculata et si la S. cornuta de Rathke et de Malmgren a des soies semblables, il faudrait peut-être, malgré la différence de taille, confondre les 2 espèces. D'un autre côté la S. cornuta.^ du moins la variété hystrix Me Int. du Porcupine a des cirres ventraux en languette (2) et VEhl. sexoculata des cirres ventraux subulés. Méditerranée, Atlantique, Mers du Nord? Syllis (Syllis s. str. Lang.) gracilis Gr. (3). Syllis gracilis Webster, Annel. Gh.iet. of the Virginian coast {Trans. of the Albany Inst., t. IX, 1879, p. 17). — — Gravier, Annél. Polych. de la mer Rouge [Nouv. Arch. du Muséum, 4me série, t. Il, 1900, p. 130, et pi. IX, fig. 4). — Stolon femelle de S. gracilis [Ibid., p. 151, et pi. IX, fig. 3-6). — — Mesnil, Sur un cas de régénération de la partie antérieure du corps chez un Syllidien (Comptes rendus de la Soc. de Blol. Séance du 9 mars 1901). — — Soulier, loc. cit. supra. Mémoire n° 14, p. 31. Claparède, dans ses Glanure.s zootomïciues paiinï les Anné- lules de Port-Venclres, se contente de dire que les stolons sexués de la S. gracilis ont la forme ordinaire. Langerhans présumait (1) Marenzeller donne des figures exactes de toutes ces soies. (2) Me Intosh, Notes on theGatty marine laboratory at Saint-Andrews [Ann. of. nat. Hist., 7"« série, t. IX, 1902, p. 297). (3) Voir Annél. Polych. de Dinard, l--'^ partie, 1887, p. 158 et 4'n<^ partie, 1895, p. 190 et pi. Xï, fig. 4-7. — Ajouter à la bibliographie les ouvrages ci-joints, et à l'habitat : Mer Rouge, LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 183 que ces stolons avaient la forme loida. M. Gravier en donna la preuve en décrivant la forme épitoque femelle d'une S. gracilu de la mer Rouge. Cette forme, je l'ai trouvée aussi à Cannes dans une pierre calcaire ramassée à 4 mètres de profondeur à la pointe de la Croisette. Elle ressemble beaucoup, sauf sous le rapport des soies, à celle que j'ai décrite pour la Syllis alternosetosa St-Jos. (1). Elle a 8 millimètres de long sur 1 millimètre de large en avant et 32 segments dont 31 sétigères et l'anal. La tête à peu près ronde, un peu plus large que haute, avec 4 yeux énormes, a 3 antennes vaguement articulées. Elle est suivie immédiate- ment d'un 1"' segment qui a de chaque côté un cirre dorsal à 10 articles, une soie ypsiloïde, une soie à article bidenté (2), et un cirre ventral en languette plate long de 0"°',4. Les cirres dorsaux et ventraux restent semblables à tous les segments; mais il y a des combinaisons variables pour les soies : du 2""" au 4™' segment, 2 soies ypsiloïdes et 1 soie à article bidenté ; du o'"" au 10°"% 2 soies ypsiloïdes et 2 soies à article ; du il""" au 17""^, 1 soie ypsiloïde et 3 soies à article; du 18"' au 31""% 4 à 5 soies à article sans soie ypsiloïde. La longueur des articles des soies composées est assez variable. Du 2™" au 30""" segment, il apparaît au-dessous du cirre dorsal un faisceau de nom- breuses soies natatoires dont la pointe très fine et flexible se recourbe facilement en crochet, comme l'a remarqué M. Gravier; elles sont accompagnées d'un acicule fin recourbé en arrière. Le segment anal achète a 2 longs cirres anaux monili formes à 24 articles et un petit appendice impair inarticulé. Le corps est bourré d'œufs gris. Xenosylus scabra Ehl. (3). Xenosyllis scabra Marion et Bobretzky, Étude des Annél. du golfe de Marseille (Ann. des Se. nat., 6me série, t. II, 1875, p. 26). — — Langerhans, Die Wurmfauna von Madeira I'^"^ Theil {Zeits. fur vriss. ZooL, t. XXXII, 1879, p. 548. — IV" Theil (Ibid., t. XL, 1884, p. 248). (i) Voir AnnéL Polych. de Dinard, !■•« partie, 1887, p. 153. (2) Ces deux sortes de soies sont figurées exactement par Marion, AnnéL de Marseille {Ann. des Se. nat., 6'^« série, t. II, pi. Il, fig. 6). (3) Syllis scabra. Ehlers, Die Borstenwûrmer, p. 244 et pi. XI, fig. 1-3. 184 DE SAINT-JOSEPH. Même habitat que la précédente à Cannes. Le corps, de couleur jaune, long de 3"",72 sur 0"", 48 de large sans les appendices vers le 10°"' segment, est presque moitié moins large aux 1"' et aux derniers segments. Il a 53 segments en tout. Le côté dorsal, les flancs et les 2 cirres anaux très courts (O^^jOSO sur 0'"°',037) en palette sont couverts de petits tuber- cules. Ehlers décrit exactement la tête et le 1" segment. A tous les segments suivants, les articles des cirres dorsaux massifs, au nombre de 5 à 8, semblent emboîtés les uns dans les autres. Les cirres ventraux sont extrêmement petits, les soies, à article unidenté. La trompe chitineuse est inerme ; le pro ventricule de forme presque globuleuse est suivi d'un ventricule triangulaire sans poches latérales qui débouche dans un premier renflement de l'intestin auquel succèdent de grands caecums latéraux comme chez les Eurysyllis (1) et les Trypanosyllis. Ces ceecums colorés en jaune vif pourraient faire prendre à pre- mière vue la X. scabra pour une Trypanosyllis cœliaca Clpd. Comme le remarquent Marion et M. Gravier (2), le genre XejîosyllisMM\ et Bobr. se rapproche du genre EiaysyllisElû. par sa forme massive, ses mouvements lents, la brièveté des cirres ventraux, les tubercules dorsaux du corps, la forme du proventricule, du ventricule sans poches latérales et des caecums intestinaux. Marion se refuse à assimiler, comme le fait von Marenzeller, la Pseudosyllis brevipennls Gr. à la Xenosyllis scabra (3). Méditerrannée, Atlantique. PlONOSYLLIS LONGOCIRRATA St-JoS. (4). Plusieurs exemplaires à Cannes dans des Lithothamnion fixés à des paquets d'herbes à 4 mètres de profondeur au nord de l'île de Sainte-Marguerite. (1) La figure que je donne [Ann. Polych. deDinard, 1" partie, pi. IX, fig. 71) de cette partie du tube digestif chez VEurysyllis paradoxa Clpd. s'applique exactement à la X. scabra. (2) Annél. Polych. de la mer Rouge {Nouv. Arch. du Muséum, 4""' série, t. [I, 1900, p. 144). (3) Annél. Polych. des côtes de Dinard, i"" partie, loc. cit., p. 187. (4) Ibid., p. 160 et pi. VllI, fig. 24-29. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 185 EusYLLis LAMELUGERA Mai', et Bobr. (1). Même habitat que la précédente, à Cannes. Syllides longocirrata OErst. (2). Même habitat que les précédentes, à Cannes. L'espèce de Cannes qui a 4 millimètresdelong et 37 à43 seg- ments sétigères diffère de celle de Dinard en ce que le corps est coloré en jaune comme celle de Norvège (OErsted), de Marseille (Marion et Bobretzky) et de Madère (Langerhans) . Les palpes sont presque coalescents. La soie dorsale simple apparaît dès le 1" segment sétigère. Lessoies composées ont l'article bidenté. Odontosyllis gibba Clpd. (3). Même habitat que les précédentes, à Cannes. Odontosyllis ctenostoma Clpd. (4). Assez nombreuses à Cannes dans les éponges et les pierres calcaires près de la pointe de la Croisette. Couleur jaune ; intes- tin orangé; œufs violets. Un exemplaire à Saint-Raphaël, dans les algues calcaires du rivage au Lion de terre. Grubea fusilla Duj. (5). A Cannes, dans un morceau de bois rongé par les Tarets. Grubea clavata Clpd. (ô). A Cannes, dans les Lithothamnion au nord de l'île de Sainte- Marguerite. Grubea tenuicirrata Clpd. (7). A Cannes, même habitat. (1) Voir Annél. Polych. de Dinard, p. 169. (2) Ibid., p. 165. — Ajouter à la bibliographie : Webster and Benedict, The Annelida chœtopoda from Eastport, Maine {Annml report ofthe commiss. of flsh and fisheries for 1885. Washington, 1887, in-8°, p. 717). (3) Voir Annél. Polych. de Dinard, l»-" partie, loc. cit.,]). 173 et pi. VIII, fig. 40. (4) Ibid., p. 177. (5) Ibid., p. 203 et pi. X, fîg. 77-78. — Ajouter à la bibliographie : Soulier, loc. cit. Mémoire n° 14, 1904, p. 15. (6) Ibid., p. 200 et pi. X, fig. 75-76. (7) Sphœrosyllis tenuicirrata Claparède, Glanures parmi les Annélides de Port-Vendres, 1864, in-4°. Tirage à part, p. 87 et pi. VI, fig. 2. 186 DE SAINT-JOSEPH. AuTOLYTus oRNATus iVlav. et Bobr. (1). A Cannes, dans des pierres calcaires au nord de File de Sainte-Marguerite. AuTOLYTUS PICTUS Ehl. (2). A Cannes, un exemplaire non mûr dans une grosse éponge couleur lie de vin, à la pointe de la Croisette ; à Saint-Raphaël, plusieurs dans des algues calcaires du rivage au Lion de terre. ?AUT0LYTUS PROLIFER 0. F. MùU. A Cannes, dans des Litliothamnion aunord de l'île de Sainte- Marguerite, je trouve un Autolijtus de 62 segments, long de 7 millimètres sur 0°'",42 de large, pieds compris, de couleur rose très pâle uniforme. La tête a 4 yeux assez gros, presque coalescents, et 3 antennes dont la médiane, plus forte et plus longue que les latérales, a 1 millimètre de long. Les cirres tentaculaires les plus longs du 1" segment ont 0"'",36 comme les 2 antennes latérales. Le cirre dorsal du 2""*^ segment (1" sétigère), presque aussi long que l'antenne médiane, a 0'°°',84, celui du 3""' segment 0"",14 et les suivants tous très courts, 0'"'",075 ; les cirres anaux ont Qmm 12. A tous les pieds il y a 6 à 7 soies composées d'Autoly- tus dont une est remplacée à partir du 42°" segment par une soie à article en alêne. La trompe qui a 1 millimètre de long et décrit une seule circonvolution, est couronnée de 10 dents égales ; le proventricule a 40 à 42 rangées de points gris. Après le 42"" segment on voit quelques petits œufs gris très peu nombreux de 0'^'°,04 de diamètre. Il n'y a pas d'autres signes d'épitoquie que la grosseur des yeux. Cette courte description répond à peu près, sauf qu'ici les concrétions de la peau manquent, à celle que donne Lan- gerhans (3) de V Autolytus prolïfer , assimilé par lui à l'A. Hes- (1) Voir Annél. Polych. de Dinard, 1" partie, 1887, p. 100 et pi. X, fig. 98-99-. (2) Ibid., p. 222 et pi. XI, fig. 100-103. (3) Die Wurmfauna von Madeira. !'"• Theil (Zeits. fur Wiss. ZooL, t. XXXll, 1879, p. 576 et pi. XXXII, fig. 29). LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 187 perïdum Clpd. (1). Von Marenzeller (2) fait des réserves à ce sujet, admettant bien que FAutolytus de Langerhans est le même que celui de Glaparède, mais demandant de nouvellesTecherches avant de lui donner le nom d'A. prolïfer, cette espèce d'O. F. Midler ayant été jusqu'ici insuffisamment étudiée. FAMILLE DES APHRODITIENS Sav. s. str. Hermione hystrix Sav. nec Bl. (3). Hermione hystrix Drasche, Beitr. zur entwick. der Polycli., II'«i' Heft : Entw. von Her- mione hystrix. Wien, 1865, in-S". — — Jourdan, Structure histologique des téguments et appendices sensi- ■ tifs de \'H. hystrix et Polynoe Grubiana [Arch. de Zool. expér., 2me série, t. Y, 1887, p. 91, et pi. III et IV). — — Me Intosh, A Monograph of the Brit. Annel. II Polychœta. Ray Society, in-fol., 1900, p. 264, et pi. XXIV, fig. 7, pi. XXXVI,' fig, 9, 11, 13. 14, pi. XXXVII, fig. 4-8. PI. UI, Iig.57. A Cannes, dans des touffes de racines de Posïdonia Caulïni Kœnig près de File de Sainte-Marguerite et à Saint-Raphaël (M. Adrien Dollfus) dans un dragage à 50 mètres de profondeur. L'espèce des côtes de Provence me paraît semblable à celle de Dinard. 40 à 55 millimètres sur 15 millimètres de large et 34 seg- ments. h' H. hystrix ayant été si souvent décrite, j'indiquerai seule- ment quelques particularités relevées chez un exemplaire de 40 millimètres en insistant surtout sur la répartition des soies dans les 1'" pieds. Les palpes longs de 8°"", 5 terminés en pointe, sont garnis de très courtes (0'"'°,021) papilles en forme de bâtonnets, assez, espacées les unes des autres. L'antenne médiane, longue de 5 millimètres, a un article terminal spatule comme les cirres tentaculaires, les cirres dorsaux et ventraux. C'est àl'extrémité de cet article terminal que vient s'épanouir le tronc nerveux qui forme l'axe de la tige de l'antenne et des cirres. Les cirres (1) Annél. du golfe de Naples, p. 216 et pi. XIV, fig. 1. (2) Die Polych. der Bremer Expédition nacli Ostspitzbergen. (Zool. Jahrb. Abth. Systematik, t. VI, p. 423). (3) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 2°''^ partie {Ann. des Se. Nat., 7""^ série, t. V, p. 1888, p. 146). — Ajouter à la bibliograidiie les ouvrages ci- joints. 188 DE SAINT-JOSEPH. dorsaux, qui sont un peu plus courts aux segments antérieurs, atteignent plus loin 7""", 20 dont 0'"-,30 pour l'article ter- minal. Le cirre ventral du 2"' segment (cirre buccal deKinberg) a 2 millimètres de long, tandis que les autres n'ont que 0°"°,84. Il y a 15 paires d'élytres aux segments 2, 4, 5, 7, 9..., 25, 28, 31 dont la V et la dernière plus petites que les autres. La cuticule des élytres est couverte de très petits polygones entremêlés de pores d'un diamètre moyen de 0'"'",01 (fig. 57). Le r" segment qui se dresse de chaque côté de la tète et qui est porteur des 2 paires de cirres tentaculaires dont le plus long est aussi long que l'antenne médiane, a un pied uniramé avec un seul acicule et de nombreuses soies capillaires plates et unies finissant en pointe fine et dirigées en l'air. Tous les autres pieds sont biramés. Au 2°"" pied, au-dessous de l'élytre, à la rame dorsale, éventail de soies capillaires simples recourbées en arrière ; à la rame ventrale conique 2 ou 3 soies en andouiller jaunes, avec 10 à 11 épines à la plus longue branche ; il s'y joint au-dessous 25 à 30 soies pennées plus fines bien figurées par Claparède (1). Elles ne sont pas à la rame dorsale comme le dit Me Intosh. Au 3""" pied, le cirre dorsal est accompagné des mêmes soies qu'à la rame dorsale du 2"" et en outre de 4 à 5 soies recourbées plus grosses, plus longues, parsemées de très petits tubercules qui à l'extrémité de la soie deviennent assez nombreux et assez serrés pour y former un bouton d'où sort quelquefois la pointe de la soie (2). Les soies ventrales sont les mêmes qu'au 2"" segment. Aux 4"" et 5"' pieds (élytrigères) les soies dorsales sont les mêmes qu'au 3"', mais le nombre des soies boutonnées augmente; à la rame ventrale, les soies pennées ont disparu pour ne plus repa- raître et les 3 à 4 soies à andouiller n'ont plus que 4 à 5 épines à la branche la plus longue. Au e*"' pied (cirrigèrej les soies dorsales restent les mêmes et à la rame ventrale les soies à andouiller n'ont plus que 2 épines. Au7"'' pied (élytrigère) apparaissent à la rame dorsale, au- (1) Annél. du golfe de Naples, pi. I, fig. 2c. (2) Ibid., pi. I, fig, 2a, 2b. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 189 dessusdesautres, les grandes (P"", 50) etfortes soies en flèche (1) d'un brun très foncé, avec un étui renfermant la flèche qui a 4 barbelures d'un côté et 5 de l'autre dirigées vers le bas. Ces soies, au nombre de 12 à 14, se retrouvent à tous les segments élytrigères suivants, sauf le dernier et manquent aux pieds cirrigères. Au-dessous des soies dorsales des pieds élytrigères, il se mêle à la vase des soies feutrantes incolores, capillaires, longues et extrêmement fines qui contribuent à l'y retenir; elles ne recouvrent pas le dos. Genre PONTOGENIA Clpd. Ehl. rev. PoNTOGEMA CHRYSOCOMA Baird. (2). PoNTOGENiA CHRYSOCOMA Glaparôde, Annél. du golfe de Naples, p. 58, et pi. I, fig. 3. — — Marion et Bobretzky, j^tude des Annél. du golfe de Mar- seille [Ann. des Se. nat., 6™e série, t. II, 1875, p. 3). — — Grube, Annul. Semperiana (Mém. Acacl. des Se. de Sainl- Pétersbourg, T"" série, t. XXV, n" 8, 1878, p. 20). — - Jourdan, Téguments et appendices sensitifs de VHermione hystrix, etc. [Arch. de Zool. expér., 2™^ série, t. V, 1887, p. 99, et pi. III, fig. 3). Aphrodite echinus Qfg., Quatrefages, Hist. nat. des Annel., t. I, p. 199, et pi. VI, fig. S-7. PI. m, fig. 58-68. Au sud de l'île de Saint-Honorat et dans le feutrage des débris de rhizomes de Posidonies qui forment des banquettes le long du rivage, sous le phare d'Agay. En général 34 segments et 30 milHmètres de long sur 10 mil- limètres de large, y compris les soies, à la partie médiane du corps qui est plus large que les deux extrémités. Le dos est bombé, le ventre plat, La coloration, d'un brun clair du côté ventral, est d'un brun plus foncé du côté dorsal, ce qui est dû aux soies dorsales et à la vase retenue sur les élytres par les soies feutrantes. Les grosses soies dorsales recourbées des 2 pieds de chaque segment se rejoignent, formant un berceau (1) Annél. du golfe de Naples, pi. I, fig. 2f. (2) Hermione chrysocoma. Baird, Contributions towards a monograph of the species of Annel. belonging to the Aphroditacea, etc. {Journal of proceed. Linn. Soc. ofLondon. Zoology, t. VllI, lS6o, p. 178). 190 DE SAINT-JOSEPH. au-dessus du dos. Chez les animaux jeunes, le ventre et les soies sont plus clairs ( 1 ) . Les élytres distribués comme chez VHerm'wne liysb'iœ (sauf peut-être, comme nous le verrons, au 2"' segment) sont imbri- qués et se croisent sur le dos- Outre une très grosse tache brune au-dessus de l'élytrophore, ils ont des taches plus petites' et des traînées de granulations brunes. Ils sont ovales (4 milli- mètres de large sur 5 millimètres de haut), à bord uni, sauf une seule échancrure au côté interne non loin de l'élytrophore (fig. 58). La cuticule est couverte de petits polygones comme chez VHermione liijstrix^ mais ici elle est parsemée, non de points, mais de tubercules transparents hauts de 0'°,014à0'°,017. Plus épaisse sur presque toute la surface de l'élytre que sur le bord uni qui en forme le contour, elle vient s'y profder en franges plus ou moins arrondies ou pointues (fig. 59). La tête saillante et globuleuse (fîg. 60), cachée parles 2 ély- tres du 4°'" segment, à peu près aussi large que haute (1 milli- mètre dans l'alcool), se termine de chaque côté du front par 2 ommatophores dont chacun porte 2 yeux noirs, placés l'un derrière l'autre. Tantôt ils sont de même taille, tantôt l'anté- rieur est le plus gros. Entre les 2 ommatophores s'élève l'an- tenne bien décrite et figurée par Claparède, longue de 2°"^,75. Les 2 palpes ont 4 millimètres de long (à peu près moitié moins que chez VHermione hystnx). Cylindriques et finissant en pointe, ils sont couverts de bâtonnets longs de 0'°,03. Le tubercule facial, prolongement des téguments et couvert de papilles, est placé sous les palpes. Au 1" segment, les 2 pieds uniramés encadrent la tête et portent chacun 2 cirres tentaculaires dont le supérieur presque aussi long que l'antenne médiane et l'inférieur moitié moins long. Ils sont accompagnés de soies très nombreuses, avec un seul acicule, droites, minces (0'",0084), plates, unies au bord, incolores et se terminant en pointe fine (fig. 61). Ces cirres tentaculaires, ainsi que les cirres dorsaux des segments cirri- (1) Voir, pour la forme du corps chez les Pontogenia, la figure que donne Ehlers de la Pontogenia sericoma Ehl. Florida Anneliden. {Memoirs of Ihe Mus. of conipar. Zool. at Hurvard Collège., t. XV, 1887, pi. Vil, lig. 1), mais chez celle-ci, les soies dorsales ne recouvrent pas tout le dos, comme cliez P. chrijsio- coma. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 191 gères et les cirres ventraux ont 4 articles comme l'antenne médiane : le T' basilaire, à base large, le 2"' moitié moins large et le plus long des 4, le S""' deux tiers moins long et moitié moins large que le 2"% le 4"" très court et encore plus mince en forme de dé à coudre. L'article basilaire de tous ces appendices, prolongement du tégument, est couvert, comme le corps, de verrues transparentes, pédonculées, presque toujours recou- vertci de vase. Ces verrues du tégument, qui ont de 0°"",042 à 0'"" 10 de haut, ont été décrites et figurées par Jourdan. Le 2""" segment, biramé comme les sui\ants, a à la rame dorsale des soies semblables à celles du l"'età la rame ven- trale conique environ 20 soies pennées comme chez Y Hennione hystrix (fig. 62) et au-dessus d'elles 4 soies fourchues fortes et brunes bien figurées par Quatre fages (1). Chez quelques exem- plaires, ces soies sont plus grêles, et d'un jaune clair rappelant celles de 1'^. hystrix (fig. 63). Le cirre ventral (cirre buccal de Kinberg) est deux fois plus long (l'^"',56) que ceux des segments suivants. Il m'est impossible de retrouver chez aucun exem- plaire l'élytre frangé rudimentaire signalé par Claparède. Cette paire d'élytres, à l'inverse des autres, est-elle très caduque? Au 3""^ segment (cirrigère), à la rame dorsale, au-dessus de quelques soies feutrantes qui existent très nombreuses à tous les segments suivants et dont nous parlerons, apparaissent rangées les unes derrière les autres et dominant le dos, environ 18 grosses soies plates, recourbées en cimeterre avec 5 ou 6 crans au bord convexe, figurées par Claparède (2). Le cirre dorsal grêle, long de 1°'°',75, est placé à leur suite; puis vient une touffe de soies capillaires, dirigées au-dessus de la rame ventrale, semblables à celles des 2 1"' segments, mais plus courtes et toujours couvertes de vase. La rame ventrale est semblable à celle du 2'^' segment avec les soies pennées et les soies fourchues, mais le cirre ventral n'a plus, comme aux segments suivants, que 0™'",70de long. Au 4"" segment (élytrigère), la rame dorsale, du côté le plus rapproché du dos, a de très nombreuses soies feutrantes (l)ioc. cit., pi. VI, fig. 7. (2) Loc. cîï.,fig. 3b. 192 DE SAINT-JOSEPH. recouvrant entièrement Félytre. Ces soies très longues sont de 2 sortes : les unes très fines, incolores, assez vaguement articulées, larges de 0"'",0028, terminées en crosse (fig. 64), les autres d'un jaune clair, se terminant en pointe, semblables comme largeur à celles du 1" et du 2"' segment, mais beaucoup plus longues. Au-dessus de ce feutrage s'élèvent les grosses soies brunes, recourbées en cimeterre. Il y en a un 1" groupe de 20 environ, disposées encercle (fig. 65), autour d'un centre commun. Hautes de 3"'"',5 à 5 millimètres, elles ont souvent 12 à 15 crans et sont suivies d'un 2"' groupe de 15 à 18 soies semblables mais près de moitié plus courtes, également dis- posées en cercle et moins recourbées vers le dos ; les crans sont moins distincts à la partie convexe étant souvent cachés par la vase. Au-dessous de ce 2"' groupe, et plus près de la rame ventrale, il y a enfin un« touffe de soies capillaires, courtes, incrustées de vase comme au 3°"' segment. La rame ventrale conique, couverte de papilles a 4 grosses soies four- chues d'un jaune très foncé. Les soies pennées ont dis- paru (1). La forme des pieds et la disposition des soies persistent jusqu'à la fin du corps telles qu'elles viennent d'être décrites pour le 4"' segment. Seulement aux segments cirrigères (au 14"" par exemple) (fig. 66), lecirre dorsal grêle à 4 articles, de lon- gueur assez variable (2"", 5 à 4 millimètres), est placé non pas sur la même ligne que les soies, mais un peu en arrière entre les 2 groupes de soies en cimeterre. A partir de l'entrée de la bouche, la peau plus épaisse forme un bourrelet [mundpohter] trapézoïde, couvert de plis longi- tudinaux s'étendant jusqu'au S""" segment. La trompe cartilagineuse, in erme, descend jusqu'au 15°'' seg- ment. L'entrée en est garnie de papilles plates, violettes, en forme de pétales de fleur, longues de 0"^36 sur 0'"'°,06 de large (fig. 67). EUes sont rangées sur de nombreuses lames de tissu conjonctif longitudinales, parallèles, longues de 1 mifli- mètre, serrées comme les feuillets d'un livre. Dans chacune de ces lames s'enfoncent 7 à 8 tiges qui ont plusieurs branches (1) Voir dans Quatrefages [loc. cit., pi. VI, fig. 5) la figure d'un ]>ied ély- trigère. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 193 dichotomiques d'où sortent les papilles formant un bouquet de 15 à 20 pour chaque tige (fig. 68). Les œufs ont un diamètre de 0'^'",18. Méditerranée. Lepidonotus clava iMont. (1). A Cannes, au sud de Saint-Honorat et au Batiguier. A Saint- Raphaël, un exemplaire de 25 millimètres sur 5 millimètres de large, dragué à 15 mètres de profondeur dans les zostères et un autre plus petit dans les algues calcaires des rochers du rivage au Lion de terre. Claparède (2) donne une figure exacte de l'animal entier, qui est de couleur plus claire que l'espèce des côtes de l'Océan. Harmothoe spinifera Ehl. var. Lang. (3). A l'est de l'île de Sainte-Marguerite, dans des Lithothamnion fixés sur des Posidonies et dans un gros Madrépore, à 4 mètres de profondeur. Cette espèce est bien semblable à celle de Dinard. Un exemplaire a 7 millimètres de long; un autre 8 milhmètres sur l'°°',75 de large et 36 segments. Harmothoe areolata Gr. (4). Antinoe nobilis Ray Lankester, On some new British Polynoina (Trans. Linn. Soc. ofLondon, t. XXV, 1866. m-4o, p. 37o, et pl.LI, fig. 1-9). Harmothoe areolata Claparède, Annél. du golfe de Naples, p. 71 et pi. II, fig. 5. — — Malaquin, Les Annél. Polych. des côtes du Boulonnais [Revue biol. du N. de la France, t. II, 1890. Tirage à part, p. 18, et pi. VI, fig. 1-2). — — Me Intosh, A monograph- of the Brit. Annel. Part. II, Poly- chœla [Ray Society, 1900, in-fol., p. 349, et pi. XXVII, fig. 15; pi. XXX, fig. 3; pi. XXXII, fig. 17; pi. XXXIII, fig. 3; pi, XXXIX, fig. 17-19). PL m, fig. 69-70. Sous le phare d'Agay sur le rivage et au nord de l'île de Sainte-Marguerite, par 3 mètres de fond, dans une pierre calcaire, 2 exemplaires, l'un de 25 milbniètres sur 7 millimètres (1) Voir AnnéL des côtes de France {Ann. des Se. No.t., 8""" série, t. V, 1898, p. 22.5 et pL Xin, fig. 2-8). (2) SuppL aux AnnéL du golfe de Naples, pi. 1, fig. 2. (3) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 2"^^ partie, loc. cit., t. V, 1888, p. 171. (4) Voir Annél. des côtes de Dinard, 2"« partie, loc. cit., p. 169. ANN. se. NAT. ZOOL., 9e série. III, 13 J94 DE SAINT-JOSEPH. de large et 37 segments, l'autre de 20 millimètres de long sur 5 millimètres de large et 36 segments. Me Intosh donne une description très détaillée de cette es- pèce. Il a retrouvé à Herm VAntinoe nobilis, qui est bien VH. areolata de Grube, 1860. Ce qui m'avait empêché de les réunir, c'est que l'A. nobilis a des cirres dorsaux en quenouille, tandis que l'espèce type de Grube, celle de Claparède et la mienne de Dinard n'en avaient pas ; depuis lors Malaquin et Me Intosh dans leur dernier travail, n'en ont pas non plus constaté. Mais Me Intosh observe avec raison que la forme de ce cirre est va- riable. Ainsi je trouve à mes exemplaires de Cannes la forme en quenouille (fig. 69) et à des exemplaires de Naples, sem- blables à ceux-ci pour tout le reste, des cirres à peu près ordi- naires (fig. 70). Ces cirres sont de couleur blanche. Les élytres colorés en brun violacé sur leur bord externe ont des aires polyédriques de toutes les formes et de dimen- sions très différentes, de chacune desquelles s'élèvent au bord externe de grosses épines chitineuses recourbées, précédées d'une carène violette, et au bord interne des tubercules inco- lores. La 1'" paire est ronde (1°"",20 de diamètre), avec de grosses protubérances bien figurées par Me Intosh (1) et qu'on ne retrouve plus aux élytres suivants. Ceux-ci, ovales et vague- ment réniformes, hauts de 2"'°, 40 sur 1°"",92 de large, sont exactement représentés par Ray Lankester (2), sauf qu'il ne montre pas suffisamment les longues franges marginales qu'in- dique Claparède (3). Il y a 20 papilles à l'entrée delà trompe. Manche, Méditerranée. Harmothoe lunulata D. Ch. (4). PoLYNOE LUNULATA Claparède, Annél. du golfe de Naples, p. 63 et pi. II, fig. 1. Pi. III, fig. 71-72. Sous le phare d'Agay, dans des fissures de pierres calcaires, (1) Loc. cit., pi. XXXIII, fig. 3. (2) Loc. cit., fig. 5. (3) Loc. cit., fig. 5 B. (4) Polynoe lunulata. Délie Chiaje, Descriz. e notomia, etc., pi. 144, fig. 5-6/ fide Clpd, LES ANÎNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 19^ 2 exemplaires, dont un rempli de petits œufs de 0'"'^,072 de diamètre. 25 millimètres de long sur 4 millimètres de large et 37 seg- ments en tout. Le dessin brun des élytres diffère un peu de celui que figure Glaparède (fig. 71) et du reste n'est pas exac- tement le même à tous les élytres. La tête est brune comme la base des 3 antennes (fig. 72). Les 2 yeux antérieurs, placés en avant, sont tout à fait latéraux et ne peuvent se voir en dessus. Les palpes glabres ont l'°'",50 de long; l'antenne médiane a |mm 2Q comme les 2 cirres tentaculaires les plus longs et les cirres dorsaux. Les 2 antennes paires sont excessivement pe- tites. (0™"°, 25) et de la taille des cirres ventraux, à part ceux du 2°"' segment (cirres buccaux) qui sont trois fois plus longs. La base épaisse des cirres dorsaux est de couleur blanche. Tous les appendices, sauf les palpes, sont garnis de papilles peu nombreuses. Chaque pied a 12 à 15 soies dorsales et 40 à 45 soies ventrales, dont les inférieures moitié plus courtes que les supérieures et à peu près de même longueur que les soies dorsales. Celles-ci sont plus larges que les ventrales. Elles sont toutes deux bien figurées par Claparède, sauf qu'il représente les soies dorsales comme étant moins larges que les ventrales. L'entrée de la trompe est couronnée de 18 papilles. Il y a des papilles ventrales du 3°"^ au 32°"^ segment sétigère. Méditerranée. Lagisca extenuata Gr. (d). Dans un gros Madrépore, à 4 mètres de profondeur, au nord de Sainte-Marguerite, un exemplaire de 25 millimètres de long et 40 segments. Les élytres n'ont pas les verrues rondes margi- nales observées chez les L. extenuata de Dinard et de l'Océan, mais seulement desbâtonnetsbruns, tels que les figure Von Maren- zeller. Sthenelais minor Pi^uv. et Racov. (2). Un seul exemplaire jeune dragué à 50 mètres, dans un fond de vase et de Bryozoaires, à Saint-Raphaël. (1) Voir Annél. des côtes de Dinard, 2™'' partie, loc. cit., p. 180 et pi. VLIl,, fig. 52-54. — Annél. des côtes de France, loc. cit., p. 237. (2) Pruvot et Racovitza, Matériaux pour la faune des Annél. de Banyuls- {Arch. de Zool. expér., 3™« série, t. III, 1895,. p. 465 et pi. XX, fig. 111-121). , 196 DE SAINT-JOSEPH. Corps incolore de 12 millimètres de long sur 1°"",20 de large, pieds compris sans les soies, terminé par 2 cirres anaux grêles de l'""',44 de long, 68 segments en tout. Tête ronde à 4 yeux placés sur le tiers antérieur, de chaque côté de la base de l'antenne médiane ; les 2 yeux de chaque paire sont superposés et à peine séparés l'un de l'autre. L'an- tenne impaire manque et il n'en reste que la base et les 2 cté- nidies latérales ; les palpes ont 1"°',44 de long. Première paire de pieds dirigée vers le haut, encadrant la tête. A chacun d'eux est accolée une des petites antennes laté- rales de la tête, en forme de languette, du côté le plus rapproché de la tête, et le côté le plus éloigné porte un cirre tentaculaire ventral long de 0™",29. Le cirre tentaculaire dorsal manque, et il n'en reste que la base large dans laquelle est engagé l'acicule unique du pied, qui est indistinctement biramé. Entre la petite antenne et le cirre ventral, soies simples, fines, cré- nelées au bord, qu'on retrouve seules aussi à la rame dorsale de tous les segments suivants. Enfin, se reliant en dessous à chacun des pieds par une membrane mince, se dressent les 2 cuillerons céphaliques digitiformes inclinés l'un vers l'autre et formant presque un arceau au-dessous de la tête. Au 2°"" segment (1" élytrigère), la 2"°" paire de pieds est net- tement biramée, avec des soies composées à article à la rame ventrale. Les pieds sont complets à partir du S"" segment. Longs de 0"'°,48 sur 0"'°',23 de haut, ils sont presque cylindriques avec 2 rames un peu divergentes, contenant chacune un acicule. La rame dorsale à sa partie supérieure porte soit un tubercule dorsal, soit un élytrophore de la base desquels se détache une branchie ciliée, longue de 0°'",10 à laquelle font suite sur le dos de la rame 3 cténidies. La rame se termine en avant par 3 sty- lodes garnis à leur extrémité de petites papilles (1). Les soies simples semblables à celles du 1" pied décrivent un demi-cercle autour de l'acicule, comme je l'ai décrit chez la Psammolyce arenosa D. Cli. La rame ventrale a un cirre ventral long de 0°"",25 avec petite proéminence en forme de dent sur sa face dorsale, (1) Voir Pruvot et Racovitza, pi. XX, fig. 112, LES ANNÉLIDES POLYCHETES DES COTES DE FRANCE. 197 près de sa base ; elle se termine en avant par 3 stylodes à papilles. Les soies émergent sous 3 membranes de formes différentes [bractées parapodiales deVruY . et Racov.) : la supérieure tronquée obliquement, la médiane en pointe, et l'inférieure tronquée; l'état de conservation de l'animal ne me permet pas de voir si elle est crénelée au bord. Les soies sont toutes composées à article en serpe bidentée : les unes plus longues et finissant en pointe très fine et cependant bidentée, ont 4 pseudo-segments à la serpe et 4 à 7 denticules à la partie supérieure de la hampe, les autres ont 2 ou 3 pseudo-segments ou seulement 1 avec 4 à 7 denticules à la hampe, beaucoup plus fins. Les soies à un seul pseudo-segment ont la serpe plus courte, plus forte et plus recourbée. Il n'y a pas une seule soie simple à rangées de den- ticules en spirale, comme on en observe à la rame ventrale de presque toutes les Sthenelaïs. Élytres aux segments 2, 4, 5, 7... 19 et, à partir du 20°"^ à tous les segments, minces, incolores, recouvrant tout le dos, parsemés de grains de sable à tous les segments élytrigères, orbiculaires au 2"' segment, puis légèrement échancrés au bord antérieur (1), ayant alors 0"'"',60 de large sur 0'^'",72 de haut, et ensuite réniformes, bordés du côté externe d'environ 27 papilles plates, longues au plus de 0°"",06, entremêlées ou non de très petites papilles rondes à poil tactile. Ils sont couverts de tuber- cules hauts de 0°'",014 et larges de 0"",01 5 à la base. Les grains de sable doivent être agglutinés par une substance sécrétée, car il n'y a pas de papilles à cupule pour les retenir comme chez la Psammolyce arenosa. La trompe au repos se prolonge jusqu'au lô""" segment, et les 2 mâchoires se trouvent à la hauteur du 5°'^ Méditerranée. FAMILLE DES AMPHINOMIENS Sav. EuPHROSYNE FOLiosA Aud. et Edw. (2). EoPHROSYNE FOLIOSA. Marion et Bobretzky, Étude des Annél. du golfe de Marseille (Ann. des Se. nat., 6™<> série, t. II, 1875, p. 10). (1) Loc. cit., pi. XX, fig. 119. (2) Voir Annél. des côtes de Dinard, 2""" partie, loc. cit., p. 190 et ajouter à la bibliographie les ouvrages ci-joints. 198 DE SAINT-JOSEPH. EuPHROSYNE FOLiosA Horst, Contrib. towards the Knowledge of the Annel. Polych. Amphinomidœ (Notes from tlie Leyden Muséum, t. VIII, 1880, p. 172).— New species of tlie genus Euphrosyne from the Si- boga-expedilion with a table of the species hitherto known. [Ibicl., t. XXIII, 1901, p. 122). — — Me Intosh, Some points in the structure of Euphrosyne [Quart. Microsc. Journ., 1894, p. 53-66, et pi. VI et VII). — A Mo- nograph of Brit. Annel. II. Polychœta. Raij Society, in-fol. 1900, p. 234, et pi. XXIV, fig. 3; pi. XXXV, fig. 1, 3, 15-18. — — Goodrich, The nephridia of Polych. Amphinomidœ [Quart. Mi- crosc. Journ., 1900, p. 712, et pi. XLII, fig. 40). — — Racovitza, Lobecéphalique et encéphale des Annél. Polycli. [Arch. deZool.expér., 3>°e série, t. IV, 1896, p. 186 et pi. I et II, fig. 7-13). PL IV, fig. 73. A Cannes, dans les pierres calcaires et les Lithothamnion, près du rivage et dans un dragage à 70 mètres de profondeur au large de la Bocca, plusieurs petits exemplaires de 4""", 5 à 7 millimètres de long, les uns rouge cinabre, les autres presque orangés, semblables à l'espèce de Dinard, avec le cirre médian placé entre la 2°"' et la S""" branchie. Mais les rameaux des bran- chies, au lieu de se terminer par un gros bourgeon, ont seule- ment l'extrémité obtuse précédée d'un renflement (fig. 73), ce ■que Grube avait déjà constaté chez son E. Mediterranea et ce ■que j'observe aussi chez les Euphrosynes de Nàples. Peut-être faudrait-il, de l'espèce de Grube, qu'il avait assimilée à l'^'. fo- lïosa^ faire une variété Mediterranea. Manche, Atlantique, Méditerranée. FAMILLE DES PALMYRIENS Schmarda. ChRYSOPETALUM DEBILE Gr. (1). Palmyra (palmyropsis) evklinae Glpd. Claparède, Glanures zoot., parmi les Annél. de — — — Port Vendres. Tirage à part, 1864, in4o, p. 126 et pi. VIII, fig. 6. — — — Quatrefages. Hist. nat. des Annel., t. II, p. 635. Chrysopetalum fragile Ehl. Ehlers, Die Borstenw. 1864, p. 81, et pi. II, fig. 3-9. — — Claparède, Annél. du golfe de Naples, p. 107. — — Marion et Bobretsky, Étude des Annel. du golfe de Marseille. [Ann. des Se. nat.. 6me série, t. II, 1873, p. 9). — — Langerhans, Die Wurmfauna von Madeira [Zeits. fïir wiss. Zool., t. XXXIII, 1879, p. 278, et t. XL, 1884, p. 254). — DEBILE Racovitza, Lobe céphalique et encéphale des Annél. Polych. [Arch. de Zool. expe'r., 3^ série, t. IV, 1896, p. 209, et pi. III, fig. 27, pi. IV, fig. 28-33). PI. [V, fig. 74. Dans une pierre calcaire draguée à l'est de l'île Sainte-Mar- (1) Palmyra debilis Grube, Beschr. neuer oder wenig bekannt. Annel. {Archiv fur naturg., 1855, p. 90 et pi. III, fig. 3-5). LES ANNÉLIDES POLTCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 199 guérite, un seul exemplaire de 6 millimètres de long sur 0"'",72 de large et 39 segments en tout. Couleur jaunâtre. La description de l'animal entier, faite par Ehlers, est excel- lente ; elle a été complétée par M. Racoyitza, en ce c[ui concerne la tête pour l'organe nucal cilié. L'antenne impaire a 0"'°',04 de haut ; les 2 antennes paires ont 0'""',16, les 2 deux palpes cylindriques, épais et tronqués, 0"'",084 sur 0"""^, 048 de large. Les 2 1"" segments, presque fusionnés, ont chacun une paire de cirres tentaculaires, longs de 0"'°',3 et seulement quelques soies en palée. Au S""' segment, comme aux suivants, les palées en éventail, dont les plus larges ont 7 côtes, recouvrent le dos (comme les soies en cimeterre chez les Pontogenia) et les côtés ; les soies en serpe hétérogomphe apparaissent. Celles-ci ont une hampe sem- blable à celle des soies de Néréides et un article mince unidenté, dentelé au bord comme celui des soies de Syllidiens, long de O°"^,056. Le cirre dorsal recouvert parles palées a 0'"°',3 de long, et les cirres ventraux moitié moins. Le segment anal achète, haut de 0°"",10, est terminé par 2 très petits cirres anaux ventraux sans base, grêles et trans- parents, longs de 0'°"',03 parcourus par une fibre nerveuse (fig. 74). Ehlers a pris sans doute pour les cirres anaux les cirres dorsaux du segment antéanal. Le sang est vert. A la base des pieds, j'observe, comme Ehlers, des traînées de pigment rouge c[ui pourraient bien indi- quer des organes segmentaires vus par transparence. Le Chrysopetcdum occidentale Johnson (1) semble différer fort peu du C. débile. Méditerranée . FAMILLE DES EUNICIENS sensu Gr. Hyalinoecia tubicola 0. F. Mùll. (2). PI. IV, fig. 75. Plusieurs exemplaires dragués à Saint-Raphaël, à 50 mètres (1) Johnson, A preliminary account ofthe marine Annel. of the Pacific coast Avithdescription of newspecies {Proceed.oflhe California Acad.of Se, 3™" série, t. l, no {), p. 161 et pi. V, fig. 15-16, pi. VI, fig. 17-19). (2) Voir Annél. Polycli. des côtes de France, loc. cit., t. V, 1898, p. 242 et pi. VIIl, fig. 30. 200 DE SAINT-JOSEPH. dans un fond d'algues et de Bryozoaires. Habitant un petit tube transparent de 50 millimètres de long et 2 millimètres de diamètre, dont M. Watson a décrit les valvules intérieures (1). Corps long de 35 millimètres et large de 2 millimètres à 2""°, 5, pieds compris; 106 segments. Dos bombé aux deux tiers antérieurs du corps qui s'aplatit et devient plus mince à la fin. Antennes les plus longues ayant 5 millimètres et atteignant, rabattues sur le dos, le 10"" segment. Cirres ventraux bien déve- loppés aux 3 1"' sétigères, s'arrondissant au 4""% devenant un simple mamelon aux 5"' et suivants, puis disparaissant. Cirres dorsaux à tous les segments avec très fins acicules dans leur base. Lèvre dorsale du pied disparaissant presque dès le 7"' séti- gère. Lèvre ventrale plus importante persistant jusqu'au 22"" à 27"°". Branchie en lanière simple, longue de 0'°",72, appa- raissant au 20"% mais en général au 24"' ou 25"' sétigère, atteignant sa plus grande longueur (7 millimètres) vers le milieu du corps, manquant aux 3 derniers segments et n'ayant plus que 0"",084 de long aux segments précédents. Aux trois derniers segments rien que des rudiments de cirres dorsaux et de soies. Segment anal apode et achète presque globuleux avec 2 cirres anaux longs de 4 millimètres (sur un exemplaire j'en observe 3 coiame chez V H i/al'mœcia ?'ub?rihsing. ). Au r'pied, 6 soies jaunes et fortes pseudo-articulées (2) avec lames dissectrices, 4 soies simples, fines et transparentes, en ciseau lacinié, comme il y en a à tous les segments, sauf les 3 derniers ; toutes les lanières sont de longueur égale. Au 2"" pied, 2 soies pseudo-articulées et soies limbées ; aux 3"" à 22"% rien que des soies limbées et des soies en ciseau lacinié. Aux 23"' à 27' pieds apparaissent 2 soies simples aciculaires à 2 crocs avec lame dissectrice (3) persistant jusqu'à la fin du corps. Chez 2 exemplaires ne diff'érant en rien des autres sous les autres rapports, la répartition des soies subit des modifications dans les derniers segments. Chez l'un, les 2 soies aciculaires sont (1) Watson, Observ. on the habits of Onuphidœ and on the internai struc- tures with Avhich tliey fortify their homes {Trans.Liverpool Soc, t. XVll, 1903, p. 303 et pi.). (2) Langerhans, Die Wurmfauna von Madeira {Zei(s. fur iviss. ZooL, t. XXXllI, 1879, pi. XV, lig. 20 6). (3) Ibid., i\g. 26e. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 201 remplacées aux 14 derniers par 3 soies composées à article en serpe bidentée à capuchon (1), accompagnées d'une seule soie limbée sans soies en ciseau pectine. Chez l'autre, pour les 15 derniers segments, il y en a d'abord 7 avec 1 soie aci- culaire, 2 soies composées à serpe bidentée, 2 soies limbées et 1 en ciseau pectine, puis 5 avec 3 soies articulées et 1 lim- bée, et enfin 3 antéanaux avec rudiments de soies articulées. Mâchoire inférieure semblable à celle que figure Langerhans (loc. cit., fig. 26 a). Mâchoire supérieure semblable à celle que figure Ehlers (2), avec les modifications suivantes : la 2"' paire de mâchoires (dent d'Elilers) a 12 denticules à gauche et à droite ; la paire impaire 12 denticules ; la 3"" paire de mâchoires [sàgeplaUen d'Ehlers) 7 dents à gauche et 5 ou 6 à droite. Les œufs des exemplaires mûrs ont un diamètre de0"'",24; ils sont entourés d'une membrane vitelline traversée par de très fins canalicules verticaux [zona radiata) ; la surface est couverte de nombreuses fossettes qui ont l'apparence de pores (fig. 75) (3). L'espèce de Saint-Raphaël se rapproche plus de celle de Madère, décrite par Langerhans, que de celle de l'Adriatique, décrite par Ehlers. EuNicE Harassii Aud. et Edw. (4). Pruvot et Racovitza, Matériaux pour la faune des Annélides de Banyuls (Arch. de Zool. expér., S^k^ série, t. III, 1895, p. 384, et pi. XVII, fig. 48-58, et XVIII, ^'S- 69). pi_ ly^ f}g_ 7g _ Un exemplaire jeune de 50 milhmètres de long sur 2""", 5 de large, avec 115 segments, dragué par M. Dollfus à Saint- Raphaël, dans un fond de zostères de 15 mètres. La T" paire de branchies en lanière simple est au 4°" segment sétigère (chez un autre elle n'est qu'au 6""'). La soie aciculaire jaune encapuchonnée apparaissant au 36'°'' segment (fig. 76) est de forme différente de celles de VEimice Claparedii, ce qui est à (1) Ibid., fig. 26 d. (2) Ehlers, Die Borstenwûrmer, pi. XIII, fig. 12. (3) Voir sur les œufs d'H. tubicola : Bergmann, Untersuchungen ûber die eibildung bei Annel. und Cephalopoden {Zeils. fur wiss. Zool., t. LXXIII, 1902, p. 279-288 et pi. XVII, fig. 1-19). (4) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 2™*= partie, loc. cit., p. 197 et pi. VIII, fig. 59. 202 DE SAINT-JOSEPH. ajouter aux différences déjà signalées entre les deux espèces. Mais il faut observer que la forme de l'extrémité de ces soies aciculaires d'Euniciens varie sensiblement selon la position dans laquelle on les examine. Un autre exemplaire trouvé par moi à Cannes, au sud de Tlle de Saint-Honorat, dans une pierre calcaire, a 27 millimètres de long sur 1"",50 de large, et 88 segments. Tous ces exemplaires, comme deux autres à peu près de même taille venant de Saint-Honorat, ont au plus 3 ou rare- ment 4 filaments branchiaux aux branchies ; les 10 à 30 der- niers segments sont abranches. Les taches pigmentatres noires de la base du cirre dorsal se montrent au 10°'^-12°'' segment et persistent jusqu'à la fm du corps. EuMCE Claparedii Qfg. (1). PI. IV, fig. 77. A Cannes dans les Lithothamnion, près de l'île de Sainte- Marguerite, à 3 ou 4 mètres de profondeur, un petit exemplaire de 10 millimètres de long sur 1 millimètre de large, comptant 49 segments. Corps de couleur acajou tirant sur le violet avec colliers blancs au 3°"" et au C^" segments et petite raie blanche transversale antérieure aux autres. Tète à peine bilobée. Antenne médiane moniliforme à 4 articles ayant chacun un anneau brun à leur base ; les autres antennes à 3 articles. Cirres tentaculaires et cirres dorsaux non moniliformes à 2 articles. A partir du 13'°' segment sétigère les cirres dorsaux sont inar- ticulés. 1" segment aussi haut que 2 segments du corps; 2°"^ segment moitié moins haut que ces segments ; 3""^ segment (1" sétigère) avec très peu de soies. Les cirres dorsaux de ce segment et des 2 suivants ont 0'°",30 de long et sont plus longs que les autres, comme le remarquent Pruvot et Racovitza. Cirres ventraux à base globuleuse devenant subulés au 14"°" segment sétigère. A partir du 5"' segment sétigère les soies, toujours accompagnées de 2 acicules noirs, deviennent plus nombreuses : au faisceau supérieur 4 à 5 soies en cimeterre, (1) Quatrefages, Hist. nat. des Annel., t. II, p. O.'Jô. — Voir pour bililiogra- phie et pour comparaison avec VEimice Harassii Aud. et Edw., et l'JE. torquata Qfg. : Annél. des côtes de France, loc. cit., p. 271 et 272. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 2Q.3 i OU 2 soies transparentes en forme de ciseau dont le bord est découpé en plusieurs lanières avec une de ces lanières plus longue que les autres à l'extrémité d'un seul côté (1) ; au fais- ceau inférieur 8 à 9 soies composées à serpe bifide encapu- chonnées, telles que les figurent Pruvot et Racovitza (lor. cit., lig. 74). Soie aciculaire simple noire bifide avec capuchon (ce qui tient peut-être au jeune âge de l'animal) apparaissant au 14"' segment sétigère et persistant jusqu'à l'avant-dernier. Branchie en lanière simple du 3"' au IS""^ segment sétigère; le reste du corps en manque. 4 cirres anaux dont 2 dorsaux à 4 articles longs de 0'"'",40 et 2 ventraux inarticulés très petits (0"'^84). Un autre exemplaire, trouvé par M. Adrien DoUfus à Saint- Raphaël, dans les algues calcaires du rivage au Lion de terre, a 50 millimètres de long sur 2""", 3 de large, avec 116 segments. La description précédente est applicable, sauf les modifications suivantes : les 2 lobes de la tête sont beaucoup plus accusés, tous les appendices sont moniliformes ; l'antenne médiane a 1 \ articles, les autres 8, les cirres tentaculaires et les cirres dor- saux 4 ; il y a 3 acicules jaunes minces et flexibles dans la base des cirres dorsaux, longs de 0"°',72 ; la soie aciculaire simple, noire, bifide, apparaît au 29°"" segment (fig. 77) ; la branchie a une lanière simple au 3°"" sétigère, puis 2 filaments au 4"^% 3 aux 5'"'-20"% 2 du 21""^ au 32°^% et enfin 1 seul du 33"" jusqu'au 24"' avant-dernier où cessent les branchies. Les 2 cirres anaux dorsaux, longs de 1"",90, ont 7 articles, et les 2 ventraux, longs de0"'",24 sont inarticulés. Méditerranée. Eo'icE TonQUATA Qfg. luc Pruv. et Racov. (2). Trois exemplaires dont deux incomplets trouvés à Cannes, dans des touffes de racines de Posidonies par 3 à 4 mètres de profondeur, près de l'île de Sainte-Marguerite, et un exemplaire ramassé par M. Brôlemann à Saint-Raphaël, au Lion de terre. (1) Pruvot et Racovitza trouvent une lanière longue d'un côté, et une moins longue de l'autre. (2) Quatrefages, Hist. nat. des Annel., t. I, 1863, p. 312. — FoiV Annél. des côtes de France, loc. cit., p. 266 et pi. XIV, fig. 45-54. 204 DE SAINT-JOSEPH. Tous sont plus petits (le plus long a 13 centimètres sur 4 milli- mètres de large) que ceux quej 'ai récoltés à Saint-Jean-de-Luz. On peut leur appliquer la description que j'ai donnée de ces derniers. Il y a donc un seul collier blanc au 6"" segment, 2 cirres anaux seulement; les soies (sauf celles en ciseau lacinié), les mâchoires sont semblables. Mais à cause de la moindre taille, il y a moins d'articles aux appendices de la tête et du corps et moins de filaments aux branchies (2 à 4 au T" segment bran- chifère et 6 au plus ensuite) et les segments abranches sont plus nombreux à la fin du corps. Ainsi un exemplaire en a 14. La présence des branchies à un plus ou moins grand nombre de segments postérieurs doit dépendre de l'âge et de la taille de l'animal, car je trouve à Concarneau en 1900 un très grand exemplaire de 400 millimètres, qui a encore 2 fdaments branchiaux au 4"^ avant-dernier segment et à qui il reste encore une branchie en lanière aux 3 segments antéanaux. J'observe à Cannes les différences que j'avais signalées entre l'^". Claparedii etl'^'. torquata, sauf une seule : les deux espèces ont la soie en ciseau lacinié avec une lanière plus longue d'un côté. Y aurait-il là un caractère suffisant pour établir une variété de 1'^'. Claparedn ? D'après la description précédente de ces exemplaires jeunes des trois espèces : E. Harassii^ E. Claparedn^ E. torquata^ en la comparant à celle qui a été si souvent donnée des exem- plaires adultes, on peut juger des changements qui se pro- duisent avec l'âge et la taille, comme je l'avais déjà indiqué pour YE. Haras-ni de Dinard. Les articles des appendices de la tête et du corps sont moins nombreux ou à peine indiqués. Les branchies ont moins de filaments et s'arrêtent à des segments plus éloignés de l'extrémité du corps. Les soies aciculaires appa- raissent à des segments plus rapprochés de la tête. Méditerranée, Atlantique. EUMCE YITTATA D. Ch. (1). Me Intosh, Notes from Ihe Gatty laboratory St-Andrews : on the Brilish EunicidaB {Ann. of nat, hist., 1^^ série, t. XI, 1903, p. So8). A Cannes, un exemplaire mâle dans une pierre calcaire à (1) Voir pour la description et la bibliographie : Annél. Polych. des côtes de France, loc. cit., p. 272 et pi. XIV, fig. 55-59. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 205 4 mètres de profondeur, au nord de Tîle Sainte-Marguerite et 2 exemplaires jeunes ramenés dans des paquets de faubert traînés à 70 mètres de profondeur au large de la Bocca. L'exemplaire mâle a 63 millimètres de long sur 4 millimètres de large en avant et 122 segments. Les bandes rouges et roses sont vivement colorées; de plus, il y a une raie blanche dor- sale à chaque segment et, dans la dernière moitié du corps, 3 raies blanches ventrales fines. Les branchies commencent au 3™' sétigère avec 2 filaments, atteignent leur maximum de 9 filaments vers le lo""" sétigère et disparaissent au 43'"^ L'antenne médiane, longue de 6 millimètres, atteint le 12°"' segment. Les 2 exemplaires plus jeunes et moitié plus courts ont moins de filaments aux branchies et moins de segments branchifères. Moins colorés que le grand exemplaire, ils ont le ventre d'un blanc nacré uniforme. Ce qui me paraît caractériser cette espèce, c'est, en dehors de la coloration, la grande vivacité des mouvements, la longueur de l'antenne médiane et la soie aciculaire trifide, forme qu'on rencontre surtout chez les Eunice exotiques. L'espèce des côtes de la Grande-Bretagne aurait, d'après Me Intosh, moins de filaments aux branchies et plus de seg- ments branchifères que celle des côtes de l'Océan et des côtes de Provence. A l'habitat que j'ai déjà indiqué pour VE. vittata^ il faut joindre les côtes du Japon (1). Eunice siciliensis Gr. (2) Eunice Siciliensis Ehlers, Die Borstenwûrmer, 1864, p. 353, et pi. XVI, fig. 1-7. — — Grube, Die insel Lussin, 1864, p. 79. — Annul. Semperiana {Mérrc. ac. des Se. de Saint-Pétershourg>, 7me série, t. XXV, no 8, 1878, p. 161). — — Claparède, Annél. du golfe de Naples (Supplément, 1870, p. 27, et pi. II, fig. 5). — — Langerhans, Die Wurmfauna von Madeira II'*''' beitrag [Zeits. fur wiss. ZooL, t. XXXIII, 1879, p. 294). — — Ehlers, Zur Kennt. der Ostafrikanischer Borstenwiirmer {Nachr. der Gessels. der Wiss. zu Gottingen, 1897, p. 169). — — Gravier, Annél. Polych. de la mer Rouge (Nouv. Arch. du Mus., 4me série, t. II, 1900, p. 261, et pi. XIII, fig. 78-79). (1) Moore, Polychgeta frona the coastal Slope of Japan and from Kamchatka {Proceed. of the Acud. of nat. Se. of Philadelphia, 1903, p. 43o). (2) Grube, Actinien, Echinodermen und Wûrmer des Adriat. und iVlittel- meers, 1840, pet. in-4", p. 83. 206 DE SAINT-JOSEPH. EuNiCE SiciLiENSis Fischli, Pûlychœten von Ternate {Abh. dev Senkenb, nat. Gessels., t. XXV, n» 1, p. 103, 1900). — — Treadwell, The Polych. Annel. of Porto Rico {U.S. fish commission Bulletin for 1900, vol. II, Washington, 1901, p. 196). — — Crossland, The marine fauna of Zanzibar and British East Africa etc. The Polych., part III {Proceed. Zool. Soc. of London, 1904, t. I, Part I, p. 323, et pi. XXII, fig. 8). ■ — Adri.^.tiga Schm. Schniarda, Noue wirbell, thiere Gesammelt..., etc. Leipzig, in-4o, 1861, p. 124, et pi. XXXII, fig. 2.o7. ? — TiENiA Clpd. Claparède, Glanures Zoot. parmi les Annél. de Port-Vendres, tirage à part p. 120, et pi. IV, fig. 11. ? — EBaANCHiAT.i Qfg. Quatrefages, Hist. nat. des Annel., t. I, p. 316. — Grube, Be- merk. iiber Annel. des Pariser Muséums [Ai-ch. fiir ISlaturg., 1870, p. 296). PL IV, fig. 78-81. VEunice Sïciliensïs se trouve en abondance à.Cannes par 3 à 4 mètres de profondeur, à la Croisette, à Sainte-Marguerite, à Saint-Honorat, au Batiguier et au phare d'Agay dans les grosses pierres calcaires où elle se fore des trous étroits et tortueux. On la trouve aussi dans les Madrépores à 70 mètres de profon- deur au grand large de la Bocca. Dans ces conditions et à cause de l'extrême fragilité de sa partie postérieure, il est bien difficile d'en obtenir un exem- plaire entier. La très grande majorité de ceux que je récolte, a 16 à 23 centimètres de long sur 3°'°', 5 à 4 millimètres de large. Mais d'autres qui ont plus de 7 millimètres de large doivent atteindre une taille considérable, à en juger par des tronçons de 20 centimètres du milieu du corps, gorgés d'œufs et sécrétant un mucus très abondant. Le corps, rosé en avant, sauf la tête et le segment buccal d'un brun clair, quelquefois pointillé de blanc, coloré ensuite en vert très foncé par l'intestin (1), est incolore aux derniers segments. Autant la région antérieure est résistante, autant la région postérieure est fragile et molle. La région verte com- mence en général du 20°"" au 30"' segment branchifère. La tête elles 2 1"' segments sont ronds; les segments sui- vants, bombés du côté dorsal et plats du côté ventral, devien- nent aplatis des deux côtés lorsqu'ils prennent la couleur verte. La largeur est à peu près la môme partout sauf aux 3 1"' et aux 30 à 40 derniers segments qui sont plus étroits. Dans la région postérieure colorée en vert foncé, il y a du côté dorsal et du (1) De là vient la coloration verte de l'alcool dans lequel on les conserve. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 207 côté ventral des segments, un bourrelet transversal saillant. Deux exemplaires entiers ayant : l'un 23 centimètres sur 4 mil- limètres de large et 473 segments, l'autre, 16 centimètres sur 3"°", 5 de large et 378 segments, rappellent complètement la figure que donne Ehlers de son Eunice leucodon [\). Chez le premier exemplaire, le segment buccal a 1 millimètre de haut et le 2""' segment portant les cirres tentaculaires 0"'°',5. Quant aux suivants jusqu'au 140°"' environ, ils n'ont que Cr"',18, puis dans la région verte, 0"''^,54 et tout à fait à la fin du corps 0""°,10. La tête, nettement bilobée (2), a 2 palpes frontaux superposés et soudés à 2 palpes labiaux épais. Les 5 antennes sont très indistinctement articulées ; la médiane rabattue sur le dos, atteint le 5"" segment chez les jeunes et le 2"' seulement chez, les autres. Les 4 antennes latérales sont plus courtes. Deux yeux noirs ronds avec cristallin sont placés de chaque côté, entre les bases des deux antennes latérales. Je n'observe que dans les antennes, les spliérules signalées aussi par Claparède dans les cirres tentaculaires et dorsaux. Ce sont des coques jaunes de Qmm 22 de diamètre, renfermant quelques granules bruns. Quel- quefois, j'en trouve aussi dans le liquide cavitaire. Le segment buccal est nu. Le 2™' porte les 2 cirres tentacu- laires courts, unis, qui ne couvrent que la moitié postérieure du 1"^ Au 3""" segment, les pieds sont plus rapprochés du ventre qu'à tous les autres; ils ont un cirre dorsal, un cirre ventral et seulement 4 soies limbées très fines accompagnées d'un acicule qui peuvent facilement échapper à l'observation et sortent entre 2 lèvres rudimentaires. Le 4"^" pied et les suivants, bien latéraux et peu saillants, ont 2 faisceaux de soies et un acicule, sortant d'un mamelon arrondi. Comme il n'y a pas d'acicules fins à la base du cirre dorsal (3), ils sont nettement uniramés. Le cirre dorsal uni, cylindrique et subulé, a \ millimètre de- long dès le 1"" segment jusqu'au 6"" ou 7°"'; il a encore 0"''",60 jusqu'au 30°'' à 35™% puis il décroît et n'atteint plus que 0'°'",24 (1) Ehlers, Die Polychceten des Magellanischen und Chilenischen Strandes.. Berlin, 1901, in-4°, pi. XVI, fig. 1. (2) Voir Claparède, loc. cit., fig. 5. (3) Je n'en observe pas plus que Claparède, ce qui est contraire à l'opinioni d'Ehlers. 208 DE SAINT-JOSEPH. aux segments où apparaissent les branchies et, diminuant pro- gressivement, il finit par n'être plus guère qu'une papille pour revenir à 0°''^,14 et 0"'",30 de long aux derniers segments bran- chifères et aux segments abranches. Le cirre ventral est seulement moitié moins long que le cirre dorsal au T' segment; il est bien net et de môme forme aux 4 segments suivants ; au 6"", il n'atteint plus que 0°"",24 de long, puis il devient très court (0°'"',18 à 0'°°',10) et conique, sortant d'un coussinet ventral épais, long de 0'^°',5, fixé au corps, par- couru par un riche réseau vasculaire où on voit affluer le sang, et servant à la respiration. Ce coussinet disparaît à peu près aux derniers segments et le cirre ventral est alors un peu plus long. Les soies qui sortent du pied forment, sauf au 1" segment, 2 faisceaux : l'un supérieur, de soies simples, minces, recour- bées en arrière, bordées d'un côté par des plissements simulant des denticules (fîg. 78) (il y en a 4 au 6°"" segment) ; l'autre infé- rieur, de soies falcigères incolores, à serpe bidentée recouverte d'un capuchon dont les bords ont des stries transversales (1) (il y en a 10 au 6°"" segment). La serpe qui a 0'""',042 de haut aux segments antérieurs etO'"°',01 de large, n'a plus que O^'^'.OSO de haut à la partie postérieure du corps, mais 0°'",014 de large, et paraît alors plus trapue. Les 2 faisceaux sont séparés l'un de l'autre par un seul acicule d'un jaune foncé, finissant en pointe noire légèrement recourbée, faisant saillie hors du corps. Il n'y a ni soies en ciseau lacinié, ni soies aciculaires. Les aci- cules faisant saillie tiennent lieu probablement de ces der- nières. Les branchies rouges (fig. 79), qui ne sont partout qu'une lanière simple, apparaissent àla base du cirre dorsal, aux lOS""", 116™% H 9""" ou 126'"® segment, selon la taille des animaux. Elles ont d'abord 0"",36 de long pour atteindre bientôt 0"°',45, puis l'"'",44 (2) et diminuent aux derniers segments branchifères où le cirre dorsal redevient plus long. Elles disparaissent aux 40 à 25 derniers segments du corps où les pieds sont plus minces. Au segment anal apode, l'anus dorsal est cilié et il y a (1) Voir Claparède, lac. cit., fig. \j c. (•2) Chez les gros exemplaires incomplets dont il a été question, elles oit jusqu'à 2°^°',75. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE, 209 2 paires de cirres ventraux superposées : l'une plus épaisse et plus longue (0"'",75), l'autre plus courte (0"'",25). Le laore ^fie. 80), plus large et plus haut que la mâchoire supérieure qu'il embrasse, se compose des 2 pièces juxtaposées. Ces 2 pièces en calcaire qui reste entièrement blanc chez les jeunes, se colorent en noir chez les autres, à partir du point où cesse la symphyse jusqu'à leur extrémité postérieure. Elles sont divergentes en avant et en arrière. En arrière, elles se ter- minent en pointe ; en avant, elles ont chacune la forme d'une gouge découpée au bord en denticules, et dont la concavité est tournée vers la mâchoire supérieure. Cette forme de gouge sert peut-être à l'animal pour forer ses trous dans les pierres. La mâchoire supérieure qui a les pièces ordinaires des mâchoires d'Eunice, est exactement représentée par Ehlers (1) ; seulement, pour les animaux de Cannes, le support est noir comme les autres pièces et la petite pièce impaire de gauche me paraît avoir 2 denticules. La 2""" paire (dent d'Ehlers), qui n'a que 2 grosses dents de chaque côté, assez séparées l'une de l'autre, est ce qu'il y a de plus caractéristique dans la mâchoire supérieure. A partir du 30""' à 50""" segment brancliifère, il y a, sauf àlafm du corps, à chaque pied, à la base du cirre dorsal, sous la cuticule, même chez les exemplaires sans éléments sexuels, une grosse tache noire à peu près ronde, mais s'étendant quelque- fois assez loin sur le dos, qui se résout en très petits (0°'°',0028 à 0°"™, 0042) granules pigmentairesd'un brun très foncé, formant une masse compacte dans laquelle ni sur le vivant, ni sur les coupes, je ne découvre de cristallin ni de bâtonnets. La tache pigmentaire ronde repose sur un disque de 0°'™,25 de diamètre environ, composé de grosses cellules plus ou moins polygonales (fig. 81), déjà vu par Ehlers [Borstenw.^ pi. XVI, fig. 17, 18). Je ne trouve pas d'individus mâles, mais seulement des tron- çons de gros individus femelles avec des œufs verts de 0°"",14 de diamètre. Un très grand exemplaire de Naples incomplet venant de la station zoologique, a 38 centimètres de long sur 4 millimètres 1) Die Borstenwûrmer. ol. XVI, fig. 4, ANN. se. NAT. ZOOL., Qe série. III, 14 210 DE SAINT-JOSEPH. de large en avant et 3 millimètres en arrière et 488 segments ; il doit y manquer une assez longue portion de la fm du corps. Le segment buccal a 2 millimètres de haut, le 2°" 1 millimètre et les suiA^ants O^'^jS, puis 1 millimètre dans la région bran- chifère. L'antenne médiane a 6"°", 5, les cirres tentaculaires ont 1°'",5. La 1" paire de branchies en lanière simple paraît au 186""" segment d'abord courte, puis atteignant peu à peu 2"°', 5 et n'ayant plus ensuite que 1"°',60; le cirre dorsal a alors 0°'"',18 et le cirre ventral 0°'"',14. Les soies sont semblables à celles décrites ci-dessus, mais il y a3 acicules aux segments anté- rieurs. Dans la région du- corps colorée en vert, chaque segment a un bourrelet dorsal épais et 2 bourrelets ventraux plus minces. Ce n'est qu'avec doute que j'assimile, comme Ehlers, VE. Isenia Clpd. àl'^'. Siciliensis^ Claparède ne partageant pas sur ce point l'opinion d'Ehlers. Il ne la partage pas davantage pour l'assimi- lation de r^". Schizobranchia Clpd. qui a, en effet, un certain nombre de branchies bifurquées, des soies en ciseau lacinié et des soies aciculaires, caractères qui manquent àl'^'. SicUiensïs. Parmi les Eunice dont les branchies partout en lanière simple n'apparaissent qu'à un segment très éloigné de la tête, on peut rapprocher de VE. Sicilienm, VE. Carïboea Gr. OErst., mais celle-ci a, comme VE. Schizobrttnchïa., des soies en ciseau laci- nié et des soies aciculaires, d'après Langerhans (1). Les suivantes, qui n'ont aucune de ces deux sortes de soies, lui tiennent de plus près. Ce sont : - Eunice valida Grav. (2) qui ne s'en distingue que parla forme de la tête, des soies simples et de la mâchoire inférieure. Les exemplaires étant incomplets, on ne peut dire s'il y a 2 régions ai des taches pigmentaires à la 2""' région. Eunice leucodon Ehl. (3) qui n'en diffère guère que par la •bordure blanche de quelques pièces de la mâchoire supérieure et l'absence de taches pigmentaires. Elle paraît être une variété locale de VE. Siciliensis. (1) Die Wurmfauna von Madeira, IV'^'' beitrag {Zeits. fur iviss. ZooL, t. XL, i884, p. 256 et pi. XV, ïïg. 14). (2) Gravier, Annél. polych. de la mer Rouge (ISouv. Arch. du Muséum, A^- série, t. Il, 1900, p. 264 et pi. XIII, fig. 80-82). (3) Ehlers, Die Polychgeten des Magellanischen und Chilenischen Strandes. Berlin, 1901, in-4°, p. 128 et pi. XVI, fig. 1-10. - : LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 211 . Eunke (Palolo) vïrïdis Gray (1) qui s'en rapproche par la forme de la tète, des pieds et des mâchoires, et par sa partie postériem^e si différente de Fantériem^e. Mais elle aies antennes ^t les cirres tentaculaires nettement articulés, des soies simples un peu différentes de celles de VE. Sïcilïensu et des soies com- posées brunes. Quant aux taches pigmentaires de la 2""^ région An corps, elles sont placées sur la ligne médiane ventrale et ce sont, d'après Spengel et Hesse, des organes de vision, des yeux ventraux [Bauchaugen). Elles se rapprochent des taches pigmen- taires du stolon acéphale de Y Haplosyllis hamata Clpd. qui sont des yeux, d'après Albert (2) et Malaquin (3), mais ne me sem- (1) Gray, An account of Palolo, a sea worm eaten in the Navigator Islands. {Proceed. Zool. Soc. of London, t. XV, 1847, p. 17). Gray établit le genre Palola pour l'espèce Palola viridis N. S. Le nom véritable serait donc Palola et non Palolo employé par presque tous les auteurs. — Mac Donald, On the extern, anatomy and nat. hist. of the genus of Annel. named Palolo by the Samoans and ïonguese and Mbalolo by the Fijans {Trans. Linn. Soc. of London, t. XXII, 1858, p. 237, et pi. XLl). — Ehlers, Die Borstenwûrmer, 1864, p. 367, et pi. XVI, fig. 17-18. — Whitmee, on the habits of Palola viridis {Proceed. Zool. Soc. of. London, 187d, p. 497). — Spengel, Oligognathiis Bonellice [Mitth. aus der Zool. stal. zu Neapel, t. 111, 1881, p. 42, en note). — Powell, Remarks on the struc- ture and halDits of the coral reef Annelid [Journ. Linn. Soc. of London, t. XVI, 1883, p. 393). — Me Intosh, Pieport on the Annel. polych. collected by H. M. S. Challenger {Report Zool., t. XU, 1885, p. 257 et pi. XVIII, fig. 20-21). — Krâ- TTier, ùber die Korallenrifïe von Samoa nebst einen anhang uber die Palolo- wurni von CoUin, 1897, in 8°. — A. Agassiz {Sillimans Journ. of Se, 1898, p. 123). — Friedlânder, ûber die sogennanten Palolowurm {Biol. Centralblatt, 15 mai 1898). — Caullery et Mesnil, Les formes épitoques et l'évolution des Cirratuliens, in-8°, 1898, p. 153. — Ehlers, ùber Palolo {Eunice viridis Gr.) [Nachr. von der K. Gesells. der Wiss. zu Gôttingen Math. Phys. klasse, 1898, p. 400). Seule description scientifique de l'animal. — Krâmer, Palolountersu- <îhungen.(6to/. Centrait., 1"' janvier 1899). — Friedlânder, Nochmals der Pa- lolo {Biol. Cenlralb., 15 avril 1899). — Hesse, Die augen der Polych. Annel. {Zeits. fur Wiss. Zool, t. LXV, 1899, p. 459, et pi. XXlll, fig. 17-19). — Wood- worth, Preliminary Report on the Palolo worm of Samoa Eunice viridis Gray {American Naluralist, décembre 1903). Avait paru auparavant dans : Krâmer, Die Samoa Insein., t. 11, 1903, in-4°, Stuttgardt, p. 399. — Friedlânder, Zur geschichte der Palolo frage {Zool. Anz., t. XXVll, 1904, p 716).— Brunelli und Schœner, Die frage der Fortpflanzungsperiodizitât des Palolowurmes im lichte -der allgemeinen Biologie der Chcetopoclen (6™® Congrès international de zoolo- g;ie, Berne, 1904- Compte rendu, Genève, 1905, gr. in 8°). — Me Intosh, Notes from the Gatty laboratory of St Andrews. On the Pacific, Atlantic and Japanese .Palolo {Ann. of nat. Hist., janvier 1905, p. 33). — Schrôder, Beitr. zur Kennt. der Bauchsinnesorgane (Bauchaugen) von Eunice viridis Gray sp. (Palolo). .{Zeits. fur wiss. Zool., t. LXXIX, 1905, p. 132 et pi. VI et VII). (2) Albert, ùber die Fortpflanzung von Haplosyllis hamata {Mitth. aus der Zool. Stat. zu Neapel, t. VII, 1886, p. 11 et pi. 1, fig. 13). (3) Malaquin, Rec herches sur les SyUidiens, in-8°, 1893, p . 167 et pi. XIII, fig. 7-9 212 DE SAINT-JOSEPH. blentpas pouvoir être comparées aux taches pigmentaires de VE. Siciliensis qui sont dorsales et ne sont pas, pour moi, des yeux. Comme VE. viridis et VE. fucata Ehl. Florida (1), qui se tiennent dans les coraux, VE. Siciliensis qui habite les Madré- pores et les pierres calcaires, a 2 régions bien distinctes et de couleurs différentes, dont la région postérieure contenant aussi les éléments sexuels. Il me paraît assez probable que cette partie postérieure se détache, comme chez VE. viridis et VE. fucata^ pour essaimer les œufs et les spermatozoïdes. Il serait intéressant de rechercher si dans le golfe Jouan et le golfe de la Napoule, ce phénomène se produit périodiquement A certaines époques de l'année seulement, comme pour les deux autres Palolo. Il n'est pas nécessaire que la partie du corps qui se détache chez les Palolo ait des organes de vision, car VE. fucata en manque. Horst (2) signale aussi et décrit une Lysidice de l'expédition du Siboga, la Lysidice Oele N. S., qui essaime à dates fixes sans offrir de traces d'épitoquie. En dehors de la famille des Euniciens, Isaka (3) a observé des phénomènes de Palolo chez un Néréidien, le Ceratoce- phcde Osaivai Isaka, où c'est la partie antérieure de la forme épitoque qui essaime à date fixe, après s'être séparée de la partie postérieure qui se flétrit. Il est probable qu'on retrouvera d'autres cas de périodicité d'essaimage chez les Hétéronéréides. C'est sans doute à un cas de ce genre qu'il faut rapporter l'observation de Hearder (4), que j'ai déjà citée. Il vit appa- raître pendant quelques heures à Portsmouth des millions d'Heteronei'eis longissima Johnst. Moore (5) pense aussi que la partie postérieure de la Goniada (1) Mayer, The Atlantic Palolo {The Muséum of the Brooklyn Inst. of aiHs and science. Bulletin, t. I, n° 3, 1902). (2) Horst, Over de « Wawo » van Rumphius {Rumphius Gedenkboek, 1702- 1902. mtgegeven door het Koloniaal Muséum te Haarlem, in-foL, p. 105, 1902). — Nature, 21 april 1904, p. 582. (3) Isaka, Obsei^vations on the Japanese Palolo {Ceratocephale Osawai N. S.)- (The journal of the collège of science of Tokjo, t. XVll, n° 11, 1903). (4) Hearder, Extraordinary abundance of Heteronereis longissima {Zoologist, t. XXIII, 1865, p. 9630). (5) Polychfeta from the coastal slope of Japan and from Kamchatka {Pro- cced. of the Acad. ofnatur. science of Philadelphîa, 1903, p. 457). LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 20 foliacea Moore, où se montrent tout d'un coup des taches foncées du côté ventral à chaque segment, se détache pour essaimer en nageant, mais il ne dit pas si c'est seulement à des dates fixes. \JE. Siciliensis a une aire fort étendue (Méditerranée, Atlan- tique, mer des Antilles, mer Rouge, océan Indien). Nematonereis umcornis Gr. (1). Pêche pélagique. Jeune de petite taille. Lysidice ninetta Aud. et Edw. (2). LUMBRICONEREIS FUNCHALENSIS Kbg. (3). LuMBRicoNEREis FUNCHALENsis Langcrhans, Die Wurmfauna von Madeira [Zeits. fur wiss, ZooL, t. XXXIII, 1879, p. 297, et pi. XVI, fig. 29). • Exemplaire entier jeune, trouvé à Saint-Raphaël, dans les algues calcaires du rivage. Décoloré dans l'alcool. 16 milli- mètres de long sur 0'°'^,84 de large. 70 segments sétigères. Tête globuleuse comme la Lumbriconereïs coccinea Ren. Processus digitiforme des pieds bien accusé. Aux 18 1"" sétigères, 2 ou 3 soies simples à large limbe finissant en pointe fdiforme et 1 ou 2 soies simples à crochet entouré d'une valve, ayant ^ à 8 denticules au vertex. Aux 52 segments suivants ces crochets au nombre de 3 persistent seuls sans soies limbées. Segment anal achète à 4 cirres anaux dont 2 ventraux larges ^t épatés et 2 dorsaux cylindriques. Les 2 pièces dentaires avec 5 dents à droite et 4 à gauche. Première paire de plaques râpeuses bidentée et 2°"' paire unidentée. La L. coccinea ne diffère de la L. Funchalensïs que par la présence de soies composées à un certain nombre de segments antérieurs. Langerhans (4) se demande si l'absence de ces «oies chez la L. Funchalensïs ne tient pas au jeune âge des animaux que Kinberg et lui ont examinés. Cependant, ceux: de Langerhans ont déjà 60 millimètres et 154 segments. Chez la L. coccinea, d'après Pruvot et Racovitza (5), il n'y a pas de (1) VozV Annél. Polych. des côtes de Dinard, 2'^« partie, /oc. cit., p. 207. (2) lUd., p. 209. (3) Kinberg, Ann. nova [Ofvers. Vet. Akad. Fôrh., 1864, Stockholm, p. 569). (4) Die Wutmfauna vom Madeira {Zeits. fur iviss. ZooL, t. XL, 1884, p. 237). (5) Matériaux pour la faune des Annél. de Banyuls {Arch. de ZooL expér., S'"'^ série, t. III, 189o, p. 376). 214 DE SAINT-JOSEPH. soies composées, chez les très jeunes de 24 segments au plus. Mon exemplaire en a 70 et semble avoir franchi la limite; ceux de Langerhans encore bien plus. Il y a là néanmoins des recherches à faire et peut-être la L. FimcJialensis doit-elle disparaître (1). Méditerranée, Atlantique. Ltjmbriconereis coccinea Ren. (2). Partie antérieure ayant 30 millimètres de long sur 1°'°',5 de^ large, trouvée dans une pierre calcaire à Cannes, au sud de Fîle de Saint-Honorat. Les 14 l"""' segments sétigères avec soies. limbées et soies composées, les 16 suivants avec soies limbées et crochets simples, les 55 restant avec des crochets simples au nombre de 3 à chaque pied. Arabella St Hilairii D. Ch. (3). LuMBRicoNEREis QUADRiSTRiATA Grube, Actiiiien, Echinod. und Wûrmer, p. 79, 1840, petit in-40. — — Claparède, Glanures Zoot. parmi les Annél. de Port- Vendres, tirage à part, p. 116, et pi. IV, fig. 5. OEnone maculata m. Edw., Règne animal illustré, pi. XI, fig. 4. Arabella quadristriata Ehlers, Die Borstenwûrmer, p. 399, et pi. XVIF, fig. 15-24. — — Grube, Famille Eunicea II'" Abtli. [Jahresh, der SchL Geselh., etc., fur 1878. Breslau, 1879, p. 101). NoTociRRUS Hilairh Claparède, Annél. du golfe de Naples, p. 150, et pi. IX, fig. 4, PI. IV, fig. 82. Dans les amas de racines de Posidonies, au phare d'Agay, un exemplaire entier de 90 milhmètres de long sur 2°"", 5 de large et 226 segments sétigères. Corps rond. Les 45 l*"'" seg- ments avec 4 rangées longitudinales de taches sombres dorsales dont 2 rangées sur les côtés et 2 de chaque côté de la ligne médiane dorsale ; quelques segments antérieurs ont en plus une raie transversale sombre en avant (fig. 82). Après le (1) Un petit exemplaire que je trouve à Cannes, dans des Lithothamnion, coloré en orangé foncé, a S-"", 75 sur 0°'™,48 et 38 segments sétigères, dont les 12 l"s avec soies limbées et crochets simples, et les suivants avec des cro- chets seulement. Il n'a pas non plus de soies composées. (2) yoïV Annél. des côtes de France, loc. cit., p. 279. (3) Lumbricus St-Hllaire Délie Ghiaje, Memorie sulla storia e notomia degli anim. senza vert, del regno di Napoli, t. ill, in-4'', p. 178, et pi. XLIl, "fig. 4. Napoli, 1823-1829. ■■ — Lumbrinereis S t- Hilairii, Descrizione e notomia =degli animali invert, délia Sicilia citeriore, t. V, p. 97, et pi. 96, lig. 4, in-4% 1841-1844. LES ANNÉLIDES POYYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 215- 45"* segment, le corps est d'un brun clair irisant comme toute la face ventrale. Tête en cône obtus couleur chair à 4 yeux posté- rieurs en rangée transversale. Cirre dorsal à peine indiqué par les acicules fins qui y pénètrent. Rien que des soies simples à limbe strié obliquement, plus ou moins géniculées, à tous les segments. Aux segments antérieurs le limbe est intact; aux suivants il y a un aileron crénelé à 3 ou 4 très fines crénelures. C'est probablement la V forme de soies qu'a figurée Claparède et la seconde qu'a représentée Elilers. 4 petits cirres anaux. Le labre se compose de 2 plaques noires rectangulaires tronquées en avant se terminant en arrière en 2 tiges divergentes (Elilers ^ pi. XVII, fig. 20). Le système maxillaire supérieur est bien rendu par Claparède (pi. IX, fig. 4c) avec ses 5 paires de mâ- choires dont la 5"' est un seul petit croc recourbé. Les 2 longs- supports filiformes ont 1°'",56 de long. Méditerranée. StAUROCEPHALUS RUBROVITTATUS dr. (1). Assez nombreux à Cannes dans les pierres calcaires et les Lithothamnion. FAMILLE DES LYCORIDIEIVS Gr. Nereis pelagica L. (2). A Saint-Raphaël, dans les algues calcaires des rochers du rivage, au Lion de terre. Plusieurs exemplaires jeunes, incolores dans l'alcool, dont le plus long a 20 millimètres sur 2"'"', 40 de large pieds com- pris et 70 segments sétigères. Le cirre tentaculaire le plus long atteint le 4""' segment sétigère. Tous les exemplaires ont les soies caractéristiques en serpe homogomphe avec dent massive jaune à partir du 30"^ à 37""" segment, mais il n'y en a jamais plus de 2 à chaque pied. Les paragnathes de la trompe sont en moins grand nombre à chaque groupe que chez les adultes, surtout à la partie basilaire ventrale (groupes VII, VIII). (1) Voir Annél. des côtes de Dinard, 2'°« partie, loc. cit., p. 233. (2) Voir Annél. Polych. des côtes de Knard, 4°"^ partie {Ann. des Se. Nat. 1^^ série, t. XX, 1895, p. 220 et pi. XIII, fig. 40). — Annél. Polych. des côtes de France, loc. cit., p. 293. •216 DE SAINT-JOSEPH. Nereis diyersicolor O.-F. Mûll. (1). Assez abondante dans les mares d'eau saumâtre à la plage de la Napoule près de l'embouchure de la Siagne. En général 7 à 8 centimètres de long sur S""", 5 à 6 milli- mètres de large en avant, y compris les pieds; 75 à 82 seg- ments. Les premiers segments verdâtres; le reste du corps d'un rouge uniforme avec le vaisseau dorsal très apparent. Je. retrouve à la mâchoire les variations de nombre des para- gnathes que j'ai déjà signalées et une fois le groupe maxillaire médian dorsal (I) manque (2). En plaçant sans transition 6 de ces N. dïversicolor d'eau saumâtre dans de Feau de mer et 6 dans Tcau aouce, aucune d'elles ne meurt. Au premier moment, celles qui sont trans- férées dans l'eau de mer se montrent très actives et semblent rentrer dans leur élément naturel. Quant à celles oui sont transférées dans l'eau douce, elles sont languissantes e me se remettent qu'au bout de 2 heures. Les deux lots vivent plusieurs jours, celui d'eau douce paraissant à la fin mieux résister que l'autre (3). Nereis rubicunda Ehl. (4). ? Lycoris rubicunda Ehl. Langerhans, Die Wunnfauna von Madeira II'"^'' Theil {Zeits. fur wiss. ZooL, t. XXXIII, 1879, p. 286, et pi. XV, lig. 22). . PI. IV, fig. 83-89. Un exemplaire trouvé dans des débris de pierres ramenés de 70 mètres de profondeur au large de la Bocca, a 16 milli- mètres de long dans l'alcool sur 1°"",80 de large avec les pieds dans la partie antérieure et 73 segments. Le corps est rose comme la tête et la base des palpes. La description d'Ehlers est exacte et j'ai peu de chose à y (1) Voir knnél. des côtes de France loc. cit., p, 29rj et pi. XV, fig. 78-81. (2) Dans le tableau que j'ai donné [Atmél. des côtes de France, p. 28b) des genres des Lycoridiens, il s'est glissé une faute d'impression que j'ai l'occasion de signaler ici : Page 285, ligne 18, au lieu de : Le groupe V ou les groupes V et VI manquent, lire : Le groupe V ou les groupes V et 1 manquent. (3) Voir sur le passage de la N. diversicolor, de l'eau saumâtre à l'eau de mer et de l'eau de mer à l'eau douce, les intéressantes observations de M. Ferron- nière dans ses Études biologiques sur les zones supralittorales de la Loire- Inférieure {Bull, de la Soc. des Se. nat:de VOuest de la France, t. Xï, 1901, p. 224 à 228). (4) Ehlers, Die Borstenwùrmer, p. 529 et pi. XXI, fig. 5-9. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE, 217 ajouter. Le 1" et le 2"' pied n'ont à la rame dorsale qu'un cirre dorsal et une languette dorsale sans acicule ni soies ; à la rame ventrale qui est semblable à celle de tous les segments suivants, il y a un acicule et des soies en arête homogomphe et en serpe hétérogomphe sortant entre 2 lèvres triangulaires suivies d'une languette ventrale et d'un cirre ventral. Les 3"' et 4"' pieds ont 2 languettes à la rame dorsale. Les gme ^ 23"" pieds en ont 3 (fig. 83). Aux pieds suivants jusqu'à la fin du corps, la languette médiane dorsale disparaît, les 2 autres qui subsistent sont plus allongées et plus minces et la rame ventrale est mieux séparée de la dorsale (1). A tous les segments à partir du 3""^, voici comment sont réparties les soies qui sont toutes finement dentelées au bord : . Rame dorsale : Soies en arête homogomphe. 1( En arête homogomphe, Groupe supérieur j 1 ou 2 en serpe hétéro- ( gomphe (2). Rame ventrale. M ou 2 en arête homo- Groupe inférieur ) gomphe, ( En serpe hétérogomphe. Aux pieds 1 à 8 la serpe des soies en serpe hétérogomphe est allongée et transparente (fig. 84) ; aux pieds suivants elle devient progressivement plus massive et beaucoup plus courte (fig. 85). Les mâchoires ont 8 à 9 dents ; quant aux paragnathes de la trompe, ils sont distribués absolument comme les figure Ehlers et en nombre égal. Les groupes médians dorsaux V et I manquent. La N. rubicunda appartient donc au genre Nereis ■S. str. Kbg. Ehlers n'a pas vu de forme Hétéronéréidienne. La forme Hétéronéréidienne mâle que je trouve une fois en assez mauvais état dans une pierre calcaire à 4 mètres de pro- fondeur au nord de l'île Sainte-Marguerite, a 15 millimètres de long dans l'alcool sur 1°'"',80 de large et 72 segments. La tête (fig. 86) un peu plus large que haute et légèrement (1) Voir Ehlers, loc. cit., fig. 9. • (2) La serpe de cette soie est plus forte, surtout à la fin du corps, que celle des soies falcigères du groupe inférieur. 218 DE SAINT-JOSEPH. échancrée en arrière, avec 2 antennes longues de 0"'",24 et les 2 palpes rabattus en dessous, est recouverte en grande partie par les yeux devenus énormes. Les cirres tentaculaires sont semblables à ceux de la forme Néréidienne. La première r^'^gion colorée en rose comme la tête, com- prend les 18 1"' segments. Les 3"' à 7"' pieds ont 3 languettes dorsales (fig. 87) comme la forme Néréidienne et le cirre dorsal pincé à son extrémité antérieure qui est rabattue vers le bas. Les autres segments de la région sont semblables, sauf le cirre dorsal qui a la forme ordinaire. La 2™'' région, de même largeur que la précédente et rendue blanche par la présence des spermatozoïdes, commence au 19°" segment.: Un petit lobe foliacé se dessine à la base du cirre dorsal, puis peu à peu le pied prend sa forme définitive (fig. 88). Il n'y a pas de soies rémigères en palette, et pour tout le corps, ce que j'ai dit des soies de la forme Néréidienne s'applique ici, sauf l'observation suivante : l'article des soies en arête homogomphe qui ne mesurait que 0'"'°,12 de long dans la 1™ région devient trois fois plus long aux pieds de la 2°" région, semblant jouer le rôle de soies natatoires comme chez certaines formes épitoques de Syllidiens, Polynoïdiens, Pliyllodociens et Cirratuliens (1). Peut-être les soies rémigères apparaîtront-elles plus tard. Le segment anal, moins large que ceux qui le précèdent, est couvert de papilles (fig. 89). L'anus est dorsal; les cirres anaux manquent. Les mâchoires elles paragnathes de la trompe sont semblables à ceux de la forme Néréidienne. Ehlers pour les Néréidiens qu'il décrit dans ses Borslenioûrmer ne faisant pas de distinction entre les soies en arête homo- gomphe et celles en arête hétérogomphe, il est difficile de décider si Xd^Lycoris rubicunda de Langerhans, qui a des soies en arête hétérogomphe au faisceau inférieur de la rame ventrale, est la même espèce que celle d'Ehlers. La N. ruhïcimda est voisine de la TV. irrorata Mgr. Elle est de beaucoup moins grande taille. La forme Hétéronéréi- (1) Yoir Caullery et Mesnil, Les formes épitoques et l'évolution des Cirra- tuliens, 1898, in-8°, p. 141-154. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES CÔTES DE FRANCE. 219 dienne indique qu'elle atteint sa croissance en ne dépassant pas 20 millimètres et qu'elle n'est pas une forme jeune mais défi- nitive. Les paragnathes de la trompe sont moins nombreux que chez la iV. irrorata^ surtout aux groupes vu et viii. Méditerranée. Nereis irrorata Mgr. (1). A Cannes, dans les pierres calcaires de 4 à 6 mètres de pro- fondeur, 2 exemplaires dont un incomplet dans un tube coriace recouvert de vase et un autre entier de 50 millimètres et 107 segments sur lesquels les 77 derniers sont remplis de sper- matozoïdes. A ces segments il n'y a d'autre indice de forme Hétéronéréidienne qu'un petit lobe à la base du cirre dorsal des pieds et le disque foliacé de la rame ventrale. CERATO^'EREIS PUNCTATA N. S. PL IV, fig. 90-93, et PI. V, fig. 94-95. A Saint-Raphaël, dans les algues calcaires de la côte, au Lion de terre. Plusieurs jeunes dont le plus grand a 20 millimètres de long sur 2°"", 20 de large avec, les pieds dans la partie la plus large au 7°"^ segment, 1"'",30 sans les pieds, et 48 segments. Le corps va en s'amincissant progressivement en arrière oi^i il n'a plus que l""", 50 avec les pieds et 1 millimètre sans les pieds. Chacun des segments du côté dorsal a une bande blanche à sa partie antérieure ; le reste du segment est piqueté de points rouge brun qui étant plus nombreux et plus serrés après la bande blanche y dessinent une raie fort nette (fig. 90). Du côté ventral il n'y a que quelques traces de rouge brun à la base des pieds. La coloration des pieds est moins accentuée à la fin du corps. La tête (fig. 90) à peu près aussi large que haute, parcourue par 3 raies rouge brun longitudinales, terminée par 2 antennes longues de 0"'"',24, est très échancrée de chaque côté pour (1) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 2™« partie, loc. cit., p. 263 et pi. XI, fig. 131 et 4'"'' partie [ibid., t. XX, 1895, p. 21b et pi. XII, fig. 33-36 et pi. XIII, fig. 37-39). — Annél. des côtes de France, loc. cit., p. 299 et pi. XVI, lig 82. . . 220 DE SAINT-JOSEPH. rinsertion des palpes qui ont une large base piquetée de brun rouge et se terminent par un bouton rétractile incolore arrivant à la hauteur de l'extrémité des antennes. En arrière, sur les côtés de la tête, il y a 2 paires d'yeux dont la paire antérieure plus forte avec un cristallin dirigé en avant. Le plus long des cirres tentaculaires atteint le milieu du 3"' segment sétigère. Les cirres tentaculaires ont une base tandis que les cirres dorsaux des pieds en manquent. Le i "' segment apode et achète débordant de chaque côté de la tête est un tiers plus haut que le 1" segment sétigère qui le suit. Les 2 1"' segments sétigères ont, comme d'ordinaire chez les Néréidiens, des pieds plus courts et plus simples, se compo- sant d'un cirre dorsal, d'une languette dorsale, de 2 lèvres ven- trales d'où sortent 5 ou 6 soies en arête homogomphe et 3 ou 4 en serpe hétérogomphe, d'une languette ventrale et d'un cirre ventral. Il n'y a qu'un seul acicule, les 2 lèvres dorsales et le faisceau de soies dorsales n'existant pas. Les pieds suivants, tous semblables entre eux (fig. 91), ont à la rame dorsale : 1° Une T" languette dorsale conique massive avec une base surélevée où est implanté le cirre dorsal plus de deux fois plus long que la languette ; 2" une 2"' languette en cône très obtus qu'on pourrait interpréter comme une lèvre supérieure très élevée au-dessous de laquelle du côté ventral une lèvre très basse livre passage à 8 soies en arête homogomphe accom- pagnées d'un acicule ; 3° une 3"" languette moins épaisse et moins pointue que la V\ La rame ventrale se compose : 1° de 2 lèvres dont l'inférieure plus courte et moins pointue que la supérieure ; 2° d'une lan- guette ventrale plus petite et plus obtuse que la languette dor- sale supérieure; 3° d'un cirre ventral. Entre les 2 lèvres sortent, accompagnés d'un acicule noir, un faisceau supérieur de 5 soies en arête homogomphe et 2 ou 3 soies en serpe hétérogomphe, et un faisceau inférieur de 4 soies en arête homogomphe et 3 ou 4 soies en serpe hétérogomphe. Celles-ci ont à tous les pieds une serpe courte, ciliée au bord, de 0™",03 de long (fig. 92). Les soies en arête homogomphe, finement ciliées au bord, semblables à tous les pieds, n'offrent rien de remarquable. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 221 Dès le 5""" segment sétigère il y a au-dessous du cirre dorsal 2 glandes brunes (spinndrûsen) qui persistent à tous les pieds et auxquelles dans les 13 à 15 derniers segments, il s'en joint à leur suite 3 autres un peu plus petites en rangée transversale. Le segment anal apode et achète incolore, parcouru du côté dorsal par des raies brunes longitudinales caractéristiques, se termine du côté ventral par 2 cirres longs de 1°'"',40 (%. 93). Les mâchoires ont 5 dents; quant aux paragnathes, la partie basilaire dorsale et ventrale de la trompe en manque, ce qui est le propre du genre Ceratonereïs ; à la partie maxillaire dorsale, il y en a 6 à droite et 4 à gauche aux groupes II ; le groupe I manque. A la partie maxillaire ventrale, les groupes latéraux IV en ont 7 à droite et 1 1 à gauche et le groupe médian III en a 4 disposés en croix. A Cannes, un exemplaire trouvé à la pointe de la Croisette au milieu de tubes de Sabellaria cdveolata L., a 52 segments et 20 millimètres de long dans l'alcool sur 3 millimètres de large avec les pieds. A la partie maxillaire dorsale 5 paragnathes en rangée oblique de chaque côté (fîg. 94) ; à la partie maxillaire ventrale 1 1 paragnathes de chaque côté et 3 au milieu en triangle (fig. 95). Ces paragnathes dorsaux et ventraux sont tous de même taille. La Ceî^atonereis pimctata^ quoique voisine de la C. Costm Gr., en diffère surtout par la forme des pieds, par la coloration qui n'est pas d'un rose diffus et parles raies brunes caractéris- tiques du segment anal. De plus, la C. Costae a 7 dents aux mâchoires au lieu de 5, des paragnathes plus gros du côté dorsal que du côté ventral, le plus long cirre tentaculaire atteignant le 5"^ segment ; enfin d'après Langerhans (1) elle aurait des soies en arête hétérogomphe au faisceau inférieur de la rame ventrale. Perinereis cultrifera Gr. (2). Sur les côtes de la Manche et de l'Océan cette espèce est d'un (1) Langerhans, Die Wurmfauna von Madeira {Zeits. fur wiss. Zool.^ t. XXXIII, 1879, p. 280). (2) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 2™*= partie loc. cit., p. 260 et pi. XI, fig. 128-129. — 4"« partie {ibid., T^<' série, t. XX, 1895, p. 215). — Annél. Polych. des côtes de France, loc. cit., p. 317 et pi. XVII, fig. 113-114 et pi. XVIII, fig. 115-116. 222 DE SAINT-JOSEPH. yeii assez foncé uniforme. Elilers observa, probablement pour des exemplaires de la Méditerranée, des colorations variables et il représente (1) une P. cidtrifera qui répond parla disposition de la coloration de la tête et des segments à 2 exemplaires jeunes de Saint-Raphaëlprovenant d'algues calcaires de la côte au Lion de terre, mais chez lesquels la coloration est brune et non gris verdàtre. L'un de ces exemplaires a 30 millimètres de long sur 2""", 40 de large avec les pieds et 1"''°,5 sans les pieds et 60 segments sétigères. A la rame dorsale il y a un seul faisceau de soies en arête homogomphe ; à la rame ventrale un faisceau supérieur de soies en arête homogomphe et un faisceau inférieur de soies en serpe hétérogomphe accompagné d'une ou 2 soies en arête homogomphe. Cette distribution est celle qui se trouve chezles P . cidt?ifera de Dinard, Goncarneau, et Saint-Jean- de-Luz ; seulement aux grands exemplaires de ces localités il y a 2 ou 3 soies en serpe hétérogomphe avec les soies en arête homogomphe du faisceau supérieur de la rame ventrale. Le cirre tentaculaire le plus long atteint le 4°"' segment, les cirres anaux ont 1""",10. La distribution des paragnathes est la dis- tribution ordinaire ; il y en a 1 au groupe maxillaire médian dorsal et 3 au groupe basilaire médian dorsal. A la tête 2 plaques brunes, de chaque côté de Ja ligne mé- diane qui est blanche, partant des 2 antennes et englobant ou non les yeux ; une bande brune à la base des palpes. Segments séparés les uns des autres par une raie brune; une autre raie brune transversale au milieu du dos de chaque segment. J'ob- serve la même coloration chez 2 petits exemplaires à Saint- Jean-de-Luz et chez plusieurs autres de 7 à 40 millimètres de long trouvés à Cannes dans les Lithothamnion, les Madré- pores, et sur le dos de Pontogenia chryaocoma Baird. Platynereis Dumerilii Aud. et Edw. (2). A Saint-Raphaël dans les algues, à 2 mètres de profondeur, nombreux exemplaires de petite taille dont le plus long a 27 mil- limètres sur 2°'",40 avec les pieds et 75 segments sétigères. (1) Die Borstenwûrmei', pi. XXI, fig. 31. - (2) Wryir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 2'"'' partie, i888, loc. cit., p. 253 et pi. XI, fig. 125-127, et 4°"= partie, 1895, loc. cit., p. 214. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES CÔTES DE FRANCE. 223 Le cirre tentaculaire le plus long atteint le 1 0™^ segment sétigère . A Cannes, dans de grosses éponges ou dans des pierres cal- caires. J'y trouve une forme Hétéronéréidienne femelle de 15 millimètres de long sur 1"'",44 de large en avant, ayant 66 segments dont 46 à soies rémigères. Il n'y a d'œufs gris que dans les 16 segments, qui précèdent ceux à soies rémigères. FAMILLE DES PHYLLODOCIEIVS Gr. Phyllodoce nana N. s. PL V, fig. 96-98. A Cannes, à la pointe delà Croisette, entre des tubes de Sabel- larïa alveolatah. au nord de File de Sainte-Marguerite dans des Lithothamnion, et au large de la Bocca dans des pierres cal- caires draguées à 70 mètres de profondeur, je trouve 3 exem- plaires de cette petite Phyllodoce. Le corps de l'une, légèrement jaune, a 3°'°', 60 de long sur 0""",48 de large cirres compris, et 34 segments. L'autre, dont le corps est pointillé de brun, a 4°"", 38 de long sur O"""", 60 de large et 30 segments. La 3"% celle que je vais décrire, a le corps vert, 3"'", 60 de long sur 0"^'",48 de large et 29 segments. Toutes ont les appendices de la tête et du corps colorés en brun foncé, ceux de la. tête fusiformes, les cirres dorsaux presque sphériques, les cirres ventraux un peu ovales. La tête à 4 antennes (fig. 96), presque ronde (0"",12) a 2 très gros yeux. Lai™ paire de cirres tentaculaires est placée sur le segment buccal invisible du côté dorsal, la 2""' et la 3"" paire sur le 2"' segment avec un faisceau de soies entre chaque paire, la 4"' paire sur le 3°" segment accompagnée d'un rudiment de pied avec acicule et soies et d'un cirre ventral. La 3""" paire, qui est la plus longue, a 0°''',31 de long. Les cirres dorsaux presque sphériques ont 0""°, 1 de diamètre et les cirres ventraux un peu ovales 0"",08o delongsur 0"''",058 (fig. 97). Les 2 cirres anaux sont un peu plus minces et plus allongés que les cirres ventraux. Les soies semblables à tous les segments sont au nombre de 5 à 8 avec le renflement anté- rieur de la hampe uni et l'article^ terminal non. dentelé très court (0'""',042)-(fig; 98). ^"^ -'ry^/; 224 DE SAINT-JOSEPH. Je ne puis rien discerner d'assez net de la trompe, qui est rentrée dans le corps, pour pouvoir en parler. Après la trompe et l'estomac 3 œufs rouges énormes (0°''",40 de diamètre) re- foulent l'intestin. L'exemplaire cité plus haut, dont le corps est pointillé de brun, a aussi des œufs rouges un peu plus nombreux et de diamètre un peu moindre (0'""°,30). Y a-t-il là un com- mencement d'épitoquie indiqué par la grosseur des yeux et précédant l'apparition de soies capillaires? Cette Phyllodoce si petite est à rapprocher de la Ph. lugens Ehl. et de la Ph. {Anditïs) pusïlla Clpd. qui sont aussi des Phyl- lodoce de petite taille. hçiPh. lugens a la tête ovale, des yeux de grandeur ordinaire, les cirres dorsaux et ventraux bruns cordiformes avec des dentelures caractéristiques à l'extrémité des cirres dorsaux et des œufs très nombreux n'ayant queO""',17 de diamètre. Chez la Ph. pusïlla., les cirres dorsaux et ventraux d'un jaune verdâtre ont la forme lancéolée et il y a 4 cirres anaux. Claparède, qui y a observé des spermatozoïdes, signale la grosseur des yeux. Phyllodoce SPLENDENS St-Jos. (1). Un exemplaire sur des pierres provenant du nord de l'île de Sainte-Marguerite, à 4 mètres de profondeur, ayant 60 milli- mètres de long sur 3 millimètres de large sans les pieds. EULALIA PALLIDA Clp. (2). Dans une grosse éponge à 4 mètres de profondeur, près de la pointe de la Croisette, et dans un dragage à 70 mètres de profondeur, au large de la Bocca. 20 papilles à l'entrée de la trompe extro versée. EULALIA vmiDis Mûll. (3). Sous le phare d'Agay, dans des pierres calcaires, un exem- plaire vert assez clair de 245 segments, long de 120 millimètres sur 2 millimètres de large en avant sans les pieds et l"",o dans le dernier tiers du corps. Les segments sont très bas et (1) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 2™« partie, loc. cit., p. 278 et pi. XI, fig. 138. — Annél. Polych, des côtes de France, loc. cit., p. 321. (2) Voir Annél. de Dinard, 2™^ partie, loc. cit., p. 294. (3) Ibid.,v- 283 et pi. XII, fig. 154. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 225 très serrés dans la partie antérieure. La 2°''' paire de cirres tentaculaires est un peu aplatie, comme je l'ai noté à Dinard. Les cirres dorsaux sont plus lancéolés (1°"°,20 de long sur 0™°',54 de large) et les articles des soies près de moitié plus courts que chez les animaux de Dinard et de l'Océan (Con- carneau, le Croisic, Saint-Jean-de-Luz) qui sont d'un vert plus foncé. Les cirres anaux, plutôt foliacés, ont O""", 84 de long sur •0'""',18 de large. Lorsque la trompe est extro versée, l'entrée est couronnée de 30 papilles. A Concarneau j'en observe 18, à Saint-Jean-de- Luz 24 ou 30. Un très jeune exemplaire de la côte sud de Sainte-Honorat a 30 millimètres de long sur 0"°',60 de large et 145 segments; les cirres dorsaux sont plus lancéolés à la partie antérieure qu'à la partie postérieure du corps. M. Dollfus trouva aussi à Saint-Raphael un petit exemplaire de 35 millimètres de long sur 0""°, 70 de large et 169 segments. EuLALiA (Pterocirrus) macroceros Gf. (1). Dans des pierres calcaires à 4 mètres de profondeur près la pointe de la Croisette. Corps brun pâle avec œufs verts. EuLALiA (Pterocirrus) microcephala Clpd. (2). PI. V, fig. 99-103. Dans des pierres calcaires ramassées à 1 mètre de profondeur, à la pointe Batiguier, à l'ouest de Sainte-Marguerite, un exem- plaire de 283 segments, long de 140 millimètres sur 3 milli- mètres de large sans les pieds au milieu du corps et seulement 1 millimètre à la partie antérieure et postérieure. Le corps et les appendices sont uniformément colorés en vert, les cirres dorsaux et ventraux ponctués de quelques points bruns. Clapa- rède en donne une bonne figure. La tête à peu près aussi large que haute (0°"^,55) a 5 antennes longues de 0"",36. La f' paire de cirres tentacu- laires placée sur le segment buccal visible du côté dorsal a (1) Annél. de Dinard, 2'^« partie, loc. cit., p. 300 et pi. XII, fig. 170-174. (2) Claparède, Annél. du golfe de Naples. Supplément, 1870, p. 98 et pi. IX, fig. 3. ANN. se. NAT. ZOOL., Qe série. III, 15 226 DE SAINT-JOSEPH, O^^^jôG; la 2'"'= paire qui est yélifère a 0""",78 de long, sur Qmm 24 jans sa partie la plus large (un tiers de largeur de moins que chez Pt. macroceros) ; la 3"" paire, qui est la plus longue (1 millimètre), atteint, rabattue sur le dos, le 8""" seg- ment; il n'y a pas de soies entre la 2°"' et la 3"" paire qui se trouvent sur le 2""" segment. La 4°"' paire du 3°"' segment est accompagnée d'un rudiment de pied avec soies et d'un petit cirre ventral. Tous les segments suivants ont de chaque côté un cirre dorsal, un pied et un cirre ventral. Les cirres dorsaux sont par- tout lancéolés et ponctués de brun ; plus courts au 1" segment, ils atteignent déjà toute leur taille au 15'"'' (r"^,50 sur 0"''",54 dans la partie la plus large) (fig. 99) puis diminuent de longueur dans le dernier tiers du corps. Le pied à base massive finit en pointe bilobée d'où sort un faisceau de 20 à 22 soies dont la hampe renflée à son extrémité antérieure se termine par 2 grosses épines entre lesquelles plusieurs plus petites. L'article terminal long de 0"",10 large de 0"'°',01 à la base, finissant en pointe très fine, est couvert de stries obliques et dentelé au bord (fig. 100). Les cirres ventraux, appliqués contre le pied et le cachant en partie, sont ovales (0""^,48 de haut sur 0°"^, 30 de large) et ponctués seulement de 2 ou 3 points bruns. Les cirres anaux mancjuent. La trompe (gaine pharyngienne de M. Gravier) au repos, longue de 15 millimètres à partir de la bouche, est entièrement tapissée intérieurement de très nombreuses papilles rondes fixées par un pédoncule très court, hautes en tout de O'^^jlS (fig. 101). Ces papilles, dans la dernière moitié de la trompe, ont un plus long pédoncule, sont plus hautes (0™'",21 de haut sur O"""",! de large) et vaguement distribuées en 6 rangées longitudinales (fig. 102). L'entrée de l'estomac (trompe pharyn- gienne de M. Gravier) qui succède à la trompe et qui est long de 18 millimètres, est couronnée de 16 grosses papilles charnues de 0'°°',42 de haut auxquelles font suite autant de bourrelets longitudinaux formant saillie dans l'intérieur de l'estomac jusqu'au ventricule. Le ventricule brun, long de 5 millimètres, est tapissé inté- rieurement (fig. 103) de pUs transversaux assez distants les uns LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 227 des autres, très irréguliers, et de petits mamelons bruns dissé- minés, ou réunis en amas. L'intestin fait suite au ventricule jusqu'à l'anus. Méditerranée. Mystides (Protomystides) bidentata Lang. (1). Un exemplaire incomplet de 67 segments, provenant d'un dragage à Saint-Raphael, à 50 mètres dans un fond de vase et de Bryozoaires. Le corps, dont la fin manque, a 7 millimètres de long. Les segments antérieurs n'ont que 0"°',42 de large, pieds compris; les suivants plus larges 0"",54. Sur le dos du segment buccal, du côté droit seulement, au-dessous de l'œil, est implanté un petit cirre monstrueux long de 0"°',042. C'est la première fois, à ma connaissance, qu'une espèce du genre Mystides a été signalée dans la Méditerranée. Lacydonia miranda Mar. et Bobr. (2). Un seul exemplaire dragué à Saint-Raphael à 50 mètres dans, un fond de vase et de Bryozaires, ayant 34 segments sétigères et 4 millimètres de long sur 0°'"',60 de large, pieds compris, dans la partie la plus large au S""" segment. Le lobe céphalique contracté est tronqué en avant et non arrondi, comme à mon exemplaire de Dinard. Le segment buccal apode et achète qui borde la base de la tête est bas et porte de chaque côté, à la partie ventrale, un petit cirre qui a la forme des cirres dorsaux des segments sui- vants, mais qui, n'atteignant que 0™"',028 de haut sur 0°''",14 de large, est moitié moins grand. Il y a 3 cirres anaux dont 2 dorsaux et 1 ventral impair plus petit. Les soies sont réparties comme l'indique Marion. Je ne puis rien voir de la trompe. M. Gravier (3) classe avec raison la L. miranda dans la tribu des Lopadorynchidés. (1) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 2™^ partie, loc. cit., p. 308 et pi. XIII, fig. 183-185. — Depuis la publication de ce travail, j'ai dragué à Dinard un exemplaire de M. bidentata rempli d'œufs verts avec des soies nata- toires très fines à partir du 66™<= segment, semblables à celles que j'avais observées chez la Mystides limhata St-Jos. C'est un cas d'épitoquie de plus à constater chez les Phyllodociens. (2) Foir Anne] . Polych. des côtes de Dinard, 2"« partie, loc. cit., p. 314. (3) Contribution à l'étude des Annél. Polych. de la mer Rouge {Nouv. Arch. du Muséum, 4™« série, t. II, 1900, p. 391). 228 DE SAINT-JOSEPH. FAMILLE DES HÉSIONIENS Gr. HeSIONE PANTHERINA RisSO (i). Sous le phare d'Agaydans une pierre calcaire, un seul exem- plaire. Kefersteinia cirrata Kef. (2). Dans des Lithothamnion près du rivage de Sainte-Margue- rite, un seul exemplaire. PoDARKE AGILIS Ehl. (3). PoDARKK AGiLi^ Von Marenzeller, Zur Kennt. der Adriat. Annel. (Silzb. der K. Akad. der Wiss. zu Wien, 1874, S. A., p. n\. — — Marion, Sur les Annél. de Marseille [Rev. des Se. nat. Monipedier t. IV, 1875, tirage à part, p. 2). Mania — Qfg. Quatrefages, Hist. nat. des Annel., t. II, p. 104. A Cannes dans les Lithothamnion, un seul exemplaire femelle incomplet de 4 millimètres de long sur 0™™,40 de large avec 16 segments sétigères, coloré du côté dorsal par des raies transversales d'un brun clair, faiblement indiquées. La tête est exactement figurée par Ehlers. Les 2 T" segments avec les 2 1"' paires de cirres tentacùlaires, l'encadrent et sont plus serrés que pour les autres espèces de Podarke. Au 3"" seg- ment qui est bien détaché, le cirre supérieur de la 3" paire est arraché, comme il arrive si souvent, ce qui avait fait croire à Ehlers qu'il n'y avait qu'un cirre de chaque côté. Il n'y aurait donc eu que 10 cirres tentacùlaires en tout, et Quatrefages créa pour la P. agïlis le genre Mania. Mais la base de ce cirre reste à mon exemplaire, et il y a bien réellement 12 cirres tentacù- laires. Le genre Mania doit donc disparaître, ainsi que Font fait remarquer Von Marenzeller et Marion. Les cirres tentacùlaires les plus longs mesurent 0'"°',48, comme les cirres dorsaux qui ont aussi une base, tandis que les cirres ventraux, longs de 0"",16, n'en ont pas. Tout près de la base des cirres dorsaux, il sort une soie capillaire unique, longue de 0°'°',18, très fine (0"",0014), accompagnée d'un acicule, ce (1) Yoir Annél. Polych. des côtes de France, loc. cit., p. 329 et pi. XIH, fig. 131-144. (2) Foir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 2'"'' partie, loc. cit., p. 324 et pi. XIII, lig. 199-203. (3) Die Borstenwûrmer, p. 197 et pi. VIII, fig. 9-11. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTËS DES COTES DE FRANCE. 229 qui indique une rame dorsale rudimentaire. Marion (1) avait déjà observé le peu de fixité des rames dorsales chez la Podarke vmdescens Ehl. en constatant dans cette espèce la présence de soies fines dorsales qu'Ehlers n'y avait pas plus trouvées que chez la P. agïlis. Les soies composées du faisceau ventral ont un article unidenté et finement pectine, long de 0"™,126 L'intestin contient 2 petits Copépodes. Méditerranée. FAMILLE DES GLYCÉRIENS Gr. Glycera tridactyla Schmarda (2). Von Marenzeller (3), qui a eu sans doute entre les mains l'ori- gmai de Scnmarda, ne voit pas de différence entre son espèce et celle de Keferstein, Glycera convoluta (4), dont le nom plus récent doit disparaître. Un petit exemplaire dragué à 50 mètres dans un fond de vase et de Bryozaires, à Saint-Raphaël. Glycera tesselata Gr. (5). Glycera tesselata Ehlers, Die Borstenwûrrner, p. 654, et pi. XXIV, fig. 2, 9, 33, 34. — — Langerhans, Die Wurmfauna von Madeira [Zeits. fur Wiss. ZooL, t. XXXIII, 1879, p. 301, et pi. XVI, flg. 36). — — Von Marenzeller, loc. cit. suprà, p. 19. A Cannes, dans une pierre calcaire près de Sainte -Marguerite et dans un dragage à 70 mètres au large de la Bocca, 3 exem- plaires, l'un de 35 millimètres de long sur 1""",50 de large en avant, sans les pieds, l'autre de 20 millimètres ; le 3"^ de 15, ayant tous 70 segments bi-annelés. Très jolie coloration : mosaïque blanche sur fond rose dispa- raissant peu à peu dans l'alcool où le corps devient brun. (1) Étude des Annél. de Marseille {Ann. des se. nat., 6™'= série, t. II, p. 49). (2) Schmarda, Neue wirbell. thiere gesammelt auf einer reise uni die erde,. 1853-1857, It"- Band, 2'«^ Hâlfte, Leipzig, 1861, p. 97. (3) Ber, der Comm. fur erforschung des Œstl. Mittelm. PoJychEeten des Grundes, 1893-1894 {Denks. der K. K. Akad. der Wiss. zu Wien., t. LXXIV,. 1902, S. A., p. 18). (4) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 3'^'= partie, loc. cit., p. 27 et pi. 11, fig. 30-38). (5) Grube, Beschr. neuer odor wenig bekannt. Annel. (Arch. fiir naturg.,. 1863,, p. 41 et pi. IV, fig. 4). 230 DE SAINT-JOSEPH. 9 pseudo-segments bi-annelés à la tête; 4 antennes de O""',!^ de long. Pas de branchies. Soies simples dorsales ; soies ven- trales à article dentelé long de 0™°',21. Trompe courte globu- leuse avec 4 mâchoires n'offrant rien de particulier et très nom- breuses papilles caractéristiques, minces, allongées et rigides, 4e O^^'jiâô de haut sur 0"°',021 de large, bien figurées par Ehlers. OEufs de 0"",084 de diamètre. A Saint-Raphaël, 2 très petits exemplaires dragués à 50 mè- tres de profondeur dans un fond de vase et de Bryozoaires, dont l'un a 4 millimètres de long sur 1"'°',30 de large en avant, pieds compris, et 37 segments. Ce qui est caractéristique de l'espèce, outre les papilles de la trompe, c'est que les 2 mamelons inférieurs des pieds, arrondis et tronqués, sont très courts et à peine séparés l'un de l'autre par une fente. Méditerranée, Atlantique, Pacifique (mer du Japon). Draguée à 805 mètres de profondeur au nord de Candie dans l'expédi- tion de la Pola. FAMILLE DES CIRRATULIENS V. Garus. DODECACERIA CONCHARUM CEast. (1). A Cannes, un seul exemplaire dans une pierre calcaire du Batiguier. FAMILLE DES SCALIBREGMIDÉS Mg^r. SCLEROCHEILUS MINUTUS Gr. (2). Dans une pierre calcaire à l'est de Sainte-Marguerite, un seul exemplaire en tout semblable à ceux de Dinard. (1) Voir Annél. Polych. des côtes de France, loi. cit., p. 346 et pi. XX, fig. 160-161. — Ajouter à la bibliographie un important travail de MM. Gaul- lery etMesnil : Les formes épitoques et l'évolution des Cirratuliens {Ann. de VUni. de Lyon, fasc. 39, in-8°, 1898). (2) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 3""^ partie loc. cit., p. 104 et pi. V, fig. 126-145. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 231 FAMILLE DES OPHELIENS Gr. {incL Polyophthalmiens Qfg-.). Ophelia radiata D. Ch. (1). Ophelia radiata Claparède, Annél. du golfe de Naples p. 284, et pi. XXVI, fig. 1 ; pi. XXIX, fig. 1. — — Lo Bianco, Gli Annel, tubico. trovati nel golfo di Napoli [Atti dell' Accacl. délie seienze di Napoli, 2me série, t. V, 1893, p. 6). A Cannes, dans le sable tout le long du rivage, de la Croisette à la Napoule. Je n'ai pas à refaire la description détaillée de Claparède ; j'aurais aussi à renvoyer à celle que j'ai donnée de VO. neglecta Aimé Schneider (2). Il ne sera noté ici que les points sur les- quels l'O. radiata diffère de celle-là. Les plus longs exemplaires mesurent 50 millimètres de long sur 4""", 5 de large dans la l'*" région. Le corps, de couleur rose irisant, compte 32 segments, dont 31 sétigères et l'anal. La T" région cylindrique a 10 segments sétigères, dont le seg- ment buccal; la 2"" région, convexe du côté dorsal, séparée en deux par un sillon profond du côté ventral, a les 13 ou 14 1"' segments sétigères et branchifères chez des animaux bien adultes et de même taille (3). Lorsqu'il y a 14 paires de bran- chies, la dernière est trois fois plus courte que les plus longues qui atteignent 3 millimètres. Viennent ensuite 7 segments sétigères quand il y a 14 paires de branchies, et 8 quand il y en a 13, et enfin le segment anal achète. Les soies des 2 segments antéanaux sont plus longues mais sans l'être autant que chez \0. neglecta. Il n'y a pas de pores entre le faisceau dorsal et le faisceau ventral des soies de chaque segment, ni de lignes de pores aux segments branchifères. L'anus est entouré d'un cercle de papilles creuses, non ciliées, digitiformes, longues de 0'°",72 à 0"",84, au nombre de 16 en comptant les 2 prolongements papilliformes qui terminent les 2 replis ventraux de la 2™* région. Dans l'intérieur du corps, à chaque papille correspondent 2 colonnettes longitudinales à peu près aussi longues que les papilles, garnies de cils vibratiles très (i) Lumbricui radiatus Délie Chiaje. Voir pour la bibliographie, Claparède. (2) Toir Annél. Polych. des côtes de France, loc. cit., p. 369 et pi. XXI^ fig. 181-195 ; pi. XXlI, fig. 196-199. (3) J'observe aussi 13 segments branchifères chez un exemplaire de Naples. 232 DE SAINT-JOSEPH. actifs, et oscillant de gauche à droite et de droite à gauche. Le repli ventral de l'intestin se termine dans le 3"* avant- dernier segment par 2 valvules superposées, la supérieure avec 4 papilles digitif ormes et l'inférieure avec 5 ; les plus longues ont la même taille que les papilles anales. Le liquide cavitaire contient de nombreux amibocytes, pous- sant des pseudopodes, dont les plus gros atteignent 0"™, 05. Il contient aîissi beaucoup de cellules à bâtonnets bruns moins larges et moins longues (0'°°',22) que chezFO. neglec ta et entou- rées de beaucoup moins de protoplasma et de pseudopodes. M. Kunstler maintient contre Schseppi que ce sont des Bii- montïa Ophel'iarum (1). On n'avait encore trouvé ces corps bizarres que chez les Ophé- lies. Picton (2) en signale d'assez semblables en forme d'arc dans l'hœmolymphe de Notomastus [Tî^emomastiis] profondus Eisig. Méditerranée. POLYOPHTHALMUS PICTUSDuj. (3). Plusieurs exemplaires trouvés à Saint-Raphaël, dans des. algues à 2 et 15 mètres de profondeur, ayant 15 à 17 milli- mètres de long sur 1 millimètre à 1"'^,20 de large. Corps blanc ou brun clair avec plaques de mosaïques de points bruns irré- gulièrement distribuées sur le dos et sur les côtés, plus nom- breuses à la fin du corps, manquant sous le ventre. Le nombre des papilles anales est de 8 à 10 et celui des yeux latéraux varie de 10 à 16. Hesse en donne une description détaillée (4). A Cannes, dans une grosse éponge à 2 mètres de profondeur près de la Croisette 1 exemplaire : 12 millimètres de long sur 0™'",72 de large, 28 segments sétigères, se tortillant comme un JNématoïde, sortant sa trompe et ses 2 organes vibratiles ; (1) Kunstler et Gruvel, Sur quelques formations particulières de la cavité générale des Ophélies [Arch. d/anat. microsc, t. 11, 1898, p. 303 et pi. XUl et XIV.) (2) Picton, On the lieart body and cœlomic fluid of certain Polychœta [Quart. Microsc. Journal, 1898, p. 268 et pi. XXll, flg. 60). (3) Voir Annél. Polych. des côtes de France, loc. cit., p. 38K. — Ajouter à Phabitat : mer Rouge (M. Gravier). (4) Hesse, Unters. ûber die organe der Lichtempfindungbei nied. thieren. V. Die augen der Polych. Annel. {Zeits. fur wiss. ZooL, t. LXV, 1899, p. 484 et pi. XXIV, flg. 36-40). LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 233^^ 11 yeux commençant au 7"" segment. Pas de mamelon entre le& faisceaux de soies; 10 papilles anales digitiformes de 0"'",084 de long. Aux segments oculifères il n'y pas de mosaïque brun& sur les côtés. FAMILLE DES CAPITELLIEIVS Gr. Dasybranchus caducus Gr. (1). Sous le phare d'Agay et au nord de l'île de Sainte-Marguerite dans des touffes de racines de Posidonies, plusieurs exemplaires, de 12 à 15 centimètres de long sur 6 millimètres de large en avant, de couleur rose, moins résistants que les gros exem- plaires gris de Saint-Jean-de-Luz. FAMILLE DES MALDANIENS Sav. JOHNSTONIA CLYMENOÏDES Qfg. (2). Dans des pierres calcaires trouvées auprès de la Croisette, et au nord de Saint-Honorat, 3 exemplaires dont 1 entier de 50 mil- limètres de long sur 1°''",68 de large en avant, et 2 dont il n'y a que la partie postérieure. Sous le phare d'Agay, une partie antérieure de 17 segments, longue de 60 millimètres sur 2"°', 5 de large. L'espèce de Cannes, est semblable à celle de l'Océan, sauf que la teinte générale est rose et que les raies longitudinales blanches manquent. Signalée, je crois, pour la première fois dans la Méditerranée (3) .. Manche, Atlantique, Méditerranée. Petaloproctus terricola Qfg. (4). A Saint-Raphaël plusieurs exemplaires sous les pierres, dans. (1) Voir Annél. Polych. des côtes de France loc. cit., p. 387, et ajouter à la bibliographie : Me Intosh. Marine Annel. Polych. of S. Africa [Mavine investigations in S. africa, t. III, 1903, p. 70). (2) Voir Annél. Polych. des côtes de France, loc. cit., p. 395. (3) A propos des Maldaniens,'je dois indiquer que chez i CAymene {Praxilla). collaris Glpd. de Naples, j'ai trouvé, contrairement à l'opinion de Claparède, Lo Bianco et Orlandi, à tous les segments, même aux 3 premiers, des soies, pennées qu'on ne découvre qu'avec de forts grossissements. (4) Foir Annél. Polych des côtes de Dinard, 3'"« partie, loc. cit., p. 144 et pi. VII, fig. 180-188. — Annél. Polych. de la rade de Brest et de Paimpol. (Ann. défi Se. nat., 8™'= série, 1899, p. 182), 234 DE SAINT-JOSEPH. un petit tube de sable, semblables en tous points à ceux de Dinard. A Cannes sous le phare d'Agay. FAMILLE DES SABELLARIENS (Hermelliens Qfg-.) SaBELLARIA ALVEOLATA L. (1). Habitant en colonies des tubes de sable à 4 mètres de pro- fondeur près la pointe de la Croisette. FAMILLE DES AMPHARÉïIENS Gr. Sabellides octocirrata sars var. Mediterranea Marion (2) . PL V,fig. 104-105. A Saint-Raphaël, dans un dragage à 50 mètres de profondeur (fond de vase et de Bryozoaires) un exemplaire femelle de 6 millimètres de long sur 0"'",84 de large sans les pieds dans la région thoracique; 14 segments sétigères thoraciques et 15 abdominaux sans compter le segment anal achète. La tête arrondie en avant n'a pas d'yeux; peut-être ont-ils disparu dans l'alcool. Du côté ventral, partie antérieure du segment buccal formant lèvre bilobée. Les tentacules sont rétractés dans le pharynx. 4 paires de branchies cirriformes longues de 1"'°',20, dont 2 paires au segment buccal apode et achète et les 2 autres au segment suivant (1" sétigère); les soies limbées sortant d'un petit mamelon placé sous les branchies, sont assez difficiles à distinguer. Aux segments sétigères suivants, les pieds dorsaux, uniramés, sont saillants et triangulaires avec 5 soies supérieures plus longues et à limbe plus large que les 5 soies inférieures plus courtes et à limbe plus étroit. Au 4°"" sétigère, apparaissent les tores unci- nigères et à ce segment par exception, il y a un petit cirre en forme de lanière, long de 0""",10, entre le pied et le tore. Marion n'en parle pas, mais dans sa figure 5 et 5% il indique (1) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 3"« partie {loc. cit., p. 160) et ajouter à la bibliographie : Gourret, Sur quelques Annélides sédentaires du golfe de Marseille. {Assoc. Fr. pour l'avanc. des Se, Comptes rendus, 2"^ partie, p. 690. Session d'Ajaccio). (2) Marion, Dragages au large de Marseille {Ann. des Se. nat., 6'^" série, t. Vm, 1879, art. 7, p. 21 et pi. XVI, fig. 5). LES ANNELIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 235 à ce segment 2 pieds sétigères de chaque côté ; riin de ces pieds doit être probablement le cirre que je signale. Les tores uncinigères thoraciques ont 15 à 25 plaques onciales rétro- gressives à 4 dents qui, vues de face, sont simples et ne se décomposent pas en plusieurs denticules (fîg. 104). Le corps diminue de largeur à l'abdomen, où il n'y a plus ni pieds, ni soies, mais à tous les segments, de chaque côté, une pinnule saillante où sont implantées 13 à 15 plaques on- ciales avec soies de soutien. Vues de face, ces plaques, plus petites que celles du thorax, ont une l'^^ rangée transversale de 2 dents et 3 rangées superposées de 3 dents (fig. 105). Aux 13 derniers segments chaque pinnule est accompagnée d'un cirre fdiforme long de 0"'",10. Le segment anal se termine par 2 cirres qui ont 0"°',14 de long. Les œufs, d'un diamètre de 0'"",042, sont répandus dans l'abdomen, le thorax, et même dans les pieds. Méditerranée. FAMILLE DES TÉRÉBELLIENS Gr., Mgr. rev. Amphitrite rubra. Risso. Amphitrite rubra Von Marenzeller, Zur Kennt. der Adriat. Annel., IIP" beitrag (Sitzb. der Akad. der Wiss. zu Wien, t. LXXIX, 1884, p. 23, S. A., et pi. I, fig. 2). — A consulter pour la synonymie et la bibliogra- phie. A Cannes, à la Croisette dans une pierre calcaire trouée, à 2 mètres de profondeur, un petit exemplaire rose incomplet avec tentacules blancs ; dans un gros Madrépore au nord de Sainte-Marguerite, un exemplaire entier de 65 millimètres de long sur 4 millimètres de large dans la partie antérieure, 06 segments, couleur lie de vin et tentacules rouges, anus terminal entouré de très petits mamelons, 13 écussons ven- traux bien distincts et 8 autres plus indistincts. Papilles très distinctes aux 3""", 4™% 5"° segments, et plusieurs autres très indistinctes. Les tores uncinigères sont hauts, larges et sail- lants. La description de Marenzeller est exacte et je ne puis qu'y renvoyer. Méditerranée. 236 DE SAINT-JOSEPH. Amphitrite gracilis Gr. (1). A Cannes, dans une pierre calcaire du Batiguier, un exem- plaire de 10 centimètres, en tout semblable à ceux de Dinard. Terebella. lapidaria (Kàhler) L. (2). A Cannes, au milieu des tubes de Sabellaria alveolata L. près la pointe de laCroisette; à Saint-Raphaël, sous les pierres à la plage de la Péguière, plusieurs exemplaires, dont le plus long a 6 centimètres, en tout semblables à ceux de la Manche et des côtes de l'Océan. NiCOLEA VENUSTULA Mont. (3). PL V, fig. 106. A Cannes, dans les trous de pierres calcaires, à la pointe de la Croisette, au nord de Sainte-Marguerite et sous le phare d'Agay, plusieurs exemplaires semblables à ceux de Dinard avec un corps rouge brique moucheté de blanc, tentacules rouges et 2 paires de branchies. Un exemplaire jeune, dragué à 70 mètres de profondeur au large de la Bocca, a 12 milli- mètres de long sur l""",5de large, 16 segments sétigères, 31 ab- dominaux et une seule paire de branchies. Dans le liquide cavitaire d'un animal de 4 centimètres de long, j'observe des amibocytes, au stade fusiforme et au stade amiboïde avec pseudopodes (ces derniers ayant en moyenne Qmm Q2IJ Iq^^^ a^ fg^j^ semblables à ceux qu'a décrits et figurés M. Siedlecki pour la Polymnia nebulosa Mont. (4) ; j'y retrouve aussi dans l'intestin des Ulivina ellïptïca M.m^.(Sycia inopinata Léger) de 0"",075 de long sur 0°"",033 de large, à l'état céphalin avec un septum (fîg. 106) et 2 ou 3 Selenidinm (1) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, Z^" partie, loc. cit., p. 198 et pi. YIII, fig. 224. (2) Ibid., p. 202 et pi. VIII, fig. 225-229; pi. IX, fig. 230-231. (3) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 3'"'^ partie, loc. cit., p. 207 et pi. IX, fig. 235-240. — Ajouter à la bibliographie : Solowiew, Polychœten studien. I Die Terebelliden des Weissen Meeres {Annuaire du Musée Zool. de VAc. des Se. de St-Pétersbourg , 1899, n° 2, p. 214 et pi. XI, fig. 9). (4) Siedlecki, Quelques observations sur le rôle des amibocytes dans le cœlome d'un Annélide {Ann. de rinst. Paatcur, juillet 1903, p. 450 et pJ. Vlll,. fis- 1-2). LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 237 costatum Siedl.;, espèce découverte par M. Siedlecki (1), chez la P. nebidosa à propos de laquelle j'en parlerai plus loin. Lanice conchilega Pallas (2). Un seul exemplaire incomplet dans une pierre calcaire trouée, à r ouest de la pointe de la Croisette. PoLYMNiA NEBULOSA Mont. nec Jolinst. (3). A Cannes, dans les pierres calcaires trouvées à la Croisette, sous le phare d'Agay et dans un dragage à 70 mètres de pro- fondeur plusieurs exemplaires de 40 à 50 millimètres de long, d'un rouge sombre avec points blancs plus gros que ceux de la Nicolea venustula. Chez un de ces exemplaires je trouve dans l'intestin : î'''l° Une ou 2 Grégarines du genre Ulivina Ming. [Sycia iLéger) dont l'épimérite est enfoncé dans une cellule épi- théliale de l'intestin et dont l'épicyte est moins épais que celui de l'espèce de VAiidoinnia tentaculata décrite plus haut (4). 2" Plusieurs Grégarines du genre Selenidium Giard, longues de0"^'",10sur0""^,012, soitlibres (Gregarina Terehellm Kôll.) (5), soit encore à l'état céphalin fixées à une cellule épithéliale de l'intestin par un épimérite en pointe fine, et dans les deux €as se tordant lentement et offrant dans le dernier tiers du corps des sortes de découpures (fîg. 107) que Léger (6) pour le Platycystis [Seienidium] Audouiniœ où je l'ai constaté une fois, attribue à des contractions et Caullery et Mesnil (7) à un commencement de dégénérescence. Il me semble que les Sele- (1) Loc. cit., p. 454, en note. (2) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 3™*= partie, loc. cit., p. 2H et pi. IX, fig. 241-245. (3) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, Z^'' partie, loc. cit., p. 219 et pi. IX, fig. 246-255. (4) Yoir ci-dessus, p. 164. (5) Kôlliker, Beitr. zur Kennt. niederer thiere. I Gattung Gregarina {Zeits. fiii- wiss. ZooL, t. 1, 1847, p. 3 et pi. I, fig. 5 et 6) indique que cette Grégarine a des stries longitudinales et se meut en se tordant. Ce doit être un Seieni- dium. (6) Recherches sur les Grégarines [Tablettes ZooL, t. Ul, 1892, p. 89). (7) Sur quelques parasites internes des Annélides {Miscellanées Biol. dédiées au professeur Giard, etc.,in-4°, 1899, p. 87). 238 DE SAINT-JOSEPH. nidium fixés encore à l'intestin ne dépérissent pas déjà et que l'interprétation de Léger est plus vraisemblable. D'autres Selenidium libres de la même espèce ne présentent aucune décou- pure. Dans les trois états, les myonèmes longitudinaux sont bien distincts. 3° Un seul Selenidium costatiim Siedl., libre, long de 0""",14 sur 0°'°', 021 (fig. 108), auquel les 6 ou 7 sillons longitudinaux profonds qui parcourent la surface du corps donnent une physionomie bien particulière. POLYMNIA. NeSIDENSIS D. Ch. (1). A Cannes, un exemplaire incomplet dans une pierre trouée au nord de Sainte-Marguerite et un entier dans une pierre draguée à 70 mètres de profondeur. Celui-ci est semblable à ceux de Dinard. Corps de couleur orangée uniforme de 25 mil- limètres de long sur 3 millimètres de large en avant ; tenta- cules orangés ; 17 segments sétigères, 60 abdominaux et l'anal avec 8 franges courtes ; yeux nombreux ; 3 paires de branchies flabelliformes dont chaque ramuscule se termine par une courte fourche, la 3""" paire très petite. Soies limbées; plaques onciales distribuées comme je l'ai indiqué. Ce qui les distingue de celles de la Polymnia nebidosa, c'est que, vues de côté, on y distingue beaucoup mieux les 2 crêtes du vertex et que, vues de face, elles n'ont au-dessus de la grosse dent principale qu'une dent unique et non 2 dents parallèles. Pista cristata O.-F. Mùll. (2). A Cannes, dans le sable du rivage à la pointe de la Croisette, un petit exemplaire incomplet en mauvais état avec une seule paire de branchies. (1) Tofr Annél. Polych. des côtes de Dinard, 3™'' partie, loc. cit., p. 225 et pi. X, fig. 256-258. (2) Voir Annél. Polych de la rade de Brest et de Paimpol [Ann. des Sc.nat., S'"^ série, t. X, 1899, p. 188 et pi. VI, fig. 25-28).— Ajouter à la bibliographie : Solowiew, loc. cit., supra, p. 207 et pi. XIII, fig. 14. — Kupfl'er, 1'" Bericht Ostsee expédition. Berlin, 1873, in-foL, p. 152. — Gourret, Documents sur les Térébellacées et les Ampharétiens du golfe de Marseille {Mém. Soc. Zool. de France, t. XIV, 1901, p. 373). LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 239 ThELEPUS TRISERIALIS Gr. (1). Thelepus TRISERIALIS Von Mai'enzeller, Zur Kennt. der Adriat. Annel. (Sitzb. der Akad. der Wiss. zu Wîen, S. A. , p. 08, et pi. II, fig. 3). — — Ehlers, Die Polychœten der Magellanischen und Chilenischen Strandes, Berlin, in-4o, 1901, p. 212. A Cannes, dans un paquet de racines de Posidonies, au nord de l'île de Sainte-Marguerite, un exemplaire incomplet de 7 cen- timètres de long sur 7 millimètres de large dans la partie anté- rieure qui est renflée. Couleur gris rose, tentacules blancs longs et épais. Peau rugueuse. 36 segments sétigères suivis de 7 segments n'ayant que des pinnules uncinigères ; le reste du corps manque. 3 paires de branchies cirriformes, dont les plus longues ont 6 millimètres, disposées en 2 rangées transversales parallèles, aux 2™% 3"* et 4""" segments, séparées l'une et l'autre sur le dos par un court espace qui est plus large à la 1" paire qu'à la der- nière ; 14 branchies de chaque côté à la 1™ paire, 12 à la 2"'% 10 à la 3""^ où elles sont plus courtes. 1 5 écussons ventraux bien distincts. Papilles de chaque côté aux 4°''-7°"' segments. Soies limbées. Plaques onciales partout en rangée simple rétrogres- sive. Aux segments sétigères, elles sont bien telles que les figure Marenzeller. Aux pinnules qui font suite à ces segments, elles sont au nombre de 37 à chaque tore avec des soies de soutien ; elles ont alors, vues de face, 3 petites dents au vertex au-dessus des 2 dents parallèles qui dominent la grosse. Un autre petit exemplaire incomplet à Saint-Raphaël, dans les Zostères à 15 mètres de profondeur. Cette espèce est très voisine du Thelepus setosus Qfg. (2). Elle en diffère sur les points suivants : la peau plus rugueuse n'offre pas le dessin particulier au Th. setosus ; la couleur n'est pas la même ; les écussons ventraux sont plus distincts ; les plaques onciales, sauf aux tores des pinnules, n'ont qu'un seul denticule au lieu de 3 au-dessus des 2 dents parallèles qui dominent la dent principale et elles ont à la base, au-dessous du (1) Terebella triserialis Grube, Beschr. neuer oder wenig bekannt. Annel. {Archiv fur naturg., 1855, p. 118 et pi. IV, fig. 16). (2) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, S™*' partie loc. cit., p. 230 et pi. X, fig. 259-262. 240 DE SAINT-JOSEPH. bouton terminal, une échancrure très accusée, bien repré sentée par Marenzeller. Méditerranée. POLYCIRRUS CALIENDRUM Clpd. (1). Dans des pierres trouées et des Lithothamnion, au nord de Sainte-Marguerite, plusieurs exemplaires orangés à tentacules jaunes, ou rouges à tentacules rouges, semblables à ceux de Dinard. Une femelle mûre a 15 millimètres de long. POLYCIRRUS AURA.?JTIACUS Gr. (2). Dans des pierres du Batiguier, 2 exemplaires semblables à ceux de Dinard. FAMILLE DES SERPULIENS Burm. (Gr. Annul. Semper. char, emend.). Spirographis Spallanzanii Viv. (3). A Cannes, près la pointe de la Croisette et au Batiguier, habi- tant des tubes recouverts de vase et d'algues, sortant du sol et se dressant droits entre les pierres. La coloration du corps et des branchies est la même que celle des exemplaires du Croisic. Tous ont le lobe branchial en spi- rale à gauche. Sur 4 de moyenne taille, l'un a 8 segments séti- gères thoraciques de chaque côté, l'autre lia droite et 10 à gauche, le S""' 10 à droite et 8 à gauche, le 4""' 7 à droite et 8 à gauche. Un plus grand (20 centimètres dans l'alcool, y compris les branchies avec 280 segments) en a 8 de chaque côté. Au 167"* segment, il y a un pied à droite et 3 à gauche, de sorte qu'alors au 168""" pied de droite répond le 170™' pied de gauche. Enfin un animal de taille considérable de 45 centimètres dont 7 pour les branchies et de 1 centimètre de large avec (1) Yoir Annél. Polych, des côtes de Dinard, V^" partie loc. cit., p. 237 et pi. X, fig. 263-269. — Soulier, loc. cit., Mémoire n° J4, 1904, p. 45. (2) Jôirf., p. 239. — Soulier, loc. cit., p. 50. (3) Voir Annél. Polych. des côtes de France, loc. cit., p. 429. — Ajouter à la bibliographie : Soulier, Revision des Annél. de la région de Cette [Travaux de Vinst. Zool. de VUniv.de Montpellier, 2°^^ série, Mémoire n° 10, 1902, p. 8). LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 241 4 H segments sétigères a 10 segments thoraciques à droite et lia gauche. Les palpes mesm^ent 5 centimètres de long. Atlantique, Méditerranée. POTAMILLA REMFORMIS 0. F. MûU. (1). Dans une pierre trouvée, à 2 mètres de profondeur au sud de nie de Saint-Honorat, un exemplaire incomplet dans son tube. Dans un Coralliaire [Oculind]^ dragué à 70 mètres de profon- deur, je trouve une Potamilla sans tube qui en occupe l'axe .. Elle est en trop mauvais état pour que je puisse déterminer s'il s'agit d'une P. remformïs ou d'une P. torellï Mgr. Ce cas. est-il à rapprocher des cas de commensalisme de Géphyriens du genre Aspidosiphon et de divers Madréporaires étudiés par M. Bouvier (2) et Sluiter (3) ? Amphiglene Mediterranea Leydig (4). PI. V, fig. 109. A Cannes, assez nombreux exemplaires dans les Lithotham- nion, au nord de Sainte-Marguerite, semblables à ceux de Dinard.Les spermatozoïdes, longs en tout de O"""", 02, ontlaforme d'un bâtonnet cylindrique suivi d'une queue de longueur égale (fig. 109). Dasychone Lucullana D. Gh. (5). Sabella Lucullana Grube, Beschr. neuer oder wenig bekannt. Annel. (Arck. fur na- ture,., 1846, p. 46, et pi. II, fig. 3). — poLYZONos Gr., Grube, idem [Ibid., 1863, p. 63, et pi. VIII, fig. 5). . — viLLosA Qfg. Quatrefages, Hist. natur. des Annel., t. II, p. 441. (1) Yoiv AnnéL Polych. des côtes de Dinard, 3""^ partie, loc. cit., p. 292 et pi. XI, fig. 296-298. — Ajouter à la bibliographie : Soulier, Revision des An- nélides de Cette, Mém. 10,1902, p. 12. —Me Intosh, Marine Annel. (Poly- chcBta) of S. Africa {Marine invest. of S. Afriea, t. III, 1903, p. 81). (2) Le commensalisme chezcertains Polypes Madréporaires {Ann. desSc. nat., 1^^ série, t. XX, 1893, p. 1 et pi. I). (3) Die Sipunculiden und Echiuriden der Siboga-Expedition [Siboga-Exped. ,. 25°^^ Monographie, 1902). (4) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 3"« partie, loc. cit., p. 307 et pi. XI, fig. 315-322. — Ajouter à la bibliographie : SouUer, loc. cit.. Mémoire n»10, 1902, p. 1. (5) Sabella Lucullana. Délie Chiaje, Memorie III, p. 220 et pi. 42, fig. 21 ; Descrizione, etc., III, p. 92 et V, p. 94, pi. 96, fig. 23, fide Claparède. ANN. se. NAT. ZOOL., 9^ série. III, 16 242 DE SAINT-JOSEPH. Dasychone Lucullana Claparède, Annél. du golfe de Naples, p. 428, et pi. XXX, fig. 4. — — Claparède, Beitr. zur Entw. der Chœtopoden. Die Entw. von D. Lucullana [Zeits. fur wiss. Zool., t. XIX, 1869, p. 197, et pi. XVI, fig. 1). — — Roule, Esquisse du développement de la D. Lucullana (Rev. des Se. nat., Montpellier, 3™" série, t. IV, 1885, p. 463), — — Lo Bianco, Gli Annel.tubic, trovati nel golfo di Napoli [AttidelV Accad. délie Scienze di Napoli, 2™e série, t. V, 1893, p. 72). A Cannes, au milieu d'une colonie de Madrépores, à 4 mètres de profondeur au nord de Sainte -Marguerite, un seul exem- plaire de 2 millimètres de large et 20 millimètres de long, dont 8 pour les branchies avec 8 segments thoraciques sétigères et 50 abdominaux. Le corps coloré en brun clair, convexe du côté dorsal, est aplati du côté ventral. A tous les segments, il y a une grosse tache violet foncé entre le faisceau sétigère et le tore uncinigère. Du côté dorsal une autre tache violette est placée après les soies au thorax et après le tore uncinigère à l'abdomen ; assez forte au thorax, elle devient très petite à l'abdomen où elle finit par disparaître aux 33 derniers segments. Du côté ventral, à tous les segments, une grosse tache violette de chaque côté de la ligne médiane ven- trale et, par conséquent, du sillon copragogue, qui est aussi coloré en violet et qui s'arrête avant le 1" segment abdominal, sans passer sur le dos. Dans le dernier tiers du corps, chaque segment est coloré en violet foncé, du côté ventral, entre le faisceau de soies ventrales et la tache violette qui domine le sillon copragogue. La collerette basse, entière, largement ouverte du côté dor- sal, a 2 lobes ventraux rabattus sur le ventre. Les branchies, au nombre de 15 de chaque côté, avec la der- nière du lobe branchial du côté ventral, plus petite que les autres. Elles ont toutes 12 zones violettes, en arrière de cha- cune desquelles s'élèvent 2 appendices dorsaux de tissu cartila- gineux incolore, larges seulement de O"""",! à la base et finissant en pointe obtuse, longs de 0°'"',34 à 0°'°',40, plus longs donc et beaucoup moins larges que chez la Dasychone bombyx Daly (1). Les palpes ont l'"°',5 de long. Aucune des taches violettes (1) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 3™^ partie, loc. cit., p. 312 et 1. XII, fig. 332. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 243 du corps et des branchies ne me paraît contenir d'yeux. Les soies et les crochets aviculaires sont semblables à ceux de la D. bombyx (1). ... . Méditerranée. Ghone collaris Lang. (2). Dans les zostères à Saint-Raphaël, à 15 mètres de profon- deur, un exemplaire, incolore dans l'alcool, large de0°'°',84 et long de 10°'°',30 dont 3"'°',12 pour les branchies. De chaque côté de la tête un demi-cercle de 5 branchies réunies entre elles par une haute membrane palmaire qui s'élève à un peu plus de la moitié de leur hauteur (3). De nombreuses barbules ciliées sont disposées en double rangée du côté intérieur de chaque bran- chie qui se termine par un filament de 0"™,48 de long. Entre les 2 demi-cercles branchiaux, du côté ventral, sortent 2 am- poules labiales et s'élèvent, comme chez O^na Armandi Clpd. 2 filaments sans axe cartilagineux, longs de 1"°',80. La collerette, bien intacte du côté ventral, est simplement fendue du côté dorsal; elle est partout crénelée au bord, ce qui est le trait caractéristique de l'espèce. Ne pouvant que refaire la description de Langerhans, j'indi- querai seulement que la région thoracique comprend un 1"' seg- ment achète et 8 sétigères dont le 1"" n'a que des soies limbées dorsales placées au bas de la collerette et les suivants 4 soies lim- bées et 4 soies en spatule se terminant toutes par une pointe fine qui dépasse la spatule; du côté ventral, un tore de 21 à 24 crochets à long manubrium avec 3 ou 4 dents au vertex [loc. cz^.,fig. 29 /). La région abdominale se compose de 35 segments avec 5 ou 6 soies ventrales en baïonnette et un tore de 10 à 15 plaques onciales à base tronquée et vertex couvert de très nombreux denticules [loc. cit., fig. 29 d, e). Le segment anal, plus étroit que celui qui le précède, est arrondi (0°'",18 de diamètre) ; je n'y vois pas d'yeux. Atlantique, Méditerranée. (1) Loc. cit., p. 313 et pi. Xll, fig. 334-335. (2) Langerhans, Die Wurmfauna von Madeira III*" Beitrag. [leits. fiir wiss. Zool., t. XXXIV, 1880, p. 116 et pi. V, fig. 29). (3) Lang. Loc. cit., fig. 29 a. 244 DE SAINT-JOSEPH. Myxicola parasites Qfg. (1). Leptochone papasites Langerhans, Die Wurmfauna von Madeira, IVtcr Beitrag (Zeits, fûrwiss. ZooL, t. XL, 1884, p. 272, et pi. XVI, fig. 37). A Cannes, dans une pierre draguée à 70 mètres de pro- fondeur, au large de la Bocca, 2 exemplaires : l'un de 12 milli- mètres de long dont j2 millimètres pour les branchies, sur 0™"',75 de large en avant, l'autre de 16 millimètres de long, rempli de spermatozoïdes dont la tête n'a que 0'""',0032 de haut. Corps coloré en rouge; branchies incolores ; 35 segments en tout dont le buccal et l'anal achètes, 8 thoraciques sétigères et 25 abdominaux. Pas de collerette. Au dos du segment buccal achète, 6 à 8 yeux presque fusionnés, de chaque côté ; 2"^ segment avec 2 otocytes à un seul otolithe toujours en mouvement et rien que des soies capillaires à limbe très étroit (0°'",0028 de large). Aux 7 segments thoraciques suivants il y en a 5 ou 6 et il s'y joint 7 à 9 crochets à long manubrium (0"'"',049) birostrés comme les figure Langerhans. Aux 25 segments abdominaux qui font suite, les soies dispa- raissent et les crochets à long manubrium sont remplacés par une ceinture incomplète de très petites plaques onciales hautes de 0'""',015 exactement représentées par Langerhans (2). A partir du 4'°' segment thoracique, un œil brun (0""",01 1 de diamètre) de chaque côté à tous les segments ; le segment anal aplati en a 5 ou 6 de chaque côté et 2 grosses taches brunes. Deux demi-cercles chacun de 8 branchies avec barbules longues et grêles, réunies par une membrane mince et dia- phane au-dessus de laquelle elles se terminent par une partie nue sans barbule. Les palpes finissant en pointe, ont O'^^jSô de long. L'intestin est entouré d'un sinus rempli de sang vert comme les anses transversales, les 2 cœurs branchiaux du segmen buccal et les branchies. Marion (3) décrit sommairement un Eriographide qui offre (1) Quatrefages. Hist. nat. des Annel., t. II, p. 480 et pi. XVI, fig. II et 12. (2) Loc. cit., fig. 3 d, f. (3) Sur les Annél. de Marseille (iîeuwe des Se. nat. Montpellier, t. IV, 1875, tirage à part, p. 10). LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 245 presque tous les caractères de M. jiarcmtes et paraît être la même espèce. Atlantique, Méditerranée. Serpula yermicularis L. var. echinata Gm. (1). A Cannes, dans un dragage à 70 mètres de profondeur, au large de la Bocca, plusieurs exemplaires les uns rouges, les autres orangés avec zones blanches et orangées aux branchies, 2 centimètres de long sur 2 millimètres de large en avant, 7 segments sétigères thoraciques, 114 abdominaux dont les 47 avant-derniers avec soies capillaires et les 3 derniers sans -ces soies. Tube rouge presque droit a\ec carène médiane de dents plus fortes que celles des 6 carènes latérales. Comme Grube (2), je trouve les dents qui bordent l'opercule ■émoussées et moins distinctes que chez S. vermicularïs s. str. Hydroides uncinata Phil. (3) . Hydroides uncinata Soulier, Revision des Annél. de la région de Cette [Trav. de l'Inst.Zool. de l'Univ. de Montpellier, 2nie série. Mémoire n° 10, 1902, p. 44). A consulter aussi pour bibliographie. EupoMATus uNciNATus, Ehlers, Florida Annel. {Mem. of the Mus. of compar. Zool. at Harvard Collège, t. XV, 1887, p. 28o, et pi. LVIII, flg. 6-11). PL V, flg. 110-114. A Cannes sur une pierre draguée au nord de Sainte-Margue- rite, un seul exemplaire incomplet de 2 millimètres de large à la région thoracique. Corps rouge, 7 segments sétigères thoraciques; il ne reste que les 12 1'"' segments abdominaux. Branchies longues de 3 millimètres au nombre de 14 de chaque côté, à base brune, puis zones blanches et brunes. Chacune a environ 30 paires de barbules et se termine par une pointe nue de 0°'°',60 de long. Petit pseudo-opercule à droite. Opercule à gauche, atteignant 5 millimètres de haut avec le pédoncule qui a un anneau brun au-dessous de Topercule. Celui-ci, dont Ehlers donne une (1) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, 3°"^ partie, loc. cit., p. 328 et pi. XU, flg. 358-363. (2) Mitth. iibev die Serpulen mit besondererBeruck.ihrer Deckel [Jahresb. der Sehles. gesells. fur 1861. Breslau, 1862, p. 62). (3) Eupomatus imdnatus. Philippi, Ein. lîemerk. iiber die Gattung Ser pula, etc. {Ai'ch. fur naturg., 1844, p. 195 et pi. VI, lig. Q). 246 DE SAINT-JOSEPH. bonne figure [loc. cit., lig. 7), se compose d'un entonnoir haut de 0""",84, sur la moitié antérieure duquel se dessinent 30 côtes saillantes se terminant chacune par une dent triangu- laire mince, flexible, longue de 0°'",18, souvent un pou recourbée en arrière, et dont la base du côté intérieur tourné vers le creux de l'entonnoir, est armée d'un crochet long de 0™"',048 (fig. 110). Du centre de l'opercule s'élèvent 8 longues (1""°,25) épines cornées, jaunes, nues, parcourues par une anse vasculaire contenant du sang vert, larges de 0"™,12 à la base, finissant en pointe recourbée comme une griffe, formant cage (fig. 111). Ehlers,. à son exemplaire des côtes de Floride, observa à la base de chacune de ces épines un petit crochet [loc. cit., fig. 8) que je ne vois pas à Cannes (1). Il sem- blerait qu'à Cannes, ces petits crochets sont reportés à la base des dents qui bordent l'entonnoir. Collerette largement ouverte du côté dorsal, où elle est soudée à la membrane thoracique, formant 2 lobes latéraux ; entière, du côté ventral. Au l"" segment sétigère thoracique, 5 à 6 soies dorsales à 2 moignons, sans mamelons latéraux, dépassés par une pointe unie, légèrement inclinée en arrière, longue de 0°'°',26; il s'y mêle des soies capillaires à limbe étroit. Aux 6 segments thora- ciques suivants, du côté dorsal, rien que des soies à limbe un peu plus large et, du côté ventral, tores uncinigères teintés de brun avec les plaques onciales du genre à 6 dents. A l'abdomen, les tores uncinigères dorsaux, aussi teintés de brun, ont chacun 90 à 100 plaques à 5, 6 ou 7 dents. Les soies ventrales en forme de cornet comprimé et dentelé au bord, sont au nombre de 8 par faisceau. Plusieurs exemplaires d'une colonie d'^. uncinata venant de Naples, entièrement décolorés par l'alcool, diffèrent sur quel- ques points de celui de Cannes : 15 à 20 millimètres de long (1) Ces crochets de la base des épines, je les retrouve à un petit Hydroides dragué à Arcachon, au large du Phare, à environ 100 mètres de profondeur. Cet exemplaire, dont l'intestin contient de johes Podosira à endochrome vert, n'a que 5""™, 40 de long, dont 2™™, 40 pour les branchies, 6 segments thora- ciques sétigères et 41 abdominaux. Soies comme à l'ordinaire. Opercule avec entonnoir à festons arrondis et 14 épines centrales, ayant chacune 1 crochet à sa base. Ces épines ont une pointe très courte, sortant d'une base massive. S'agit-il d'une H. uncinata'l LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 247 sur 3 millimètres de large au thorax. Pas de partie nue termi- nale aux branchies. Épines centrales de l'opercule au nombre de 10, n'ayant que 0"'°',10 de haut. Dents de la bordure de l'en- tonnoir plus courtes (0™'",09 de haut sur 0°'"',06 de large à la base) et sans crochet à la base. A cette colonie d'^. undnata sont mêlés des tubes d'^. pec- t'mata Phil., H. trypanon Clpd., et H. lunulifera Clpd. L'^. pectinata ne me semble pas pouvoir être distinguée de 1'^. norvegica Gunn. (1), sauf que les épines de la couronne centrale n'ont pas de denticules sur la partie tournée vers l'intérieur de la couronne, et son nom doit disparaître comme le pense Von Marenzeller. Il en est de môme de 1'^. trypanon (2), qui n'est qu'une variété de VH. norvegica. Plusieurs exemplaires ont 13 milli- mètres de long sur 1 millimètre de large, 7 segments tho- raciques sétigères, 12 branchies de chaque côté de 2 millimètres de long sans partie nue terminale. Opercule à gauche ou à droite. Entonnoir festonné de 28 dents rondes, courtes, du centre duquel s'élèvent 15 épines plates, cornées, de 0"™,48 de haut, avec 2 ou 3 denticules de chaque côté (les jeunes n'en ont qu'une de chaque côté), sans denticule sur le côté plat tourné vers l'intérieur de la couronne (fig. 112). Il faut observer que ces épines ont pour base commune une colonne peu élevée partant du centre de l'entonnoir, peut-être comme chez YH, exaltata Marenz. Sudj. Annel., et qu'alors elles forment une sorte de second entonnoir dominant l'autre (fig. 113) sans toutefois que cette disposition soit aussi marquée que pour V Hydroides furcïferaGiY. Semper. A cause de cette particularité je crois qu'il y aurait lieu d'établir une variété : H. norvegica var. Trypanon Clpd. Quant à 1'^. lunulifera (3), c'est une espèce bien distincte : 25 millimètres de long sur 1 millimètre de large, 7 segments séti- gères thoraciques, 120 abdominaux, 22 branchies de chaque côté terminées chacune par une partie nue de 0°'™,36 de long. Soies (1) Annél. des côtes de France, loc. cit., p. 440 et pi. XXIII, fig. 248. (2) Claparède, Annél. du golfe de Naples, Supplément 1870, p. 163 et pi. XIV, fig. 4. (3) Claparède. Annél. du golfe' de Naples, p. 441 et pi. XXXI, fig. 3. — Lo Bianco, Gli Annel. tubic, etc., loc. cit., p. 85. 248 DE SAINT-JOSEPH. et plaques onciales thoraciques comme à l'ordinaire. Plaques onciales abdominales à 7 dents. Soies abdominales en calice comprimé au nombre de 8 par faisceau, remplacées par de longues soies capillaires aux derniers segments. Pseudo-oper- cule très petit en massue à droite. Opercule à gauche caracté- ristique à 14 épines centrales, nues, droites, de 0"°", 66 de haut, se terminant par une demi-lune ou ayant quelquefois l'appa- rence d'une ancre renversée deSi/iiapta digitata Mont. (fîg. 114) ; entonnoir bordé de 42 dents pointues tenant le milieu entre celles de l'entonnoir de \H. imcinata espèce de Cannes et de VH. uncinata espèce de Naples. Atlantique, Méditerranée. FiLOGRANA iMPLEXA Berk. (1). A Cannes, vivant en colonie dans de petits tubes calcaires blancs, dragués à 70 mètres de profondeur au large de la Bocca. Semblable à l'espèce de Dinard. Spirorbis cornu arietis Phil. (2). Spirorbis cornu ARIETIS Marion et Bobretzky, Étude des Annél. du golfe de Marseille [Ann. des Se. na ..6« série, t. II, 1875, p. 99 et pi. XII, fig. 27). — — — Caullery et Mesnil, Études sur la morphologie comparée et la phylogénie des espèces chez les Spirorbes [Bull, scient, de la France et de la Belgique, t. XXX, 1897, p. 213, et pi. IX, fig. 20). Sur des algues sous le phare d'Agay et dans un dragage à 70 mètres de profondeur. La description de Marion et Bobretzky est exacte. Mais les 5 soies particulières à aileron crénelé du 3""^ segment sétigère thoracique sont accompagnées de 6 soies capillaires fines dont la pointe est recourbée en arrière. L'état du seul exemplaire que j'examine ne me permet pas de m'assurer s'il y a au S""* segment thoracique les soies en faucille signalées par JVIM. Caullery et Mesnil. Méditerranée. (1) Voir Annél. Polych. des côtes de Dinard, S""^ partie loc. cit., p. 335 et pi. XII, fig. 366-369, pi. Xlll, fig. 370-374. (2) Philippi, loc. cit., p. 195 et pi. VI, fig. S. LES ANNÉLIDES POLYCHÈTES DES COTES DE FRANCE. 249 Vermiliopsis infusdibulum Lang. (1). Vermilia spirorbis Lang. Langerhans, ibid., p. 279. — MULTivARicosA MôTch. Von Marenzeller, Ber. der Commission fur Erforsch. der OEstl. Mittelm. VI Zool. Ergebn. II Polych. des Grandes (Denks. der K. Akad. dei^ Wiss. zu Wien, t. LX, 1893, p. 39, et pi. III, fig. 13). PI. V, fig. 115-117. On a attribué le nom de Vermilia infundibulum (Gm.) Phil. à 2 espèces différentes. L'une, décrite par Claparède (2) que suit Marion (3) et peut-être aussi Langerhans 1880 (4), puis par Lo Bianco (5) sous le nom de V. multivaricosa Môrcli, n'a que des soies limbées d'une seule sorte à tous les segments thora- ciques. L'autre, décrite par Langerhans 1884, puis par Von Marenzeller sous le nom àeVermilia multivaricosa^ a des soies limbées et des soies droites pointues aux 2 1"" segments séti- gères thoraciques d'après Langerhans, au 3 1"' d'après Maren- zeller, puis il s'y joint aux segments thoraciques suivants des soies en faucille précédée d'un limbe [soies d Apomatus) (6) ^ \\ /.fy 2./ 20 2S '^Joseph, de± Mâsson et C^.^, éditeur^ Imp l la£or,.tai2ie:Psr-zs. Nicoleijiih- 4nro. des . ^e . n-Cft . o ^'S 'f^J -z'-e^ Zool.r.J7I.Pl.2, W) 25 A 2.2 -^ 24 30 ^ ■- t..^ 54 57 W e S6 .r 26 .^5 î% ^^_^ \\\ H I / f\ èS 4-1 % é2 ST Jos epK, del. Ma.sson et C^.^jéditexu-s Imp .L -lafontalae .Fan?: . Nicoleijitk. Aii^iy. de^Sc. n£ct.^ f^^SéT'i-e^. Zooi.r.m. PI .3. ' I' 4F 51 '"^ 52 w. /;-. i^J i^4 .\'}^ _^p 55 ^ f 56 51 ï: 60 59 /. / : X 61. 62 %X 11 ^5 x\V'i î. Il n ^4 f\ .:> 't, c, 55 l/f A^V/^ ,-==»^r'^-^-% ^ 67 W. 68 66 .âè 21 S. Josepjij del. f \ ' V ' / 72 MsLsson et C^^, e diteurs. Irap . L. L albjxt aine , Pans . V 69 , I j Nicoler Jiih. Arm.c^eA- Sc-.n-a/y.fj': Se} ne-. Zooi. T. m. PL ^. 7.4f ,1a - % 7.7 i 13 5* Joseph, del. Mas s on et C^^, éditeurs . Imp . I -lafoniame ,Paris Nico2et,]i£k. Aiiny.d^^ Sc-.ruit. c)^ Série. Zooi.^ T.m.pi.fî 9^ 96 ^ 95 -^' V vv .\ . ^^'^ 1 1 ,^ h \ 99 101 m ^;V VX^-^ \ 102 Tir' :?0.:? i it)4 l^l i05 Évv IvvJ -^=rfcfc:;iS:jc;ei-^ 2 i^<9 \. ilO m i09 iî5 iU s 'f Joseph., del. Masson et C^^, éditeurs. Invp .L.L afont aine, Pans Nicole tjith. MASSON ET C'% ÉDITEURS LIBRAIRES DE l' ACADÉMIE DE MÉDECINE — 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS (vi«). VIENT DE PARAITRE Mission de Segonzac Explorations AU MAROC (Dans le Bled es Siba) PAR Louis GENTIL DOCTEnR ES SCtENCES MAITRE DE CONFÉRENCES A LA SORBONKE, MEMBRE DE LA MISSION OUVRAGE PUBLIÉ SOUS LE PATRONAGE DU COMITÉ DU MAROC Un volume petit in-4 tiré sur beau papier couché, et richement illustré de 223 figures d'après des photographies originales 12 /r. Le Maroc, ce pays autour duquel s'agitent de si graves discussions, est à peine et très partiellement connu. Malgré les nombreuses explorations, la plupart fran- çaises, dont il a été l'objet, il conserve tout l'intérêt des contrées neuves, tout l'attrait des pays mystérieux. Le Bled es Siba, la région insoumise, le domaine du Prétendant, demeurait jusqu'à ce jour pour l'Européen une terre presque vierge, beaucoup plus impénétrable que la plupart des régions du Centre Africain. — C'est à poursuivre son étude et son exploration que s'est consacrée la Mission de Segonzac, or"ganisée par le comité du Maroc et patronnée par plusieurs Sociétés scientifiques. L'ouvrage que nous présentons au public comprend le récit de quatre voyages effectués consécutivement dans le Bled es Siba par M. Louis Gentil, membre de la Mission, l'un dans le Nord du Maroc, les autres dans le Haut-Atlas. Dès son retour, M. L. Gentil a tenu à exposer le résultat scientifique de ses études. Au pinx d'artifices sans nombre, sous le costume d'un musulman modeste, s'efforçant de passer inaperçu, l'auteur s'est appliqué à parcourir des régions tout à fait inconnues. Non seulement il a traversé très rapidement les pays Mahkzen déjà étudiés, mais encore il a eu soin, dans le Bled es Siba même, de s'écarter des itiné- raires déjà suivis par des explorateurs tels que le vicomte de Foucauld et le marquis de Segonzac. C'est ainsi qu'il a parcouru, sur une étendue d'environ 300 kilom., le flanc méridional du Haut-Atlas, dans la vallée du Sous et la vallée du Draa et qu'il est parvenu à explorer le massif du Djebel Siroua qui forme le trait d'union entre la haute chaîne et l'Anti-Atlas, et qui n'avait été aperçu que de loin, grâce à son altitude de 3 000 mètres et ses crêtes neigeuses, par les explorateurs Rohlfs, Hooker, Thomson et de Foucauld. Cet ouvrage présente donc, surtout à l'heure actuelle, une importance de premier ordre et offre au public scientifique une ample moisson de renseignements inédits, tant géographiques que géologiques ou botaniques. TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE CAHIER Attitudes et mouvements des Annélides, par Georges Bohn. Les Annélides polychètes des côtes de France (Océan et côtes de Provence), par M. le baron de Saint-Joseph. CoRBEii,. — Imprimerie Éd. Crète. 82« ANNÉE. — IX-^ SÉRIE T. III. N"^ 5 et 6. ANNALES SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE COMPHENANT L'ANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIEES SOUS LA DIKECTION DE EDMOND PERRIER TOME m. — N°« 5 et 6 PARIS MASSÇliN ET C% ÉDITEURS LIBRAIRES DE l'aCADÉMIE DE MÉDECINE 120, BOULEVARD SAINT-GEKJIAIN (vi<=) 1906 Paris, 30 fr. — Départements et Étranger, 32 fr. Ce cahier a été publié en mai 1906. Les Annales des Sciences naturelles paraissent par cahiers mensuels. Conditions de la publication des Annales des sciences naturelles NEUVIÈME SÉRIE BOTANIQUE Publiée sous la direction de M. Ph. Van ïteghem. L'abonnement est fait pour 2 volumes gr. in-8, chacun d'environ 400pages, avec les planches correspondant aux mémoires. Ces volumes paraissent en plusieurs fascicules dans l'intervalle d'une année. ZOOLOGIE Publiée sous la direction de M. Edmond Perrier. L'abonnement est fait pour 2 volumes gr. in-8, chacun d'environ 400 pages, avec les planches correspondant aux mémoires. Ces volumes paraissent en plusieurs fascicules dans l'intervalle d'une année. Prix de l'abonnement annuel à chacune des parties, zoologie ou botanique Paris : 30 francs. — Départements et Union postale : 32 francs. ANNALES DES SCIENCES GEOLOGIQUES Dirigées, pour la partie géologique, par M. Hébert, et pour la partie paléontologique, par M. A. Milne-Edwards. Tomes I à XXII (1879 à 1891). Chaque volume 15 fr. Cette publication est désormais confondue avec celle des Annales des Sciences naturelles. Prix des collections : Première série (Zoologie et Botanique réunies), 30 vol. {Rare). Deuxième SÉRIE (1834-1843). Chaque partie, 20 vol. 2S0 fr. Troisième série (1844-1853). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Quatrième SÉRIE (1854-1863). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Cinquième SÉRIE (1864-1873). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Sixième série (1874 à 1885). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Septième SÉRIE (1885 à 1894,. Chaque partie, 20 vol. 300 fr. Huitième série (1895 à 1934). Chaque partie, 20 vol. 300 fr. Géologie, 22 volumes 330 fr. EXPLICATION DES PLANCHES. 257 Fig. 83. Soie en serpe hétérogomphe courte du 30'°"= segment (groupe infé- rieur de la rame ventrale). X 430. Fig. 86-89. Forme hétéronéréidienne mâle de Nereis rubicunda. Fig. 86. Tête (les palpes sont rabattus en dessous et les cirres tentaculaires ne sont pas représentés). X 20. Fig. 87. 7°i« pied. X 54. Fig. 88. 38°'e pied (i9'^'^ de la 2°'« région). X 54. Fig. 89. Segment anal vu du côté dorsal. X 54. Fig. 90-93. Ceratonereis punctata N. S> Fig. 90. Partie antérieure. X 23. Fig. 91. 18"'^ pied vu par derrière. X 80. Fig. 92. Soie en serpe hétérogorriphe. X 235, Fig. 93. Segment anal. X 20. Planche V. Fig. 94-95. Ceratonereis pimctataN. S. Fig. 94. Trompe extroversée vue du côté dorsal. X 12. Fig. 95. Trompe extroversée vue du côté ventral. X12. Fig. 96-98. Phyllodoee nana N. S. Partie antérieure. X 56. CiiTe ventral. X 56. Soie. X400. Fig. 99-J03. Eulalia (Pterocirrus) microcephala Glpd. 99. 15°!'' pied. X 16. Soie vue de côté. X 355. Papilles de la partie antérieure de la trompe au repos. X 64. Papilles de la partie postérieure de la trompe au repos. X 64. Fig. 103. Fragment de la tunique interne du ventricule. Fig. 104-105. Sabellides octocirrata Sa.rs var. MediterraneaMairion. Fig. 104. Plaque onciale thoracique vue de face. X 850. Fig. 105. Plaque onciale abdominale vue de face. X 1000. Fig. 106. Nicolea venustula Mont. Fig. 106. Vlivina ellipiica Ming. avec son épimérite, Grégarine parasite de l'intestin de N. venustula. Fig. 107-108. Polymnia nebulosa Mont, nec Johnst. Fig. 107. Seiemdmm dont l'épimérite est encore dans une cellule épithéliale [a] de l'intestin X 300. Fig. 108. Selenidium Gostatum Sieàl. X290. Fig. 109. Amphiglene Mediterranea Ley^^g' Fig. 109. Spermatozoïde. X 200. Fig. 110-111. Hydroides uncinata Phil. Fig. 110. Dent du bord de l'entonnoir avec son crochet, vue de profll. X 30. Fig. m. Épine cornée du centre de l'opercule. X 24. Fig. 112-113. Hydroides Norvegica Gunn. var. Trypanon Glpd. Fig. 112. Épine cornée du centre de l'opercule vue du côté qui est tourné vers l'intérieur de la couronne. X 50. Fig. 113. Opercule. X 17. ANN. se. NAT. ZOOL., Qe série. III, 17 Fig. 96. Fig. 97. Fig. 98. Fig. 99. Fig. 100 Fig. loi Fig. 102 258 DE SAINT-JOSEPH. Fig. 114. Hydroides lunulifera ClpJ. Fig. 114. Épine cornée du centre de l'opercule. X 28. Fig. 115-117. VermiliopsisinfundibulumLsing. Fig. 115. Ocelle de branchie. X 420. Fig. 116. Opercule (espèce de Saint-Raphaël). X9. Fig. 117. Opercule (espèce de Cannes). X9. Fig. 118-119. Pomatostegus poly tréma Phil. Fig. 118. Soie du l^'" segment thoracique vue de profil. X700. Fig. 119. Fragment de la même, vue de face. X 700. TABLE DES MATIÈRES Pages. Introduction ^^^ ANNÉLIDES DE SAINT-JEAN-DE- LUZ 147 FAMILLE DES APHRODITIENS Sav. s. str 147 Rarmothoe synaptas N. S 147 Psammolyce arenosa D . Ch 150 FAMILLE DES EUNIGIENS sensu Gr. 139 Eunice Kinbergi Ehl 1S9 Lumbriconereis impatiens Clpd 160 FAMILLE DES HÉSIONIENS Gr. ... 161 Eesione pantherina Risso 161 FAMILLE DES GLYCÉRIENS Gr 162 Goniada emerlta Aud et Edw 162 FAMILLE DES GIRRATULLIENS V. Garus 164 Audouinia tentaculata Mont 164 FAMILLLE DES ARIGIENS Aud. et Edw. (Sars, Mgr. rev.) 167 Aricia Cuvieri Aud. et Edw 167 Nainereis lœvigata Gr 167 FAMILLE DES CAPITELLIENS Gr. . 169 Notomastus exsertilis N. S 169 FAMILLE DES MALDANIENS Sav. 173 Clymene lumbricoïdes Qfg 173 Petaloproctus terricola Qfg 174 FAMILLE DES TÉRÉBELLIENS Gr. Mgr. rev 175 Terebella lapidaria (Kâhl.) L 175 Pista cretacea Gr 176 Polymnia nebulosa Mont. nec Johnst 176 Poly cirrus hsematodes Clpd 177 Distribution géographique des An- NÉL. POLYCH. DE SaINT-JeAN-DE-LuZ . 177 ANNÉLIDES DE CANNES ET SAINT- RAPHAEL 178 Pages. . FAMILLE DES SYLLIDIENS Gr 178' Syllis [Haplosyllis) hamata Clpd. . . . 178' — (Tyjjosyllis) variegata Gr 17*- — — proliféra Kr 179 — — KrohniiW^û 180^ — — vittata Gr 180 Ehlersia sexoculaia Ehl 181 Syllis gracilis Ehl 182 Xenosyllis scab7^a'Eh.\ 183 Pionosyllis longocirrata St-Jos 184 Eusyllis lamelligeraMa.r. etBobr... 183 Syllides longocirrata OErst 183 Odontosyllis gibba Clpd 185- — ctenosto7na GlT^d 185 Grubea pusilla Duj 185 — cZaua/a Clpd , 185- — tenuicirrata Clpd 185 Autolytus ornatus Mar. et Bobr 186 — pictus Ehl 186 — prolifer 0. F. Mûll 186 FAMILLE DES APHRODITIENS Sav. s. str 187 Ilermione hystrix Sav. nec Blv 187 Pontogenia chrysocoma Baird 189 Lepidonotus clava Mont 193 Rarmothoe spinifera Ehl var. Lang. . 193 — areolata Gr 193 — lunulataJ). Ch 194 Lagisca extenuata Gr 195 Sthenelaïs minor Pruv. et Racov 193 FAMILLE DES AMPHINOMIENS Sav 197 Euphrosyne foliosa Aud. et Edw. . . . 197 FAMILLE DES PALMYRIENS Schmarda 198 Chrysopetaliim débile Gr 198 FAMILLE DES EUNIGIENS sensu Gr. 199 Hyalinœcia tubicola 0. F. Mûll, .... 199 Eunice Harassii Aud. et Edw 201 — Claparedii Qfg 202 ' — iorquata Qfg. nec Pruv. et Racov 203 Eunice viltata D . Gh 204 — Slciliensis Gr 205 260 DE SAINT-JOSEPH. Nematonereis unicornis Gr Lysidice nînetta Aud. et Edw Lumbriconereis funclialensis Kbg.. . . — coccinea Ren Arabella S^-HUairii D. Gh Staurocephalus rubrovittatus Gr.-. . . FAMILLE DES LYCORIDIENS Gr.. Nereis pelagica L — diversicolor 0. F. Mûll — rubicunda Ehl — irrorata Mgr Ceratonereis punctaLa N. S Permereis cultrifera Gr Platynereis Dumerilii Aud. et Edw. FAMILLE DESPHYLLODOGIENS Gr. Phyllodoce nana N. S — splendens St-Jos Eidalia pallida Clpd — virldis Mûll — (Pterocirrus) macroceros Gr. — [Pterocirrus) microcephala Clpd Mystides [Prolomystides] bklenlala Lang Lacydonia miranda Mar. et Bobr.,. FAMILLE DES HÉSIONIENS Gr.... Ilesione pantherina Risso Kefersteinia cirrata Kef Podarke agilis Ehl FAMILLE DES GLYCÉRIENS Gr. . . . Glycera tridactyla Schniarda — tesselata Gr FAMILLE DES CIRRATULIENS V. Garus Dodecaceria concharum OErst FAMILLE DES SCALIBREGMIDÉS. Sclerocheilus minitlus Gr FAMILLE DES OPHÉLIENS Gr. (incl. Polyophtlialmiens Qfg.) Ophelia radia/a D. Ch Polyopht halmiis pictiis Duj FAMILLE DES^CAPITELLIENS Gr. Dasyhranchus 'Caducus Gr FAMILLE DES MALDANIENS Sav.. Johnslonia clymenoïdes Qfg Pelaloprocius terricola Qfg FAMILLE DES SABELLARIENS(/icr- melliens Qfg . ) Sabellaria alveolata L FAMILLE DES AMPHARÉTIENS Gr. Sabellides oclacirrala Sars var. Medi- tenmnea Marion FAMILLE DES TÉRÉBELLIENS Gr. Pages. 213 213 213 214 214 215 21.0 215 216 216 219 219 221 222 223 223 224 224 224 225 228 228 228 228 229 229 229 230 230 230 230 231 231 232 233 233 233 233 233 234 234 234 234 Mgr. rev 235 Pages. Amphitrile rubra Risso 235 — gracilis Gr 236 Nicolea venustula Mont 236 Lanice conchiiega Pallas 237 Polymnia nabulosa Mont, nec Johnst. 237 — nesidensis D. Gh 238 Pis/a crisfafa 0. F. Miill 238 Thelepus triserialis Gr 239 Poly cirrus caliendrum Clpd 240 Polycirrus aurantiacns Gr 240 FAMILLE DES SERPULIENS Burm. Gr. Seniper. char, emend 240 Spirographis Spallanzanii Viv 240 Potamilla reniformis O.F. Miill.... 241 Amphiglene Médite rranea Leydig... 241 Dasychone Lucullana D. Gh 241 Chone collaris Lang 243 Myxicola parasites Qfg 244 Serpula vennicularis L. . . , 245 Hydroides uncinata Phil 245 Filograna implexa Berk 248 Spirorbis cornu arietis Phil 248 Vermiliopsis infundibulum Lang.... 249 Pomatostegus poly tréma Phil 252 Apomatus similis Mar. et Bobr 252 Distribution géographique des Annél. PoLYCH. DE Cannes et Saint-Raphael. 253 PARASITES DES ANNÉLIDES POLY- CHÈTES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ ET CANNES. Grégarine {Selenidium ?) A'Iiesione pantherina Ulivina elliptica Ming. Grégarine d'Audouiîiia tentaculata Selenidium sp . ide^n Anoplophrya Brasili Léger et Dubosq idem Boliocystis, Grégarine de Notomastus exsertilis Nématoïde de Clymene lîimbricoï- des Loxosoma annelidicola P. Van Ben. etHesse de Petaloproctus terricola. Ulivitia elliptica id Boliocystis id Pterospora Matdaneorum Labbé et Racov . idem Discopits Synajjlœ Zelinka, Rotifère ectoparasite do Terebella lapidaria. Boliocystis de Polymnia nehulosa. . Nématoïde endoparasite de Polycir- rus hsematodes Ulivina elliptica de Nicolea venus- tula Selenidium costalum Sied, de N. ve- nustula et Polymnia nebulosa Ulivina elliptica de P. nebulosa Selenidium sp . idem Explication des planches 161 164 16a 165 172 174 174 174 174 174 175 176 177 236 237 237 237 254 RECHERCHES SUR LES ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYGHÈTES Par LOUIS PAGE AVANT-PROPOS On décrivait, autrefois, très simplement F organe segmen- taire des Annélides polycliètes : un tube, cilié intérieurement, s'ouvrant dans la ^cavité générale par un pavillon, et débou- chant à l'extérieur par un petit pore, situé latéralement. Cette conception est restée longtemps dans la science comme une sorte de schéma, s'adaptant, avec de légères modifications, à tous les types connus. Bientôt, cependant, Ed. Meyer démontrait que cet organe, si simple, était en réalité composé de deux parties bien distinctes, le pavillon et la néphridie proprement dite. Et, plus récemment, Goodrich, dans une suite de travaux fort remarquables, éta- blissait que chez les Annélides errants, la néphridie pouvait revêtir les formes les plus diverses, et que, dans certaines familles, elle se trouvait close dans le cœlome, portant à sa surface des cellules d'aspect entièrement nouveau qu'il appela les- solénocytes . D'autre part, il constatait que le pavillon avait, avec le tube excréteur, des rapports tout différents, suivant qu'on s'adressait à tel ou tel groupe, à des individus jeunes ou à des individus sexuellement mûrs. Ainsi, à la conception simpliste que se faisaient les ancien» auteurs de l'organe segmentaire, a succédé l'idée que celui-ci 262 LOUIS PAGE était au contraire très polymorphe et d\me extrême com- plexité. Frappé des variations si grandes d'un môme organe, dans une série aussi limitée, j'ai entrepris des recherches métho- diques sur l'appareil excréteur des Annélides polychètes errants, m' efforçant d'examiner, pour chaque famille, le plus grand nombre d'espèces possible, espérant ainsi trouver un lien entre toutes les formes qu'il peut revêtir, et retracer, en quelque sorte, les principales étapes de son évolution. J'ai pu me procurer les types suivants : Phyllodociens. Phyllodoce Paretti Blainv. — laminosa Sav. — mucosa CErst. Eulalia viridis Miill. — pallida Clp. — punctifera Gr. tiotophyllum polynoïdes CErst. Nephthydiens. Nephthys Hombergii Aud. et Ewd. — agilis Lang. — cirrosa Ehl. — cœca Fabr. Glycériens. ■ Glycera convoluta Kef. — alba Rathke. — ^ tesselata Gr. — gigantea Qfg. Goniada emerita Aud. et Edw. Syllidiens. Typosyllis proliféra Kr. Odontosyllis ctenostoma Clp. — fulgurans Clp. Typanosyllis zébra Gr. — Krohnii Clp. . Pterosyllis spectabilis Johnst. Pcedophyllax claviger Clp. — veruger Clp. Pionosyllis puUigera Krohn. "^rubea tenuicirrata Qfg. Sphserosyllis histrix Clp. Procereastea nematodes Lang. Autolytus pictus Ehl. ■Myrianida fasciata Miln.-Edw. Hésioniens. Hesione pantherina Risso. Kefersteinia cirrata Kef. Ophiodromus flexuosus D. Chia. Oxydromus propinquus Mar. et Bob. {Magalia) Syllidia armata Qfg. Lycoridiens. Nereis diversicolor 0. F. Mûller. — irrorata Mgr. — guttata Clp. — fucata Sav. — pelagica L. Perinereis cidtrifera Gr. Platynereis Dumerilii Aud. et Edw. Eunereis iongissima Johnst. EUNICIENS. Eunice (sp.?). — torquata Qfg. — Harassii Aud. et Edw. Hyalinœcia tubicola Mûller. Lysidice ninetta Aud. et Edw. Marphysa sanguinea Mont. — Bellii Aud. et Edw. Lumbriconereis Lalreillii Aud. et Edw. — impatiens Clp. Nematonereis unicornis Gr. Staurocephalus rubrovittatus Gr. Aphroditieiss. Aphrodite aculeata L. Hermione histrix Sav . Polynoe scolopendrina Sav. Lagisca exténua ta Gr. Lepidonotus squamatus L. — clava Mont. Hermadion pellucidum Ehl. ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 263 Amphinomiens. Euphrosyne foliosa Aud. et Edw. Ghrysopétaliens. Chrysopetalum fragile Ehl. Harmothoë setosissima Sav. Sthenelaïs fuUginosa Clp. — idunœ Rathke. Sigalion squamatum D. Chia. Pholoë synophthalmica Clp. Je prie M. Edmond Perrier. le savant directeur du Muséum d'Histoire naturelle, de vouloir bien agréer l'expression de ma profonde reconnaissance, non seulement à cause de la large hospitalité que j'ai reçue dans ses deux laboratoires de Saint- Vaast et de Paris, où ce travail a été achevé, mais aussi parce que je dois h. mon éminent maître les utiles conseils qui m'ont déterminé à l'étude des sciences naturelles. M. le professeur Pruvot a droit à ma plus vive gratitude. Je n'oublierai pas l'excellent accueil que j'ai trouvé en son labo- ratoire de Banyuls, ni l'honneur qu'il m'a fait en acceptant de juger la thèse que je présente à la Faculté. Je tiens à exprimer mes sincères remerciements à M. Ch. Gravier, qui m'a donné l'idée de ce travail, et dont j'ai si souvent mis à contribution la connaissance approfondie des Annélides. C'est grâce à M. Auguste Pettit, chef des travaux d'Histologie au Muséum, que toute une partie de mes recherches a pu être menée à bien. Avec une extrême complaisance, il m'a initié à la technique microscopique, et depuis n'a cessé de me guider dans mes études. Je garde le précieux souvenir de son concours et de sa sympathie. La plupart des Annélides, que j'ai eus entre les mains, ont été étudiés sur place, soit au laboratoire maritime de Saint- Yaast-la-Hougue, soit au laboratoire Arago, à Banyuls-sur-Mer. Quelques individus m'ont été envoyés vivants à Paris par M. Malard, auquelje suis heureux d'adressermes remerciements. Le présent mémoire est divisé en deux parties. Dans la pre- mière, je passe en revue les différentes familles de Polychètes errants, en décrivant le plus complètement possible leur organe segmentaire et les modifications qu'il subit à l'époque de la reproduction. La seconde partie, d'une portée plus générale, est consacrée à la recherche des homologies respectives de la néphridie et du pavillon cilié avec les organes correspondants des autres néphridiés. 264 LOUIS FAGE TECHxNIOUE J'ai employé concurremment la dissection ou la dissociation, l'examen par transparence et la méthode des coupes en série. Le procédé, qui de beaucoup m'a donné les meilleurs résultats, et qui dans bien des cas devient indispensable, est la dissection fine. Ce n'est pas, à vrai dire, le plus facile : les Polychètes errants sont, en général, sinon de petite taille, du moins extrêmement étroits, et une certaine habitude, qui ne s'acquiert qu'à la longue, est nécessaire pour isoler leurs néphridies. Je prenais un animal vivant, et après lui avoir enlevé trois ou quatre segments, je mettais ceux-ci dans de l'eau de mer, sous le microscope, ou mieux sous la loupe binoculaire. Avec des aiguilles très fines, j'ôtais le tube digestif et j'écartais les tégu- ments. Bientôt, à un assez fort grossissement, je ne tardais pas à apercevoir un tourbillon du liquide ambiant, occasionné par le mouvement des cils vibratiles de la néphridie. Il suffisait alors de débarrasser celle-ci de ses attaches avec les muscles ou le dissépiment pour l'observer, fonctionnant encore. Afin de faciliter ces recherches, j'ai injecté dans le cœlome, surtout pour les Neplithys et les Glycères, soit de l'encre de Chine, soit du carmin. Quelque temps après, quand on ouvre l'animal, on constate que les poudres colorées se sont rassem- blées dans l'organe phagocytaire juxtaposé à la néphridie. Un moyen plus rapide encore de déceler celle-ci, consiste, l'animal étant ouvert sur la ligne médiane dorsale et privé de son tube digestif, à ajouter à l'eau de mer, dans laquelle se fait l'observation, quelques gouttes d'une solution aqueuse concen- trée de Neuiralroth. Au bout de peu de temps, les téguments, les muscles deviennent roses, tandis que la néphridie se colore en rouge vif, grâce aux nombreux grains de' ségrégation qu'elle contient. Ce procédé a donc l'énorme avantage de mettre du même coup en évidence cette particularité structurale du tube excréteur. J'ai d'ailleurs largement employé les colorations vitales. Et, pour l'étude particuhère des solénocytes, j'ai fait usage, sur le ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 265 tissu frais, de coloration totale de la néphridie, obtenue après ou sans fixation, par le carmin ou le vert de méthyle. L'examen par transparence est le plus souvent rendu impos- sible par la grande quantité de pigments dont sont remplies les cellules épidermiques. Cependant, ce mode d'in\estigation m'a été utile, particulièrement chez les Syllidiens, qui se prêtent mal à la dissection. Enfin, la méthode des coupes, en même temps qu'elle servait à contrôler les résultats obtenus d'autre part, m'a permis de faire une étude histologique assez complète de l'organe segmentaire. Pour l'anatomie microscopique, j'ai employé de préférence,, comme fixateur, une solution de sublimé à saturation dans l'eau de mer additionnée de 5 à 10 p. 100 d'acide acétique. Cett& proportion d'acide acétique est nécessaire pour faciliter la pénétration du fixateur à travers la couche de mucus qui entoure extérieurement l'animal. La liqueur de Bouin, celle de Tellyes- niczky m'ont également donné de bons résultats. Pour des recherches histologiques plus précises, j'isolais l'organe à étudier et je le plongeais dans le liquide de Lindsay ou de Flemming, ou bien encore, dans certains cas (organes ciliés), dans le liquide de Merkel, auquel j'ajoutais une trace d'acide osmique. Les inclusions ont été faites à la paraffine, et les coupes pra- tiquées au microtome. L'adhérence sur la lame était obtenue, comme le recommande Henneguy, par une solution de gélatine à 1/500 dans l'eau. Le carmin aluné, l'hématoxyline ferrique, et après fixation aux liquides osmiés, le rouge Magenta ou la safranine sont les colorants que j'ai employés le plus fréquemment. Les colorations plasmatiques étaient faites soit avec le vert lumière, soit avec l'orange G. J'ai eu recours enfin k des méthodes spéciales pour la mise en évidence du réticulum des organes phagocytaires, et des vésicules de sécrétion. Le réticulum apparaît nettement sur les coupes, quand les pièces ont macéré dans une solution faible de bichromate de potasse, ou simplement dans du liquide de Merkel. J'ai obtenu la coloration élective des vésicules de sécré- tions en traitant mes coupes selon les indications de Weigert. 266 LOUIS PAGE HISTORIQUE Les observations relatives aux organes segmentaires des Annélides polycliètes se trouvent répandues dans un si grand nombre de mémoires, qu'il nous a paru impossible d'analyser, en tête de ce travail, tout ce que nos devanciers ont écrit sur la question. Nous retiendrons seulement, dans ce premier cha- pitre, les travaux qui offrent un caractère de généralité, nous réservant d'ailleurs, à propos de chaque famille étudiée, de compléter les indications bibliographiques à son sujet. Il faut remonter jusqu'en 1858 pour trouver le nom A'organes segmentaires dans la science. A cette date, parut un mémoire de Williams (1858), dans lequel l'auteur décrit et figure un organe segmentaire chez un grand nombre d'Annélides. C'est un tube cilié, communiquant avec l'extérieur par ses deux extrémités. Ce tube peut être ramifié comme chez l'Aphrodite ; ou bien, comme chez les Térébelles, sur lui vient se greffer un canal supplémentaire s' ouvrant dans le cœlome. Williams a considéré ces organes comme jouant un rôle prépondérant dans la formation des éléments sexuels. Ce serait dans le tube, d'après lui, que prendraient naissance les œufs et les spermatozoïdes pour tomber ensuite dans la cavité générale. De là, après maturation complète, ceux-ci seraient repris par les organes segmentaires pour être évacués au dehors. Ces fonctions, quelque peu compliquées, avaient attiré l'atten- tion de de Quatrefages (1865), qui, tout en acceptant l'existence de ces organes, bien qu'il n'ait jamais réussi à les mettre en évidence, se montre sceptique sur le rôle que leur assigne leur inventeur. « Lorsqu'on considère, dit-il, ce courant d'eau, sans cesse renouvelée, à l'intérieur d'un tube à parois minces, sur lesquelles viennent se ramifier de nombreux vaisseaux, il est difficile de ne pas songer aux moyens analogues, si souvent mis en œuvre, dans le but d'hématoser le sang. » Cependant Ehlers (1864-68), dans le chapitre des Borsten- wûrmer^ consacré à l'étude des organes segmentaires, maintient l'opinion qui fait de ceux-ci des canaux au service de la gêné- ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 267 ration. Il a même vu, chez quelques formes, des modifications se produire à l'époque de la reproduction : « die Form der Segmentalorgane kann sich zur Zeit der Geschlechtsthàtigkeit Teràndern, vielleicht durcli gesteigertes Wachsthum derWan- dungen, jedenfalls durcli passive Ausdehnung, welche durch die Anhâufung von Eiern oder Samen im Binnenraume des Organs veranlasst wird. Dièse Ausdehnung kann einen solchen Grad erreichen, dass die beiden Segmentalorgane eines Seg- mentes, wenn sie mit Geschlechtsproducten im hôchsten Maasse geladen sind, den ganzen segmentalraum anfiillen ». Mais, ces organes n'ont-ils pas d'autres fonctions? L'auteur se le demande; il est porté à croire qu'avant la maturité sexuelle, ils servent soit à la respiration, comme le pensait de Quatre- fages, soit à l'excrétion, suivant que le courant se fait dans le tube de dehors en dedans, ou de dedans en dehors. Avec Claparède (1868), la notion d'un rôle excréteur joué par l'organe segmentaire se précise. « Les anciens auteurs, ajoute-t-il, qui connaissaient au moins les ouvertures des organes segmentaires, ainsi Tréviramus, qui les décrit chez les Aphrodites, ainsi Délie Chiaje, qui les admet chez tous les Annélides et qui les mentionne chez plusieurs, les anciens auteurs, dis-je, attribuaient aux organes segmentaires une fonction tout autre. Ils les considéraient comme servant à l'in- troduction d'eau dans la cavité périviscérale. Cette opinion ne peut plus être soutenue. La direction du mouvement ciliaire dans le calibre du tube s'y oppose, comme aussi ce fait que l'ouverture interne de l'organe segmentaire paraît faire défaut dans certains cas. » Claparède ne nie pas que ces organes puissent servir à conduire au dehors les éléments sexuels mûrs, mais il ne l'admet (1873) qu'avec beaucoup de réserves. Il pense, en tout cas, que, comme « ils existent dans les segments antérieurs de bien des Annélides, chez lesquels les ovules elles zoospermes ne pénètrent jamais dans cette région », ils doivent avoir d'autres fonctions; une partie seulement des organes segmentaires se chargeraient du rôle d'appareil efférent de la génération. Ainsi, peu à peu, depuis Williams et de Quatrefages, avec Ehlers, Claparède, se dégage ce fait que l'organe segmentaire 268 LOUIS PAGE sert à la fois à l'excrétion et à l'expulsion des produits sexuels. Les données anatomicj^ues deviennent en même temps moins vagues. Déjà \qs Borstenwûrmer renferment des dessins, incom- plets il est vrai, mais souvent exacts, et Claparède nous fournit des indications très précieuses, principalement au sujet des Alciopiens, des Euniciens et des Lycoridiens. Désormais, les auteurs signalent dans leurs travaux, chaque fois qu'ils le peuvent, la présence et la forme de l'organe seg- mentaire. Tous ces renseignements isolés, qu'il faut chercher surtout dans des études faunistiques, trouveront leur place au cours de ce travail. Nous devons toutefois une mention spéciale aux mémoires de Semper et de Balfour qui ont tenté tous les deux, presque en même temps, un rapprochement entre l'appareil excréteur des Annelés et celui des Vertébrés. Semper (1875-76) fut frappé delà ressemblance que présen- tent les organes rénaux des embryons de Squales avec ceux des Annélides. Dans l'un et l'autre cas, à chaque segment corres- pond un tube rénal, s'ouvrant à l'intérieur par un pavillon vibratile ; mais, tandis que chez les Annélides chaque organe s'ouvre isolément au dehors, c'est dans un canal commun que les reins segmentaires des Squales viennent aboutir. Cette ressemblance n'est que passagère ; bientôt, le rein des Séla- ciens se transforme et acquiert ses caractères définitifs. Sem- per considère clone le système excréteur des Annélides comme marquant une étape embryonnaire de celui des Ver- tébrés. C'est aux mêmes conclusions qu'aboutit Balfour (1876). Deux ans plus tard, Hatschek (1878) publiait le curieux développe- ment du Polyc/ordius^ ce qui rendait le parallélisme encore plus frappant puisque, là aussi, il était question de néphridies provi- soires. Aussitôt Balfour (1885) élargit sa théorie. Reprenant une idée émise parFûrbringer (1878), il écrit : « The excretory organs of the Platyelminthes are in many respects similar to the provisional excretory organ of the trochosphere of Polygordius and the Gephyrea on the one hand, and to the Vertébrale pronephros on the other; and the Platyelminth excretory organ with au anterior opening might be regarded as ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 269 having given originin to the trocliospherorgan, whil tliat witli a posterior opening may hâve done so for the Vertébrale pronepliros ». Bien qu'Hatschek soit très affirmatif sur Fexistence d'un double canal longitudinal en rapport avec la néphridie lar- vaire, et se fragmentant pour donner naissance aux organes segmentaires de l'adulte, le fait, on le voit, peut prendre une telle importance au point de vue pliylogénétique, qu'une confirmation en serait nécessaire, d'autant plus que ce stade intéressant a complètement échappé à Fraipont (1887). « Je n'ai pu, dit-il, assister à la formation de ces deux canaux longitudinaux du tronc. Quand j'ai observé les premiers organes segmentaires du tronc chez la larve, ils étaient déjà isolés les uns des autres, dans chaque somite. » Depuis Williams, beaucoup d'auteurs, au cours de leurs travaux, avaient consacré quelques lignes à la description des organes segmentaires, mais aucun ouvrage d'ensemble n'avait encore été publié sur ce sujet. Cosmovici (1879) voulut combler cette lacune. Il étudia plus spécialement le groupe des Annélîdes sédentaires dont il passe en revue quelques- unsdes principaux types, et, parmiles errants, dit quelquesmots des organes segmentaires des Sthenelcâs Idunse Rathke, Nereis bilineata D . Chia., Marphijsa sanguinea "^oni. Pour lui, l'organe segmentaire se compose de deux parties bien dis- tinctes : une partie glandulaire à fonction excrétrice qu'il appelle l'organe de Bojanus, et le pavillon vibratile, auquel il réserve le nom d'organe segmentaire proprement dit. Il résume ainsi les conclusions de son mémoire : « Chez les Annélides sédentaires on trouve deux sortes d'organes : 1° des corps de Bojanus variant suivant les genres et les espèces quant à leur nombre et à leur disposition ; 2° des organes segmentaires, offrant les mêmes variations, tantôt indépen- dants, tantôt venant s'attacher sur les corps de Bojanus, et empruntant à ces derniers leurs ouvertures extérieures ; leur fonction étant de recueilhr les produits de la génération flottant dans la chambre viscérale et de les verser au dehors. » Chez les errants il n'a rien vu de semblable au corps de Bojanus des sédentaires : « l'organe segmentaire nous 270 LOUIS FAGE paraît consister en un tube plus ou moins long, surmonté d'un pavillon très large, cilié, à deux lèvres, qui le met en communication avec la cavité du corps ; ce tube s'ouvre à l'extérieur par un pore. Chaque paire d'organes segmen- taires n'est en communication qu'avec l'anneau qui la con- tient ». Le mémoire de Cosmovici a été très violemment attaqué, surtout lorsque des travaux ultérieurs parurent, qui mon- trèrent que la plupart des faits invoqués par l'auteur pour justifier sa théorie, étaient inexacts. Néanmoins nous verrons, bien que ceci puisse paraître paradoxal, que, si la partie anatomique du travail de Cosmovici doit rester dans le domaine historique de la science, il y aurait peu de chose à changer à ses conclusions pour les mettre en accord avec ce que nous savons actuellement sur la morphologie des organes segmentaires. Eisig, après avoir décrit dans un premier mémoire (1879) les organes segmentaires des Capitelliens, leur consacre, dans la belle monographie qu'il a faite de cette famille (1887), un grand chapitre, suivi de considérations générales sur l'appareil excréteur des vers. Les organes segmentaires, dit-il en substance, servent à la fois à l'expulsion des produits génitaux et à l'excrétion. Dans le premier cas, la néphridie s'adapte presque toujours à sa nouvelle fonction. La plupart de ces modifications temporaires se traduisent par une augmen- tation de volume de l'organe tout entier ou seulement d'une de ses parties. Quanta la fonction excrétrice, elle est double : «■ die Nephridien haben daher eine doppelte Function, namlich erstens die, die durch das Blut ihren Drûsenzellen zugefiihrten Vorstufen von Excreten in endgiiltige, durch die Nephridiumkanâle zu eliminirende Excrète ûberzufiUiren, und zweitens die, vermôge der Trichter (und denselben Kanàle) feste, in anderen Nierenorganen zur Ausscheidung gelangte endgiltige Excrète aus dem Côlom herauszu- schafîen ». Ainsi Eisig attira de nouveau l'attention sur les modifica- tions que peuvent subir les organes segmentaires au moment de la reproduction, et montra que le pavillon vibratile ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 271 servait à recueillir, outre les produits sexuels, les excréta solides de l'organisme. Cunningham (1888), après une critique un peu vive, peut- être, de la théorie de Cosmovici, passe en revue les organes segmentaires des Arenicola marina L., Cirratulus drratus O.F. MiilL, i\^erme cirratulus^ D. Chia., iVm/ze coniocephalus Johnst., Lanice conchilega PalL, Pectinaria belgica (Pall.) Nereis virens Sars. Partout, sauf chez la Ne?'eis, le large pavillon de la néphridie donne passage aux éléments génitaux. Pour celle-ci, le seul mode de dissémination sexuelle paraît être la déliiscence des téguments. Le néphrostome trop étroit et le tube néphridial fortement contourné s'opposent matériel- lement à l'accès des œufs ou des spermatozoïdes. De même. Ed. Meyer (1886-88) s'est principalement occupé des Annélides sédentaires, mais les conclusions qui se déga- gent de ses études sont tellement importantes qu'il est néces- saire que nous les signalions. L'auteur décrit chez les séden- taires deux sortes de néphridies, les néphidies thoraciques et lesnéphridies abdominales, différant anatomiquement et physio- logiquement. Les premières ont un néphrostome étroit, un tube néphridial très développé et jouent un rôle uniquement dans la sécrétion : les deuxièmes, munies d'un large pavillon que prolonge un court canal cilié, servent surtout de conduits vecteurs, à l'époque de la reproduction. Trautzsch (1889) pensa pouvoir établir aussi chez les Aphroditiens une distinction entre les néphridies anté- rieures et les néphridies postérieures. Celles ci, correspondant aux néphridies abdominales des sédentaires, perdraient leur rôle excréteur au moment de la reproduction pour servir seulement de conduits vecteurs ; alors que les néphridies antérieures resteraient toujours excrétrices. Nous verrons ce qu'il faut penser de cette opinion. En étudiant le développement de la Polymrûa nebidosa Mont. , Meyer a constaté que la larve possédait une néphridie cépha- lique close du côté interne, ne communiquant pas avec la cavité générale. Puis ]es ébauches des néphridies défini- tives apparaissent sous la forme de cordons cellulaires pleins qui, se développant de plus en plus, vont à la rencontre du 212 LOUIS PAGE rudiment du pavillon. Celui-ci a pris naissance aux dépens de l'épithélium péritonéal. L'organe segmentaire aurait donc deux ébauches bien distinctes. « Durch diesen rein anatomischen Befund und noch mehr den ontogenetischen Entwicklungs- modus, den wir bei Polymnia nebulosa kennen gelernthaben, ist die Angehôrigkeit der Nepliridialtrichter zum Perito- neum sicher gestellt... Die Lage ferner derganzen schlauchfôr- migen, excretorischen Tlieile zwischen Peritoneum und Leibeswand, so wie ilire von den Tricliteranlagen unabhàngige Bildung ans eben so gelegenen Zellen in der Larve, lasst die Vermûthung zu, dass die Nephridialschlaiiche einem retro- peritonealen Gewebe entstammen und somit von den Peri- tonealtrichtern morphologisch verscheiden seien. » Et l'auteur est ainsi amené à se demander si les pavillons ciliés et les tubes népliridiaux ne sont pas chacun une unité morphologique, dont l'association formerait l'organe segmen- taire tout entier. Goodrich, dans son mémoire de 1895, répond catégori- quement à la question, et montre que jusqu'à présent on a confondu sous le nom de néphridie deux organes totalement différents quant à leur origine et quant à leur fonction : la véritable néphridie, essentiellement excrétrice, et le pavillon, correspondant morphologiquement au conduit génital. On peut donc dire que nos connaissances précises sur les néphridies et leur signification morphologique datent des travaux de Meyer pour les sédentaires et de Goodrich pour les errants. Celui-ci, de 1897 à 1900, publia une série d'études sur les néphridies desPolychètes, qui ne sont que la confirmation de la théorie soutenue par lui en 1895. Il montra que, chez certains types, la néphridie est normalement close et que, seulement au moment de la reproduction, elle communique avec le cœlome par un large pavillon chargé de recevoir les produits sexuels. C'est à lui également que nous devons la découverte importante des solénocytes, ces curieuses cellules, comparables aux flammes vibratiles des Rotifères et des Pla- thelminthes. PREMIERE PARTIE CHAPITRE PREMIER PHYLLODOCIENS Les premières indications relatives à l'organe segmentaire des Phyllodociens nous sont données par Huxley (1856). Dans une courte notice sur la PhyUodoce virïdis il indique la présence d'un petit canal cilié s'ouvrant directement à l'extérieur, à la base du pied. Claparède, beaucoup plus tard (1863), signale chez une PhyUodoce^ d'espèce indéterminée, une capsule blanchâtre, qu'il figure au voisinage duparapode. L'auteur ne se prononce pas d'une manière catégorique sur la signification de cet organe, mais il y a tout lieu de croire qu'il s'agit simplement d'une glande pédieuse, bien développée, et facilement visible par transparence. Ehlers (1864) se montre également peu renseigné sur les organes segmentaires des Phyllodociens. Il est d'ailleurs très bref à ce sujet : « ich vermiithe, dass die segmentalorgane in den hohlen Trâgern der Ruckencirren oder in der Ruderbasis liegen ». Tout était donc encore à faire sur ce point, lorsque Gravier (1896) entreprit ses recherches sur les Phyllodociens. Il étudia avec grand soin leurs néphridies, et attira particulièrement l'attention sur les modifications considérables qu'elles subissent à l'époque de la reproduction. Malheureusement l'auteur, n'ayant pu les observer sur le vivant, ne reconnut pas la pré- sence des solénocytes. C'est à Goodrich (1900) que nous devons la description de ces intéressantes cellules. Il les figure chezla, PhyUodoce Pm^etti ANN. se. NAT. ZOOL., Qe série. III, 18 274 LOUIS PAGE Blainv., la Phyllodoce laminosa Sav., et VEteone sipJionodonta D. Chia. Il montre que la néphridie des individus immatures est normalement close dans le cœlome et que, secondairement, en même temps que les cellules sexuelles, se développe un pavillon cilié, servant à l'expulsion des produits génitaux. Mes recherches ont porté sur un grand nombre de types, choisis parmi les trois genres : Phyllodoce, Eidalia, Noto- phyllum. J'ai examiné plus spécialement la Phyllodoce Parettï Blainv., la Phyllodoce laminosa Sav., la Phyllodoce mucom OErst., VEiflalia iwidis MulL, YEidalïa pcdlida Clp., VEidcdia pimctifera(jY., le Notophylliim polynoïdes OErst. Pour la plupart, les Phyllodociens sont des Annélides très étroits et, par conséquent, d'une dissection pénible. M'étant cependant rendu compte que la méthode des coupes était insuf- fisante pour étudier l'anatomie fine de l'organe segmentaire, j'ai dû recourir à des dissections pratiquées sous la loupe et à des dissociations sous le microscope. C'est ainsi seulement que j'ai pu mettre en évidence les différentes formes de solénocytes qui terminent la néphridie, et leur rapport avec celle-ci. Considérée dans son ensemble, la néphridie des Phyllo- dociens est fort simple. C'est un tube, légèrement sinueux, partant d'un pore néphridial, ventralement situé, à la base du parapode, et cheminant parallèlement à l'axe du corps, tout en se rapprochant peu à peu du plan médian de l'animal. Il ren- contre le dissépiment, le traverse et se termine dans l'anneau précédent par un bouquet de solénocytes. Cette disposition générale se retrouve dans toutes les formes que j'ai examinées à ce point de vue. Les différences que l'on rencontre portent uniquement sur des variations de détails, et principalement sur les ramifications terminales de l'organe. De telles néphridies se trouvent au nombre d'une paire dans chaque anneau du corps, sauf dans les premiers et les deux ou trois derniers. Le nombre des segments antérieurs dépourvus de ces organes, bien que n'étant pas constant, est toujours réduit. VEidcdia viridis Midi, en possède à partir du troisième sétigère ; il en est de même pour le Notophyllum polynoïdes OErst. Seuls, parmi les Polychètes errants, quelques types de ^] 1- - <^ ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 275 "Syllidiens ont des organes excréteurs dans les premiers seg- ments du corps. Je vais décrire en détail l'organe segmentaire de YEulalia viridis MulL, espèce très commune, principalement sur les bords de la Manche; je passerai ensuite à l'examen des différentes formes qu'il m'a été possible de me procurer. Si l'on dissèque avec soin une Eulalia viridis MiilL jeune, alors que les produits génitaux ne soat pas encore formés, on peut voir, sous une très forte loupe, à chaque segment, l'extrémité de lanéphridie flotter bbre- ment dans le cœlome. . La néphridie est ou bien simple, ou bien rami- fiée ; mais, dans ce cas, le nombre des ramifi- cations, très variable, ji'est que rarement su périeur à trois. Chacune de ces ramifications, examinée à un fort gros- pig. l. —Extrémité terminale de la néphridie :Sissement ffî"" 1] se ^^ VEulalia virldls Mûll. Vue de face, x 574. montre comme étant une terminaison en cul-de-sac du tube néphridial. L'extrémité en est renflée, arrondie, et légèrement aplatie sur ses bords, de manière à prendre de profil (fig. 2) une forme lenticulaire très accusée. Le plus grand diamètre peut atteindre 50 (x. De chaque extrémité partent, en éventail, un grand nombre de tubes rigides qui viennent aboutir à une masse cellulaire plus ou moins compacte, ce sont les solénocytes. La forme des solénocytes est tout à fait caractéristique. Ils ne sont pas isolés les uns des autres, mais soudés parleur protoplasme. Quelques- uns peuvent être indépendants ou réunis trois ou quatre en un même groupe. On voit alors qu'ils se composent chacun d'un noyau, entouré d'une couche peu épaisse de cytoplasme, le tout juché au sommet d'un long tube, à l'intérieur duquel s'aperçoit un flagellum mobile. Les tubes, hyalins, transparents, tra- ii^ 276 LOUIS FAGE versent la paroi de la néphridie et s'ouvrent dans la cavité néphridiale. Ces tubes sont creux; à leur intérieur se trouve un long flagellum, inséré au voisinage du noyau et qui bat d'un mouvement hélicoïdal. L'extrémité des flagellums pénètre dans la néphridie et y détermine un remous incessant. A chaque tube flagellifère correspond un noyau. Le meilleur moyen pour le mettre en évidence sur le tissu frais, consiste à ajouter quelques gouttes d'une solution de vert de métliyle à l'eau de mer dans laquelle baigne l'organe. .« Aussitôt, au sein de la masse cyto- plasmique, d'une épaisseur moyenne de 10 [y., se dessinent des noyaux nom- breux, mesurant 6 fx de diamètre, et se colorant intensivement en vert. Si l'ac- tion du colorant se prolonge, on voit également le flagellum intratubulaire % prendre une teinte verte très nette au voisinage du noyau. Ce flagellum paraît t. s'insérer directement sur le noyau, comme c'est le cas pour nombre de ' ' cellules, et, en particuHer, pour les Fig. 2. — Extrémité ter- choauocytes de Certaines éponges. L'a- minale de la néphridie de . ,.. , • i . i i ^ i VEuiaiia viridis MûU. Vue viditc cousiderable du noyau des sole- de profil. X 500. nocytes pour les colorants basiques, rend difficile l'étude des détails de sa structure. Il m'a été impossible de retrouver le centrosome; il eût été pourtant désirable d'indiquer ses rapports avec le flagellum. Les karyosomes sont petits, mais serrés les uns contre les autres et extraordinairement nombreux. De plus, on constate la présence d'un véritable nucléole acidophile, bien individualisé. Les tubes flageUifères, mesurant 20 à 25 \). de longueur, sont réunis à leur tiers inférieur par une mince membrane implantée sur la néphridie, à la manière d'une crête ondulée. Cette mem- brane, extrêmement transparente, semble jouer un rôle de soutien. De sa base partent de longs cils vibratiles, qui s'insi- nuent entre les solénocytes, les dépassent môme, et, par leur mouvement rapide, déterminent autour d'eux un courant ORGANES SEGMENTAIRES DES ANiNÉLIDES POLYCHÈTES 277 continu. Le liquide ambiant est ainsi toujours renouvelé au contact des solénocytes. Sur le vivant, le protoplasme des solénocytes apparaît forte- ment granuleux, renfermant çà et là des vésicules très réfrin- gentes, probablement de nature excrétrice. Après un examen attentif, on le voit sillonné en tous sens de petites bandes plus claires, s anastomosant entre elles, et donnant l'illusion com- plète d'une sorte de trophospongium, ou d'un réseau de cana- licules intracytoplasmiques. En réalité, ces pseudo-canaux correspondent aux interstices qui séparent les noyaux, lesquels donnent, par transparence, une opacité plus grande à certains points du cytoplasme. Le rouge neutre ne décèle aucun grain de ségrégation dans les solénocytes, mais, en revanche, en montre une quantité énorme dans la tête de la néphridie. D'ailleurs, à cet endroit, l'aspect du protoplasme est tout autre. Au lieu d'être clair, transparent, il est très opaque, et renferme de nombreuses inclusions vertes, jaunes, dénotant une activité excrétrice intense. Ces mêmes particularités se retrouvent, mais en moins grand nombre, sur tout le trajet du tube néphridial. On le suit aisément dans la dissection grâce au mouvement des cils vibra- tiles qui battent à son intérieur. Les cils sont d'une longueur considérable ; ils atteignent quatre à cinq fois l'épaisseur de la paroi de la néphridie et sont dirigés dans le sens du courant qu'ils déterminent, c'est-à-dire de l'intérieur vers l'extérieur. Leur mouvement régulier, hélicoïdal, est tout à fait comparable à celui des flagellums intratubulaires des solénocytes. En coupe (PI. VI, fig. 1), l'extrémité terminale de la néphridie se montre comme étant un syncitium à noyaux nombreux, dont le cytoplasme est entièrement rempli de grains d'excrétion volumineux, les uns acidophiles, les autres basophiles. Les noyaux mesurent 6 u. en moyenne et sont riches en chro- matine. Le tube néphridial lui-même, vu en coupe transversale (PI. VI, fig. 2) a une structure complexe. Sa lumière, intracellulaire, est bordée d'une couche protoplasmique renfermant des granu- lations extrêmement fines. Près de la basale se trouve une rangée continue de petits bâtonnets, très fortement colorés. 278 LOUIS PAGE serrés les uns à côté des autres, et orientés normalement à elle^ Maziarski (4 903) a signalé, dans la néphridie du ver de terre,, des formations analogues, qu'il identifie ^u. protoplasma supé- rieur de Prenant (1899), de môme que les bâtonnets d'Hei- denheim du rein des vertébrés supérieurs. Les cils de la néphridie ont des racines banales qui se confondent avec le ^ —.^^ ^. réticulum spongioplasmi - \ a^^»^^ que. Les noyaux sont rares- '^^ -^ -J sur les coupes. ff^(Arj^ ^ Au moment de la matu- rité sexuelle, l'organe seg- „, . g,f. mentaire se modifie entière- ment. La dissection montre que la néphridie commu- nique alors avec le cœlome^ par l'intermédiaire d'un large pavillon cihé (fig. 3). C'est un entonnoir profond, de^ section sensiblement ovale ^ et tapissé, à son intérieur^ de cils vibratiles nombreux et très actifs. Les lèvres du pavillon sont réfléchies, et dessinent quatre lobes régu- liers, recouverts de cils plus longs. Cet organe vient se mettre en contact avec le- tube néphridial et s'accole intimement à lui. Il est la continuation de l'épithélium /,-'' cœlomique lui-même, et se présente comme une simple Fig. 3. — Organe segmenlaire de VEulalia . • ,• i • • t viridisM.vi\\.x2Q>%. mvagmatiou de celui-ci. Le tube néphridial acquiert un diamètre beaucoup plus considérable dans la partie voisine du pore externe, puis, à la moitié de son parcours environ, il fait un léger coude; sa lumière communique, à cet endroit,, librement avec celle du pavillon. Il continue son trajet, mais- / ORGANES SEGMENÏAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 279 se trouve complètement soudé au pavillon, et compris dans la paroi même de celui-ci. Extérieurement, il n'est plus visible et se devine seulement par le mouvement particulier de ses cils et l'aspect granuleux de son protoplasma. Enfin, on voit émerger, de la paroi extérieure du pavillon, la tète de la néphridie por- tant les solénocytes. Ceux-ci sont tout à fait normaux et n'ont subi aucune dégénérescence. Au point de vue histologique (PL VI, fig. 3 et 4), le pavillon est formé de cellules légèrement obliques par rapport à l'axe du canal qu'elles délimitent. Ces cellules ont un noyau ovale, bien développé, à nombreux karyosomes et à nucléole distinct. Le protoplasme offre un aspect très finement granuleux, mais est surtout remarquable par le nombre des racines ciliaires qu'il renferme. Quelquefois, elles ne paraissent nullement orientées, mais, la plupart du temps, elles ont une disposition régulière et des plus caractéristiques. Elles prennent naissance en un point voisin de la basale, et, de là, s'épanouissent en éventail^ pour se terminer chacune à une granulation basilaire, située sur le plateau de la cellule. Les cils vibratiles s'insèrent sur ces granulations. J'ai parlé de cellules, cependant les limites intercellulaires sont parfois difficiles à mettre en évidence et peuvent être masquées par les racines ciliaires abondantes qui se super- posent à elles, et déterminent une striation du protoplasme. Les noyaux sont régulièrement placés et l'on ne peut consi- dérer la lumière du pavillon comme intracellulaire. La membrane péritonéale fait au pavillon une légère enve- loppe, discernable seulement à ses noyaux aplatis. Fréquemment, on rencontre des spermatozoïdes ou des œufs engagés dans le pavillon et entraînés, par le mouvement des cils vibratiles, vers l'orifice de sortie de l'organe segmentaire. Le passage des spermatozoïdes est aisé ; mais, pour l'expulsion des œufs, le tube néphridial subit une dilatation considérable de ses parois, l'émission en est beaucoup plus lente. L'aspectetlastructuredel'organesegmentairevarientpeuchez lesPliyllodociens . Cependant , il estbon de signaler quelques parti- cularités intéressantes, caractéristiques des espèces considérées. 280 LOUIS PAGE U Fig. 4. — Extrémité terminale de la néphridie de l'Eulalia pallida Clp. X450. La néphridie de VEulalia pallida Clp. se termine par une seule branche portant des solénocytes (fig. 4). Ceux-ci se rapprochent beaucoup de ceux de VEulalia viridis Miill. ; ils ont 7 à 8 [;-, portés au sommet N ^ / S' de tubes flagellifères mesurant ~^ '' 15 [j. de hauteur en moyenne. Les tubes traversent la paroi de . ' ~" la tête de la néphridie, qu'ils dépassent même du côté interne, faisant sailhe dans la cavité né- phridiale. Tous ces détails sont très bien visibles par transpa- rence, on voit même l'extrémité libre des tubes osciller régulière- ment sous l'action vibratoire du flagellum intratubulaire. Les solénocytes sont presque tous soudés entre eux par leur partie protoplasmique formant une masse compacte très réfringente. Je n'ai pas aperçu de membrane de soutien réunis- ._ . _ _ sant entre eux les tubes des soléno- cytes par leur base. N'ayant eu à ma disposition que des exemplaires jeu- nes à' Eulalia pallida Clp., je n'ai pu étudier les détails de structure du pavillon. L'Eulalia pimctifera Gr. nous montre une disposition nouvelle des solénocytes. La néphridie (fig. 5) n'est pas ramifiée, mais légèrement recour- bée à son extrémité, et les soléno- cytes sont implantés seulement d'un côté de la néphridie. Cette disposition est très intéressante car nous la re- trouverons presque identique chez la Goniada emerita Aud. et Edw., dans une famille bien éloignée de celle des Phyllodociens. Au moment de la maturité sexuelle, se forme un pavillon cihé s. ^ Fig. 5. — Extrémité terminale de l'organe segmentaire de VEulalia puncUfera. Gr. X20 ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 281 ■;t ^ "ms. Fig. 6. — Extrémité terminale de la népliridie du Notophyllum Polynoïdes OErst. x 500. qui se met en contact avec la néphridie. 11 est en tout point semblable à celui qui se forme à la même époque chez VEiila- lia viridis Miill., et affecte avec la néphridie les mêmes rapports. Parmi les Phyllodociens le genre Notophyllum a une physionomie bien à part ; avec ses pieds bira- més,ses larges cirres dor- saux aplatis, recouvrant complètement le dos, comme le feraient des élytres, il nous apparaît hautement différencié. Ce- pendant sa néphridie dif- fère fort peu de ce que nous avons vu chez le genre Eulalia. La néphridie du Notophyllum polynoïdes OErst. ne se ter- mine pas par une partie renflée formant une sorte de tête; l'extrémité de la néphridie est ici (fig. 6) simplement un cul-de-sac du tube néphridial, dont le diamètre a augmenté insensiblement jusqu'à ce point. Les solénocytes sont placés en éventail au sommet de la néphridie ; les tubes flagellifères, réunis à leur base par une membrane de soutien formant crête, sup- portent les masses cellulaires plus individua- lisées, divisées en petits groupes renfermant deux ou trois noyaux ; à certains endroits les solénocytes sont même isolés. Ces solénocytes ont une particularité remarquable (fig. 7), ils sont hérissés de petits poils très courts et très nombreux. Vus à un fort grossissement, ces poils ont l'aspect de petites épines légèrement renflées à leur base. La signification de telles productions est assez embarrassante. En tout cas, on ne sau- Fig. 7, — Solénocyte du Notophyllum polynoïdes OErst. X 3000. 282 LOUIS FAGE rait les assimiler h des cils Yibratiles; examinés sur le vivant, alors que le flagellum battait normalement, je les ai toujours vus immobiles. 11 faudrait peut-être voir là quelque chose d'analogue aux prolongements piriformes, qui surmontent les solénocytes delà Nephthys Hombergii Aud. et Edw., ou encore aux prolongements protoplasmiques du néphrostome des Lyco- ridiens. Le pavillon, qui apparaît à l'époque de là reproduction, est large, abondamment cilié. Gravier (1896)^ qui a étudié le Fig. 8. — Extrémité terminale de la néphridie de la Phyllodoce Paretti Blainv. x 330. Fig. 9, — Extrémité termi- nale de l'organe segmen- taire do la Phyllodoce Pa- retti Blainv. X 56. pavillon du Notophyllum alatum Langerhans, dit que les cils vibratiles, au lieu de former une sorte de duvet, sont groupés par bouquets sur le plateau de chaque cellule. Le fait est moins apparent chez le Notophyllum polynoïdes OErst. C'est dans le genre Phyllodoce que la néphridie accuse le plus de variabilité. La Phyllodoce mucosa OErst. représente le type déjà décrit chez les Eulalia et le Notophyllum polynoïdes OErst. ; la néphridie se termine par des solénocytes disposés en éventail. Mais la Phyllodoce Paretti Blainv. (fig. 8), comme le réprésente Goodrich (1900), a une néphridie abon- damment ramifiée. Le canal néphridial, après avoir traversé le dissépiment, se divise en un grand nombre de petits canaux. Chacun d'eux se termine en cul-de-sac au sommet de lobes saillants sur lesquels sont insérés les solénocytes. Ceux-ci sont indépendants les uns des autres ; leur tube flagehifère traverse directement la paroi de la néphridie. Outre son grand ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 283 %, ->^^ Tolume, le fait le plus caractéristique de l'organe excréteur de cette espèce est l'absence des longs flagellums externes qui, chez tous les autres Phyllodociens, déterminent, par leur mouvement continu, le renouvellement du liquide de la cavité générale au voisinage des solénocytes. L'évacuation des produits génitaux se fait par l'intermé- diaire d'un énorme pavillon vibratile (fîg. 9) qui se joint à la népliridie. Ce pavillon a près d'un demi-millimètre de diamètre ; aussi rencontre-t-on souvent à son intérieur deux ou trois œufs qui s'y sont engagés en même temps. Les racines ciliaires, particulièrement développées, donnent un aspect strié à l'en- semble de l'organe examiné en coupe (PL VI, fig. 4). La Phyllodoce laminosa Sav. est si voisine de la Phyllo- doceParettlBlhinY., que l'on serait tenté de la considérer ., ^'; '. ' comme une simple / ^ ' /,. . - >-r,^ variété de celle-ci ; et pourtant leurs néphridies diffèrent complètement. Le tube néphridial de la Phyllodoce lami- nosa Sav. (fig. 10) s'épanouit à son extrémité en quatre lobes , larges et apla- tis. A la face supé- rieure de chacun d'eux et le long des dépressions qui les séparent, sont implantés des solénocytes, disposés les uns derrière les autres, en rangées sensiblement régulières, entre lesquelles battent extérieurement de longs flagellums. Leur forme est uni- que dans la famille des Phyllodociens et ne rappelle celle d'au- cun organe de ce genre précédemment étudié chez les autres espèces. Les cellules dont ils sont formés sont groupées par paires, et reposent directement sur la néphridie elle-même. Elles ne sont donc pas supportées par les tubes flagellifères. Ceux-ci s'attachent au sommet de la cellule qui se prolonge l-v.î. ■^r^- K]r r| d'un mouvement très rapide, f\ \..''\^' ' pénètrent et se prolongent dans I ^ sa lumière. Toute cette partie de la néphridie est d'ailleurs parti- f Le tube néphridial ' \ \ (fig. 25) qui n'a à cet l ; ondroit que 6 à 7 y. de , ^ diamètre, se dirige obli- quement vers le tube digestif et augmente in- sensiblement de volume. Sa paroi, d'abord très „';2??^/" mince, s'épaissit gra- i0"""' duellement ; son traiet . ,.,.,, ^ "' F]g. 25. — ^éphrldle de la TyposijUis proliféra devient alors presque Kr.x7o0. parallèle au tube diges- tif, il passe au-dessus des muscles longitudinaux ventraux et près du point d'insertion des muscles moteurs du parapode, sans contracter cependant aucune attache avec eux. Puis, de nouveau, la néphridie se rétrécit, se recourbe vers l'extérieur, et, finalement, traverse le dissépiment pour s'ouvrir, par un petit néphrostome, dansle segment précédent. Ce néphrostome, à peine différencié, se compose de deux lèvres inégales, une lèvre supérieure qui reste accolée à la face 316 LOUIS PAGE antérieure du septum, et une lèvre inférieure plus allongée, faisant saillie, de telle sorte que l'ouverture de la néphridie paraît taillée en biseau. L'écartement des deux lèvres du népliro- stome est peu considérable, il mesure 10 u., il est donc bien inférieur au diamètre de la néphridie, dans sa partie moyenne qui atteint 20 [j- Le tube néphridial est revêtu intérieurement de cils vibra- tiles très nombreux et très longs, analogues à ceux que j'ai décrits chez les Phyllodociens ; ce sont des cils néphridiaux typiques, animés d'un mouvement hélicoïdal régulier. Le néphrostome n'est pas cilié extérieurement, mais, sur la face interne de sa lèvre supérieure se trouve un faisceau de flagel- lums de grande taille, dont les ondulations se continuent dans le canal excréteur. La paroi de la néphridie est épaisse, principalement dans la partie moyenne de l'organe. Le protoplasme, observé sur le vivant, est rempli de grains d'excrétion, petits et sphériques, colorés en jaune ou en brun, et d'énormes vacuoles incolores. Cet aspect vacuolaire est tout à fait caractéristique de la néphridie des Syllidiens. Il peut être, cependant, plus ou moins accentué. Chez la TrypanosyUls Krohmï Clp., les va- cuoles ont le volume que je viens de dire ; chez le Pœdophylax verruger Clp., elles sont de taille moindre, et les petits granules réfringents, très nombreux, communiquent à l'organe une teinte générale d'un jaune intense. La néphridie de la Try- panosyllis zébra Gr. est beaucoup plus étroite ; les parois en sont lisses, incolores, et les vésicules de sécrétion sensiblement plus petites. Enfin, chez XOdontosyllxs ctenostoma Clp., on trouve une néphridie remarquablement développée, mais entièrement colorée en vert. Au voisinage du pore externe, les vésicules sont rares ; il en est de môme près du néphro- stome. En coupe (PI. YI, fig. 9) , le parenchyme néphridial, précisément à cause des vacuoles qu'il contient, otfre une apparence réticulée. En réalité, les minces fibres, dirigées en tous sens, ne sont que les limites des vacuoles dont le contenu a disparu sous l'influence du fixateur. Par contre, les grains d'excrétion s'y retrouvent très nombreux. Les noyaux petits, mesurant 5 p., sont légère- ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 3] 7 ment ovales, presque arrondis, et paraissent renfermer peu de karyosomes. Sur des sections transversales, on en rencontre le plus souvent un seul, quelquefois deux. Le néphrostome a la même constitution histologique que la néphridie. Telle est la description de Tappareil excréteur d'un Sylli- dien jeune, ou, tout au moins, ne possédant pas encore de produits génitaux. Dès que ceux-ci commencent à se dévelop- per, des modifications profondes se produisent dans la néphri- die, non seulement du côté du néphrostome, mais dans le tube nephridialtout entier. Ces modifications apparaissent exclusive- ment dans les anneaux reproducteurs. Une coupe, pratiquée dans une femelle mûre de VOdontosijUis ctenostonui Clp. (PI. VI, fig. 1 1) montre que le tube néphridial a plus que doublé de diamètre. Sa paroi, devenue extrêmement épaisse, est com- plètement remplie de petites sphérules colorées uniformément en vert par le Lkhtgrùn. Leur abondance est telle, que le proto- plasme n'est plus apparent qu'à de rares endroits. Les noyaux, riches en chromatine, occupent la basale. Un exemplaire femelle de la Pterosyllis spectabilïs Johnst. fixé au liquide de Perenyi (PI. VI, fig. 12), accuse le même chan- gement dans la néphridie. Mais ici, à côté des petites boules sphériques acidophiles, s'en trouvent d'autres beaucoup plus volumineuses ; des vacuoles se dessinent dans le cytoplasme. Des phénomènes analogues sont visibles chez la femelle mûre de \^ Myrianïda fasciata Miln. Edw. Pour le formes mâles examinées, j'ai également observé l'accroissement considérable du tube néphridial et la grande épaisseur de sa paroi. De plus, sur des coupes fixées au liquide de Flemming (PI. VI, fig. 10), j'ai vu des corpuscules de forme irrégulière, colorés en noir par l'acide osmique. Une immer- sion prolongée de la coupe dans le xylol dissout ces corpuscules. Je crois donc pouvoir les considérer comme des gouttelettes graisseuses. Par contre, je ne pense pas que les boules acido- philes, si nombreuses dans les néphridies modifiées de VOdon- tosyllis ctenostoma Clp. Q^, soient de même nature ; en effet, l'acide osmique les laisse incolores. Du côté du néphrostome (PI. VI, fig. H et 1 3) , des changements importants se produisent. Les cellules, composant la membrane 318 LOUIS PAGE péritonéale qui tapisse la face antérieure du dissépimeiit, s'élèvent beaucoup en hauteur, leurs noyaux volumineux sont très rapprochés les uns des autres; elles se recouvrent enfin de cils vibratiles et forment le pavillon génital, dont la lèvre supérieure reste accolée au dissépiment. La lèvre inférieure, plus courte, est libre dans le cœlome. La structure histologique de ce pavillon diffère totalement de celle de la néphridie. Les cellules, nettement individualisées, ne sont pas glandulaires; leur protoplasme est parcouru de fines fibrilles, correspondant probablement aux racines ciliaires, les noyaux sont très colo- rables. Ce pavillon est entièrement comparable à celui qui termine l'organe segmentaire de Y Oxydromus prop'inquus Mar. et Bob. mûr. Toutes ces modifications de la néphridie se font graduelle- ment, à mesure que les cellules sexuelles se développent. Mais, si celles-ci apparaissent en même temps que la néphridie, comme c'est le cas pour les stolons, la néphridie acquiert d emblée sa taille définitive et son pavillon génital. Ce fait, signalé pour la première fois par Malaquin (1893), a une grande importance ; il montre qu'un bougeonnement rapide, une accélération dans le développement, peut amener un organe à revêtir d'un seul coup la forme qu'il prend seulement peu à peu quand le développement est normal. Lorsqu'il y a production de stolons, les néphridies de la souche ne se modifient en rien, et restent exclusivement excré- trices, puisque dans cette partie, il n'y a pas formation de pro- duits génitaux. D'ailleurs, la structure histologique desnéphridies modifiées accuse bien une continuation dans leur rôle excréteur. Les gouttelettes graisseuses, qui se rencontrent dans la néphri- die des Syllidiens (f , les sphérules acidophUes de VOdontosijll'ta cteno&toma Cl]). Q^, si nombreuses qu'elles cachent le cytoplasme sous-jacent, tendent même à faire croire h une recrudescence, de l'activité excrétrice, au moment où ces transformations se produisent. Il ne faut pas oublier que, principalement chez les formes épigames, l'apparition des cellules sexuelles détermine des transformations profondes de tout l'organisme; et, bien que nous en ignorions les processus intimes, la dégénérescence du tube digestif et des fibres musculaires ne parait pas ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 310' devoir s'effectuer sans fournir à la néphridie une ample matière à l'excrétion. Les organes segmentaires servent alors à l'expulsion des œufs et des spermatozoïdes. On ne rencontre Cfue rarement les spermatozoïdes dans la cavité même de la néphridie. C'est qu'en effet, ils n'y séjournent pas ; leur émission est brusque. Devons-nous considérer avec Pruvot (1902) que la néphridie moditîée joue, de plus, un rôle mécanique dans la locomotion? Nous venons de voir que la néphridie reste toujours glandu- laire; et si elle peut, dans certains cas, prendre un « aspect résistant », elle paraît cependant devoir donner bien moins de rigidité au corps, que la masse compacte des spermatozoïdes ou des œufs, qui se pressent les uns les autres, et emplissent la cavité générale. Passant au-dessous des muscles sétigères, il est possible qu'elle leur serve de point d'appui et concoure ainsi secondairement à une locomotion plus rapide. Néanmoins, bien plus important, je crois, est son rôle dans l'excrétion et dans l'évacuation des produits génitaux. Certains auteurs, nous l'avons vu, ont signalé ces modifi- cations de l'appareil excréteur, mais tous ne font allusion qu'à des transformations affectant les formes mâles. Pruvot (1902) dit à ce sujet : « Chez toutes les espèces que j'ai examinées, la femelle n'a jamais montré de transformation ni d'augmentation de taille notable dans les organes segmentaires des segments ovigères ». Cependant, j'ai montré que, chez les femelles de VOdontosyllis ctenostoma Clp., de la Plerosyllis spectabilis Johnst., et de la Myrianida fasc'mta Miln. Edw., le tube néphridial augmente considérablement de volume et que son néphrostome est remplacé par un véritable pavillon génital. Donc, au moins pour les types c[ue je viens de citer, le mâle et la femelle subissent ces modifications. Il n'en reste pas moins vrai que, chez d'autres types, celles-ci atteignent seulement le sexe mâle. Le cas le plus net est celui de la SyHisrittata; voici, d'après Pruvot, comment se comporte l'organe segmentaire chez un mâle mûr : « La paroi proprement dite de l'organe est très mince, réduite à une basale, à la surface externe de laquelle sont déposées de nombreuses granulations pigmentaires. Mais 320 LOUIS PAGE elle est doublée d'une couche d'organites singuliers qui obli- tèrent presque en entier la cavité de l'organe. Ce sont des tubes courts, de 10 à 15 ;x de diamètre, paraissant toujours ouverts aune extrémité, mais fermés et épaissis du côté de la basale. Leur paroi est formée d'une substance homogène, transpa- rente et réfringente, se comportant, vis-à-vis des colorants, comme la chitine. Ils sont rigides et nullement déformés parla pression des éléments voisins ; l'organite est formé par la chiti- nisation de la paroi cellulaire et du protoplasma qui la double ». Le lieu et le mode d'origine de ces organites, leur forme et leur dimension, font qu'on est tenté de les assimiler à des sper- matophores. Le fait ne serait pas unique parmi les Annélides polychètes. Claparède et Mecznikow (1 869) signalent la présence de spermatophores chez le Spio Meczïiïkowïamis Glp. D'ailleurs, quelques Spionidiens montrent des transformations de l'organe segmentaire du même ordre que celles de certains Syllidiens. J'ai pu, grâce à l'obligeance de M. Mesnil, que je suis heureux de remercier ici, examiner des exemplaires cf et 9 c^ii ^p^o Martinen.m Mesnil. La néphridie des Spionidiens possède déjà, chez les formes immatures, un grand pavillon cilié, d'origine péritonéale, signe d'une adaptation précoce au rôle de conduit vecteur. Les femelles mûres du Sp'io Martiïiensis Mesnil ont un organe seg- mentaire semblable à celui des formes jeunes (PI. VI,fig. 1 4) : au pavillon, fait suite un canal néphridial étroit, recourbé en U, qui, sans aucune différenciation, va s'ouvrir à l'extérieur par un pore, situé ventralement, à la limite du segment qui contient la néphridie et de celui qui le précède. Au contraire, une coupe longitudinale, pratiquée dans un individu mâle, complètement mùr, de la même espèce, montre {PL VI,fîg. 15) que le pavillon génital, bien développé, est rattaché, par sa lèvre supérieure, à la membrane péritonéale qui tapisse la face antérieure du dissépiment. Il est formé de cellules ciliées, nettement limitées, et se continue par une énorme ampoule à paroi très épaisse (53 [^.j, constituée par de petites cellules (10 |j.), extrêmement nombreuses, disposées sans aucun ordre ; leur protoplasme, finement granuleux, a des contours indécis. Puis, le canal néphridial diminue de diamètre et change ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 321 de structure ; il se transforme en un épithélium columnaire composé d'une seule rangée de cellules étroites, très rappro- chées, de 20 (7- de hauteur, possédant un noyau central. Bientôt, sans augmenter l'épaisseur de sa paroi, il se renfle en une seconde ampoule, moins volumineuse que la première, mais dont la cavité interne est plus spacieuse. Finalement, il revient sur lui-même, et, après avoir décrit une boucle complète, gagne le pore externe, placé comme il a été dit plus haut (1). Le dimorphisme sexuel est donc ici extrêmement net, et, bien qu'actuellement nous n'en voyons pas les causes, on doit néan- moins remarquer que les deux seules familles (Syllidiens, Spionidiens), où ce fait a été constaté jusqu'ici, sont aussi les seules renfermant les types dont la néphridie est capable de donner naissance à des formations spéciales au sexe mâle : les spermatophores. Quoi qu'il en soit, nous voyons une fois de plus qu'entre des genres voisins de la même famille, l'organe segmentaire peut se comporter différemment au moment de la reproduction, et que les modifications, dont il est le siège, peuvent intéresser un seul sexe. CHAPITRE V HÉSIONIENS Les organes segmentaires des Hésioniens ont été surtout étudiés par Goodrich et de Saint-Joseph. Dans un premier mémoire, Goodrich (1897) donne une bonne description de l'organe segmentaire deTHesmieskulaD. Chia., et dit quelques mots de celui de la Tyrrhena Claparedii Qfg. Il montre le tube néphridial fortement contourné, se terminant par un néphrostome, au voisinage duquel se trouve un volu- mineux organe cilié. Ces deux formations sont réunies l'une à l'autre par une sorte de prolongement non cilié qu'il appelle : « the ventral prolongation ». (0 La, Scololepis ciliata Kef. (et probablement la majorité des Spionidiens) possède une néphridie semblable à celle du Spio Martinensis Mesnil jeune, et qui, ni chez le mâle, ni chez la femelle, ne se modifie, même à maturité com- plète. ANN. se. NAT. ZOOL., Qe série. III, 21 322 LOUIS PAGE Trois ans plus tard, l'auteur complète cette étude (1900) et constate que chez YOphiodromus fle.ruoms D. Chia., et Vlrma latïfrons Gr. , au moment de la reproduction, la népliridic possède un large pavillon, servant à l'expulsion des produits sexuels. Entre temps, de Saint-Joseph (1898) retrouve l'organe seg- mentaire de VHesione panthenna Risso, mais ne parvient pas à en voir les circonvolutions. De plus, il signale, au sujet de VOxyclromus propinquus Mar. et Bob., que chez les femelles, au moment de la ponte, se forme entre chaque pied, ii l'extérieur du corps, une membrane très mince et incolore, sorte de poche d'où les œufs sont évacués. Enfin, dans une note préliminaire (1905) j'ai eu l'occasion de décrire succinctement l'amas phagocy taire joint à l'organe cilié de VHesione ■panthenna Risso, et de montrer les principales modifications de la néphridie dans la famille des Hésioniens. En effet, rien n'est plus variable que l'organe segmentaire dans cette famille ; aussi je n'essaierai pas d'en donner une description synthétique, comme je l'ai fait dans d'autres cas. Il sera plus aisé de passer en revue les différents types que j'ai pu examiner et d'étudier leur néphridie séparément. Mes recherches ont porté sur des espèces diverses, et notamment sur VOphïodromus flexiio.sus D. Chia., la Keferstein'ia cirraia Kef. ^ XOxydromuH ptropmquu8 Mar. et Bob., la Si/Uidïa arniata Qfg., et VHesione pantherina Risso. La néphridie de YOpjhïodromus flexuosus D. Chia. est d'une grande simplicité. Elle consiste en un tube, à peine arqué, légèrement renflé en son milieu, partant de la base du parapode pour aboutir, après avoir traversé le dissépiment, dans l'anneau qui le précède ; il communique à cet endroit avec la cavité générale par un petit néphrostome. Le pore néphridial n'est pas visible extérieurement, mais, sur des coupes transversales, on voit très nettement, à la base du pied, une invagination de l'épiderme assez profonde, qui corres- pond probablement à l'orifice de sortie de l'organe excréteur. On n'y rencontre aucune modification de l'épithélium, si ce n'est une hauteur moindre des cellules. ORGANES SEGMENTAIRES DES vVNNÉLIDES POLYCHÈTES 323 Le tube néphridial se dirige ensuite en avant et obliquement vers le plan de symétrie de l'animal, gagne le bord externe des muscles longitudinaux ventraux, qu'il suit pendant un trajet relativemeat court. Puis, il passe au-dessus d'eux pour aller rejoindre le vaisseau ventro-pédieux. Son diamètre, très faible au voisinage du pore externe, s'est considérablement élargi; il atteint maintenant 36 [x. Les parois, peu épaisses, sont consti- tuées par une couche de cytoplasma, qui paraît homogène ; quelquefois, à l'aide d'un fort grossissement, on y distingue de petits grains d'excrétion très fins et acidophiles. Les noyaux sont rares et éloignés les uns des autres ; leur réseau chroma- tique est bien apparent. Le péritoine tapisse extérieurement toute la néphridie. Dans la lumière du tube néphridial, se trouvent de longs cils vibratiles analogues à ceux de la néphridie des Syllidiens, par exemple. Le tube excréteur, en quittant le vaisseau ventro-pédieux, s'infléchit du côté externe et diminue sensiblement de diamètre. Il s'ouvre dans le cœlome par un étroit orifice, simple néphro- stome, à peine différencié. Les exemplaires de VOphiodromus flexuosusl). Chia., dont je viens de décrire la néphridie, ne possédaient pas encore de produits génitaux. Je n'ai pas pu me procurer d'exemplaires sexuellement mûrs ; mais Goodrich (1900), qui a étudié des individus déjà arrivés à maturité, a vu qu'à ce moment le néphrostome était remplacé par un véritable pavillon génital s' ouvrant dans la néphridie et permettant ainsi l'évacuation des produits sexuels. « In Ophiodromus the génital funnel is much smaller at least in the spécimens. I hâve examined, wich are not quite genitally mature ; but it is more intimately con- nected with the nephridium, so completely surrounding the internai opening of this organ that the néphrostome can scar- cely be said to exist as such any more. » h' Oxydromus propïnquus Mar. et Bob. , assez voisin de V Ophio- dromus flexuosLis D. Chia., a une néphridie également fort simple. Quelques particularités seulement sont à signaler. D'abord, le tube néphridial chemine dans l'épiderme lui- même pendant un certain temps. La lumière, fort étroite. 324 LOUIS PAGE augmente aussitôt de diamètre, dès qu'il a pénétré dans la portion de la cavité générale qu'il occupe, délimitée par les muscles longitudinaux ventraux, les muscles obliques et la paroi du corps. Le protoplasme néphridial est finement granuleux avec, çà et là, quelques gros grains d'excrétion sphériques et homogènes. On ne rencontre le plus souvent que deux noyaux sur les coupes transversales. Si l'on examine un Oxydromus prop'mquus Mar. et Bob.,, ayant des produits génitaux bien développés, on voit que la néphridie se termine par un pavillon vibratile, dont la structure diffère profondément de celle du tube excréteur (PI. VU, fig. 27). Il se montre formé par la membrane péritonéale qui tapisse- la paroi latérale du corps, au-dessus et à côté des muscles lon- gitudinaux ventraux, et qui se réfléchit sur le dissépiment. Près de la paroi, le péritoine conserve encore ses caractères primi- tifs, c'est-à-dire : extrême minceur des cellules, noyaux aplatis. Mais, peu à peu, il augmente d'épaisseur ; les cellules qui le forment se développent en hauteur, et se recouvrent de cils vibratiles courts et nombreux. Les noyaux sont pressés les un& contre les autres, quelques-uns sont en karyokinèse. Il y a donc, à ce moment, une prolifération active du péritoine qui aboutit à la formation d'un pavillon vibratile, lequel se met en contact avec la néphridie. Ce pavillon est tout à fait analogue à ceux que j'ai décrits jusqu'à présent. L'expulsion des produits, sexuels se fait alors par l'organe segmentaire. Des faits analogues se passent chez la Keferdeïnïa cirrata Kef, L'organe segmentaire d'un jeune individu est semblable à celui de YOphïodromus flexuosusT). Chia. (PI. VII, fig. 28), avec cette différence que la partie du tube néphridial, qui avoisine le pore externe, a des sinuosités plus accentuées. Au moment de la reproduction, l'épithélium cilié qui tapisse le dissépiment, forme un pavillon irrégulier qui s'abouche avec le néphrostome (PI. VU, fig. 29). Ce pavillon ne paraît pas avoir les mêmes caractères histologiques que les formations de môme ordre des autres famifles. Les noyaux y sont relativement rares, disposés sans ordre apparent; le protoplasme est fd)rillaire, et les cils sont longs, enchevêtrés. En un mot, la structure de cet organe est ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 325 identique à la lame péritonéale elle-même dont il n'est qu'un simple prolongement. Chez les Phyllodociens, les Syllidiens, le pavillon dépend bien également du péritoine, mais celui-ci est modifié à leur niveau ; il prend une structure cellulaire ; les noyaux sont rangés côte à côte ; les cils sont courts. Tandis que la structure particulière du pavillon de la Kefersteinia est précisément celle qui se retrouve dans les organes ciliés déjà décrits des Nephthydiens, et que nous allons voir chez VHesione pantherina Risso et les Lycoridiens. De même que chez la Nephthys Hombergn Aud. et Edw. Torgane cdié est placé sur le trajet du vaisseau ventro-pédieux, de même, ici, la lame péritonéale formant le pavillon adhère à des rameaux vascu- laires provenant du vaisseau ventro-latéral. L'ouverturedu pavillon est large, et les spermatozoïdes, entraî- nés par le mouvement des cils, y pénètrent facilement. Ils s'en- gagent dans le tube néphridial et déterminent une dilatation considérable des parois de ce- lui-ci. Les mêmes modifications attei- gnent les exemplaires des indivi- dus femelles. La Syllidia arm.ata Qfg., qui est une petite espèce, a une né- phridie très courte, remplie de grains d'excrétion de taille et d'affinité chromatique différentes. Elle s'ouvre dans la cavité géné- rale, chez les exemplaires sexuelle- ment mûrs, par un énorme pavil- lon cilié (fig. 26 et PI. VII, fig. 30). En réalité, ce n'est pas, à pro- prement parler, un véritable pavillon, mais bien plutôt une portion ciliée du péritoine, fortement phssée, et roulée à la base en un cornet qui vient s'aboucher à la néphridie. Il s'agit donc là d'un organe analogue à celui de la Kefersteinia, intermédiaire entre le pavillon génital, et ce que j'ai appelé, à la suite de Goodrich, les organes ciHés,se rapprochant cepen- 26. — Coupe transversale de la Syllidia armata Qfg. x 180. 326 LOUIS FAGE dant davantage de ces derniers. Vu en coupe transversale, il se montre composé d'une lame protoplasmique fdDrillaire, peu épaisse, avec de rares noyaux, et abondamment ciliée. En coupe tangentielle, le fond du cytoplasme, finement granuleux, appa- raît parcouru de longues trabécules sinueuses. Les noyaux sont arrondis et nucléoles. Les produits sexuels, attirés par les cils vibratiles, sont con- duits dans la néphridie et, par cette voie, sont expulsés au dehors. Donc, chez toutes les formes que je viens d'étudier, c'est-à- dire : VOphiodromus flexuomsJ) . C\\m.,V Oxydromm prnp'mqinis- Mar. et Bob. , la Kefersteinia cirrata Kef. , la SylUdia armata Qfg. , la néphridie, relativement simple, est susceptible de se trans- former au moment de la reproduction pour servir de conduit vecteur aux produits génitaux. Un large pavillon cilié se joint à elle et remplace le néphrostome trop étroit. Il reste maintenant à examiner ce qui se passe chez une forme plus évoluée, V Hesione pantherina Risso. Ici, la néphridie est tout autrement constituée. Elle est placée sur le trajet du vaisseau ventro-pédieux, et le tube néphridial, au lieu d'être simplement sinueux, décrit des circonvolutions multiples, rap- pelant celles qu'on observe dans la néphridie des Lycoridiens. Toutefois, la néphridie n'est pas transformée, comme chez ceux-ci, en une masse globuleuse unique ; les circonvolutions paraissent plutôt 'localisées d'une part près du pore externe,, et d'autre part au voisinage du néphrostome. L'orifice externe, à la base du pied, est bordé de cellules épidermiques allongées et munies d'un noyau plus fortement colorable. Le tube néphridial, d'abord très étroit, se contourne sur lui-même un grand nombre de fois, tout près de l'épi- derme, auquel il est encore accolé. Puis il augmente de dia- mètre et se rapproche du plan médian. Sur les coupes, on voit qu'il est composé d'une masse cytoplasmique indivise, très acidophile, renfermant de grosses granulations sphériques. Les noyaux y sont nombreux, ovalaires. Extérieurement, la mem- brane péritonéale lui fait un revêtement continu. Il est retenu dans la cavité générale par des lambeaux du péritoine, formant ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 327 une sorte de mésentère qui va s'attacher d'un côté à la paroi du corps et de l'autre aux muscles obliques. Bientôt, le tube néphridial fait un coude accentué et, de nou- veau, décrit quelques circonvolutions moins denses que les premières, qui se terminent par un canal plus étroit, aboutissant directement au néphrostome (PI. YII, fig. 31). Le néphrostome n'est pas, comme la plupart du temps, un simple orifice de la néphridie, il est beaucoup plus différencié et facilement reconnaissable. Sa forme générale est celle d'un en- tonnoir dont l'ouverture serait bordée de grosses cellules faisant sailhe et portant de longs tlagel- lums. Goodrich en donne une bonne ligure (fig. 27) ; les flagel- lums me semblent cependant plus robustes et rappellent tout à fait ceux qui recouvrent les prolon- gements protoplasmiques du né- phrostome des Lycoridiens. D'ail- leurs, l'homologie entre ces deux formations est telle, qu'il semble Fig. 27. — Néphrostome de VHesione o , 111 1 11 • .1 pantherina Risso, d'après Goo- tort probable qu elles jouent le Anc\\. même rôle dans les deux familles et que les particules solides, flottant dans le cœlome, ne peu- vent s'engager dans le pavillon. C'est donc bien un néphro- stome, c'est-à-dire une portion de l'organe excréteur de même origine que lui et non un pavillon génital, provenant de l'épi- thélium cœlomique et destiné à l'évacuaiton des produits sexuels. Or, au voisinage de ce néphrostome, se trouve un organe cilié volumineux, encore mieux différencié que celui de la Syl- lïdïa armata Mar. et Bob., mais existant déjà chez les indi- vidus immatures, apparaissant d'emblée en même temps que la néphridie. L'organe cilié de VHesione pantherina Risso est exactement situé sur le trajet du vaisseau dorso-latéral d'Eisig (1881), au point précis où celui-ci rencontre le vaisseau dorso-ventral. 328 LOUIS FAGE C'est un large ruban (fîg. 28), dont les deux extrémités sont recourbées en \olute plus ou moins accentuée ; une de ses faces est convexe et creusée d'un grand nombre de sillons profonds, parallèles, entièrement recouverts de cils vibratdes. Les sillons sont séparés par de hautes crêtes dentelées. L'autre face est plane et dépourvue de cils. Le protoplasme dont cet organe est formé, vu sur le tissu frais, est très clair, parcouru seulement par quelques fibrilles plus sombres. En coupe, on \ y voit un réticulum 1 é ^' ,. ; spongioplasmique, l^ , C. lp_^ dont les mailles étroi- ') tes renferment un hya- loplasme abondant. \^i . -^J^>' Les noyaux sont pres- pjj que tous localisés à la Fig. 28.— Organe cilio-phagocytaire deVHesione OâSQ UCS CretCS qUl SC- pantherina Risso.xSO. parent IcS silloUS. Le courant que dé- termine le mouvement des cils est dirigé de haut en bas, vers un organe phagocytaire admirablement développé, faisant un gros bourrelet à la base de l'organe cilié. Sa teinte générale est brun foncé ; on y voit de nombreuses taches jaune verdàtre, dues aux inclusions qu'il renferme. Si l'on met en présence de l'organe cilié de la poudre d'encre de Chine ou de carmin, tous les grains insolubles suivent les sillons et viennent s'agglomérer dans l'amas de phagocytes. Au point de vue histologique, l'organe phagocytaire se révèle de structure certainement aussi complexe que celui des Nephthy- diens (PI. VI, fig. 16). C'est une véritable capsule limitée exté- rieurement sinon par une membrane propre, du moins par une condensation cytoplasmique plus acidophile. Les cellules qu'il renferme sont maintenues dans une trame k mailles larges, et parfois difficile à voir. Pour la mettre en évidence, il suffit d'employer les moyens usités en pareil cas. La pièce étant trop petite pour être secouée, je me suis contenté de la laisser macérer, soit dans une solution de bichromate dépotasse, soit dans le liquide de Merkel étendu. La trame se montre alors ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 329 avec une parfaite netteté (PI. YI, fig. 17) ; elle forme un réseau continu, de nature cellulaire. Les noyaux des cellules sont allon- gés, aplatis, renfermant quelques granulations de chromatine. Leur cytoplasme est rameux, pousse des ramifications anasto- motiques. Les cellules mêmes de l'organe, supportées par la charpente que je viens de décrire, sont en majeure partie des cellules à contour irrégulier et à protoplasme granuleux, fortement aci- doplîile. Leur noyau, peu riche en chromatine, est également de forme variable, le plus souvent incurvé. On y trouve aussi des cellules, à noyau arrondi, analogue aux amibocytes du cœ- lome. La plupart des cellules de l'organe phagocytaire (PI. VI, fig. 18) renferment, dans leur protoplasme, des inclusions de nature différente. Les unes se présentent sous la forme de grains sphériques acidophiles, d'autres se colorent en noir par l'acide osmique et paraissent correspondre à des corpuscules graisseux, résultat de la digestion des substances incorporées. La position de ces inclusions, par rapport à la cellule, montre bien qu'il s'agit d'une phagocytose évidente. En effet, les cellules, ayant phagocyté, ont un noyau rejeté sur le côté, contre la membrane, et les inclusions dans le cytoplasme, entourées d'une vacuole plus claire. Enfin, j'aisouventrencontré,àrintérieur descellules, des globes très réfringents ayant fixé intensivement les colorants basiques. On observe aussi quelquefois des lacunes au sein de l'organe phagocytaire ; leur pourtour est alors rempli d'énormes grains d'excrétion. Je ne sais à quoi correspondent ces lacunes, peut-être à quelques ramifications vasculaires. J'ai cherché en vain des leucocytes à granulations comme il en existe dans l'organe phagocytaire des Nephthydiens. Néanmoins, l'organe que je viens de décrire est essentielle- ment constitué de la môme façon que ceux dont j'ai déjà parlé. La nature des cellules qui le forment, la trame conjonctive dans les mailles de laquelle elles sont retenues, font de ces or- ganes quelque chose de plus que de simples amas leucocytaires accidentels ; ce sont de véritables organes individualisés et à fonction bien définie. Goodrich, qui ne parle pas de l'organe phagocytaire, dit que l'organe cilié est réuni au néphrostome au moyen de ce qu'il 330 LOUIS PAGE appelle the ventral prolong aiïon, caractérisé par des cellules non ciliées, à noyaux petits, très colorables. Il accorde à ce prolon- gement une importance morphologique considérable : « Since this connection is I believe, of considérable morphological im- portance, I hâve figured it in détail. » Cette fine membrane se retrouve facilement sur les coupes, mais me paraît dépendre uniquement du péritoine, dont elle a d'ailleurs tous les carac- tères histologiques. N'avons-nous pas vu que l'épithéliumcœlo- mique, non seulement recouvre extérieurement le tube néphri- dial tout entier, mais se prolonge encore jusqu'à la paroi du corps, à la façon d'un mésentère? Ce n'est donc, à mon avis, que le prolongement de la partie du péritoine, qui tapisse le néphrostome et vient s'attacher à la base de l'organe cilié. Au moment de la reproduction, l'organe segmentaire de V Hesione pantherina^isso^ à l'inverse de ce qui se passe chez tous les autres Hésioniens que je viens d'étudier, ne subit aucune modification pour l'expulsion des produits géni- taux. A ce que je sache, l'émission des cellules sexuelles n'a pas été observée pour cette espèce, mais elle ne s'opère certai- nement pas par la néphridie. Celle-ci a un néphrostome dont les flammes vibratiles empêchent toute particule solide de péné- trer dans son intérieur ; le tube néphridial est trop fortement contourné, pelotonné sur lui-même, pour permettre aux œufs, même aux spermatozoïdes de s'échapper au dehors par cette voie. Or, tous ces caractères, qui sont un obstacle à la ponte, sont précisément des perfectionnements organiques de la néphri- die dans le sens excréteur. Je crois donc rationnel de consi- dérer cette adaptation plus grande de la néphridie ii la fonction excrétrice comme étant une cause susceptible d'expliquer le fait qu'elle ne se met, à aucun moment, au service de la généra- tion. L'étude de l'organe segmentaire des Lycoridiens confirme cette opinion. Quant à l'organe cilié, dans aucune famille il n'apparaît aussi nettement comme étant l'homologue du pavillon génital. Depuis le pavillon typique de V Oxijdromus propinquKS Mar. et Bob., jusqu'à l'organe cilié de VHesione panther'ma Risso, nous avons trouvé les intermédiaires suffisants pour justifier cette homolo- g. de diamètre, se dirige en ligne droite vers les muscles longitu- dinaux ventraux, puis, chemine parallèlement à eux, suivant leur bord externe. Il atteint une vingtaine de pi, mais ses parois, très minces, ne dépassent pas 4 i>., taille des noyaux. Ceux-ci, légèrement allongés, sont relativement nombreux. Le protoplasme est granuleux, les inclusions y sont rares. Le tube néphridial traverse le dissépiment, mais reste accolé à lui, remonte le long de sa face antérieure, et finalement s'ouvre dans la cavité générale. Pour VEunice torquata Qfg., ainsi que pour tous les autres Euniciens, la dissection est indispensable. Elle montre qu'au niveau de chaque segment, le vaisseau ventral envoie des branches qui vont se ramifier dans la cavité pédieuse, et qui, après un lacis vasculaire assez complexe, rejoignent le vaisseau branchial, émanant du vaisseau dorsal. C'est sur le trajet de ce réseau sanguin que se trouve placé la néphridie. Dans son ensemble, elle a la même disposition que celle du Staiiroce- plialus rubrovïttatus Gr. , mais sa structure en est un peu difîé- 350 LOUIS PAGE reaLe. La première partie du tube néphridial, qui avoisine le pore externe, est totalement dépourvue d'inclusions; puis la lumière du tube s'élargit et ses parois, formées du protoplasme très vacuolaire, renferment une grande quantité de grains d'excrétion volumineux. Chacun d'eux, fortement safranophile, paraît logé dans une vacuole. De nouveau, près du dissépiment,. les grains d'excrétion disparaissent. La portion du tube néphridial d'origine ectodermique est particulièrement bien développée chez V Hycdinœcia tubicola Midi. Cette espèce construit le tube, dans lequel elle s'abrite^ à l'aide du mucus sécrété par des glandes groupées en deux bourrelets saillants, de chaque côté du corps. Le tube néphri- dial traverse cette partie de l'épiderme, considérablement modifiée, avant de s'ouvrir au dehors. Les cellules qui le com- posent, hautes normalement de 32 ]j. en moyenne, sont formées, d'un protoplasme hyalin, légèrement fîbrillaire, et d'un noyau assez pâle, arrondi. Dans sa partie excrétrice, au contraire, l'épiderme atteint 120 [x de hauteur; les cellules deviennent énormes, leur protoplasme est rempli d'alvéoles colorés avec intensité. Ce sont de véritables fîbro-cellules à mucus, telles que Soulier (1891) en a figurées chez un grand nombre d'An- nélides sédentaires. Le pore externe de lanéphridie est marqué par une invagination de la cuticule, doubléee intérieurement par les hautes cellules épidermiques dont les noyaux occupent une situation basilaire. La néphridie du Lumbriconereïs impatiens Clp. est entière- ment colorée en vert. On voit sur les coupes (PI. VII, fig. 33) que le syncitium, dont elle est constituée, n'a que de très rares noyaux. En revanche, les grains d'excrétion y sont nombreux, et de tailles différentes, depuis 1 jusqu'à 4 j;.. Les cils sont longs et uniformément répandus à sa surface. Le pavillon vibratile, très peu développé chez les Eunices (PI. YII,fig. 36) , et surtout chezle Stauroceplialus rubrovittattis Gr. , atteint au contraire de grandes proportions chez le Lumhrïco- nereïs impatiens Clp. (fig. 36). C'est un entonnoir profond d'un blanc jaunâtre, qui se distingue immédiatement de la néphri- die colorée en vert. Les lèvres du pavillon, légèrement réflé- chies, sont arrondies et revêtues de cils vibratiles très courts, ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 351 se mouvant avec rapidité. Il reste en continuité avec le dissé- piment par sa lèvre supérieure. Sur les coupes (PI. VII, fig. 34), cette disposition est très nette. On voit la lame péritonéale s'élever peu à peu; les noyaux prennent une forme plus arrondie, deviennent plus nombreux, et finalement le péri- toine se transforme en un épithélium cilié de 19 à 20 [jl de Fig. 36. — Pavillon vibratile du Lumbrico- nereis impatiens Glp. X 170. Fig. 37. — Pavillon vibratile de YHya- linœcia tubicola Mûller. X 170. hauteur; des cloisons, quoiqu'un peu diffuses, se dessinent entre les cellules. Les noyaux ont une chromatine très dense; le protoplasme est granuleux près du plateau, sur lequel reposent les granulations basilaires des cils. Au point de contact du pavillon et de la népliridie, le changement de struc- ture se fait brusquement. Le pavillon de \ Hyalïnœc'ia tubicola Millier (fîg. 37) rappelle beaucoup, par sa forme, celui des Phyllodociens. De section sensiblement circulaire, il est engagé partiellement dans le dissépiment; ses bords, réfléchis, sont appliqués sur la paroi antérieure de celui-ci, et se continuent avec elle. Cette dispo- sition se retrouve encore chez la Marphysa sangidnea Mont. Au moment de la reproduction, le tube néphridial ne se modifie pas et conserve son rôle excréteur; mais le pavillon paraît subir une augmentation de volume, parfois assez sen- sible, dans les segments génitaux (PI. VII, fig. 34 et 35). Cepen- 352 LOUIS PAGE dant, il existe aussi bien chez le jeune que chez radulte. L'organe segmentaire sert à l'expulsion des produits sexuels, de même que celui des Syllidiens mûrs, auquel il est tout à fait comparable. CHAPITRE VIII APHRODITIENS C'est chez l'Aphrodite que Williams (1858) découvrit les organes segmentaires. Ce sont, d'après lui, des tubes ramifiés, tapissés de cils, et situés latéralement de chaque côté du tube digestif. La figure que donne l'auteur ne laisse aucun doute sur la signification de ces tubes : il s'agit simplement des caecums hépatiques, bien que Williams représente à leur intérieur des produits génitaux. Avant lui, Pallas (1768), Treviramus (1829) etGrube (1838) s'étaient déjà occupés de ces organes. Treviramus donne même une figure dans laquelle on peut parfaitement recon- naître l'organe segmentaire; mais au sujet de la Polynoë semi- squamata^ c'est encore une portion du caecum qu'il repré- sente. Ehlers (1864), qui cependant n'accepte pas sans contrôle les descriptions de Williams pour l'Aphrodite, figure d'une façon bien étrange l'organe segmentaire de la Polynoë pellu- cida Ehl. Il nous montre une sorte de sac, assez volumineux, situé dans la cavité pédieuse, s'o Livrant d'une part dans le cœlome par un petit orifice, et communiquant d'autre part avec l'extérieur au moyen d'un grand nombre de pores en forme de rosette, recouverts de cils. « Ich habe bereits erwâhnt, dass auf der Oberflâche des Elytrentrâgers Wimperrosetten in verschiedener Anordung vertheilt seien, das gleiche gilt vom Basalstiicke der Rlickencirrus. Dièse Wimperrosetten stehen um kreisfôrmige Ôfînungen, die âusseren Mûndungen des Seg- mentalorganes. » Il est incontestable que ces organes en rosette ne sont autre chose que les coussinets vibratiles, homologues de ceux des Sigalionidiens ; mais il est plus difficile de savoir ce qu' Ehlers ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 353 a pris pour l'organe segmentaire. Ce ne peuvent être les ceecums hépatiques, puisque ceux-ci n'apparaissent qu'au huitième an- neau, alors qu'il signale ces prétendus organes segmentaire s à partir du deuxième segment. Pour le Sigcdion lïmicola Ehl., la description d'Ehlere ne paraît pas être plus exacte : il fait déboucher la néphridie sur la face dorsale du pied, à la base de l'élytrophore. Claparède (1870) a vu le pore néphridial et le commence- ment de la néphridie chez V H ermadïon fragile Clp. a A la base des pieds, du côté ventral, non loin du bord postérieur, je trouve une proéminence conique percée d'un orifice. Cette ouverture conduit dans un canal cilié qu'on peut poursuivre jusque dans l'intérieur des pieds oi^i il est bientôt voilé par la masse des éléments reproducteurs. C'est là évidemment l'ou- verture de l'organe segmentaire. » Malgré cela, Cosmovici (1879) reproduit dix ans plus tard l'erreur d'Ehlers, et chez la Sthenelais Edwardsii Qfg., prend le coussinet vibratile dorsal pour le pore néphridial. Il place d'ailleurs le pavillon cilié sur la face postérieure du dissépi- ment. Haswell (1882), après une critique approfondie de l'opinion de Williams et d'Elhers, donne une description rapide de l'organe segmentaire des Polynoë perdara^ Polynoë mytUkola^ Lepidonotus oculatus. Il a vu le tube néphridial, le pore exteruie (the ventral tubercle), mais l'ouverture interne lui a échappe. Nous lui devons d'avoir signalé d'une façon précise le fait que les produits génitaux passent par l'organe segmentaire pour être évacués : « I found in several spécimens spermatozoa in the act of being discharged through this canal ». Bourne (1883) croit au contraire que l'émission des éléments sexuels se fait par rupture des parois du corps. Le diagramme qu'il donne de la néphridie est parfaitement inexact, bien qu'il ait vu les papilles néphridiales des Lepidonotus claua Mont, et Lepidonotus squammata L. Kallenbach (1883), dans sa dissertation inaugurale, ne dit que quelques mots de l'organe segmentaire du Polynoë cirrata 0. Fr. Millier^ Il a examiné l'organe après dissection, ce qui donne cependant une plus grande autorité à sa description. ANN. se. NAT. ZOOL., 9« série. III, 23 354 LOUIS PAGE Mac Intosh (1885) s'est principalement occupé de la mor- phologie externe des Annélides, aussi il nous apprend seule- ment la position des papilles ventrales chez un grand nombre de types. Ces obseryations ont leur valeur, elles nous montrent à quel anneau, chez chaque animal étudié, l'organe segmentaire fait son apparition. Le baron de Saint-Joseph (1888) ne parle pas de la néphri- die des Aphroditiens. Cependant, peut-être l'a-t-il aperçue chez Y Halosydna gelatïnosa Sars : « à l'époque de la maturité, les pieds sont gonflés d'œufs et de spermatozoïdes, contenus dans une membrane ». En tout cas, il a reconnu la signification de la papille ventrale « à parois épaisses et musculaires qui, percée d'un orifice terminal, doit livrer passage aux œufs et aux spermatozoïdes ». Quelquefois, il distingue à son intérieur un mouvement ciliaire très vif qui y fait tournoyer le liquide cavitaire. Trautzsch (1890), dans un mémoire très important sur les Polynoïniens du Spitzberg, divise les néphridies en deux catégories. Les néphridies antérieures, c'est-à-dire celles qui occupent les anneaux 5, 6, 7 et 8, seraient purement excrétrices et demeureraient telles pendant toute la vie de l'animal. Les néphridies postérieures, au contraire, auraient un pavillon mieux développé, et à l'époque de la reproduction subiraient des transformations, les rendant aptes à l'évacuation des produits sexuels. Elles perdraient de ce fait leur rôle excréteur. Darboux (1899) fit justice de cette opinion et montra que si, à l'époque de la reproduction, les néphridies postérieures subissaient une dilatation en rapport avec leurs nouvelles fonctions, elles n'en persistaient pas moins à jouer un rôle important dans l'excrétion. Après avoir donné une description exacte de l'organe segmentaire des Polynoïniens, l'auteur passe rapidement sur celui des Sigalioniens et ne dit que quelques mots relatifs à la néphridie de VHermione liystrïx Sav. Darboux (1899) divise les Aphroditiens en sept tribus : les Hermioninœ, les Polynoinœ^ les Acoëlinœ, les Peisidichiœ, les Eulepidinœ, les Sigaliomnx et les Polj/lepklmx. Je n'ai eu à ma disposition que des représentants des trois principales, ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 355 celles des Hermioninœ, des Polynoinse et des Sïgcdïonïnx. Les autres tribus, à part celle des Acoët'mœ^ ne contiennent qu'un très petit nombre de genres, rares et mal connus. D'ailleurs la néphridie, d'après les types que j'ai pu étudier, subit peu de variations et se laisse aisément ramener à un schéma commun. Le pore néphridial est situé comme toujours à la base du parapode, un peu en arrière de la rame ventrale. Souvent il est porté sur une papille épidermique faisant saillie, et facile- ment visible à la loupe. De là, part un tube cilié, d'abord assez étroit, qui s'élargit bientôt à mesure qu'il se rapproche davantage de la ligne médiane du corps, pour se renfler en une ou deux poches dont les parois sont bourrées de grains d'excrétion. Puis, le tube s'amincit de nouveau, en s'écartant du plan de symétrie de l'animal, gagne le dissépiment qu'il traverse, et se termine par un entonnoir vibratile, accolé à la face antérieure de ce dissépiment. La néphridie est fortement colorée dans sa partie médiane, alors que le pavillon est incolore et transparent. Les segments antérieurs sont dépourvus de néphridies. Tan- tôt elles commencent au 6* segment, tantôt seulement au 8% tantôt plus postérieurement encore. Je crois donc avec Dar- boux, que Trautzch s'est mépris lorsqu'il a voulu considérer comme constant le nombre de segments dépourvus de ces organes. Bien que la famille des Aphroditiens soit très homogène au point de vue de la néphridie, on observe cependant des diffé- rences suffisantes, de forme ou de structure, entre les organes excréteurs des trois tribus principales, pour qu'il nous soit permis de les étudier séparément. Hermionin.e. — Après avoir ouvert par la face dorsale une Aphrodite et l'avoir débarrassée du tube digestif et de ses annexes, on aperçoit les organes segmentaires sous la forme de masses jaunâtres, situées par paires, de chaque côté de la ligne médiane, à la limite des parapodes et du soma. Les néphridies commencent au 8^ segment et font défaut dans les derniers anneaux du corps. Le pore néphridial n'est pas ici porté sur une papille; il est difficilement visible, malgré la taille de l'animal. Cependant, lorsque les organes génitaux , 356 LOUIS PAGE sont mûrs, il suffit d'exercer une légère pression pour voir aussitôt le sperme ou les œufs s'échapper par de petits orifices placés sur la face ventrale à la base desparapodes. Ce sont là vraisemblablement les pores néphridiaux. L'organe segmentaire dans son ensemble suit un trajet légèrement sinueux. Du pore néphridial, il monte d'abord presque verticalement jusqu'à la rencontre des muscles obliques très puissants. Il les contourne en dessus, et à partir de ce moment devient horizontal, traverse le dissépiment et se dilate en un large pavillon vibratile. La première partie de la néphridie, la plus rapprochée de l'orifice externe, est incolore, puis peu à peu ses parois se remplissent de grains d'excrétion, qui sont surtout nombreux dans la partie moyenne de l'organe. Cette portion de la néphridie a une lumière très large, et une paroi peu épaisse. Impuissante à conserver une forme cylindrique, elle est géné- ralement aplatie. C'est d'ailleurs une des caractéristiques de l'organe segmentaire des Aphroditiens que cette extrême ténuité de ses parois, que le moindre contact suffit à déchirer. Les grains d'excrétion cessent d'être apparents au moment où la néphridie se rétrécit de nouveau et entre en contact avec le pavillon. Pour mettre nettement en évidence ces grains d'excrétion sur le tissu frais, j'ai employé le Neutralroth^ qui donne tou- jours d'excellents résultats. On aperçoit alors en rouge vif des granulations de différentes tailles, isolées ou parfois agglomé- rées en petits amas irréguliers. Çà et là se trouvent quelques vacuoles plus pâles. Il n'y a pas chez l'Aphrodite de poches excrétrices formées par des dilatations de la néphridie, comme il en existe chez la plupart des Polynoïniens. Toutes les cellules paraissent être également actives; leur coloration est uniforme, de même que leur structure histologique. Comme tous les tissus néphridiaux que j'ai étudiés, celui-ci est plutôt formé d'un syncitium que de cellules véritables (PI. VII, fig. 37) ; je n'ai jamais pu, en effet, distinguer dehmites intercellulaires. Ce syncitium est peu élevé, mesure 40 \j. l'épaisseur et possède des noyaux nombreux généralement ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNELIDES POLYCHÈTES 357 situés assez près de la basale. Ils sont ovoïdes, légèrement allongés, atteignant 8 et 10 [/., riches en chromatine et laissant Yoir un gros nucléole. Le cytoplasme, après fixation au liquide J. de Laguesse et coloration au rouge Magenta et au vert lumière, paraît extrêmement granuleux, quelque peu vacuo- laire dans la partie basale, et bourré de grains d'excrétion. Ceux-ci sont de deux sortes, les uns petits, acidophiles, sont colorés en vert brillant, tandis que d'autres plus gros ont absorbé le colorant basique et se détachent en rouge sur la préparation. Je ne crois pas qu'R soit impossible de trouver les intermédiaires suffisants, tant au point de vue de la taille qu'au point de vue des affinités chromatiques, pour pouvoir penser qu'il s'agit non point de deux sortes d' excréta, mais bien de mêmes granulations d'abord acidophiles et qui peu à peu deviendraient basophiles, en môme temps qu'elles augmen- teraient de volume. J'ai signalé des faits analogues chez les Lycoridiens sans toutefois pouvoir être plus précis. En employant une méthode convenable, telle que ta méthode •de Weigert, on arrive à mettre en évidence les vésicules de sécrétion. Celles-ci apparaissent colorées électivement en bleu noirâtre, répandues çàet là dans le syncitium néphridial. Elles sont petites, mesurant 2 à 4 jjl, sphériques et beaucoup moins nombreuses que les grains d'excrétion. La néphridie est abondamment cihée. Les cils, plus courts que ceux qui tapissent intérieurement la néphridie des autres polychètes, ne sont pas disposés d'une façon ininterrompue sur toute la surface libre du syncitium ; ils sont répartis en touffes à intervalles rapprochés et sensiblement réguliers. Chaque cil, au contact du plateau, prend naissance directe- ment sur une granulation basilaire. De chacune d'elles part une racine ciliaire qui se réunit à ses voisines pour former un gros faisceau plongeant dans le cytoplasme jusqu'environ àla hauteur du noyau. A ce niveau le faisceau se divise en de nombreuses petites fibrilles très sinueuses que l'on peut suivre encore jusqu'à la basale. Ces racines ciliaires sont très apparentes, grâce à leur affinité considérable pour les colorants basiques, et, dans la coloration ci-dessus indiquée, se détachent en rouge sur le fond vert du cytoplasme. 358 LOUIS PAGE Le pavillon vibratile (%. 38) est bien différencié, il est blanchâtre, alors que les grains d'excrétion donnent à la néphridie une* teinte jaune caractéristique. Il est volumineux, largement ouvert et fortement cilié. Il se montre composé de deux parties bien distinctes, une lèvre supérieure et une lèvre inférieure. Celle-ci ne présente rien d'anormal, elle est arron- ( . die, porte des cils nombreux et actifs. La lèvre supérieure au contraire se confond avec le dissépiment. A mesure que celui-ci se rapproche du pavil- lon, il acquiert un revête- ment ciliaire uniforme sur sa face antérieure et se creuse de iv; Fig. 38. — Pavillon vibratile de l'Aphro- dite aculeata L.x38. Fig. 39. — Coupe transversale schéma- tique du dissépiment, au voisinage de- la néjihridie.x 3To. sillons de plus en plus profonds (fig. 39). Au contact du pavil- lon il se continue avec lui de telle sorte que les sillons dont il est parcouru se réfléchissent à l'intérieur du pavillon, dimi- nuent peu à peu de hauteur et finalement disparaissent à la base de celui-ci. Je crois qu'il est possible de comparer cette modification du dissépiment à celle qui aboutit à la formation des organes cdiés que j'ai décrits chez quelques Annéhdes, et plus particidière- ment aux organes cihés des Nephthydiens et de certains Hésioniens, qui ont tous des rapports étroits avec le dissé- piment. En coupe (PI. YII, fig. 38), le pavillon se montre formé de cellules à limites peu nettes, cependant reconnaissables à leur ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 359 plateau légèrement convexe. Les noyaux sont allongés, sans nucléole apparent; le protoplasme, absolumenl: clair à la partie basale, devient granuleux dans la partie distale de la cellule. Les cils vibratiles, relativement courts, serrés les uns contre les autres, sont disposés sur toute l'étendue du plateau et non par touffes comme dans la néphridie. A chaque cil correspond une granulation basilaire, à laquelle fait suite une racine ciliaire. Les racines ciliaires convergent toutes vers l'axe de la cellule, dessinant une sorte d'éventail, puis se continuent par une seule racine (quelquefois deux), plus ou moins sinueuse, c{ui aboutit à la basale, perd peu à peu son affinité pour les colorants basiques et devient acidophile. La partie du dissépiment, voisine du pavillon, a sensible- ment la même structure. Le cytoplasme est plus granuleux, les racines ciliaires se continuent plus nombreuses jusqu'à la basale. Quelquefois, au lieu d'une seule granulation basilaire, j'en ai vu deux réunies par un mince bâtonnet. La néphridie de Y Hermione hysirix Sav. est constituée de même façon que celle de V Aphrodite aculeata L., mais elle fait son apparition dès le cinquième sétigère ; la coloration jaune est très intense. Le pavillon offre les mêmes rapports avec le dissépiment. PoLYNOïN.E. — Les Polynoïniens proprement dits ont une néphridie bâtie sur un type identique (fig. 40). Le pore externe est très visible, porté au sommet d'une papille saillante, à la basedu pied. Généralement, une légère constriction annulaire divise le tube néphridial en deux poches, dont les parois sont fortement plissées, de manière à augmenter la surface excré- trice. Le pavillon, incolore, presque blanc, ne peut se con- fondre avec la néphridie qu'il termine; comme celle-ci, il est revêtu intérieurement de cils vibratiles courts et très denses, battant d'un mouvement régulier vers l'orifice de sortie. Dans les différentes familles examinées jusqu'ici, l'épiderme qui avoisine le pore externe de la néphridie subit toujours quelques modifications, le plus souvent peu importantes. Dans la tribu qui nous occupe, l'épiderme, au contraire est profon- dément modifié, au point de former une véritable papille épaisse, au centre de laquelle passe le tube néphridial. Chez la 360 LOUIS PAGE Lagïsca extenuata Gr. cette papille (fig. 41) acquiert un tel déve- loppement qu'elle fait saillie à la base du parapode, comme un cirre ventral; il en est de môme pour le Polyno'é scolopen- drïna Sav. Elle est encore plus volumineuse chez le Lepldonoiiis dava Mont. (%. 42) et ornée extérieurement de côtes ré- gulièrement disposées. Sa structure est simple, (PI. VII, fig. 39), elle est formée par l'épiderme lui-même dont les cellules se montrent hautes, sous la cuticule. En dessous, se trouve un tissu lâche, très épais, dont les cellules ont des limites indistinctes, et au centre duquel passe la lu- mière du tube néphridial, limitée par une membrane Fig. 40. — Organe segmentaii'e de la Lagisca extenuata Gr. X 14. Fig. 41. — Papille néphridialc de la Lagisca extenuata Gr. xl90. acidophile, qui supporte les cils vibratiles nombreux; On peut voir le mouvement de ceux-ci sur le tissu frais, à l'aide d'un compresseur. La papille néphridiale n'a pas toujours la même importance; ainsi, chez V Hermadïon peUucidinn Ehl. (fîg. 43), elle est réduite à un petit tubercule, mais a la même constitution. La néphridie, d'abord étroite et incolore, ne tarde pas à augmenter de volume tout en se rapprochant du plan médian du corps. En même temps, elle prend une teinte jaune brun très accusée. La pre- mière partie de son trajet est presque rectiligne, puis elle con- tourne les muscles obliques. A ce moment, son diamètre est déjà considérable et ses parois très minces s'affaissent, déter- minant des plis profonds et irréguliers dans la cavité néphri- ORGANES SEGMENTAIRES DES AjNNÉLIDES POLYCHÈTES 361 diale elle-même. La figure 40, PL VII, empruntée au Lepidonotus dava Mont., peut donner une idée de ces plissements, très importants si on les considère comme adjuvant à l'excrétion. Et il n'est pas douteux que le liquide cavitaire qui a pénétré par le pavillon, est en contact plus intime avec les parois de l'organe ainsi disposées, qu'il ne le serait si celles-ci, demeurant rigides, limitaient un espace trop grand. Le tube néphridial change alors brusquement de direction pour regagner la paroi latérale du corps. Le coude qu'il dé- crit délimite une nouvelle poche, aussi énergiquement \\^'m y plissée que la première et ^tmfffl /M disposée symétriquement. Fig. 42, — Papille néphridiale du Lepido- notus clava Mont, x 190. Fig. 43. — Papille néphridiale de YHermadion pellucidum Ehl. x 190. Un lambeau de la néphridie, observé vivant sous le micro- scope, se montre sillonné de petites rides longitudinal es etcom- plètement revêtu sur sa face interne de cils vibratiles. Sa cou- leur jaune est due au grand nombre de grains d'excrétion qu'on y trouve. Ils sont déjà visibles sans aucune préparation, mais deviennent beaucoup plus apparents après l'emploi du Neu- tralroth. Ils sont surtout abondants dans la région moyenne de la néphridie. La structure histologique du syncitium néphridial est sem- blable à celle que j'ai décrite au sujet de l'Aphrodite; je dois dire cependant que je n'ai pu mettre en évidence avec autant de netteté l'armature ciliaire des Polynoïniens. Chez le Polynoë scolopendr'ma Sav., du côté de la basale se trouvent des forma- tions fibrillaires sinueuses, sur la signification desquelles je ne puis me prononcer. La néphridie, avant d'aborder le dissépiment qui la sépare 362 LOUIS FACE de l'anneau immédiatement antérieur, se resserre de nouveau et peu à peu perd sa coloration. Elle se continue par un tube assez étroit qui traverse le dissépiment et sï'panouit en un pavillon vibratile. Celui-ci ne prend jamais un bien grand développement. Chez la Lagïsca eœtenuata Gr., il est taillé en ,_^_^ ' bec de flûte, chez le Lepidonotus dava Mont. (fig. 44), il est plus largement ouvert, une de ses lèvres se pro- longe directement avec le dissépi- ment. Je n'ai pas observé toutefois que celui-ci subisse une différencia- tion quelconque à son voisinage comme je l'ai indiqué pour les Hermioninse. Les cils du pavillon sont plus robustes et plus rapprochés que ceux de la néphridie ; leur mou- vement très rapide détermine un remous bien visible à son ouverture. Sa structure, analogue à celle des- '" . ' ' autres pavillons vibratiles, très diffé- 1 - ' ^ rente de celle de la néphridie, atteste une tout autre origine. SiGALTONiN.E. — L'orgauc segmen- Fig. 44. - Extrémité terminale t^irc dcs Sic/alwmnœ est encore plus de 1 organe segmentante du . "^ . *■ Lepidonotus ciava Mont. X [20. simple quc cclui dcs autrcs x\phro- ditiens. C'est à peine s'il décrit quel- ques sinuosités sur son parcours, et ses parois ne forment aucun pli comparable à ceux qu'on rencontre dans la néphridie des Polynoïniens. L'orifice de sortie ne peut se voir extérieurement; chez la Pholoë synoplithalmica Clp., il est percé à même l'épiderme sans modification importante de celui-ci. Chez la Sthenelms fuUg'mosa Clp., il n'y a pas non plus de papille, mais l'épi- derme forme à l'extrémité du tube excréteur une sorte de manchon qui fait légèrement saillie en dessous du pied. Du pore externe, la néphridie gagne les muscles longitudinaux ventraux et passe au-dessus d'eux. Ace moment, sa section est presque circulaire, et sa couleur d'un beau jaune d'or. Elle con- ORGANES SEGMENTAI RES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES dQ'^ tiniie son trajet presqu'en ligne droite, puis se recourbe vers l'extérieur. Dans cette portion, son diamètre est plus considé- rable, elle forme une véritable poche dont les parois renferment une quantité plus grande de grains d'excrétion. A part cette différence, la structure de la népridie est partout la même. L'entonnoir terminal (fig. 45), d'un blanc nacré, est porté à l'extrémité d'un tube à diamètre étroit et particulièrement long. Il est évasé en forme de coupe, mais ses bords ne sont point réfléchis. Les cils qui battent à son inté- rieur gardent une disposition identique v«,, dans le tube qui lui fait suite, puis le revête- \ ' ment ciliaire passe insensiblement à celui \ delà néphridie. \ En coupe, on remarque que les noyaux i des cellules qui le composent absorbent avec une grande intensité les colorants ; /j' basiques, alors que les noyaux de l'épithé- . /j lium néphridial conservent une teinte plus pâle. D'ailleurs, bien que le pavillon existe ^\^,,",r ri'lLlt déjà chez les formes dépourvues de pro- fuUginosa cip. x iso. duits génitaux, nous allons voir qu'il ne peut être considéré comme faisant partie de la néphridie, au même titre qu'un néphrostome, et qu'il représente le pavillon génital des autres Polychètes. En résumé, l'organe segmentaire des Àphroditiens est pro- fondément différent de ceux que nous avons étudiés jusqu'ici. Il s'en distingue par son diamètre le plus souvent considérable, parle peu d'épaisseur de ses parois, les plissements que font celles-ci, les cils qui le tapissent et leur mouvement rythmique, et enfin parla présence en tout temps d'un pavillon génital en communication constante avec la néphridie. En effet, au mo- ment de la reproduction, l'organe segmentaire ne subit aucune modification importante. Le pavillon attaché au dissépiment, tient ses lèvres béantes et, par le jeu des cils vibratiles, les sper- matozoïdes ou les œufs y pénètrent. La cavité néphridiale spa- cieuse ne tarde pas à être remplie d'éléments génitaux qui sont expulsés au dehors en passant parle pore externe. Le pavillon 364 LOUIS PAGE fonctionne donc comme un pavillon génital et, de plus, il en a l'aspect et la structure. Chez l'Aphrodite nous avons vu qu'il était particulièrement différencié, de même chez les représen- tants des autres tribus ; il tranche toujours, par sa couleur d'un blanc nacré ou transparent, sur la néphridie proprement dite, que les grains d'excrétion teintent d'un jaune vif. Les cils qui le revêtent sont d'une autre nature que ceux de la néphridie. Plus courts, serrés les uns contre les autres, leur mouvement est plus rapide. Enfin, les coupes nous le montrent constitué de cellules distinctes, très rapprochées, et non plus formant un syncitium à noyaux plus ou moins abondants. Ainsi, c'est bien un pavillon génital qui termine la néphridie des Aphroditiens et, comme chez les Polychètes sédentaires, il apparaît de très bonne heure. Nous possédons peu de renseignements sur le développement des Aphroditiens. Hacker (1895), cependant, qui a étudié le développement d'un Polynoë, a vu les néphridies de l'embryon. D'après la figure que donne l'auteur, il est facile de se ren- dre compte que ces néphridies communiquent avec la cavité générale par une ouverture très réduite. Il est possible qu'à ce stade, le pavillon ne soit pas encore formé et que seul le néphro- stome existe. Le fait que le pavillon génital se forme avant la maturité sexuelle ne doit pas nous surprendre si on le con- sidère comme le résultat de l'accélération embryogénique. Nous avons vu que chez les gemmes sexuées de Syllidiens, ce pavil- lon se forme également d'emblée, alors que pour les individus non stolonifères son apparition se fait graduellement et seule- ment à l'époque de la maturité sexuelle. Ce sont, croyons-nous, des phénomènes de même ordre qui méritent d'être rapprochés et sur lesquels nous nous étendrons plus longuement à la fin de ce travail. APPENDICE L'organe segmentaire des Palmyriens et des Amphinomiens, présente la même particularité que celui des Aphroditiens : le pavillon génital et la néphridie sont constamment associés et communiquent entre eux, môme chez les formes immatures. ORGANES SEGMENTAIRES DES ANNÉLIDES POLYCHÈTES 365 Ce caractère, d'une si grande importance, me permet, je crois, — étant données les affinités qu'ont entre elles ces trois familles — d'étudier comme appendice à la famille des Aphro- ditiens l'organe segmentaire du Chrysopetalum fragile Ehl. et de Y Eiqihronjne foliosa Aud. et Edw. CHRYSOPÉTALIENS Ehlers (1864) est le seul auteur qui se soit occupé des organes segmentaires du Chrysopetalum. Il n'ose affirmer d'une manière certaine leur existence, il ne les a pas vus. Mais dans les segments postérieurs remplis d'œufs, il croit avoir aperçu ceux-ci sortir par un orifice qui serait le pore externe de la néphridie : « Es traten namlich an diesen Segmenten die Eier durch eine auf der Rûckenflàche der Ruders, niclit weit von dessen Basis entfernte Ôffnung aus, und dièse halte ich nach der analogen Bildung bei den Aphroditeen fiir die àussere Mûndung des Segmentalorganes. « On se souvient qu'Elilers plaçait à tort dorsalement le pore néphridial des Apliro- ditiens. En réalité, la néphridie des Chrysopétaliens s'ouvre au dehors par un petit orifice situé un peu en arrière du cirre ventral. De là, elle se continue sous la forme d'un tube à diamètre étroit et peu variable jusqu'au dissépiment antérieur qu'elle traverse pour se terminer dans l'anneau précédent par un pavillon vibratile. Le tube néphridial est à peine sinueux ; il s'élève d'abord au- dessus des muscles longitudinaux ventraux, puis une légère in- flexion l'éloigné du plan de symétrie de l'animal et lui fait décrire un arc de cercle à concavité externe. La structure histologique est particulièrement intéressante à cause de la grande quantité de grains d'excrétion que contient son cytoplasme et à cause de la nature de ceux-ci. En dehors des granulations de petite taille fortement acidophiles et analo- gues à celles que l'on rencontre dans la néphridie de presque tous les Polychètes, on trouve aussi des grains d'excrétion volu- mineux, le plus souvent sphériques, atteignant parfois la gros- 366 LOUIS PAGE f;eur du noyau. Ils n'ont absorbé aucun colorant, et conser- vent la teinte jaunâtre qu'ils avaient sur le vivant. Les noyaux, assez rares, sont sphériques et à karyosomes très fins. La néphridie diminue de diamètre avant de traverser le dissépiment, et finalement se soude au pavillon génital accolé à la face antérieure de celui-ci (PL VII, fig. 41). Le pavillon, pro- portionné à la capacité de l'anneau qui le contient, est forcément réduit. Sa lèvre inférieure est peu saillante et sa lèvre supérieure, légèrement recourbée, se prolonge avec le dissépiment. Son protoplasme est homogène, quelque peu fibrillaire ; les noyaux, familles d'Annélides, l'organe segmentaire subit, indépendamment des affinités zoologiques, une évolution spéciale dont les termes ultimes sont repré- sentés, d'un côté par la néphridie larvaire et de l'autre par la néphridie, doublée d'un conduit génital propre, des Oli- gochètes. INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 1887. Fr. Albert, Ueber die Fortpflanzung von Haplosyllis spongicola. Mitth. Zool. st. Neapel, M. \ll. 1876. F. Balfour, On the origin and history of the urogenital organ of Ver- tébrales. Jour, of Anat. andPhys. 1885. 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Goniades 308 — IV. — Syllidiens ' 312 — V. — Hésioniens 321 — VI. — Lycoridiens 331 — VII. — Euniciens 3.47 — VIII. — Aphroditiens 352 Appendice. — Chrysopétaliens 365 Amphino miens 366 DEUXIÈÎVIE PARTIE Remarques sur la morphologie de l'organe segmentai re 369 Résumé et Conclusions 396 Index bibliographique 401 Explication des planches , 408 TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE VOLUME Le '< Gelasinus ïangeri », crustacé d'Andalousie, par le D'" Marcel Bau- douin (de Paris) 1 Attitudes et mouvements des Annélides, par Georges Bohn 35 Les Annélides polychètes des côtes de France (Océan et côtes de Pro- vence), par M. le Baron de Saint-Joseph 145 Recherches sur les organes segmentaires des Annélides polych(ètes 261 TABLE DES PLANCHES CONTENUliS DANS CE VOLUME Planches I à V. — Annélides polychètes des côtes de France. Planches VI et VII. — Organes segmentaires des Annélides polychètes. CoriBEir.. — Imprimerie Éd. Cniirii. Le plus sérieux ® Le mieux informé ® Le plus complet Le mieux illustré ® Le plus répandu DE TOUS LES JOURNAUX DE VULGARISATION SCIENTIFIQUE LA NATURE REVUE DES SCIENCES et de leurs Applications aux Arts et à l'Industrie JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ DIRECTION SCIENTIFIQUE : L. DE LAUNAY Professeur à l'École supérieure des Mines E.-A. MARTEL Ancien Vice-Président de la Commission centrale de la Société de Géographie J. LAFFARQUE ingénieur- électricien Licencié es sciences physiques. RÉDACTEURS EN CHEF : E -A. MARTEL - J. LAFFARQUE — Chaque Numéro comprend : SEIZE PAGES GRAND IN-8 COLOMBIER tirées sur beau papier couché, luxueusement illustrées de très nombreuses figures, contenant plus dj 12 articles de vulgarisation scientifique, clairs, intéressants, variés, signés des noms les plus connus et les plus estimés. UN SUPPLEMENT DE 8 PAGES illustré, comprenant : Les Nouvelles scientifiques, recueil pré- cieux de toutes les informations relatives aux sciences et à l'industrie. 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